ÉTATS-UNIS LIVRE DIXIÈME
ARMEMENTS ET CONVOIS DIRIGÉS VERS Gt BRALTAR, OPÉRATIONS NAVALES DANS LES MERS D'EUROPE ET DANS LES ANTILLES, SITUATION DES PUISSANCES NEUTRES, LiGUR DE LA NEUTRALITÉ ARMÉR, Prism pe CHARLESTON PAR LES ANGLAIS, Consrr- RATION D'ARNOLD, SUITE DES OPÉRATIONS DE LA GUKRRE, JONCTION DES TROUPES FRANÇAISES ET AMÉRICAINES, SIÈGE DK Yonk-TownN &T CAPITULATION p& CoRN- WALLIS, COMBATS ET DERNIER REVERS DU COMTE DE GRasse. Prise De Minnnque.
D£RNIÈRES ATTAQUES CONTRE CIBRALTAR, CAMPAGNES DE SUFFREN DANS LES INDES OCCIDENTALES. FiN DES HOSTILITÉS.
L'extension que prennent les opérations militaires va nous faire rencontrer dans tous les parages les pavillo et les armes des belligérants. Partout où ces puissances ont à se disputer un domaine, elles cherchent à s'affablir mutuellement; leurs attaques s’étendent même dans tous les lieux où leur commerce avait pénétré : si les grandes flottes n'apparaissent que sur quelques points, Les armements isolés circulent partout; aucun pavillon ne se dérobe à leurs recherches; et ce nou- ‘eau genre d'agression étend sur le monde entier le fléau des hostilités.
Angleterre, qui avait envoyé de nouvelles troupes en Amérique, afin d'y reprendre l'offensive, faisait en même temp: de puissants efforts dans les parages « Europe, où d’autres ennemis s'étaient declarés contre elle.
La place de Gibraltar, que l'Espagne bloquait par terre et par mer, ne pouvait plus compter sur les approvisionnements habituels qu’un commerce libre lui aurait apportés des côtes d'Espagne et d'Afrique : elle commençait à manquer de vivres ; et le gouvernement britannique , voulant y faire passer un convoi de subsistances , chargea l’amiral Rodney de l’escorter avec une flotte de vingt et un vaisseaux, qui devait ensuite se rendre aux Antilles.
Le 8 janvier 1780, cette flotte, arrivée à la hauteur du cap Finistère, s'empara d'uü convoi, expédié de Saint-
Sébastien à Cadix, sous la garde du vaisseau le Guipuscoa et de quelques autres bâtiments armés qui tombèrent également en son pouvoir. Une autre escadre de neuf vaisseaux de ligne, commandée par don Juan de Langara, fut signalée, le 16 janvier, près du cap Sainte-Marie : cet amiral, apercevant de loin des vaisseaux ennemis, ne consulta que son ardeur et résolut de les attaquer : bientôt il reconnut la disroportion de ses forces ; mais il n’éait plus temps d'éviter un combat trop inégal, et malgré son intrépidité il fut écrasé par le nombre. Un de ses vaisseaux sauta ; quatre autres furent pris et emmenés à Gibraltar, où les Anglais conduisirent heureusement leur convoi. Rodney, après avoir réparé ses avaries, reprit la mer pour se rendre aux Antilles avec une partie de sa flotte : ses autres vaisseaux furent ramenés en Angleterre par le contre-amiral Digby, et dans leur traversée ils rencontrèrent un convoi, parti de Brest pour l’île de France, sous l’escorte des vaisseaux l’4{jax et le Protée, et de la frégate la Charmante. Du Chillau commandait cet.
armement, et pour sauver le convor, il donna ordre au capitaine de l’4jax de gagner le large pendant la nuit avec la plus grande partie des navires, tandis qu’il attirerait sur lui-même les forces de l’ennemi, en continuant de se tenir à sa portée et dans la même direction. Cette manœuvre mit le convoi en sureté; mais le Protée, vivement poursuivi et attaqué par cinq vaisseaux de ligne, perdit un de ses mâts, fut capturé et conduit en Angleterre.
L’escadre espagnole , qui s'était ren, due à Brest l’année précédente, avait quitté ce port le 13 janvier, pour revenir à Cadix; elle se composait de vingt-quatre vaisseaux ; et si elle eût rencontré la flotte britannique, elle eût pu la combattre avec avantage; mais elle fut dispersée par une tempête , et ses bâtiments parvinrent avec peine à se réfugier, les uns au port du Ferrol, les autres à Cadix.
Rodney poursuivit alors sa navigation vers les Antilles, où il allait rem-
\ placer l'amiral Hyde-Parker. Il avait été devancé dans ces parages par la flotte française command r le comte de Guichen; et un premier enpagement entre les deux amiraux eut
eu le 17 avril, à l’uuest de la Dominique: le combat Qure Dogue soir, et le résultat en fut indécis : plusieurs vaisseaux de l’une et de l’autre escadre furent désemparés, et Guichen alla déposer ses blessés à la Guadeloupe, avant de reprendre ses opérations.
Son projet était de seconder une descente que le marquis de Bouillé devait faire au Gros-Ilel, près des côtes de Sainte - Lucie; et la flotte anglaise ayant été aperçue, le 8 mai, au no de cette île, les deux amiraux se préparèrent à un nouveau combat. Ils manœuvrèrent à la vue l’un de l’autre, pendant plusieurs jours, et un engagement partiel eut lieu le 15 mai, à sept heures du soir; mais la nuit vint empécher hp ne se prolongeât.
On fit de nouvelles évolutions les jours suivants, pour se chercher, s’éviter, choisir ses positions ; et, le 19 mai, les flottes étaient si rapprochées, qu'elles gere immédiatement: les deux lignes arrivaient à bord opposé, en se prolongeant ; et le combat, commencé entre les chefs de file, s’étendit bientôt aux armées entières. Sur le soir, les deux escadres s'étaient dépassées, et les Français voulurent revirer de bord pour renouveler le combat ; mais Rodney s’éloigna pendant la nuit; et ses vaisseaux voguant à pleines voiles, se trouvaient le lendemain à deux lieues de distance. Les. habiles manœuvres des amiraux, dont les forces étaient égales, firent honneur à l’un et à l’autre; et les équipages rivalisèrent de valeur dans ces différents combats, à la suite desquels les deux flottes se rendirent,
ur se regréer, l’une à la Martinique, ’autre à la Barbade.
On annonça bientôt à l'amiral fran-
is l’approche de douze vaisseaux de igne espagnols , d’un convoi de vivres, et de onze mille hommes de troupes de cette nation : Guichen alla à leur rencontre, et: les joignit, le 9 juin, entre la Dominique et la Guadeloupe.
Cette escadre était destinée à une expédition contre la Jamaïque; mais le grand nombre de malades que don Joseph Solano avait à bord lui fit suspendre l'exécution de ce projet; il ne pensa plus qu’à se rendre dans l'île de Cuba ; et le comte de Guichen l’escorta jusqu’au détroit de Bahama, avant d'aller se réunir à l'escadre de la Motte-Piquet, qui était alors en station au Cap-Français.
La Motte-Piquet avait eu, l'année
récédente, un commandement dans a flotte du comte a À il avait ramené de Savannah à la Martinique l'escadre placée sous ses ordres, et avait soutenu, dans la rade même du Port-Royal, un combat héroïque contre la flotte de l'amiral Hyde-Parker. Sa valeur avait sauvé la plus grande partie d’un riche convoi , expédié de Mar seille à la Martinique ; et il avait ensuite heureusement escorté un grand nombre de navires qi allaient chercher des vivres dans l’île de Saint-Eustache. Une croisière anglaise était établie sur les côtes de Saint-Domingue lorsqu'il s’y rendit: il eut un engagement avec elle; il la dispersa ; et son arrivée délivra le Cap d’un blocus qui durait depuis trois mois.
Les opérations navales allaient être momentanément ralenties dans ces parages : Guichen les quitta au mois d'août pour revenir en Europe; et Rodney, après avoir envoyé une partie de ses forces à la Jamaïque, afin d’en assurer la défense , fit voile pour New- York avec ses autres vaisseaux.
La gravité des événements qui s’accomplissaient ou se préparaient alors en Europe, et qui se rav.achaient tous à la guerre soutenue par la Grande- Bretagne contre ses nombreux ennemis, exige que nous en présentions la suite avec quelques développements.
L'attaque de Gibraltar, où le général Elliot avait une garnison de six mille hommes, continuait d'occuper une partie des troupes espagnoles. Le général Mendoza, commandant l’armée de siége établie au camp de Saint- Roch, cherchait à resserrer la place:
l'amiral Barcelo gouvernait la flotte à
ée à une exue; mais le que don Jo- } lui fit susprojet; il ne dans l'île de hen l’escorta lama, avant cadre de la lors en sta-
eu, l'année lement dans ns; il avait | Martinique | ordres, et de même du oïque contre Parker. Sa gros rjé de Jar il avait enté un grand laient chere Saint-Eusplaise était aint-Domin- À eut un enispersa ; et d'un blocus Dis.
allaient être dans ces paa au mois Europe; et é une partie e, afin d’en > pour Neweaux.
ts qui s’acraient alors haient tous la Grandebreux enneésentions la ments.
où le généison de six d'occuper agnoles. Le ndant l’arp de Saintr la place:
t la flotte à
l'entrée de la baie ; et, dans la nuit du 6 juin 1740, il essaya d'incendier, avec des brülots, quelques vaisseaux de guerre ou de commerce qui se trouvaient dans le port ; mais les hommes qui devaient lancer ces brûlots y mirent le feu trop précipitamment , et les navires anglais furent préservés. Un rand nombre dechaloupescanonnières Éurent ensuite armées par don Barcelo :
elles étaient destinées à bombarder la lace; mais les batteries basses de Gibraitar en détruisirent une partie, et ce nouveau moyen d'attaque fut abandonné.
Les Espagnols se maintenaient en force dans les eaux de Cadix et d'Aléziras , afin d’être plus en état de con- Bauer le blocus de Gibraltar , et d’intercepter les secours que l’Angleterre pouvait diriger vers ce port: ils se trouvaient ainsi très -éloignés des parages de Brest, où les Français avaient leurs pores armements ; et l’on ne voyait habituellement , dans le Golfe de Gascogne, que quelques frégates en croisière, chargées d'observer les mouvements des escadres ennemies, de protéger le commerce des côtes, et de fes mettre à l’abri des incursions
contre la frégate la Flora, dont l’artillerie et l'équipage étaient plus nombreux : elle voulut, en tentant l’abordage, se dérober à la supériorité du feu de l'ennemi ; mais elle fut accablée dans cette lutte inégale. Les commandants des frégates françaises étaient Ransanne, Kergariou, et du Rumain:
tous trois périrent dans ces combats.
Mais, à la même époque, l’escadre combinée que commandait alors don Luis de Cordova, rencontra, à solxante lieues du cap Saint-Vincent, un convoi.
anglais, escorté par le vaisseau le Ramillies et pur trois frégates : il avait été expédié pour les Indes orientales, etsecomposait d’un approvisionnement considérable d’agrès, d’armes et de munitions : des navires marchands, ri chement chargés , naviguaient sous la même escorte ; et d'autres bâtiments avaient à bord trois mille hommes de troupes, qui devaient plus tard se séparer du convoi, et se diriger vers les côtes d'Amérique. Soixante navires furent amarinés et conduits à Cadix, où un tel succès excita une vive allé-
resse : les bâtiments de guerre qui es avaient escortés, ne s’échappèrent qu’en prenant chasse et en forçant de voiles.
Quelle était cependant , au milieu deces hostilités maritimes, la situation des neutres? Leur commerce avait fourni une partie des convois arrêtés par les belligérants; et, en se couvrant du pavillon d’une puissance ennemie, ils étaient exposés aux attaques du parti contraire. Mais les neutres couraient encore d’autres périls : souvent ils étaient arrêtés en naviguant sous.
leurs propres couleurs; leurs actes inoffensifs ne les mettaient point à l'abri des maux de la guerre ; et, dans ce conflit des nations ennemies, les droits de la paix, de la souveraineté, de l’indépendance, ne furent que trop sacritiés. Des voix nombreuses commencèrent alors à s'élever en faveur des neutres, et l'opinion publique, venant à leur aide, réclama hautement et avec exigence les franchises dont ils devaient jouir.
