ET PETITES PRINCIPAUTÉS SOUVERAINES DE LA CONFÉDÉRA- TION GERMANIQUE
PAR M. PH. LE BAS
MEMBRE DE I.’ltfSTlTUT.
GcoGitAFK ie it sTATisTiQUK. et lû principauté de Hobenzollerti-
Sigmaringen.
Il n’est pas en Europe de pays plus Les trois quarts du territoire sont riche., plus pittoresque que le grand- couverts de montagnes , dont les défiduché de Bade. Il embrasse les belles lés importants couvrent la ligne du vallées oui, des sommets de la forêt Rhin ou défendent l’entrée de la Soua- Noire, Descendent vers le Rhin, ainsi be (*). Ainsi , dans l’angle que forme que la rive droite de ce fleuve, depuis la partie sud-ouest de l’Allemagne , à Bâle jusqu’à Manheim. Sur cette bande quelques ligues du Rhin, la masse du longue et étroite se pressent des villes Feldberg, montagne primitive, dresse populeuses et florissantes, des villa- sa tête a 1,494 mètres au-dessus du niges dont l’air d’aisance et de prospé- veau de la mer. Sa cime aride est prèsrité fait plaisir à voir. Des sites déli- que constamment couverte de neige; deux, des routes bien entretenues, des de ses flancs boisés s’allongent quatre habitants d'une prévenance empres- bras, qui, avec leurs ramifications, sée, tout y charme le voyageur. portent la forêt Noire. Les autres ci-
\/t grand-duché de Bade a 26 myria- mes élevées de cette chaîne sont le mètres de longueur sur une largeur Belchen, ou Ballon; le Rosskopf , ou moyennede.92 kilomètres. Sa superficie Tête de Cheval; le Storenberg, le est de 761 lieues carrées. Il est borné au Todnnuerberg , etc. , célèbres dans les nord par le grand-duché de liesse et la fastes de la stratégie par la belle re- Bavière; au midi, le lac de Constance traite de Moreau. La Kinzig divise la et le Rhin le séparent de la Suisse ; à forêt Noire en partie supérieure et inl’ouest , ce dernier fleuve le sépare de férieure. Dans la région septentrionale la France; enfin, à l’est, il est limitrophe du royaume de Wurtemberg (*) Il e,t question de les fortifier.
I” IJrraison. (Bade , É/tats hfssois, etc.) I
L’UNIVERS
du duché s’étendent le Herberg et l’Odenwald, qui peuvent être regardés comme des prolongements de la forêt Noire, quoiqu'ils ne soient pas à beaucoup près aussi élevés. Les plus hauts sommets de ces deux groupes sont lé Kniebis ( 960 mètres ) ; le Kœnigsstuhl , ou siège du roi (665 mètres); et le Katzenbuckel , ou dos de chai (57t mètres). Entre leSchwartzwald et l’Odenwald règne le déülé de la Bergstrasse { route des montagnes ).
Le lac le plus remarquable est le lac de Constance ( Hodensee ) , appelé autrefois hier de Souabe. Ses eaux , élevées de 422 mètres au-dessus de celles de la mer , ont 682 mètres dans leur plus grande profondeur, et embrassent un espace de 64 à72 kilomètres de long sur 16 de large. Les bateaux h vapeur, chargés de voyageurs curieux de visiter ses beaux sites, ne redoutent plus ces subites variations des vents, qui, jadis, y submergeaient souvent les bâtiments à voiles. Les autres lacs du duché sont plutôt de vastes étangs , presque tous situés dans la contrée montagneuse et à une hauteur considérable : tel est ce curieux bassin du lac des Fées ou Mummelsee, prés de Bülil , dans la forêt Noire. On n’a pu parvenir à en atteindre le fond avec la sonde, ce qui lui valut de la part des Romains le nom de lacus mirabilis.
Les récits populaires en font le séjour d’une troupe de ravissantes ondines.
