II., III
l’hallucination de l’image particulière qui, chez ce sujet et à ce moment, sert au mouvement. Chez elle, l’hallucination visuelle du bras en mouvement, quand elle a les yeux fermés, provoque le mouvement à gauche du côté anesthésique, mais ne le provoque pas à droite du côté sensible. Pour amener le mouvement du bras droit il faut l’hallucination tactile et musculaire du déplacement de ce bras, hallucination qui, d’ailleurs, est sans efficacité ou même impossible pour le bras gauche*. N’ai-je pas le droit de supposer qu’en ce moment, elle se sert, pour se mouvoir, des images visuelles à gauche, et des images kinesthésiques à droite. Quoi qu’il en soit de ces discussions, que je ne tranche pas, mais que je propose comme problème, une notion reste indubitable, c’est que la représentation visuelle du mouvement vient provoquer ou suppléer la représentation kinesthésique dü mouvement affaiblie ou disparue.
C’est cette interprétation générale qu’il faut vérifier en examinant maintenant les deux caractères suivants du syndrome^ Lasègue avait déjà remarqué que les sujets de ce genre n’ont pas besoin de voir complètement et librement leur membre anesthésié; pour le remuer, il suffit qu’ils le puissent discerner un peu. « L’une d’elles a les deux bras placés sous la couverture, qu’on a eu soin de remonter jusqu’au cou : elle peut cependant, guidée par les mouvements de la couverture, qu’elle regarde, sortir les bras hors du lit ; il en est de même des jambes qu’elle remue sous la couverture à la condition qu’elle voie s’agiter l’édredon superposé ^ » Marie, qui en est ordinairement incapable, remuait un soir fort bien son bras gauche sans le regarder; j’en fus surpris. C’est qu’elle suivait des yeux sur le mur l’ombre de son bras projetée par une lampe. 11 suffit
donc de très peu de sensation visuelle pour servir de point de départ à la représentation visuelle totale.
Mais allons plus loin : M. Pitres '■ a fait une remarque fort curieuse. Le malade peut continuer, les yeux fermés, le mouvement qu’il a commencé les yeux ouverts, il peut même l’arrêter; mais quand il a laissé ses bras retomber, il ne peut plus recommencer un autre mouvement si on ne lui laisse pas ouvrir les yeux et regarder ses membres. Le fait, sans doute, n’est pas absolument général; certains sujets ont si peu de mémoire visuelle qu’ils oublient leur bras tout de suite dès qu’ils ne le voient plus; cependant cette remarque peut se vérifier fréquemment: Elle semble montrer que l’image visuelle du commencement du mouvement est ici la plus importante. J’ai répété tous ces faits avec des variantes. Il suffit que Marie ait bien regardé sa main immobile sur ses genoux avant de fermer les yeux, pour que, pendant quelque temps du moins, elle ait conservé la faculté de la remuer. Mais, maintenant, j’arrête son mouvement sans lui laisser voir où’tombe sa main, ou bien je déplace le bras sans la prévenir et je le mets sur sa tête; elle n’en a rien senti, croit son bras sur ses genoux, ou mieux ne sait plus où il est, et dit qu’elle l’a perdu. Je lui demande alors de me tendre la main, et son bras ne bouge plus, ou n’a plus que des tremblements incohérents. Bien mieux, sans toucher à son bras, je lui fais croire que je le déplace, cela suffit pour qu’elle ne sache plus où il est, et me dise d’un ton navré : « Mais laissez-moi regarder et je vous donnerai la main^ » En un mot la notion visuelle importante, c'est la notion de la position de leur bras au moment de commencer un mouvement.
On peut alors interpréter une bien jolie expérience de Lasègue reproduite par M. Pitres. 11 suffit de placer