I est de l'intérêt de tous les peu.
ples que le pavillon des neutres soit respecté en temps de guerre : il assure au commerce un sauf-cunduit ; il empêche que toutes les relations des puissances ennemies ne soient brisées; il eur sert d’intermédiaire, et facilite entre elles un nouveau rapprochement.
Les nations en guerre ont-elles d’ailleurs le droit d’envelopper dans leurs agressions un peuple étranger à leur querelle, et leur est-il permis d’attenter à sa prospérité , et de tarir les sources de son commerce ?
La marine de France recevait par les bâtiments neutres une pare des objets nécessaires à ses constructivns ; et lorsqu'elle vit que leur porillen n'était pas respecté par l’Angleterre, et qu’il n'offrait plus la même sécurité, elle dut recourir à d’autres moyens de communication, moins étendus, il est vrai, mais plus à l'abri des hostilités. La traversée du Pasde-Calais et de la Manche était la plus fperueuse, et l’on rechercha les faciités que pouvait offrir la navigation intérieure, pour recevoir du dehors les munitions navales et les autres articles qui ne pouvaient pas être librement transportés par l'Océan; ceux
uc l'on tirait d’Ostende arrivaient à
and par le canal de Bruges; ils remontaient l’Escaut jusqu’à Cambrai, d’où on les expédiait par terre à Saint- Quentin; de là ils naviguaient successivement sur l'Oise, la Seine, le canal de Briare, la Loire, jusqu’à Nantes, et on les faisait passer à Brest ou à Rochefort par la voie du cabotage.
La navigatior du canal de Languedoc permit également de torrespondre entre l'Océan et la Méditerranée, sans être exposé aux croisières anglaises, et sans avoir à tourner les côtes d’Espagne, et à s’engager dans le détroit de Gibraltar. Mais ces communications intérieures ne pouvaient suffire à tous les besoins de la marine et du commerce : c'était principalement aux neutres à y pourvoir, et l’inviolabilité de leur pavillon devenait chaque jour plus nécessaire. Le gouvernement français avait formellement reconnu
leurs droits, et sa législation sur la neutralité était trop libérale pour ne pas obtenir l’adhésion des diverses puissances : elle fut adoptée par l’Europe presque entière, et l'on vit paraître un grand nombre de publications dont le but était d'en prescrire l'observation aux navigateurs.
Le plus célèbre de ces règlements fut celui du gouvernément de Toscane, qui proclama, le 1° août 1778, la neutralité du port de Livourne. Ce règle.
ment avait pour but d'interdire aux habitants toute participation aux armements et aux hostilités des puissances belligérantes, d’assurer par une reconi.issance positive les EME du commerce neutre , et la libre jouissance de ses relations, soit avec les autres neutres, soit avec l’ennemi,
excepté dans les circonstances où les|
navires seraient chargés de contrebande de guerre, ou tenteraient de s’introduire dans un port en état de blocus. Livourne recueillit prompte.
ment les avantages d’une si prudente politique, et sa prospérité fut ‘un des principaux fruit: du gouvernement de Léopold. La pai: y protégeait avec üne égale impartialité le commerce de tous les peuples : les neutres y étaient re. çus ; les ennemis eux-mêmes venaient y suspendre leurs hostilités : ils ne pouvaient nisortir ensémble pour s’attaquer en pleine mer, ni combattre dans les parages voisins de cette côte.
Livourne était devenu un lieu d’asile où l’on voyait renaître les jours de la tréve de Dieu; et un si saint privilége donnait quelque relâche aux inimitiés.
Un édit du roi des Deux-Siciles parut le 19 septembre suivant , et il consacra les mêmes bases de neutralité, D'autres édits analogues furent successivement publiés par le saint-siége, par la république de Gênes, par celle de Venise. Tous les gouvernements d'Italie s’unissaient ainsi dans une même cause; et comme leur position au centre de la Méditerranée exposait moins leurs ; arages aux agressions de l'ennemi, les droits des neutres s’y exercèrent en effet avec plus de liberté.
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par le sénat occupé ville, 1778, les bas son co mois roi de sembl Les procla règler pays avait leurs c partie consist il se tr cement corsair britanr ports étaient comme et les parvini soumis de pré merce et de |:
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lieu d’asile jours de la int privilége x inimitiés.
x-Siciles pat,etil conneutralité, furent sucsaint-siége, ès, par celle vernements dans une ur position anée eXpoagressions les neutres plus de li-
Les mêmes règles furent adoptées par les peuples voïsins de l'Océan. Le sénat de Hambourg, si paternellement occupé de tous les intérêts de cette ville, avait publié, le 18 septembre 1778, une ordonnance pour établir sur les bases de la neutralité les règles de son commerce et de sa navigation. Au mois de mars de l’année suivante, le roi de Suède rendit une ordonnance semblable.
Les droits des neutres furent aussi proclamés par la Hollande, dans un règlement publié le 3 mai 1779. Ce pays, plus voisin des belligérants, avait habituellement à se préserver de leurs collisions; et comme une grande partie des transports de son commerce consistait alors en munitions navales, il se trouvait exposé, dès le commencement de la guerre, aux attaques des corsaires et des autres armements britanniques. Ses expéditions pour les ports de France ou des États-Unis étaient considérées par les Anglais comme un secours destiné à l’ennemi; et les cargaisons dont leurs vaisseaux parvinrent à s'emparer furent d’abord soumises, en Angleterre, à un droit de préemption, qui privait le commerce Lollantats de toute sa liberté, et de la plupart de ses bénéfices. Bienit même, elles furent corfisquées, et l’on prétendit les assimiler à la contrebande de guerre, quoique les traités entre les deux Etats eussent formellement exprimé que les mâts, les autres bois, et tous les articles nécessaires à la construction ou à la cote des navires, seraient compris dans la classe des marchandises libres.
Une escadre britannique attaqua , le 31 décembre 1779, un convoi de navires marchands hollandais, qui se rendait dans les ports de France et d'Espagne, sous l’escorte de plusieurs vaisseaux de guerre commandés par le comte de Byland. L'Angleterre n’accorda aux états généraux aucune réparation pour cet acte; elle ne répondit, le 21 mars suivant, à leur réclamation, qu’en se plaignant de ce qu’ils lui rerusaient les secours stipu-
lie 4 , ! at és dans leurs traités d’alliance; et,
le 19 avril, elle fit donner aux officiers de sa marine l’ordre de se saisir de:
tous les bâtiments hollandais expédiés our la France et l'Espagne, et de ous ceux dont les chargements appartiendraient aux sujets de l’une ou de l’autre puissance. On proclama dans un jugement de la-cour d’amirauté ce principe : Que les ports panels étaient, par leur position, naturellement bloqués par ceux de l’Angleterre, et que la défense de naviguer vers jes ports bloqués leur était applicable.
Les premières agressions commises par l’Angleterre contre les droits des.
neutres ne s’étaient pas bornées à l’arrestation de quelques navires hol- Jandais, plusieurs bâtiments suédois avaient éprouvé le même sort. Le commerce s’en était plaint dès le 10 février 1779 , et la cour de Stockholm fit des préparatifs d'armement pour le protéger. La Russie, le Danemark étaient intéressés, comme la Suède, à cette libre exploitation du commerce des mers du Nord et de la Baltique :
ces gouvernements voulaient s’assurer la libre jouissance de la neutralité; mais de simples déclarations de principes eussent été illusoires. On put aisément reconnaître qu’au milieu des désordres et des violences de la guerre, les plus généreuses théories ne se défendent point par elles-mêmes : il leur faut des forces et des moyens de résistance; et ces maximes, après avoir obtenu la paisible adhésion de plusieurs États, trouvèrent enfin une puissante garantie dans la confédération qui se forma au nord de l’Europe sous le nom de neutralité arinée. L’impératrice de Russie, Catherine IT, voulant faire prévaloir de si légitimes droits, déjà reconnus par plusieurs gouvernements, donna le signal de cette ligue par sa déclaration du 28 février 1780.
Elle s’attachait aux principes suivants :
Les vaisseaux neutres peuvent naviguer librement de port en port et sur les côtes des nations en guerre; les effets appartenant aux nations en guerre sont libres sur les vaisseaux neutres, à l’exception des marchandi-
sec de contrebande, où de celles qué
l'on veut introduire dans un port bloqué. Pour déterminer ce qui caractérise un port bloqué, on ne donne cette dénomination qu’à celui où il y a, par la disposition de la puissance qui l'attaque avec des vaisseaux arrêtés et suffisamment proches, un danger évident d’entrer. L'impératrice , en adoptant ces dispositions, déclarait que, pour les maintenir, et afin de protéger l’honneur de son pavillon et la sûreté du commerce et de la navigation de ses sujets, elle faisait appareiller une partie considérable de ses forces maritimes. |
Le gouvernement français vit avec satisfaction le principe de fa liberté des mers proclamé par cette souveraine :
il regardait les franchises des neutres comme une conséquence du droit naturel, comme une garantie de l’indépendance des nations, comme un soulagement pour celles qui étaient affligées du fléau de la guerre. Cette politique éclairée était conforme aux règles déjà prescrites à la marine frangaise. Louis XVI croyait avoir fait un grand pas vers le bien général, et avoir préparé une époque glorieuse pour son règne, en fixant, par son exemple, les droits que toute puissance belligérante peut et doit reconnaître comme acquis aux navires neutres, et il désirait que le système pour lequel l’impératrice se déclarait, et que les Français soutenaient eux-mêmes au prix de leur sang, pût devenir la base du droit maritime universel.
Les Provinces-Uniess’empressèrent, à la même époque, d’adhérer à la proclamation de la Russie, et de se déclarer prêtes à concourir, avec les autres puissances neutres, au maintien des principes qui garantissaient leurs droits. La Suède se concerta avec la Russie sur les moyens de combiner les forces de la confédération des neutres.
Le roi de Danemark, se regardant comme mc*tre des clefs de la Baltique, annonça qu’il n’y admettrait aucun vaisseau armé par les puissances en guerre pour y commettre des hostilités contre un pa’illon quelconque, et d remit aux cours de Londres, de
Versailles et de Madrid une déclaration conforme à celle de la Russie. Les mêmes principes furent exprimés dans une déclaration de Gustave ITI, roi de Suède; et ces deux résolutions des cours de Copenhague et de Stockholm furent immédiatement soutenues par les conventions qu’elles conclurent avec la Russie.
Cette suite de transactions. et de mesures si favorables aux droits des neutres, peut s'expliquer en partie par ces progrès de la raison publique et de l'intelligence humaine, qui tendent à rapprocher les unes des autres les di.
verses nations, et à ne mettre aucune entrave à leurs relations paisibles et à leur bien-être. Mais des intérêts plus positifs, et directement fondés sur les ressources et sur les besoins des peuples du Nord, portaient aussi leuts souverains à soutenir efficacement les droits des neutres et la liberté de leur commerce. Ces contrées fournissaient aux autres puissances de l’Europe les goudrons, les chanvres, les fers, les mâts et d’autres bois de construction nécessaires à leurs chantiers maritimes ; les priver du droit d’en disposer et de les transporter librement, c'était les dépouiller de leur branche de coin.
merce la plus lucrative. Il leur dev.nait nécessaire de conserver le marché des nations belligérantes, et il était injuste de faire considérer ces différentes productions comme contrebande de guerre, sous prétexte qu’elles pouvaient fournir à l'ennemi de nouveaux moyens d'attaque ou de défense ; car ces importations servent aux usages de la paix comme à ceux de la guerre.
L'industrie humaine en tire parti à son gré; elle seule en détermine l’application; et ces matériaux, inoffensifs par eux-mêmes, ne deviennent hostiles qu’alors qu’ils ont été convertis en armes, et qu’on leur a imprime la faculté de nuire.