Le Rhin reçoit tous les courants qui arrosent le grand-duché, à l'exception du Danube, dont on voit l’humble source jaillir dans un bassin du château de Donaueschingen (*). Les affluents les plus considérables du Rhin sont le Wiesen. le Treizam , la Murg, la Kinr.ig, le Neckar, qui reçoit luimême le Jagst, l’Enz , etc. ; enfin le Mein, grossi du Tauber.
Des sommets des montagnes, l'œil découvre partout un magnifique panorama : c’est la vallée du Rhin, avec
(*) Appartenant au prinre de Furstemberg. Le Danube ne prend ce nom cpi'aprèi s’étre grossi de deux autres branches : le Krege et le Bi'igat'h.
ses escarpements couronnés de vieux châteaux en ruine et ses riants villages; puis la plaine, pour ainsi dire ensevelie sous des flots de moissons ; ailleurs le vallon de Gernsbach et de Geroldsau, aveè ses frais ombrages, ses bouuuets de fleurs ; ou bien le Wiesenthal , chanté par Hebel , le Théocrite de l'Allemagne ; ou le Hœllenthal ( val d'enjer ) , encaissé dans de hauts rochers de granit , et consacré par la valeur allemande (*) ; le Kinzigthal , tapissé de vignobles ; la romantique vallée de la Murg, celle du Neckar, etc. En un mot , le duché de Bade ne forme qu’un grand jardin, le paradis de l'Allemagne; aussi les voyageurs V accourent-ils de toutes parts polir chercher la santé ou le plaisir aux eaux de Badcn , Badenweiler, Griesbach, Pétersthal , Antogast, etc.
L’antiquaire même y trouve à satisfaire amplement des goûts plus sérieux au milieu des nombreux monuments de l’antiquité et du moyen âge. Il reconnaît dans diverses directions les traces des voies romaines. A Bade et à Durlach, il visite les inscriptions elles pierres milliaires qui datent de l'époque de Trajan, de Caracalla. d’Héiiogabale et d’Alexandre Sévére ; a Badenweiler, les lia ins consacrés à Diane Abnoba ; entre Durlach et Ettlingen , l’emplacement d’un monument dédié à Neptune, ou les vestiges d’une villa romaine ; non loiti de Neckarburgen, les ruines ti'un temple de Minerve; dans le jardin de Schwetzingen , un cimetière romain , etc.
La Souabe, la lorét Noire, les bords du Rhin furent le berceau de la chevalerie allemande, qui a laissé les ruines de ses manoirs sur presque toutes les montagnes du pays. A deux lieues de Fribourg, on voit'les restes du château de Kiburg, où le brave Kuno, prenant comme signe de ralliement la boucle d’oreille d’une femme décapitée, donna le signal de la destruction du terrible tribunal secret (Vthm-Ge-
(*) Les Allemands appellent te défilé lui es Thermopyles, depuis ta belle défense du général bavarois de Mercv. le 9 août 1644.
BADE
richt ). On s’arrête également avec intérêt devant le château d’Eberstein, près de Bade , aux ruines de Falkenstein, dans la forêt Noire, asile du duc Ernest II de Souabe (*) ; à celles de llohengeroldseck , de Sponeek , de Limbourg, etc. , débris imposants des siècles passés, dont le pa v>an vous raconte les naïves légendes.
D’apres les derniers releves , la population s'évalue à 1,225, 000 âmes. Les deux tiers sont catholiques , quoique le prince professe la foi luthérienne; mais il est peu de pays où les deux cultes observent une plus charitable tolérance. Le langage des habitants est un dialecte assez rude, qui se rattache à la langue alémannique.
