Autom. psych
rigides. N. a eu, à la suite d’expériences sur la catalepsie partielle, les mains contracturées dans la position de la prière, etc. Les auteurs qui décrivent la catalepsie elle-même citent des malades qui restent immobiles dans une attitude systématique, mais qui sont contracturés • « le corps, raidi dans l’attitude de la prière, les genoux pliés et les mains jointes, pouvait être renversé sans changer de posture ‘ ». Justine eut naturellement, dans différentes circonstances, les mains contracturées dans la position du pianiste qui fait une octave, la main gauche dans la position de tenir une ombrelle, etc. Nous en verrons beaucoup d’exemples en parlant des accidents. 11 est juste de remarquer que, sauf quelques cas exceptionnels, ces contractures systématiques ne persistent pas longtemps sous cette forme. Les contractures, comme d’ailleurs tous les phénomènes subconscients, ont une tendance à se généraliser, elles sont envahissantes. Peu à peu, la contracture gagne tous les muscles du bras et le membre change alors d attitude ; il prend une position spéciale qui sera étudiée plus loin, toujours la même, déterminée par la puissance inégale des différents muscles antagonistes ^ Gela n empeche pas qu’au début, et quelquefois pendant un temps assez long, la contracture n’ait été systématique comme une attitude cataleptique.
Il semble cependant qu’il y a une grande différence entre les catalepsies partielles et les contractures. En général, et c’est la règle que j’ai indiquée à propos des catalepsies, il suffit que le sujet ait un renseignement quelconque sur la position de son bras, simplemen par le sens de la vue, pour qu’il détruise l’attitude cornmuniquée et retrouve immédiatement le libre usage de son membre. Dans les contractures, au contraire, le sujet a beau regarder son bras, il ne peut le bouger, ni
modifier sa position. Je crois qu’une foule d’intermédiaires peuvent établir le rapprochement entre ces deux extrêmes. Chez Rose, l’attitude du bras gauche, tout en restant bien cataleptique puisque je puis la modifier à mon gré sans éprouver de résistance, perd un de ses caractères. Le sujet a beau regarder son bras, il ne peut pas le baisser, il n’en reprend pas la disposition. Chez d’autres,les choses vont plus loin; le bras levé en l’air à leur insu est d’abord cataleptique ; mais au bout d’un certain temps, un quart d’heure pour Lucie, quelques minutes pour Justine, il devient de plus en plus raide. Non seulement le malade ne peut plus le bouger en regardant, mais moi non plus je ne peux plus le bouger quand j’y touche : la catalepsie partielle s’est peu à peu transformée en contracture. Chez S. même, la catalepsie partielle détermine une contracture qui gagne peu à peu et envahit tout le corps.
Il n’est pas toujours nécessaire que cette transformation se produise pour que l’on voie les analogies entre les deux phénomènes. On sait qu’une des conditions de la catalepsie partielle, c’est l’électivité. Quand elle manque, l’état cataleptique peut prendre l’apparence de l’état de contracture. Si une personne étrangère cherche à déplacer le bras gauche de Léonie que j’ai mis en l’air, elle va rencontrer une résistance étonnante; elle trouvera que le bras est raidi jusqu’à l’épaule et portera justement le diagnostic de contracture hystérique. 11 est vrai que je n’ai qu’à toucher le bras pour la remuer dans tous les sens : ce bras est en contracture pour vous et en catalepsie pour moi.
Enfin, quand l’électivité est exaltée, quand une malade a été très souvent hypnotisée et dominée par un opérateur, ses contractures même naturelles, survenues, par exemple, à la suite d’attaques, se transforment, pour cet opérateur, en simples catalepsies. Léonie, Lucie, actuellement Marguerite viennent me présenter leur bras contracturé pour que je le défasse. 11 me suffit, pendant
que le sujet détourne la tête, de déplacer doucement le bras et les doigts comme s’ils étaient cataleptiques. Le massage lui-même, d’ailleurs, que l’on emploie si heureusement pour les autres malades, seinble avoir un effet identique, et provoquer plus brutalement de nouvelles images musculaires qui modifient les images trop persistantes. . . ... -,
Ces observations, que jene puis discuter ici en «etail, me semblent suffisantes pour rapprocher les deux phénomènes et leur donner une explication générale du meme genre. M. Pitres * remarquait déjà fort bien que cette contracture n’est pas un phénomène uniquement musculaire, puisqu’il suffit de frotter la peau qui recouvre le tibia pour l’établir. J’irai seulement un peu plus loin dans le même sens. Ce n’est pas, au moins dans la maiorité des cas, un réflexe purement élémentaire, puis que la contracture produit des attitudes systématisées avec coordination des diverses contractions nrusculaires; puisqu’elle alterne avec des catalepsies qui sont
elles, des phénomènes supérieurs; puisqu elle obéit
à des attouchements d’une personne déterminée et qu’elle manifeste de l’électivité. Il doit y avoir ici aussi un certain mécanisme psychologique. Si on laisse de côté quelques contractures purement organiques, dont ie n’ai ni affirmé, ni nié l’existence, on peut dire dune façon générale que les contractures d’origme psychique, les seules que j’aie étudiées, sont des phénomènes analogues aux catalepsies partielles. Elles sont dues ega lement à des phénomènes subconscients, qui doivent être rapportés à des sensations et a des images kinesthésiques subsistant à part, isoléinent, en dehors de la conscience personnelle du sujet. Dun cô l’autre, des excitations extérieures provoquent de telles sensations L Celles-ci, en raison du rétrécissement de la
l! Féré,' Sensation et mouvement, 1887, 23,
conscience, de la distraction et de l’anesthésie, ne sont ni contrôlées, ni arrêtées par les autres phénomènes psychologiques et tendent à persister indéfiniment en se manifestant comme toujours par des mouvements extérieurs.