Nous avons cru devoir rapprocher et lier entre eux tous ces derniers événements maritimes, soit qu'ils aient eu le caractère d'hostilité entre les belligérants, soit qu’ils aient conduit à cette confédération armée qui soutint
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avec une si mâle énergie les droits des neutres, tels que la Franceet les États- Unis les avaient reconnus par leurs traités. Les armements des puissances du Nord protégèrent spécialement la navigation de la Baltique : cette mer fut interdite à la course; et le commerce, escorté par les vaisseaux de guerre de la confédération, fut respecté sur l'Océan. Le gouvernement britannique éprouvait alors trop d’embarras pour vouloir multiplier le nombre de ses ennemis : ayant à la fois à combattre les États-Unis, la France, l'Esagne, la Hollande, il avait à rassemor toutes ses forces, pour soutenir la guerre où il s'était engagé, et il se proposait de suivre avec une nouvelle vigueur ses opérations militaires contre Tes Américains.
Les pertes et la retraite des troupes alliées, qui avaient levé le siége de Savannah, laissaient aux Anglais la facilité de tenter dans les contrées voisines de plus considérables entreprises. Les forces qu'ils avaient à New- York étaient de dix-neuf mille hommes, depuis l’arrivée des troupes que l'amiral Arbuthnot avait amenées d'Europe : Clinton y laissa un corps de onze mille hommes, sous les ordres de Knyphausen, et il s'embarqua avec le reste de l'armée. La flotte, contrariée par les tempêtes, n’arriva que le 31 Janvier 1780 , à l'entrée de la rivière de Savannah, et lorsqu'elle eut été rejointe par tous les vaisseaux le transport que le gros temps avait dispersés, elle se rapprocha de Charleston, débarqua une partie des troupes dans les iles de Saint-John et de James, et conduisit les autres sur les rives de l'Astley qui baigne les murs de cette place. Presque tous les chevaux avaient péri dans la traversée : il fallut s’en procurer d'autres ; et comme les Américains avaient eu le temps d'augmenter la garnison de Charleston, d’en réparer les retranchements, et de mettre en état de défense les postes voisins, le général Clinton crut devoir faire venir de New-York de nouvelles troupes, avant de commencer les opéra-
tinna dis min
nn VAVHID UU DIV U:
Lincoln, qui commandait la place, avait d'abovs fait harceler l'ennemi:
par quelques compagnies de troupes
égères : elles étaient trop peu nom-
breuses pour tenir la campagne, et il
fallut les faire replier. Les Américains
avaient aussi voulu défendre avec quel-.
ques frégates les approches du port et
l'embouchure du Cooper, qu’une barre
naturelle rendait d’aïlleurs moins accessible aux grands vaisseaux; mais
ils furent forcés d'abandonner succes-
sivement leurs différentes stations. La
barre fut franchie par les vaisseaux
anglais , qu’Arbuthnot avait eu soin de
faire alléger : les troupes de terre tra-
versèrent ensuite l’Ashley, et s’avan-
çant dans l’isthme que cette rivière et
celle du Cooper forment entre elles
avant de se réunir, elles se trouvèrent,
le 1°’ avril, à quatre cents toises des
fortifications, et elles ouvrirent la tran-
chée.
Au commencement du siége, la garnison reçut quelques secours : elle se composait de deux mille hommes de troupes réglées et de mille hon.mes:
de milice : tous les habitants en état de porter les armes partagèrent les fatigues et les périls de la défense.
La première parallèle des assiégeancs fut achevée le 9 avril : le port était occupé par l’amiral Arbuthnot; et Clinton pouvant alors attaquer la place avec ses forces de terre et de mer, adressa au genéral américain la sommation de 5e rendre ; maisce commandant s’y refusa : il était resté maître de ses communications avec la rive gauche du Cooper, et il y trouvait ies moyens de faire arriver dans la ville de nouveaux approvisionne: . :nts, et de ménager à la garnison la facilité de faire retraite, si une plus longue défense devenait impossible. Mais Clinton résolui d'ôter cette ressource à l'ennemi : il chargea le colonel Tarleton d’enlever le poste de Monk’s-Corner occupé par les Américains : cette attaque, faite avec impétuosité, eut un plein succès : les Anglais se fortifièrent au nerd du Cooner; lord Cornwallis fut chargé de la garde de ces
4 Ll'unulastan maudit lac eass V VON IUD VN/IA FUaUuIv IUQY VUT
les communications qui lui étaient restées avec le continent.
Durant cette expédition, Clinton faisait poursuivre la tranchée et commencer la seconde parallèle; il avait recu de New-York un renfort de trois mille hommes, et pressant chaque ee les opérations du siége, il ouvrit a troisième parallèle, dont les travaux furent momentanément interrompus par une sortie du colonel Henderson.
Du Portail, ingénieur français, attaché au service des Etats-Unis, parvint alors à s’introduire secrètement dans la place : il reconnut, par l’état où se trouvaient les fortilications, qu’il devenait impossible de prolonger la défense, et il proposa de faire une tentative pour se retirer; mais cette proposition fut rejetée. Les habitants qui s'étaient dévoués à la cause natiovale, craignaient de rester abandonnés aux vengeances du parti contraire; et la garnison, sans pouvoir sauver. la place, perdit l’occasion de se délivrer elle-même et de se réserver pour une autre entreprise.
Les Anglais se rendirent bientôt maîtres des derniers postes qu'ils
avaient à occuper : ils s’emparerent de la pointe Lamprière, de celle de Mont-Plaisant, et du fort Mouitrie, situé dans l’île de Sullivan. La garnison n'avait aucune communication avecledehors; lesennemis n'étaient plus qu’à dix toises des retranchements : les canons des remparts étaient démontés, les parapets démolis , et il ne restait aucun abri contre le feu des assiégeants : on n’avait d’ailleurs à espérer aucun secours ; et Lincoln ayant épuisé tous les moyens de défense que pouvaient lui fournir son courage, son habileté et le désir de soutenir dignement l'honneur des arines américaines, fut réduit per les supplications des habitants, et par le malheur de ieur position qui s'aggravait sans cesse, à consentir à une ge re pe après quarante-deux jours de siége : elle fut signée le 12 mai : la garnison et les matelots devinrent prisonniers, et les milices furent autorisées à se retirer, sous promesse de ne pas reprendre les
armes pendant la duree de la guerre.
Quoique la défense de Charleston eût été honorable pour le général Lincoin, de nombreuses plaintes s’élevè.
rent contre lui : on ne lui tint pas compte des difticultés de sa situation, eton lui imputa la perte qu’il avait faite. Cette prévention n’était pas partagée par les hommes habiles et expérimentés, et l’estime de Washington consola Lincoln de cette injustice.
Après avoir laissé au général Leslie le commandement de la place, Clinton se hâta de pénétrer avec ses forces dans l’intérieur de la contrée qu'il voulait soumettre. Ses troupes étaient partagées en trois colonnes : la pre.
mière gagna les frontières de la Caroline du Nord; la seconde, que Clinton commandait lui-même, pénétra dans la Caroline du Sud, et la troisième remonta le cours du Savannah. La première expédition fut la plus sanglante : le colonel Tarleton ne fit aueun quartier à un détachement de trois cents Américains qu'il rencontra près de Waxhaws, et qu’il chargea à la tête de sa cavalerie. La destruction de ce corps, dont presque tous les hommes furent tués ou blessés, ré.
pandit l'effroi dans les Etats du Sud, où toutes les levees militaires étaient alors dispersées. Clinton ne-rencontra plus de résistance, et croyant pouvoir compter sur la soumission des habitants que la force avait réduits au si.
lence, il revint à Charleston, et il s’y embarqua pour retourner à New- York.
Les troupes anglaises qui étaient restées dans cette place, avaient fait, pendant l'absence du général en chef, quelques incursions dans le New-Jersey; et Clinton, poursuivant cette entreprise, chercha à déloger les Américains des hauteurs retranchées qu’ils occupaient à Morris-Town; mais il échoua dans ce projet : le seul résultat de ses expéditions fut la ruine des campagnes que les troupes parcoururent, et la haine et l’esprit de vengeance que firent naître leurs dévastations.
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line du Sud un corps de quatre mille homnies, et Cornwallis, qui les commandait, était investi à la fois de l’autorité civile et militaire; il mit tous ses soins à rétablir le gouvernement royal, à lui rallier des partisans, à enrôler les prisonniers de guerre américains qui consentiraient à servir sous ses drapeaux; mais un petit nombe d'hommes embrassèrent volontairement ce dernier parti; et, parmi ceux qu’on voulait contraindre à prêter serment à la cause royale, il y en eut beaucoup qui aimèrent mieux s’expatrier, et qui passèrent dans la Caroline du Nord, où le congrès cherchait à rassembler de nouvelles forces.
Les femmes caroliniennes donnèrent, dans des circonstantes si pénibles, de rares exemples de dévouement et de patriotisme. Eprises d’un saint amour pour la liberté publique, elles voulaient s'associer à ses perséc::tions comme à sa gloire; elles consolaient la prison où l'exil de leurs époux, de leurs frères qui s'étaient exposés aux rigueurs de l'ennemi ; elles refusaient de voir les vainqueurs, d’assister avec un cœur navré aux fêtes qu’ils célébraient, et de porter quelque parure dans ces jours de deuil public marqués par tant de calamités. La misère à laquelle on réduisit leurs familles n’abattit point leur courage : elle le porta jusqu’à l’exaltation, et rendit inébranlabie la foi qu’eiles avaient jurée à la patrie.
De plus tristes épreuves étrient encore réservées à leur pays, qui jouissait depuis deux mois d’une espèce d'armistice : la guerre allait s’y rallumer, et les troupes levées par le congrès devaient essayer de reprendre Charleston, Savannah et toutes les possessions occupées par l'ennemi. Le général Gates fut chargé du commandement de cette armée. Une sorte de prestige s'attachait à son nom : il était entourédes glorieux souvenirs de Saratoga, et les troupes qu’ii conduisait se croyaient sûres de vaincre.
Après de longues marches dans les contrées supérieures de la Caroline, qu'arrosent les eaux lu Black-River,
de la Pedee, du Catawba , l’armée se trouvait enfin réunie, le 13 août, entre Cambden et Clermont. Les corps du baron de Kalb, des colonels Sumter, Woodfort, Armand, étaient venus s’y joindre. Les troupes occupaient une position entre deux marais, qui couvraient leurs flancs, mais qui ne leur permettaient pas de s'étendre; et Cornwallis, se proposant d'engager une action, était venu lui-même à Cambden, et se trouvait en présence des Américains; il avait beaucoup moins de troupes, mais il profita d’une situation où le général Gates ne pouvait pas développer les siennes. La ligne américaine, qui n’avait qu’un petit nombre de troupes régulieres, fut forcée par l’ennemi, après avoir opposé une vive résistance : elle perdit neuf cents hommes, et un plus grand nombre furent blessés ou faits prisonniers. La Caroline n'eut plus en ce moment l’espérance d’être secourue ; et Cornwallis, revenu à Charleston, prit les mesures les plus rigoureuses pour retenir le pays dans la sujétion.
Le lendemain de cette bataille, Carleton défit, près des rives du Catawba, un corps de troupes américaines r9mmandé par Sumter. Il tua cent cinquante hommes dans cet engagement, et il fit trois cents prisonniers. Plusieurs d’entre eux avaicut prêté serimen! de fidélité au roi ; d’autres étaient pris pour la seconde fois, après avoir
romis de ne plus porter les armes :
e vainqueur les fit penttre comme parjures, et cette sévérité conduisit à de cruelles représailles. L'occasion de les exercer se présentait fréquemment ; car les guerres civiles entremélent les ennemis, et multiplient les facilités qu’ils ont de s’attaquer et de se nuire.
Un grand nombre d'habitants du territoire envahi n’avaient souvent obéi qu’à lasforce en paraissant changer de parti : ils cherchaient à se délier d’un serment prêté par la crainte ; et cette espèce de population flottante, qui avait feint de se soumettre au vainqueur, désirait en secret le triomphe de la patrie, et se ralliait à ses dra-
peaux lorsqu'elle reprenait l'espérance de les voir flott”" victorieux.