Les principales productions sont les grains, le chanvre, le tabic, et plusieurs espèces de vins estimés. Le commerce et l’industrie ne sont pas aussi développés que l'agriculture ; cependant , les habitants de la forêt Noire confectionnent une foule de petits ouvrages en bois et en paille , et trouvent de grandes ressources dans la fabrication des horloges en bois, dont l’exportation atteint annuellement le nombre de cent mille pièces , et donne une valeur d'un demi-million de florins. Régies d'après un excellent système , les magnifiques forêts du pays ali mentent aussi uncommercefort étendu avec la France et la Hollande, au moyen des communications naturelles établies par la Murg, la Kinzig et le Rhin. Une civilisation intelligente vivifie le pays : Fribourg et Heidelberg possèdent des universités ; les principales villes, des lycees et des gymnases , et toutes les communes des écoles primaires.
Le contingent à l'armée de la confédération , dans laquelle le grand-duché occupe le septième rang (**), est de 13,333 hommes, et fait partie du huitième corps.
(*) Voyei Histoire du royaume de Wurtemberg, p. 8.
(**) Avant lui viennent l’Autriche, la Prusse , la Bavière, la Saxe, le Hanovre et le Wurtemberg.
La force militaire se composait d’un effectif de 1 1,000 hommes et d'une réserve de 7,000, avant l’ordonnance du mois dé septembre 1841 , qui met l’armée sur le pied de paix pour l’année 1842, et prescrit une levée de 4,000 hommes destinés au service actif et de 3,000 hommes de réserve.
Les budgets des dernières années établissent pour les revenus un total d’environ 10.400,000 florins, et, pour la dette nationale, de près de 13,000,000 de florins (*).
Le grand-duché forme une monarchie héréditaire et constitutionnelle.
Depuis le l'r mai 1832 il est divisé en quatre cercles, ceux du Haut-Rhin, du Moyen-Rhin, du Bas-Rhin et du Lac. flfous allons en parcourir les localités les plus remarquables.
TOFucRxrHie
Carlsruhb, capitale du grand-duché, peuplée de 20,000 âmes, est une ville neuve, et régulièrement bâtie en forme de demi-cercle. Au château du grand-duc, construit avec une élégante simplicité, viennent aboutir les neuf principales rues qui divergent en éventail, tandis que vingt-trois autres rayons, partant aussi du château comme d’ün point central, traversent la forêt où iis tracent de magnifiques allées. Cette ville a un grand nombre de beaux édifices, d’établissements utiles; mais son aspect est monotone , ses rues manquent d’animation. Ne vivant
3 ue du séjour de la cour, elle se déonimage du peu d’importance de son commerce par son industrie à créer les objets de luxe.
Durlach, dans une plaine fertile sur la Plinz, ancienne résidence de la branche cadette des margraves, a un château qui n'est guère habité (**). Sa population s’élève à environ 4,400 âmes.
Sur les bords de la Murg est la pe-
(*) Le florin équivaut à a fr. i5 cent, de notre monnaie.
(**) Il fut incendié, en 1689, par lesFraneais. De toute la ville . il ne resta , dit-on , que cinq maison*.
L’UNIVERS
tite ville de Rastadt, célèbre par plusieurs congrès et par le lâcbeassassinat des plénipotentiaires français (*). Son château , bâti par le margrave Louis , le vainqueur des Turcs , est inhabité depuis que sa race est éteinte. On s’occupe à tracer les lignes de fortifications qui doivent faire de Rastadt une des places les plus importantes de la confédération germanique. Sa population est de 5- à 6,000 âmes.
Manheim , au confluent du Neckar et du Rhin, est la ville la plus considérable du grand-duché; elle renferme plus de 23,000 habitants. Ravagée, démantelée en 1622 par les Bavarois, puis par les Français lors de l'invasion du Palatinat, enfin dans la guerre de la révolution, elle s’est toujours relevée de ces désastres , grâce a la fertilité du sol qui l’environne, à l’activité de son commerce et à l’importance de ses fabriques. Ses places publiques ornées de fontaines, ses rues bien alignées et bien bâties , son château habité par la grande-duchesse Stéphanie, et sa situation pittoresque , la placent au rang des villes les plus agréables.