Une seule chose pourrait nous embarrasser, c’est que les actes subconscients, comme on l’a vu souvent, sont des actes faibles, exécutés avec continuité, mais sans énergie, car ils ne sont pas rattachés à ces émotions, à ces efforts d’attention qui provoquent les actions vigoureuses. Mais il ne faut pas se laisser aller à une illusion : les contractures, malgré leur apparence, sont aussi des actes faibles. Beaucoup d’auteurs et récemment M. Paul Richer, l’ont mis en évidence par beaucoup d’observations*. Autrefois, j’avais cherché à m’en rendre compte d’une manière plus élémentaire : j’avais glissé un dynamomètre dans la main gauche de Rose, au moment où la main se contracturait en flexion avec une force en apparence très grande : l’instrument fut pris et serré dans la contracture, mais il ne marqua que 9; sur une autre malade, j’ai obtenu 12, mais jamais plus. Or, ces chiffres sont précisément ceux que l’on obtient très facilement par des actes subconscients. Ils ne semblent pas indiquer qu’une force plus grande soit nécessaire dans les contractures.
Une autre difficulté peut être soulevée à propos de la durée de ces contractures. J’aurai plus tard des remarques à faire sur ce point et je montrerai que cette durée et cette permanence sont souvent illusoires, surtout quand il s’agira des contractures accidentelles produites sur des membres sensibles. Dans tous les accidents que l’on considère en clinique comme des contractures, les muscles sont loin de conserver une contraction absolument immuable. Il faut cependant
\. Bmssaüd et Régnard, Soc. de biologie , 1876. Pitres, op. cil ., 383. — Paul Richer, op . cit ., 121.
les troubles du mouvement. 2ü5
remarquer que, si le membre est bien anesthésique, la contracture est peu variable et ne présente pas, dans sa courbe enregistrée par des appareils, ces soubresauts et ces oscillations qui dépendent d’ordinaire de la latigue*. Même dans ce cas, la contracture ne résiste pas indéfiniment; si on exerce sur un membre contracturé une traction continue, on voit le membre se détendre peu à peu. Cette permanence d’une contracture faible est donc toute relative, elle n’a rien de plus extraordinaire que la catalepsie continue d’un bras qui reste en l’air pendant une heure. Ici encore, c’est l’ahsence des phénomènes de douleur, de fatigue et d’émotion qui permet à la contracture de se prolonger jusqu à épuisement de la force physique des organes. Cet épuisement, malgré l’ahsence du sentiment de fatigue, est si réel que toute contracture, comme toute ca.talepsie prolongée, est suivie d’un état parétique du membre.
Après avoir constaté les analogies, il ne faut pas cependant méconnaître les différences : la catalepsie et la contracture sont deux formes différentes d actes subconscients. Dans la contracture, il semble que les images motrices soient encore moins conscientes, encore plus séparées de la perception personnelle du suiet qui est tout à fait incapable de les ressaisir. Ces images isolées sont moins disposées à se systématiser, à former des groupes autour d’une image prépondérante, elles manifestent moins d’électivité et reconnaissent moins bien le maître ordinaire ; elles obéissent uniquement à des procédés plus brutaux, le massage, la traction continue : en un mot, elles sont moins iiitel ligentes. Comme on le verra plus tard, l’obéissance cataleptique dépend d’un certain groupement intelligent des images subconscientes, d’un rudiment de se- Lnde personnalité. Dans la contracture, ce groupement existe beaucoup moins ou même n’existe pas du tout.