Les malheurs de plusieurs provinces, qui avaient été tour à tour le théâtre
e la guerre, donnèrent un nouvel élan au patriotisme. On voulait mettre un terme à une longue suite de calamités, qui dévoraient les ressources publiques, enlevaient à l’État de nom-
reux défenseurs, et tenaient si longtemps en péril la cause pour laquelle on avait pris les armes ; mais les difticultés paraissaient s’accroître : les levées d'hommes ne suffisaient pas, et, pour soutenir la guerre, il fallait aussi remédier aux embarras du trésor publie, et à la désorganisation de plusieurs services.
L’épuisement des finances et la difficulté de pourvoir aux besoins, sans cesse renaissants, d’une armée soumise à tant de pénibles épreuves, dérivaient surtout du discredit où était tombé le papier-monnaie, et de l’insuffisance des efforts qu’on avait tentés pour faire reparaître le numéraire dans la cir.:’ation. Enfin, on eut recours à l'établissement d’une banque publique à Philadelphie. Les premiers fonds #n furent fournis par des souscripteurs; la banque fut autorisée à contracter des emprunts sur son crédit; le congrès lui fit remettre le produit des contributions; et tous les fonds dont elle pouvait disposer furent destinés à l’entretien de l’armée et au solde des contrats aui seraient passés pour ses approvisionnements, ses munit'ons et toutes ses fournitures ; toute aut: e dépense devait être subordonnée à celle-ci : la guerre était le premier fléau dont les États-Ui.is cussent à se délivrer.
On s’attachait en même temps à augmenter les levées militaires, soit par i’ättrait des récompenses , soit par celui de la gloire et de l’honneur, si propre à flatter les nobles âmes. Mais cet élan n’était pas général : la lassitude de la guerre accablait les hommes faibles, et leur faisait désirer d’acquérir la paix à tout prix.
Les Anglais, profitant du moment où la supériorité de leurs armes compri-
mait le parti contraire, et semblait donner au vainqueur plus d’ascendant sur l'opinion de la multitude, éspéraient réduire l’une par l’autre les dif.
férentes parties de la confédération américaine ; et afin d'y parvenir plus sûrement , ils cherchaient à conserver de secrètes intellisences dans les pays où la cause de l'indépandencs avait gardé de plus nombreux défenseurs, Ils s’attachèrent surtout à faire naître des défections dans l'armée, à aigrir le sentiment de ses souffrances, et à séduire par l'appât de leurs promesses l’'avidité ou l'ambition des hommes sans vertu.
Arnold, qui avait acquis au milieu des camps une grande renommée, dégradait sa gloire militaire par un amour insatiable des richesses; et plusieurs fois il avait abusé des occasions
ue la guerre lui offrait, pour s’entichir par des exactions ; mais ses biens mal acquis s’écoulaient en prodigalités, et ii recourait à de nouvelles rapines pour subvenir à ses folles dépenses. Washington, qui blâmait ses vices, appréciait ses talents militaires; et, le croyant dévoué à la patrie, il ne voulait pas la priver des services d’un pose si expérimenté. Les honorables
lessures qu’Arnold avait reçues au siége de Québec et à Saratoga l'ayant momentanément forcé à se réduire à des fonctions sédentaires, Washington lui confia le commandement de Philadelphie quand les Anglais s’en furent retirés. On espérait sans doute qu’au centre même de la confédération, et sous les yeux du congrès, il se respecterait assez pour ne laisser aucune prise sur sa conduite; mais il ne vit dans son emploi qu’un nouveau moyen de s'enrichir; et les réquisitions qu'u ne paraissait faire que pour les besoins de l’armée. lui donnaient la facilité d’accaparer des approvisionnements, qu'il faisait vendre ensuite par des hommes aftidés. Sa conduite arbitraire ct ses gains illicites indignèrent ie gouvernement de Pensylvanie; et le congrès , auquel ses actes furent dénonces, ordonna qu'une cour martiale serait chargée d'en connaître; cette
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cour devait s’assembler à Morris-Town, et Arnold, qui s’était démis du commandement de Philadelphie avant la résolution du congrès, se rendit au camp pour comparaître devant ses juges. 1] écarta une partie des imputations, en attestant, sur l’honneur d'un soldat, que l’accusation était fausse ; et telle était la confiance des juges dans la parole d’un guerrier , qu'ils sjoutèrent foi à sa déclaration ; mais d'autres charges étaienttellement prouvées, que la cour martiale ne put l’absoudre , et une sentence du 20 janvier 1779 déclara qu'il devait être réprimandé par le Commandant en chef.
Nous rappellerons ici, comme un modèle de modération et de dignité, les termes dans lesquels Washington s’acquitta de ce penible devoir. « Notre «profession, lui dit-il, est la plus « chaste de toutes : l’ombre d’une faute «ternit l'éclat de nos plus belles ac- «tions; la moindre négligence peut « nous faire perdre cette faveur publi- «que, si difficile à obtenir. Je vous «réprimande pour avoir oublié qu’au- « tant vo:s vous étiez rendu terrible à «nos ennemis, autant vous deviez « être modéré envers nos concitoyens.
« Montrez-nous de nouveau ces belles « qualités qui vous ont mis au rang de « nos plus illustres généraux : je vous « donnerai moi-même, autant que je «le pourrai, des occasions de recou- « vrer l'estime dont vous avez joui. »
Arnold se retira sans répondre; son cœur était ulcéré; il se voyait dégradé dars l’opinion, et il résolut de renoncer à un pays où son ambition et sa cupidité ne trouvaient plus à se satisfaire. D'abord il voulait se réfugier chez les sanvages; mais la renommée qu’il pourrait un jour y acquérir comme chef de guerre n'aurait pas suffi à cette âmeardente et vindicative : il embrassa le coupable projet de trahir la nation dont il avait détendu si vaillamment la cause, et de se prostituer au service de l'ennemi.
Sans laisser pénétrer un dessein si odieux, Arnold fit, eu plusieurs circonstances, éclater son mécontentement contre le système politique du
congrès, contre l'alliance formée avec la France, contre le refus d'accéder aux propositions de paix de l’Angleterre. Les partisans de cette puissance le recherchaient, l'excitaient à sortir de l'obscurité, le pressaient d'entrer dans une carrière plus digne de son habileté et de son courage, en dictant aux Américains les termes de leur réconciliation avec leur ancienne patrie.
Arnold, se prétant bientôt à ces insinuations, chercha un interinédiaire pour faire connaître au général en chef des forces britanniques le désir qu’il avait de se rattacher à la cause royale, et de concerter avec lui les movens de laservir. Cette proposition futaccueiliie par le général Clinton, et Arnold avisa aux moyens de rendre sa défection plus utile, en s’efforcant de recouvrer un commandement dans l’armée des Etats- Unis. Ses démarches pour se rapprocher des Américains les plus influents, soit dans le congrès, soit dans l’armée, l’occupèrent pendant plusieurs mois; et lorsqu'il eut appris que fa France allait envoyer aux États-Unis une armée auxiliaire, sous les ordres du: comte de Rochambeau, et que ces troupes étaient incessamment attendues, il jugea que, s'il obtenait le commandement de West-Point, il pourrait livrer aux ennemis la position militaire dont il leur était le pus important de s'emparer.
Nous avons déjà fait remarquer que West-Point, situé à soixante milles anglais au nord de New-York, couvrait les rives occidentales de l’Hudson. Ce plateau, brusquement terminé du côté du fleuve par un long escarperaent de rochers, était défendu psr une ligne de retranchements et par de nombreuses batteries : on y avait érigé le nouveau fort Clinton, qui était un de ses principaux ouvrages, et cette esplanade était dominée par une chaîne de montagnes plus élevées, sur lesquelles était construit le fort Putnam.
Des ingénieurs français, récemment employés par Washington, avaient lié entre elles toutes les parties de ce système de défense. On avait eu pour but, non-seulement de fortifier la rive du
fleuve, mais d’en intercepter au besoin la navigation : une chaîne de fer, attachée aux rochers de West-Point, devait
asser d'une rive à l’autre, jusqu’au
astion élevé dans l'île de la Constitution : ce bras du fleuve est le seul que de grands bâtiments puissent parcourir, et l’autre côté de l’île ne leur offrirait pas assez de profondeur (voy.
pl. 65). x
La situation de West-Point était la plus forte qui püt commander le cours de l'Hudson, et il devenait nécessaire de l’occuper avec un corps nombreux, afin d'assurer de libres communications entre les deux rives. Washington y avait établi depuis plusieurs mois son quartier-général, et l’on y voit encore son habitation dans une vallée que domine le plateau du promontoire, et qui conduit sur les hauteurs par un chemin pratiqué dans leur pente. Les mouillages ouverts à l'entrée de cette vallée servent d’embarcadères à West- Point, qui reçoit ainsi par la navigation du fleuve ses munitions et ses approvisionnements.
Washington, pour mieux assurer encore la défense d'une position fortifiée par la nature et par l’art, surveillait avec un zele infatigable la garde de tous les postes, le maintien de la discipline et l'exactitude du service. L’esplanade de son camp était un champ de manœuvres journalières; les nouvelles levées s’y exerçaient, les vieux soldats leur servaient de modèles : le
énéral avait autour de lui une élite
‘hommes dévoués, et parmi ceux qui jouissaient de toute sa confiance était LE austo: un de ces illustres débris de l’émigration polonaise, qui, après avoir vu succomber sa patrie, était venu attendre dans le nouveau monde l'occasion de la servir encore. Kosciusko , remplissant les fonctions d’aide de camp de Washington, avait constamment sous les yeux l'exemple d’une haute vertu : il admirait et brülait d’imiter tout ce qu’une âme généreuse
eut faire pour son pays; et, dans les intervalles de loisir que lui laissaient ses devoirs militaires, souvent il se retirait seul pour songer à la patrie
absente. Sa retraite favorite était une plate-forme étroite et sauvage, que la nature avait taillée sur le flanc du pro.
montoire : ce lieu, qui a retenu le nom de Jardin de Kosciusko, était situé entre une roche escarpée qui le mena.
Çait de sa chute, et un précipice au bas duquel l'Hudson déployait son cours. Quelques arbustes, sur lilas , des lauriers, y étaient cultivés par le jeune héros, et cette espèce de sanctuaire devait conserver sa célébrité à travers les âges (voy. pl. 66). Kosciusko, à West-Point, méditait la délivrance de son pays, en servant avec fidélité une cause semblable : Arnold allait sy exposer aux malédictions de la pos.
térité.
Lorsque Arnold fit témoigner à Washington le désir de sortir de son inaction, et de reprendre du service auprès de lui et sous ses ordres dirdcis, le général en chef eut d’abord quelque peine à employer de nouveau un homme qui s’était discrédité de plus en plus:
cependant les instances de quelques ci.
toyens honorables, qui croyaient pou.
voir répondre de lui, le déterminèrent à lui promettre un commandement dans une expédition qu’il se proposait alors de diriger contre New-York Arnold parut reconnaissant de ce re.
tour de confiance; mais il désira obte.
nir la garde de West-Point, jusqu’à ce que la guérison de ses blessures le mit en état de soutenir toutes les fatigues d’une campagne de guerre; et Was.
hington, trop vertueux pour soupçon.
ner un lâche dessein qui ne s'était pas encore fait entrevoir, accéda à cette demande. Arnold se rendit au camp de West-Point, et ce fut alors qu'il entretint des relations plus régulières avec l’ennemi, afin de mitriv l’exécution de son projet.
Un jeune officier anglais, John André, aide de camp du général Clinton, devint l'intermédiaire de ces communications secrètes : il avait eu, pendant le séjour de l’armée anglaise à Philadelphie, des liaisons de société et d'amitié avec la famille de mistriss Ar. Id qui s'était prononcée pour la cause royale, et il jouissait de la cou-
hing insu mon à H.
d'y c opér para nold avoi di,
avorite était une sauvage, que la r le flanc du pro.
i a retenu le nom usko, était situé pée qui le mena.
un précipice au n déployait son tes, des lilas, des tivés par le jeune ce. de sanctuaire élébrité à travers ). Kosciusko, à la délivrance de avec fidélité une rnold allait s'y ions de la pos-
fit témoigner à de sortir de son ndre du service es ordres dirécts, d’abord quelque Ju veau un homme de plus en plus:
es de quelques ci.
ui croyaient poule déterminèrent commandement qu’il se proposait itre New-York.
aissant de ce re.
is il désira obte.