Elle est le siège de la cour suprême, et possède plusieurs établissements scientifiques, littéraires, etc.
En remontant le Neckar, à dix lieues de Manheiin, on voit sur ses bords l’ancienne résidence des comtes palatins, la ville universitaire à' Heidelberg. La montagne à laquelle s’adosse la ville est dominée par le magnifique château , dont les ordres de Louvois ont fait la plus importante des ruines modernes de l’Allemagne. Tout le monde connaît de réputation sou énorme tonneau détruit pendant la guerre de trente ans, et dignement remplacé par un autre qui contient 410,000 litres.
Bruchsal a aussi un beau château , appartenant jadis au prince-évêque de Spire. Cette ville compte 6,000 habitants.
Bade ou /laden doit son nom à ses sources thermales et à ses bains , déjà
(') Le crime a été commis dans In forêt qui se trouve à une demi -lieue de Rastadt, sur le chemin de Strasbourg.
renommés du temps des Romains (*). Pendant la belle saison des milliers de voyageurs, de joueurs et de malades se rendent de tous les points de l’Europe dans cette délicieuse vallée, devenue le rendez-vous du monde élégant de Paris, de Londres, de Saint-Pétersbourg; aussi la ville croit-elle rapidement en étendue et en richesse. Des édifices splendides , de beaux hôtels viennent ajouter tous les jours à ses agréments.
Le château ducal est remarquable par ses souterrains, où siégeait le tribunal des francs-juges, et où étaient enfermées ses victimes. A peu de distance sont les ruines imposantes du vieux château gui , durant plusieurs siècles, fut la résidence des princes de Bade.
La ville a 6,000 habitants, y compris la population du petit bourg’ de Lich tenthat , dans le couvent duquel sont inhumés plusieurs margraves. A trois lieues de là , et à l’entrée de la vallee de la Murg , se dresse comme une sentinelle le château ü' Lberstein , restauré par le grand-duc.
De Bade à Offenbourg, si .l’on passe par le village d eSalzbach ou Sassbach , on ne visitera pas sans émotion le vieux noyer au pied duquel le grand Turennc 'rendit le dernier soupir, et la pyramide de granit, qui consacre le souvenir de cet événement.
Au pied des montagnes de la forêt Noire , dans un site charmant , on trouve Freybourg ou Fribourg, ville de 12 à 15,000 âmes, importante par son université et son commerce ; sa cathédrale gothique, bâtie à peu rès sur le modèle de celle de Strasourg, est un chef-d’œuvre d’architecture; le clocher est un des plus hauts qui soient en Europe; un évêché a été récemment établi à Fribourg.
Brisach ou l ieux-Brisach , sur la rive du Rhin, passe pour avoir été fondée par Drusus. Elle a été presque détruite par le feu des Français en septembre 1793. Sa population est de 2,500 habitants.
(*) Elle s'appelait alors Civilas Aurélia Aquensis. On fait remonter sa fondation à Trajan.
BADK.
La région méridionale du grand-duché est celle qui renferme le moins de villes dignes d'être décrites. Mous ne pourrons citer que Constance , qui donne son nom au lac sur les bords duquel elle s’étend. Cette ville , si célèbre par le concile dont le résultat fut le martyre de Jean Huss et de Jerome dé Prague, cette cité, autrefois libre et impériale, et peuplée de 30,000 âmes, est entièrement déchue. A peine si l’on trouve aujourd'hui dans l’enceinte de ses murs 5,000 habitants. Le palais ducal, celui de l’évêché et la cathédrale, édifices gothiques, sont ses principaux monuments. L’ancien couvent des dominicains, où se tinrent les séances du concile, a été converti en une sorte de halle. Cependant on y voit encore les sièges de l’empereur et du pape, et le cachot de Jean Iluss.