Point, jusqu’à ce blessures le mit putes les fatigues uerre; et Was.
X pour soupçon.
ui ne s'était pas , accéda à cette rendit au camp e fut alors qu'il S plus régulières e murir l'exécu-
hglais, John Angénéral Clinton, de ces commuavait eu, penrmée anglaise à ons de société et ille de mistriss noncée pour la issait de la cou-
fiance des deux hommes qui cherchaient à se rapprocher. Il établit, sous le nom d’Anderson, une correspondance avec Arnold, qui se trouvait désigné sous le nom de Gustave : leurs litres ne paraissaient s’appl.::::°r qu'à des affaires de commerce; mais ils s’étaient donné la clef de ce langage allé-
orique, et ils couvraient de ce voile us trames mystérieuses.
A l’époque où ces relations devinrent plus actives, six mille Français, commandés par Rochambeau, venaient d'arriver dans le Rhode-Island; ils avaient débarqué à: New-Port : les Américains leur avaient remis la garde de tous les retranchements élevés sur la côte, et ces troupes s’attendaient à être prochainement attaquées nar Clinton, qui avait alors à New-York la plus grande partie de ses forces, et qui était près de s’embarquer pour le Rhode-Island avec un corps de huit à dix mille hommes; mais Clinton avait à peine commenté son mouvement, qu'il revint sur ses pas : un courrier lui annonçait que Washington allait
rofiter du moment où la garnison de New-York était moins nombreuse, pour
brusquer une attaque, et pour tenter :
de reprendre possession de cette place :
Clinton ne voulut pas s’exposer à la perdre, en allant essayer au loin une entreprise dont {es chances étaient incertaines. Arrêté par cette contrariété imprévue, il redoubla d’instances pour hâter l'exécution du complot : le marché de la trahison d’Arnold était conclu; on jui promettait trente mille livres sterling, et la conservation de son grade dans l’armée anglaise : à ce
rix, Arnold avait consenti à renoncer à sa gloire.
La préserce et la vigilance de Washington lui avaient opposé un obstacle insurmontable; mais on allait saisir le moment où ce général devait se rendre à Hartford dans le Connecticut, afin d’y conférer avec Rochambeau sur les opérations de la campagne. Son départ paraissait fixé au 17 septembre, et Arnold voulut, pendant son absence, avoir une entrevue avec le major Andif, pour lui remettre es plans des
fortifications de West-Point, etafin de concerter avec lui la marche que les troupes anglaises auraient à suivre pour s’en emparer. John André, ayant reçu cette invitation, partit de New-York le 19, sur le sloop anglais le autour :
il remonta le cours de l’Hudson, et s’arréta le lendemain vis-à-vis le fort Montgomery, à cinq milles au-dessous de West-Point. Ce navire arborait pavillon parlementaire, st l’on pouvait, à la faveur de ce signe, pénétrer dans les lignes américaines. Les usages de lu guerre autorisaient ce genre de communications, et les chefs ennemis avaient eu souvent recours, afin de ré.
gler entre eux différents intérêts que
s lois de la guerre respectent e:lesmêmes et qu’elles autorisent à conc1 lier, tels que des cartels d’échange, des secours réclamés par l'humanité, des saufs-conduits pour la gestion des affaires privées; mais faire servir à des complots un signe de neutralité, c'était donner à ces machinations un caractère encore plus odieux.
Washington partait ce jour même our se rendre à la conférence de Hartord : Arnold l’attendait au rivage ; il le conduit dans sa barge jusqu’à l’autre rive du fleuve; et lorsqu'il s’est bien assuré de son éloignement, il envoie un passeport au major André, sous le nom d’Anderson , et lui ass.gne ur la ivit du 21, une entrevue dans
a maiscr de Josué Smith : là il lui remet les pins des fortifications et un mémoire sur leur attaque et leur défense. On convient que Îles troupes anglaises , dont l’embarquement est déjà commencé à New-York, remonteront immédiatement l’Hudson, pour arriver au pied de West-Point. Arnold devait faire sortir des retranchements la garnison chargée de les garder : il paraîtrait se porter au-devant des ennemis pour leur en défendre laccès ; et tandis qu’il irait occuper une partie des passages et des défilés qui conduisent au j"teau de West-Point, les Anglais y arriveraient sans risque par un autre côté. La chaîne qui devait fermer le passage du fleuve serait aisément rompue, s’il devenait nécessaire
18° Livraison. (ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. ) 18
de remonter ou deià : un anneau en avait été détaché, sous prétexte qu’il fallait le réparer : ‘u ne devait le replacer que dans quelques jours, et jusque-là les deux bouts dé la chaîne n'étaient retenus l’un à l’autre que par un faible lien.
Après la conférence, John. André revint sur le rivage, et voulut gagner, a l'aide d’un canot, le sloop le F'autour, qui devait le ramener à New- York ; mais ce navire dont la station inspirait quelque déflance, avait été forcé de s'éloigner davantage. André n'ayant pu obtenir d’Arnold qu’il donnât au patron du canot l'ordre de le conduire, fut forcé de faire son voyage par terre, et il quitta son uniforme, afin de se rendre avec plus de sécurité, et sans éveiller de soupçons, au delà des lignes américaines et jusqu'aux avant-postes anglais. Il était accompagné de Josué Smiu, : tous deux traversèrent l’Hudson au King’s-Ferry, et continuèrent leur route à cheval jusqu'aux rives du Croton : là John André fut quitté par Smith, et il parcourut encore huit milles, avant d’arriver près du villige de Tarry-Town, dernier post: de Américains. Une patrouille de irn's riliciens se trouvait dans le vi iosve, et veillait sur les mouvemcuts de l'ennemi : un de ces hommes sori d’une forét et saisit Ja bride de son cheval , deux autres arrivent à l'instant sur lui ; ils l’arrétent, sont frappés de l'embarras de ses réponses, et le fouillent de la tête aux pieds, pour chercher s’il ne porte aucune coupable correspondance. On trouve dans ses bottes les plans et les papiers qui lui avaient été remis par Aruold ; et les miliciens, qu’il ne peut séduire par aucune récompense , par aucune promesse, le conduisent au capitaine Jameson qui commande la ligne des avant-postes (voy. p/. 67).
Jameson était sous les ordres d’Arnold, et ne soupçonnant pas que ce général pût être coupable d’une trahison, il l'informa de la prise que l'on venait de faire. Cette nouvelle parvint à West-Point le 25 au matin : Wasbiugton y était attendu le même jour :
deux officiers américains qui le précédaient annoncèrent sa prochaine arrivée ; et Arnold, n'ayant plus à balancer sur le parti qu’il av:\° à prendre, s’embarqua précipitanue1t, sous prétexte d’aller recevoir son général au delà du fleuve : il se fit conduire, à force de rames , au sloop or gl qui était encore mouillé au midi de Verplank et ge spparetlln sur le champ pour Nework.
En apprenant la trahison d’Arnold, Washington fut pénétré de douleur.
Un officier qui avait versé son sang pour son pays lui avait paru digne de confiance, et il se reprocha d’avoir été trompé par ses protestations de zèle.
Le complot découvert n’était plus à craindre : les troupes qu’Arnold avait retirées des retranchements y furent immédiatement rappelées, et l’on réconnut qu'aucun officier américai n'avait trempé dans cette conspiration.
Mistriss Arnold était restée à West- Point avec ses enfants : Washington respecta le malheur de sa position : il eut même l'attention de la faire prévenir qu’Arnold n’avait pas été atteint dans sa fuite : elle put aller le rejoindre à New-York ; on l’autorisa même à se rendre à Philadelphie, pour y faire ses adieux à sa famille; et le juge chargé de l’instruction de cette affaire se refusa , par délicatesse, à lui faire subir un interrogatoire, quoiqu’elle eût été instruite du fatal secret : il ne voulait l’exposer, ni à blesser la vcrité, ni à manquer de respect et d’attachement envers son époux.
John André pa prévoir le sort qui lui était réservé; il ne montra aucune faiblesse : il écrivit à Washington, sans se plaindre de sa destinée et sans chercher à éviter la mort, mais pour que son supplice n’eût rien d’infamant.
Clinton écrivit lui-même au général américain, pour sauver un officier qui l’intéressait si vivement ; mais ses démarches n’eurent aucun succès. Les lois de la guerre étaient rigoureuses et positives : le congrès , consulté par Washington, ne crut pas devoir en suspendre le cours, et John André fut
qui le précéchaine arri- 18 à balancer ndre, s’emous prétexte al au delà du , à force de jui était en- Verplank et p pour New-
>n d’Arnold, de douleur.
sé son sang aru digne de a d’avoir été ons de zèle.
était plus à Arnold avait nts y furent 3, et l’on ne r américai
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estée à West- Washington | position : il la faire préas été atteint ler le rejointorisa même , pour y faire ; et le juge cette affaire >, à lui faire , quoiqu’elle secret : il ne lesser la véspect et d’atpux.
r le sort qui ontra aucune ington, sans et sans cherais pour que d’infamant.
au général n officier qui mais ses désuccès. Les rigoureuses consulté par as devoir en an André fut
traduit d’ vant une cour martiale, présidée par le général Greene et composée de huit autres officiers généraux :
il avoua devant ses juges tous les faits ui lui étaient imputés, et déclara qu'il tait résigné à son sort. Le déguisement sous lequel il avait été arrêté le faisait considérer comme espion ; et le coupable, condamné à mort, avait à subir une peineignominieuse. Comme elle était différée de quelques jours, Clinton fit de nouvelles démarches pour le sauver; et le général Robertson
il envoya au camp américain offrit
e rendre en échange les L'A irese-g de guerre que Washington désignerait, et demanda que l'accusé pâût du moins en si au congrès. Lorsqu'il vit que la sentence était irrévocable et sans appel, il remit au général Greene, qui avait été chargé de le recevoir, une lettre qu’Arnold adressait à Washington, pour ke menacer de venger la mort de John André par de terribles représailles sur les hommes qui tomberaient en son pouvoir : Greene lut la lettre, la jeta aux pieds de Robertson et se retira.
André écrivit au général Clinton, dans sés derniers moments, pour lui tecommander sa mère et ses sœurs qu’il avait laissées en Angleterre. Lorsqu'on vint lui annoncer l’heure du supplice, il ne témoigna aucune émotion, et voyant fondre en larmes l’homme qui le servait : « Retirez-vous, lui dit- «il, et ne reparaissez qu'avec le cou- « rage d’un homme. » 11 marcha d’un pas ferme vers le lieu de l’exécution, entre deux sous-officiers qui portaient l'arme au bras : le concours du peuple était considérable; les troupes bordaient la haie ; tous les officiers étaient présents , à l’exception de Washington et de son état-major.
Le patient, arrivé au pied du gibet, ne put le voir sans frémissement : il monte sur la charrette qui va lui servir d’échafaud , se bande lui-même les yeux avec son mouchoir, et ajuste à son cou le nœud fatal : le signal est donné, et la charrette qui s’éloigne le laisse suspendu. Son supplice eut lieu, le 2 octobre 1780, dans le bourg de
Tappan, où il uvait été conduit prisonnier. Les trois miliciens qui l’avaient arrêté étaient John Puulding, David Williams et Isaac Vauvert : le congrès loua leur vertu, et leur fit remettre per Washington, e1 présence de toute ’armée, des médailles, où l’on avait gravé à la suite de leurs no:ns ces mots
sacrés : !‘incit amor patriæ.
tt t gne des hommes doat me n’avait pu étre ébra digne d’un peuple
rêt > pour sortir de a lu t victorieux. Les
hostili uivaient alors dans la Carolin s succès divers : un petit nomixe de troupes s’y répan-
daient sur de vastes contrées; on y faisait de part et d'autre des incursions, et c'était plutôt une guerre de partisans qu’une suite d’opérations de deux Ve d'armée qui S’observent, et règlent l'un sur l’autre leurs mouvoie dés ".
es plus fortes positions occupées par les” Anglais dans l’intérieur ds Caroline étaient Augusta, Ninety-Six et Cambden; d’autres troupes manœuvraient dans les régions intermédiaires : une colonne, commandée par Cornwallis, remontait les rives du Catawba, et Carleton s’avançait également avec sa cavalerie. Mais il était difficile de maintenir une armée dans un pays stérile, où le fléau de la guerre avait déjà ler : le besoin de subsistances rendait les troupes plus indisciplinées; les rigueurs, les cruautés qu’elles se perrnirent, portèrent les habitants au désespoir, et l’on vit bientôt une foule d’intrépides montagnards descendre de leurs sauvages contrées pour repousser cette invasion. Un grand nombre étaient sans armes à feu : ils avaient saisi leurs haches, leurs faux, leurs fléaux, tous les instruments de fer dont la masse ou le tranchant pouvait les défendre; des officiers déterminés étaient à leur tête, et l’on remarquait au nombre des plus braves les colonels Sumter, Williams, Campbell, Marion, qui s’attachaient à suivre tous les mouvements de l’ennemi, le harcelaient dans sa marche, coupaient
IL Lu mé
ses communications, et lui faisaient perdre, dans de fréquentes escarmou- Ches, les avantages qu'il avait pu obtenir en bataille rangée.
Dans une de ces rencontres, les troupes commandées par le colonel Ferguson furent taillées en pièces par seize cents montagnards américains :
les fortifications qu’elles occupaient sur une hauteur avaient été enlevées d'assaut, et tous les hommes qui échappèrent à la mort furent faits prisonniers.
Un autre engagement eut bientôt lieu près de la rivière du Tygre, où le colonel américain Sumter se trouvait alors : il soutint, sans plier, les vives attaques de l’intrépide Tarleton; mais il fut grièvement blessé, et les volontaires qu’il ne pouvait plus conduire se dispersèrent : Tarleton, qui avait dû se retirer devant lui, put ensuite plus librement parcourir ces hautes régions.
Quoique cesdifférents combats n’eussent qu'une influence locale et partielle, cependant ils témoignèrent assez
ue les Américains continueraient ’opposer à leurs ennemis une vive résistance; que l’Anglais n’était pas maître de la contrée; que ses troupes pouvaient y exercer des dévastations, mais que du sein de ces terres ravaées il sortirait encore d’innombrales défenseurs.
Cornwallis connaissait toutes les difficultés de sa position; mais ii allait étre en état de former une entreprise importante : il venait de recevoir du général Clinton un renfort de trois mille hommes, commandés par le brigadier général Leslie; et ces troupes, expédiées de New-York vers le milieu du mois d’octobre, avaient débarqué à Portsmouth, situé en Virginie, vers l’entrée de la baie de la Chesapeake.
Cornwallis les fit venir par mer à Charleston : la moitié resta dans cette ville; l’autre moitié vint rejoindre son armée sur les rives du Broad-River et du
tawba.
Les principales opérations de la campayne de 1781 commencèrent dans ces contrées. Les troupes américaines n'y
étaient plus sous les ordres de Gates:
le général Greene venait d'en prendre le commandement; il appelait à lui toutes les nouvelles levées de la Caroline; et tandis qu’il assemblait sur les bords de la Pedeë ses principales forces, le colonel Morgan, et le colonel Washington, neveu du généralissime, étaient envoyés sur les rives du Broad:
River, avec un corps d’infanterie et de chevau-légers. Morgan eut bientôt à combattre un adversaire digne de sa valeur : Tarleton s’avançait contre lui avec des troupes plus nombreuses, en cavalerie surtout. 11 le joignit près de Cowpens, entre le Pacolet et le Broad- River, et leurs troupes furent en présence le 18 janvier : celles de Morgan étaient disposées sur deux lignes, l’une en avant d'une forêt, l’autre à couvert sous cet abri. La première ligne, oùse trouvaient les troupes les moins aguerries, fut bientôt forcée; mais la seconde se défendit avec une extrême bravoure : tandis qu’on l’attaquait de front, un de ses flancs fut tourné par une autre colonne ennemie; et Tarleton se croyait déjà sûr de vaincre, quand les chevau-légers du colonel Washington, fondant tout à coup sur lui, rétablirent le combat. Morgan ralliait en même temps les corps qui avaient plié; il ranimait leur ardeur, il les rendait victorieux à leur tour, et faisait éprouver aux Anglais une sanglante défaite:
ceux-ci perdirent huit cents hommes; leur meilleure cavalerie fut détruite, et les débris du corps qui avait combattu gagnèrent avec peine le camp de Cornwallis.
Ce général était fécond en ressources; il résolut de réparer ce revers; et remontant en toute hâte la rive droite du Catawba, il se proposait de fondre à l’improviste sur les troupes de Morgan; mais cet habile officier ayant pénétré ses desseins, et se croyant trop inférieur en nombre, avait déjà passé sur l’autre rive : poursuivi dans sa marche, il gagna Salisbury, traversa le Yadkin, et arriva le 7 février à Guilfort, où le général Greene venait luimême de se rendre avec son corps d'armée. Les forces américaines se
res de Gates:
gares | Ï ui fr la Caro:
mblait sur les cipales forces, colonel Wasénéralissime , ives du Broad
e digne de sa çait contre lui ombreuses, en joignit près de et et le Broadfurent en préles de Morgan ix lignes, l’une autre à couvert re ligne, où
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ui avait comine le camp de
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trouvaient ainsi réunies; mais comme elles étaient moins. nombreuses que celles de Cornwallis, ce général esjérait les attaquer avec avantage, et Greene reconnaissait la nécessité de se replier promptement sur la Virginie.
ll fallait passer le Dan-River pour y pénétrer : les: deux généraux cherchaient à se gagner de vitesse sur les bords du fleuve, l’un pôur le franchir, l’autre pour s'opposer au passage; et Greene sut si bien embarrasser la. marche de l’ennemi par de fréquentes escarmouches, par des ahatis d’arbres, par la dégradation. des routes, qu'il arriva le premier, traversà le Dan, et parvint à contenir l’ennemi, en rangeant son armée sur l’autre rive.
Alors Cornwallis changea de résolution : ne voyant plus de troupes américaines sur le territoire des deux Carolines, ilespéras’y affermirdavantage, et pouvoir y faire de nouvelles levées, qui le mettraient plus en état de tenter une invasion en Virginie. Une escadre anglaise avait occupé de nouveaux points sur le littoral; elle avait débarqué des troupes à Wilmington, près
u cap Fear, et toutes les communications de Cornwallis étaient libres, soit dans l’intérieur de ces provinces, soit avec la mer.
Cependant le général américain ne voulait pas: abandonner la défense de la Caroline: d’où il s’était éloigné momentanément : il y fit rentrer un corps de cavalerie sous les ordres du colonel Lee, et il y reparut lui-même avec quelques renforts. Aussitôt que Corn- Wallis fut informé de sa marche, il vint, à la tête de trois mille hommes, observer et suivre tous les mouvements des Américains, et bientôt les deux armées furent si rapprochées l’une de l'autre, qu'il y eut souvent des escarmouches entre leurs troupes légères; mais le général Greene évitait une action générale, jusqu’à ce qu’il eût reçu d’autres levées qui lui étaient promises; etquand il en eut rassemblé une partie, il résolut d’engager une affaire décisive, et il prit position à Guilfort. Ses troupes, au nombre de six mille hommes, étaient disposées en trois lignes,
sur un terrain légèrement incliné : la première et la troisième ligne occupaient un sol découvert; la seconde se pan eait sous des plantations d'ar-
res; deux corps de cavalerie étaient placés sur les ailes.
Les Américains avaient l'avantage du nombre; mais il y avait moins à compter sur leur manière de combattre; la plupart voyaient le feu pour la première fois : quelques milices plièrent, et les troupes réglées eurent bientôt à: soutenir seules le combat.
La première ligne, en se rejetant sur les deux autres, avait porté de la confusion dans leurs rangs, et les efforts des soldats les plus aguerris:ne purent leur faire reprendre l'avantage ::il fut longtemps disputé; mais enfin la disci-.
pline l’emporta,. et les Américains, se retirant au travers des forêts, après.
un combat opiniâtre, laissèrent à l’ennemi un champ de bataille couvert de.
morts et de blessés. La cavalerie de Tarleton avait commencé l’action, elle acheva la défaite : Greene se replia à cinq milles de distance, sur la rive du Reedy-Fork;.et Cornwallis, qui avait perdu le quart: de ses troupes, ne se voyant en état de profiter d’un succès si chèrement acheté, ni même de se maintenir dans: un:pays que les fléaux de la guerre ravageaient depuis plusieurs mois, abandonna ces régions dévastées pour descendre vers le littoral : il suivit la longue vallée que baignent les eaux du Raw, et le 7 avril il atteignit enfin, Wilmington. Ses trou-
s avaient besoin de quelque repos :
il les retint pendant un mois aux environs du cap Fear, où elles attendirent l’ordre de reprendre leurs opérations.
Quoique le général Greene eût été battu à Guilfort, il avait néanmoins rallié-ses forces pour barceler la marche de Cornwallis; il s'était ensuite
rté vers Cambden, dans l'intention
e déloger de cette forte position les troupes de lord Rawdon. qui l’occupaient encore, et son armée était journellement accrue par l’arrivée des volontaires qui venaient se ranger sous ses drapeaux, aimant mieux s'associer
à ses vertueux efforts et à ses périls
de de rester soumis à la domination es étra é
A son arrivée près des murs de
Cambden, le général Greene n'ayant
pas encore à sa disposition tous les moyens d’en faire le siége, établit son camp à un mille de distance, sur la hauteur de Hobkirk; mais il fut soudainement attaqué, le 25 avril, par lord Rawdon, qui venait de sortir de la place avec toutes ses forces : la position des Américains fut tournée, et leur aile gauche eut à soutenir toute la violence du premier choc. Greene manœuvra avec habileté; il parvint à son tour à envelopper la colonne qui s’était avancée sur lui, il y jeta le désordre, il la rompit, et ses troupes poursuivaient leur avantage, lorsqu'un 'nouveau corps que lord Rawdon tenait en réserve vint tout à coup fondre sur elles, les culbuta par la vivacité de son attaque, et pénétra dans les retran- Meme no k reene rallia ses trou elques milles du champ de bataille. Cet tes ne les avait point découragées : les habitants de la contrée continuaient de se déclarer pour la cause de l’indépendance; l'ennemi était forcé d’abandonner successivement ses différents postes; et Rawdon, n’espérant plus uvoir se maintenir à Cambden, prit e parti d’en sortir le 9 mai, après en avoir détruit les fortifications. La place d’Augusta fut reprise ensuite par un corps de troupes américaines ayant à leur tête le général Pickens ; et Greene vint lui-même assiéger celle de Ninety- Six, la seule que les Anglais eussent conservée dans les hautes régions de la Caroline du Sud, où ils avaient successivement perdu les forts Watson, Mott, Granby, et d’autres postes, destinés à couvrir leurs communications.
Cependant Ninety-Six allait être secouru par lord Rawdon, et ce général s'avançait en toute hâte. Greene voulut tenter, avant son arrivée, une attaque de vive force, et à peine il eut conduit la sape jusqu'au pied des retranchements, qu’il fit donner l'assaut, quoiqu’il n’y eût encore aucune brèche
proue Cette sanglante attaque fut nfructueuse; les Américains levèrent le ra le 19 juin, et se retirèrent au delà du Broad-River. Lord Rawdon arriva dans la place deux jours après; mais il ne s’y arréta point, et il continua de tenir la campagne, pour observer les mouvements de l'ennemi.
Les opérations de la guerre commencèrent bientôt à länguir dans ces contrées; les chaleurs y devenaient excessives, et les maladies gagnaient l’un et l’autre camp. On manœuvra, sans engager d'action PA nr dans les pays qu’arrosent le Broad-River, le Catawba, l’Édisto : la Caroline allait retrouver quelques moments de calme; et le théâtre des principaux événements de la guerre venait d’être transféré sur un autre point.