HISTOIRE
HISTOIRE ANCIENNE DU PATS DE BADK JUS- QU*A SA COirVKRSIOX AU CH RI STI A If ISM E.
Lorsque les gendres d’Auguste pénétrèrent dans les forêts de la Germanie, le pays compris entre le Danube, le Rhin , le Mein et le Neckar , fut le
ftremier exposé à leurs armes; mais es Suèves , les Marcomans qui l’habitaient, avaient renoué leurs anciennes confédérations, et leur courage était célébré. Drusus jugea plus prudent, au lieu de les attaquer de front , de tourner leur position. Ce plan n’échappa point à ses ennemis, qui abandonnèrent leurs foyers et s’enfoncèrent dans la Germanie pour y combattre les étrangers. Drusus étant mort, Tibère poursuivit sa conquête, et poussa jusqu’aux sources du Danube.
Sa marche avait été facile à travers les solitudes faites par la retraite des indigènes. Mais ces contrées étaient trop attrayantes pour rester désertes :
* des aventuriers gaulois et helvétiens vinrent en foule s'y fixer. Favorisées par les Romains, ces colonies, avec le peu d'habitants qui n’cvaient pas suivi l'émigration , cultivèrent les bords fertiles du Rhin et de ses affluents. Ces cours d’eaux et les montagnes d’où
ils descendaient reçurent de nouveaux noms : les Gaulois 'appelèrent la forêt Noire . 4bnoba , et les Romains Syloa Martiana, traduction de Mark-fVald ( forêt des Marcomans ).
Trajan vit quel parti on pouvait tirer des colonies trans-ihénanes ; il les réunit à l’empire, après avoir déterminé leurs frontières à l’est et mis des garnisons dans les places. Tout le territoire entre le Danube et les Alpes fut compris dans la Rhétie; au sudouest, l’angle du Rhin, depuis le lac de Zeller jusqu'au confluent du fleuve et de l’Elz, appartint à la Séquanaise , et le reste à la Germaniesupérieure. Comme les Romains prélevaient la dime sur leurs nouveaux domaines , ils leur donnèrent le nom de agri decumates, ou pays des dîmes (zehentland). Pour plus de sûreté contre les incursions des Germains, le successeur de Trajan construisit une ceinture de tours et de camps , qui, partant du confluent de l’Altmuhl et du Danube, se prolongeait en arc , à travers les montagnes et les vallées , jusqu’au Mein. La longue paix qui suivit, et la protection des empereurs, firent naître dans le pays une prospérité attestée par les vestiges qu’on y tire encore chaque jour du sein de la terre. Les Romains établirent une quantité de bains dans la forêt Noire , élevèrent des temples , des villas, tracèrent des routes militaires, et bâtirent des châteaux où leurs troupes hivernaient. Ils avaient réuni dans le pays des dîmes des forces considérables.Outre les cohortes îles légions (*), les garnisons renfermaient des volontaires de Rome, des auxiliaires bretons et helvétiens, et une forte réserve d’indigènes.
Ainsi , la culture et la civilisation se développaient dans le voisinage de la
(*) On lit sur deux fragments d’insrriptiou antique trouvés à Bade, et qui se rapportent à la fondation de cette ville : lmprratore Ntrva Trajano pcmtificc masimo , tegio prima adjutnx , tegio undecima Constaru.
Le musée de Rade est riche en antiquités romaines trouvées dans les environs.