Le commancant en chef des troupes britanniques avait résolu de tenter une expédition en Virginie: il avait fait partir de New-York un corps de seize cents hommes sous les ordres d’Arnold : la flotte se dirigea vers la baie de la Chesapeake; et les bâtiments de transport remontant le James-River, (pers un débarquement près de Westover. Arnold avait à gagner le prix de sa trahison, et, dégredé dans l'opinion des Américains, il s- “engea de leur mépris en se mont ‘us impitoyable: mais son nom e . . cruelles hostilités soulevèrent contre lui les habitants ; et leur résistance le força bientôt à se renfc:iner dans Portsmouth. Washington s'était d’ailleurs hâté d'envoyer quelques renforts en Virginie, sous les ordres du baron de Steuben et du marquis de la Fayette, revenu de France depuis plusieurs mois; et le général Wayne y conduisit ensuite les milices de Pensylvanie. Rochambeau avait lui-même détaché de son armée qui occupait le Rhode-Island, un corps de douze cents hommes sous les ordres de Vioménil; et ces troupes furent embarquées, au commencement de mars, pour la Chesapeake ; mais un combat qu’elles eurent à livrer à l'amiral Arbuthnot, vers l'entrée de cette baie, maltraita tellement l’une et l'autre es-
te attaque fut cains levèrent retirèrent au rd Rawdon « jours après; nt, et il kr ne, pour o
de Pébnect, erre commendans ces conenaient excesmaient l’un et ivra, Sans ennte, dans les oad-River, le Caroline allait ents de calme; ipaux événet d’être trans-
ef des troupes lu de tenter inie: il avait un corps de us les ordres lirigea vers la , et les bâtiremontant le un débarque- Arnold avait trahison , et, s Américains, is en se monmais son nom s soulevèrent et leur résisse renfc:iner ington s'était quelques renles ordres du marquis de la rance depuis énéral Wayne ilices de Penait lui-même i occupait le ps de douze rdres de Viourent embarnt de mars, s un combat À l'amiral Are cette baie, et l’autre es-
cudre, que le débarquement ne put avoir lieu , et que les vaisseaux de trans-
rt durent être ramenés dans le
hode-Island. Ce contre-temps allait rendre plus difficile la situation de la Virginie; un nouveau corps de deux mille Anglais, commandés par le général Philipps, parvint à débarquer sur les bords du James-River; et ces troupes, jointes à celles d'Arnold, purent reprendre l'offensive, et commettre de plus pue ravages. Corn wallis résolut alors de se porter luimême dans cette contrée avec une grande partie de ses forces, tandis
ue le reste de ses troupes continuerait d'obouper Charleston, et chercherait à tenir tête au général Greene, maître de toutes les régions supérieures de la Caroline. Les cantonnements que Cornwallis avait eus à Wilmington furent abandonnés le 8 mai: ce ee vint traverser le Roanoke à Halifax, et poursuivant sa longue et pénible marche jusqu’aux frontières de Virginie, il y rejoignit les troupes de Philipps et d'Arnold, et prit le commandement de toute l’armée. Son arrivée assura aux Anglais la s'périorité du nombre :
néanmoins les Américains soutinrent ses attaques avec résolution; ils parvinrent à contenir lennemi dans les régions du littoral , et à couvrir l’intérieur du pays, jusqu’au moment où de nouveaux renforts devaient les mettre en état d'engager des combats plus décisifs.
Dès le commencement de cette campagne, la guerre ‘avait pris, dans les Antilles, un plus grave caractère : elle menaçait tous les rivages du golfe du Mexique, et il n’y eut plus d’îles neutres dans ces parages. Ces paisibles entrepôts de commerce , regardés jusqu’alors comme si utiles aux approvisionnements des États-Unis, à ceux même de l’Angleterre qui venait s’y pourvoir d’une partie des munitions nécessaires à ses flottes d'Amérique, perdirentle droit d’asiledont ilsavaient Joui, et devinrent une arène ouverte aux belligérants. L’île hollandaise de Saint - Eustache, habituellement fréquentée par tous les navigateurs, de-
vait à ce concours général sa po rité ; mais aussitôt que la Hollande eut paru disposée à recevoir un envoyé du congrès, et qu'elle eut accédé aux principes de la neutralité armée, l’Angleterre, n’ayant pu avoir les états
énéraux pour alliés, se décida à leur
éclarer la guerre: ses vaisseaux avaient ordre de courir sus à tous les bâtiments hollandais; un grand nombre furent saisis en mer; et les colonies de cette puissance dans lés Antilles furent attaquées immédiatement fé les forces NE L'amiral
odney et le général Vaughan s’em“ parèrent de Saint-Eustache le 3 fé:
vrier 1781 : lesîles de Saha et de Saint- Martin, postes sans défense, situés dans les mêmes parages , furent bientôt occupées ; et les À s de la Guyane hollandaise, Dém ÿ peus et Esséquibo , le furent également:
Les hostilités des Anglais et des:
Espagnols dans le golfe du Mexique remontaient à une é e antérieure.
Le capitaine anglais Luttrel s'était:
rendu maître, en 1780, de la rh Île de Roatam , située dans le golfe de Honduras, et cette situation permettait aux escadres britanniques de faire des incursions sur le continent voisin ; mais au nord du golfe du Mexique les Espagnols avaient obtenu d’importants avantages. Don Bernardo Galvès, gouverneur de la Louisiane, cherchait à reconquérir la Floride oecidentale :
et après s'être emparé de grues postes voisins du Mississipi, il fit, au mois de février 1780, une expédition contre la Mobile, ouvrit, le 9 mars, la tranchée devant cette place, et s’en empara quelques jours après. Ces premiers succès le rent à entreprendre le siége de Pensacola , dont la position était beaucoup mieux fortifiée, et il vint faire dans l’île de Cuba tous ses préparatifs. Treize vaisseaux de ligne et un grand nombre de bâtiments de transport, montés par trois mille huit cents hommes, partirent de la Havane au mois d'octobre ; mais ces forces furent dispersées par un ouragan : les vaisseaux de guerre revinrent
à la Havane, et les autres navires, moins en état de résister à la tempête, errèrent sur le golfe du Mexique, et se réfugièrent avec peine, les uns dons les eaux du Mississipi, les autres dans la baie de Campêche.
L'expédition de Galvès fut reprise au printemps de l’année suivante. Il s’embarque à la Havane avec treize cents hommes, fait voile pour Pensacola, occupe, à l’entrée de cette baie, l'île de Santa-Rosa, où il s'établit le 9 mars 1781 ; et lorsqu'il a reçu gueianes renforts de la Mobile et de la Nouvelle- Orléans , il débarque une partie de ses troupes sur le continent, et forme par terre et par mer le blocus de la place.
De nouveaux secours lui furent encore envoyés de la Havane : l’amiral Solano arrivait avec une escadre de treize vaisseaux, dont quatre étaient français, et les troupes qu’il débarqua portèrent à huit mille hommes l’armée de siége.
La tranchée fut ouverte le 26 avril ; et malgré la défense courageuse de la garnison anglaise, l’explosion d’un magasin à poudre, qui mit en ruine un des principaux retranchements, détermina bientôt le colonel Campbell à capituler, On avait vu, pendant les travaux du siége, de nombreux partis d’Indiens se répandre autour du camp espagnol, attaquer les postes avancés, les fourrageurs, et se réfugier ensuite ‘ dans leurs contrées sauvages, pour y attirer Galvès, et ralentir ses attaques contre la place; mais ce général ne s'était pas détourné de son entreprise, et il avaitévité leurs piéges (voy. p/. 69.)
Vers la même époque , un convoi de trente-quatre navires anglais, expédiés de Saint-Eustache sous l’escorte de quais vaisseaux de guerre, et chargés
es marchandises et des munitions dont on avait dépouillé les magasins de cette colonie, fut rencontré par une escadre française que commandait la Motte-Pi-
uet: cette escadre s’empara de vingt-
eux navires; deux autres furent pris par des corsaires, et le reste du convoi atteignit avec peine les côtes d’Irlande.
D'autres événements allaient se succeder dans les parages des Antilles.
Une flotte de vingt-trois vaisseaux, partie de Brest le 20 mars, sous les ordres du comte de Grasse, arriva le 28 avril à la vue de la Martinique, et après avoir longtemps poursuivi la
otte de l’amiral Hood, qui évita de s'engager contre des forces trop supérieures, elle vint mouiller au Fort-
Bopee 4
’attaque de l’île de Tabago fut alors concertée entre le comte de Grasse et le marquis de Bouillé, gouverneur des îles du Vent. Un détachement de quinze cents hommes y fut d’abord envoyé, sous les ordres du général de Blanchelande , et il s’empara de la ville et du fort de Scarborough; Bouillé vint ensuite y débarquer avec trois mille hommes. Les troupes anglaises s’étaient retranchéen sur le morne Concord; elles y furent poursuivies, et se re liérent sur Cale-
donia, principal établissement de l’île, qui se rendit le 1° juin par capitulation. L’amiral Rodney, qui se trouvait alors à la Barbade, s'était hâté d’a
Rasa pour venir au secours %
abago; mais n'étant arrivé dans les
parages de cette île qu’après sa reddition, il ne chercha point à combattre la flotte française qui se portait à sa rencontre, et il se retira dans la nuit du 6 juin. Bouillé laissa une garnison française à Tabago, et la flotte le ramena à la Martinique. On y préparait un nombreux convoi pour l’île de Saint- Domingue ; le comte de Grasse le prit sous son escorte, et il le conduisit au cap Français , où sa flotte arriva le 26 juillet. La suite de ses opérations était concertée avec Washington et Rochambeau ; plusieurs bâtiments légers avaient été employés à cette corres-
ndance : on voulait tenter, pour ’affranchissement des États-Unis, une expédition décisive; et lorsque les plans en furent arrêtés, cet amiral partit du cap Français avec trois mille quatre cents hommes de troupes de terre. Sa flotte prit la direction périlleuse du vieux canal qui s’étend entre l'île de Cuba et l'archipel des Lucayes; s’élevant ensuite vers le nord par le canal de Bahama, elle
diali
is vaisseaux, ars, SOUS les sse, arriva le lartinique, et poursuivi la qui évita de es trop supéler au Fort-
Tabago fut le comte de Bouillé, gou- Un détacheommes y fut >s ordres du , et il s’emrt de Scarbouite y débarommes. Les t retranchée
elles y furent ent sur Calement de l’île, par capitulajui se trouvait ait hâté op | secours de
rivé dans les
yrès sa reddià combattre e portait à sa a dans la nuit une garnison a flotte le ran y préparait l'Ae de Saintrasse le prit conduisit au e arriva le 26 érations était vton et Roments légers cette corresenter, pour ats-Unis, une lorsque les cet amiral ec trois mille e troupes de irection péqui s’étend archipel des ite vers le hama, elle
parut, le 28 août, devant la baie de la Chesapeake. Le débarquement des troupes eut lieu à James-Town quelques jours après , et ce corps d'armée se réunit à ceux du général Wayne et de la Fayette. k
Le 5 septembre, on découvrit vers l’est une flotte britannique de vingt et un vaisseaux, expédiée de New-York sous les ordres de l’amiral Graves, et le comte de Grasse fit sur-le-champ couper les câbles pour se porter à sa rencontre. Les deux lignes furent bientôt en présence, et le feu devint trèsvif de et d'autre; mais tandis qu'une de leurs ailes se trouvait à portée de mousqueterie, l’autre aile était trop éloignée pour prendre part à cet engagement qui dura jusqu’au soir. La flotte anglaise s’éloigna ; et le comte de Grasse, après avoir tenu la mer pendant plusieurs jours, revint à l'entrée de la baie , où il s’empara de deux frégates anglaises.
Une escadre française , commandée par le comte de Barras, venait d'arriver dans la même baie ; elle avait été expédiée du Rhode-Island avec un convoi d'artillerie et de munitions qui furent débarquées à l'embouchure du James- River; et l'on reçut en même tem de nouveaux avis sur la marche et la piste arrivée des troupes de Was-
ington et de Rochambeau. Toutes les CRE avaient été si bien prises, soit par terre, soit par mer, qu’on put bientôt réunir sur le même point toutes les forces qui devaient agir à la fois contre l’armée britannique.