L’UNIVERS
barbare Germanie. Les conquérants plantaient des vignes, exploitaient les mines (*); mais surtout iis donnaient de grands soins à la construction et à l’entretien des routes militaires. Les unes conduisaient à la citadelle A' Ad fines ( Plia , canton de Zurich), à lindontssa et à Augustes Rauracorum (Windisrh et Bâle), faisant communiquer l'Helvétie avec Ips terres décumates. D'autres se portaient à Constance et sur la tangue de terre qui entre dans le lac, où, d’un côté, le nom de l'antique château de Bodman (**) , et . de l’autre, celui d'Uberlingen rappellent les nomg celtiques de Bodungo et de Oberum. L’une d'elles passait par plusieurs ehâteaux forts jusqu’à la citadelle / Iragodurum (Àltheim), au-dessus deMœskirch,et poussait delà jusqu'au Danube. Une autre voie traversait Te- , nedotprès de Zurzach, sur le Rhin,
E assoit à droite du château bâti sur les nrdsdu Wutach , avançait jusqu'à Juliomagus (vraisemblablement Stuhlingen) , et arrivait à Brigach par les gorges de Fuezen. Entre Breunlingen et Hufingen était la ville de Bri^obannis , défendue par un château d'origine gauloise, et ainsi nommée de la rivière qui l’arrose Elle communiquait par le prolongement de la route militaire à la colonie romaine Aræ Flaviie, située près de Rolhweil, et dont la fondation est attribuée à Vespasien. A cet endroit aboutissait aussi un chemin venant du Danube et traversant les montagnes de la forêt Noire. Mais la route principale se dirigeait d’Aræ Fia vite par Svmalozennm ( Sulehen ) , sur le Danube.
Enfin , une dernière grande voie coupait le Rhin à Colonies Angusta Rats racomm, et conduisait, par Loerach et Schliengen , jusqu’à Motis Brûlants. La montagne sur laquelle est bâtie la ville du Vieux-Rrisaeh s’élevait alors au milieu du Rhin , et était couronnée d’une citadelle. Le prolonge-
(*) On trouve en plusieurs endroits les traces de ces travaux.
(**) Résidence du premier duc d’Alémanie. Voyez histoire du royaume de Wurtemberg.
ment de cette route allait à Riegel par le château d’Achkarn , et à Bade par Ortenau.
Plusieurs autres voies perpendiculaires a la route intérieure du Rhin se dirigeaient vers les pentes basses de la forêt Noire. Lelieu le plus remarquable de tous ceux que parcourait la route des montagnes était Ciritas Aquensis,Anm la vallée de Bade. Elle devait sa prospérité aux empereurs Trajan, Adrien et Antonin. Le premier , qui passe pour son fondateur, faisait 6es délices d« ses eaux thermales. La contrée était défendue par un camp sur le Rgttigbuhl (*) et par deux ehâteaux, dont on trouva les vestiges en construisant les bâtiments des jésuites. L'empereur Caracalla lui adjoignit le nom d’.-/urelia. Parmi les communications nouvelles que l'affluence des baigneurs força d’ouvrir avec les environs , on distinguait une voie principale côtoyant les montagnes, comme la Bergstrasse d’aujourd'hui, jusqu'à Mayence. A l'entrée de la vallée de la Piinz elle passait au pied de Durlach < Duriarum) , éminence surmontée d’un château. Plus loin , là où le Neckar descend dans la plaine , plusieurs fortifications la dominaient à Koenigstuhl et à Hriligenberg. En tirant à l’ouest de Heidelberg, à Ladenbourg, était la colonie gauloise de Lupodunum , et au confluent du Neckar et du Rhin, sur l’emplacement de Manheim, s’élevait /»toramnium.
Aux bords du Neckar et au sein de l’Elzenthal rampait une route qui menait aux habitations gauloises de Sinzheim, et une autre menant à l'Odenwald , où toutes les hauteurs étaient fortifiées.
Sur l’espace laissé libre par les villages et les routes étaient disséminées les cabanes des Gaulois, dans les lieux les plus exposés au soleil. Ils élevaient des bestiaux et cultivaient la terre, et lorsque l’ennemi paraissait , on les appelait aux armes. Les Romains n'a-
(*) A l’endroit où est aujourd’hui la maison de plaisance de la grande-duchesse Stéphanie.
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BADE
vaient troublé ni leurs habitudes, ni leurs mœurs. Suivant la coutume des ancêtres, ils sacrifiaient à leurs dieux, et enterraient leurs morts sur les collines et les éminences tournées à l’orient.
Mais cette possession longtemps paisible fut troublée quand Caracalla, par une cruelle perfidie, eut fait cerner et massacrer la jeunesse des Alémans (♦) (210 après Jésus-Christ ). Des lor6 ces peuples , pendant un siecle entier, luttèrent contre les Romains, pour s’emparer des terres décumates. En vain Postumius, qui commandait dans ces contrées, employa-t-il sept années à élever des fortifications : elles ne pouvaient résister à des attaques continuelles. Les victoires de Probus furent aussi sans résultat. Les Alémans, confédération de peuples où étaient entrés les débris de celle des Kuèves, rétablirent leur domination dans les terres décumates.
Plus tard , Constnnee fut obligé de leur céder tout le pays, depuis le Jura jusqu'à Mavenee, entre le Rhin et les Vosges ( 8-55 ans après Jésus-Christ ).
Mais bientôt Julien, vainqueur dans les plaines de Strasbourg , vint les attaquer au delà du Rhin, pour les contraindre à la paix , qui ne fut conclue qu’au bout de trois ans. Ce fut la dernière fois que le nom romain brilla de quelque éclat dans ces contrées. Après la mort de Julien, l’empire retomba dans une déplorable confusion. Les campagnes entreprises par Valentinien contre les Alémuns n’aboutirent qu’à les confirmer dans la possession du pays que Constance leur avait accorde. Demeures indépendants dans leurs cantons ( gau ), ils vécurent sans trouble pendant plus d’un siècle et demi. Mais, comme nous l’avons vu dans l'histoire du Wurtemberg, ils se soumirent auy Francs après |a bataille de Zulpich ( 496 ) , et se révoltèrent ensuite plu*. sieurs fois contre l’autorité des maires du palais, jusqu’à ce que Pépin le Bref délit Laudfricd, leur duc, petit fils de Godfried, défenseur non moins éner-
(*) Voyez V Allemagne, 1 1, p. 34.
gique de l'indépendance nationale, et supprima en Alémanie la dignité ducale ( vers 746 ).
LE CBKISTUIIUME SUE LES EOEDS DU EBII.
C’était de la bataille de Zulpich, de la conversion des Francs , que datait l’entrée des nations riveraines du Rhin dans la civilisation chrétienne; on prétend même qu’à cette époque des Francs en grand nombre vinrent s'établir dans le pays de Bade , et en renouvelèrent presque entièrement la population.
Néanmoins de pieux missionnaires , disciples de l'Irlandais Colomhan , firent plus par la parole en faveur de la religion, que leseonquérants n’eussent pu obtenir par la force. Tels étaient Offon, qui fonda le couvent d’Offenzell, nommé, plus tard, Sebuttern. et Landolin , qui pénétra dans l'Ortenan , et
fiérit victime de son zèle. Plus tard , e peuple attribua au tombeau de ce dernier la vertu de faire des miracles, et s’y rendit en pèlerinage. Le couvent qu’on y bâtit fut appelé Mongzell; sur ses ruines on éleva l’abbaye d'Ettenheim-Munster , dans la vallée où la rivière de Lautenbnch se jette dans celle d’Undiz. Un des plus célèbres de ces saints personnages, Trulbert, qui parcourut le Brisçau , paya aussi sa ferveur de la vie,au lieu où fut érigée plus tard l’abbaye placée sous son patronage. Enfin saint Boniface, l’apôtre des Alémans, acheva l’œuvre commencée par ses prédécesseurs (*}. Il employa à son œuvre des moines et des nonnes. Ainsi il envoya la savante et pieuse Lioba à Biscliofsheitn , sur le Tauber, où elle établit un couvent de femmes.