Rochambeau s’était embarqué à New-Port le 9 juin ; il remonta au nord du Rhode-Island jusqu’à Providence, et les Français prirent ensuite la route de terre pour traverser le Connecticut, et se rendre à Philisbury sur les rives de l'Hudson. Là ils se réunirent, le 6 juillet, à l'armée américaine, qui avait quitté les hauteurs situées au delà du fleuve. Cette marche de deux cent quinze milles, faite par une chaleur excessive, n’abattit ni la gaieté ni l'ardeur française : les deux armées s’accueillirent mutuellement avec cordialité, et leur réunion fut consacrée
par des fêtes militaires. Les Fran
se félicita'ent de voir le vénérable guerrier dont les vertus personnelles servaient dep à ses soldats, et qui était devenu trop grand pour exciter l’envie, pour être ambitieux , pour souhaiter d'autre gloire que celle «4 son pays. Les Américains applaudissaient à ce noble zèle des Français de tous les rangs , qui venaient se ranger sous les mêmes drapeaux. La facilité de leurs mœurs, leur prévenance, lexactitudede leurdisciplinelesavaient fait aimer pendant leur séjour dans le Rhode-Island ; et ces sentiments d’affection et d'estime avaient resserré les liens politiques formés entre les deux nations.
. Après la réunion des troupes à Philisbury, Washington fit prolonger une reconnaissance vers le sud, comme s’il eût eu le dessein d’attaquer New- York ; mais cette place avait une garnison de quinze mille hommes ; elle était couverte par plusieurs lignes de défense, et le général, en paraissant la menacer, ne cherchait qu’à 4 retenir les forces ennemies, afin de conserver plus de liberté dans ses propres mouvements. Il fit même remonter les troupes vers le nord, pour ne pas rencontrer dans le passage de l’Hudson la croisière des bâtiments anglais; et après avoir franchi le-fleuve au King’s-Ferry, il entra dans le New- Jersey, et se dirigea sur Princeton et Trenton, lieux consacrés de glorieux succès, et chers à la mémoire des Américains. On entrait ici dans une route triomphale, et les premiers vainqueurs y reçurent de leurs auxiliaires le serment de les imiter.
Les troupes françaises arrivèrent le 15 août aux portes de Philadelphie ; elles firent halte pour se parer, comme en un jour de fête ou de combat ; et lorsqu'elles firent leur entrée, l’affluence des habitants était immense sur leur passage : les maisons étaient pavoisées aux couleurs des deux nations, l’allégresse et l'espérance étaient unanimes ; et quand ces guerriers des vieilles bandes défilèrent sous les yeux du cougrès, cette assemblée les ho-
nora de son salut fraternel ct de ses acclamations. Les Français ne s’arrétèrent qu'un our à Philadelphie. On apprit que la flotte du comte de Grasse venait d'arriver à l'entrée de la Chesapeake, et ils se hâtèrent de se rendre vers le fond de la baie, où quelques compagnies s’embarquèrent; le reste des troupes se dirigea sur Baltimore, et de là sur Annapolis, où l’on trouva d’autres bâtiments de transport. Les deux flottilles ayant parcouru la baie, entrèrent dans le James-River , et les régiments qu’elles avaient à bord se joignirent à ceux que le comte de Grasse avait amenés des Antilles, et que le marquis de Saint-Simon commandait. Ce général était à la tête des régiments d’Agénois, de Gatinais et de Touraine, et Rochambeau arrivait avec ceux de Bourbonnais, de Soissonnais, de Saintonge et de Royal- D dur ’ x ers la même e, on reçut au camp des alliés la nontell des debtiiers événements de la Caroline. La guerre y avait été honorablement soutenue par les Américains, et l’aseendant momentané de leurs ennemis y avait décliné de jour en jour. Le général Greene avait promptement saisi, pour réparer ses pertes, le temps où les vives chaleurs et l’insalubrité de la saison ralentissaient dans les États du Sud les re opérations militaires : il avait ait arriver à lui les milices, les volontaires , quelques troupes réglées des contrées voisines, et dès le 1° septembre, il avait repris l’offensive contre les Anglais, qui occupaient encore, entre la Santee et le Savannah, les régions inférieures de la Caroline. Lord Rawdon r’était plus à leur tête; il s'était embarqué pour l’Europe, et il avait laissé au général Stewart le commandement de ce corps d’armée. Lorsque les Américains cherchèrent à rencontrer lennemi, celui-ei, se repliant à leur approche, gagna les bords de l'Eutaw-Springs, qui se jette dans la Santee, et il y fut vivement Lo le 8 septembre. La victoire fut longtemps disputée dans ce
combat mémorable. L'avant-garde américaine avait plié dans un premier choc; mais les ennemis ayant rompu leur alignement dans cette charge précipitée, Greene avait tiré parti de ce man.
que d'ensemble pour les attaquer en
anc, et pour les couper en se portant dans les intervalles. Sa manœuvre était aussi habile qu'audacieuse, et les Anglais furent repoussés à leur tour.
Cependant quelques accidents du terrain leur permirent de se rallier bientôt : ils trouvèrent à se retrancher dans l'enceinte d’un grand édifice, dans la clôture d’un jardin, dans le difficile accès des taillis sur lesquels on les avait rejetés; et le général Greene, ayant inutilement tenté de les déloger de leurs nouvelles positions, fit cesser l'attaque, et se retira dans son camp.
Les Anglais avaient tellement souffeit dans ce combat, qu’ils s’éloignèrent eux-mêmes le lendemain , et se repliè.
rent de poste en poste jusqu’à Charleston, devant les Américains, qui continuaient d’observer et de suivre leurs mouvements.
Greene eut à résister, durant le cours de cette campagne, non-seulement aux troupes britanniques, mais aux partis mécontents qui les favorisaient, et aux incursions des Cherokees, si souvent excités à prendre les armes. Cette nation belliqueuse, établie au milieu des Apalaches, jalouse de l’agrandissement des possessions européennes, et toujours disposée à reconquérir une contrée qui lui avait appartenu, était rapidement descendue de ses hautes régions, et avait ravagé comme un torrent toutes les habitations placées sur son passage. Le général Pickens fut envoyé contre les agresseurs , à la tête de quatre cents hommes de cavalerie ; il pénétra dans leur pays, brûla treize villages indiens , atteignit dans leur fuite la plupart des hommes qui n’avaient pas péri en combattant, et fit un grand nombre de prisonniers. Les pertes essuyées par les Cherokees firent bientôt évanouir leurs espérances , et les forcèrent à solliciter la paix.
Un succès semblable fut obteuu,
ant-garde amépremier choc; t rompu leur harge précipiarti de ce man.
8 attaquer en r en se portant Sa manœuvre jacieuse, et les s à leur tour.
cidents du terje rallier bienetrancher dans difice , dans la ans le difficile els on les néral Greene, de les déloger ions, fit cesser lans son camp.
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près des rives du Mohawk et du Canada-Creek , contre un corps de guerriers indiens, attachés au service britannique. Le colonel Willet arréta leurs dévastations, et leur tua un grand nombre d'hommes, parmi lesquels se trouvait. Buttler, un de leurs principaux instigateurs : les autres guerriers se retirèrent à la faveur de la nuit :
ils gagnèrent la profondeur des forêts, et se dispersèrent dans cette contrée sauvage, où d'immenses blocs de rochers, déracinés montagnes, et roulés péle-méêle à travers de larges vallées, semblent attester un des plus rands bouleversements de la nature.
La difficulté d’y poursuivre les Indiens rotégea leur fuite; mais du moins eurs hostilités ne se renouvelèrent plus, et la paix fut rendue à cette frontière, comme elle venait de l’être aux régions occidentales de la Caroline et de la Géorgie.
Charleston, Savannah et quelques postes moins importants, dispersés sur le littoral, étaient alors les seules places du Midi qui fussent occupées par les troupes anglaises : elles étaient réduites à la défensive; elles se trouvaient isolées depuis le départ de Cornwallis pour la Virginie, et leursituation allait dépendre des événements qui se passeraient autour de lui. Nous avons vu qu'un corps de douze cents Américains, sous les ordres de la Fayette, avait été envoyé en Virginie depuis plusieurs mois. Il avait résisté aux premières incursions de l'ennemi, et un de ses plus heureux faits d’armes avait été de sauver des flammes la ville de Richmont qu’Arnold menaçait de détruire. Ce corps, s'étant bientôt accru des troupes du baron de Steuben et du général Wayne, parvint à contenir les mouvements de Cornwallis , et à le réduire à l’occupation de la péninsule que baignent les eaux du York-River et du James-River.
Un combat fut engagé, le 25 juin, près de ce dernier fleuve. Les Anglais avaient établi leur camp derrière un marais qui couvrait leur centre et leur
auche ; un étang se Lane pr à leur roite, et malgré la force de cette po-
sition , les Américains vinrent les attaquer. Ils croyaient n'avoir devant eux qu’une partie des forces britanniques , et Cornwallis avait fait répandre le faux bruit que le reste de ses troupes était alors séparé de lui par le James- River, Ses habiles manœuvyres enveloppèrent bientôt les deux ailes des Américains ; il les défit, et resta mattre du champ de bataille.
Cornwallis manœuvra ensuite sur Fue a Aero lys Legu aucun plan d'opérations générales ne parais:
sait encore arrêté : tantôt ce commandant se rapprochait de Portsmouth, tantôt il manœuvroit sur les rives du York - River: il voulait établir dans un port un point assuré de communication entre lui et le général Clinton, qui devait lui envoyer de New-York
e nouveaux renforts; et enfin il se décida à porter à York-Town son quartier général, et à concentrer ses forces sur ce point.
C’est là qu’il allait avoir à soutenir les efforts des alliés, dont les troupes étaientréunies près de Williamsbourg:
tous ces corps quittèrent leur camp le 28 septembre, et vinrent former l'investissement de York-Town. Huit mille Américains occupaient la droite, et sept mille Français étaient à la gauche; ils formaient au midi de la place une longue ligne de circonvallation, dont les deux extrémités s’appuyaient sur * fleuve : le poste de Glocester, sit.:; :ur Pautre rive, fut également bloqué , afin qu’il ne restât à Cornwallis aucun moyen de se retirer. en passant d’un bord à l’autre.
Le blocus, mis à Pentrée du York-River par quelques vaisseaux de la flotte française , privait les assiégés de toute communication avec la mer; et Cornwallis, entouré de toutes parts dans cette position , ne songea plus qu’à prolonger sa défense, pour attendre les secours qui pourraient lui être donnés par le général Clinton et l’amiral Graves.
Les ouvrages extérieurs de York- Town avaient une grande étendue, et ils devaient couvrir toutes les approches de la place; mais ils étaient
encore imparfaits quand on vint faire le siége ; et Cornwallis, ne croyant pas eh à les défendre, les abandonna
ans la nuit du 29 septembre. Bientôt les assiégeants s’y logèrent : la tranchée fut ouverte le 7 octobre ; une première parallèle fut tracée, et l’on démasqua bientôt soixante-seize bouches à feu. Deux redoutes avancées ayant
été attaquées sept jours après, l'une
Vioméhnil, l’autre par la Fe:
utes deux furent emportées l'épée à la main, et servirent de points d’appui à une seconde parallèle. La place se trouvait resserrée de plus en plus, et les assiégés tentèrent une vive sortie dans la nuit du 15; mais ils furent repoussés. Les batteries, continuant leur feu, brisaient les palissades, ruinaient les retranchements, y ouvraient des brèches profondes ; et Cornwallis voulut alors traverser le fleuve, pour se she ee à Glocester; mais le gros temps l'en empécha : ses ressources étaient épuisées , et, ne pouvant plus rolonger sa résistance, il demauda, e 17 octobre , une suspension d'armes.
Ce jour était le quatrième anniversaire de la capitulation de Burgoyne ; et celle de Cornwallis fut signée le 19 du même mois. Deux redoutes de la place furent immédiatement occupées, l’une par un détachement américain , l’autre par des grenadiers français : les gar-
‘nisons de York-Town et de Glocester
furent prisonnières des États-Unis, et tous les vaisseaux furent remis à l'armée navale de France. L’infanterie anglaise sortit l'arme au bras, tambour battant, drapeaux ployés ; la cavalerie avait l’épée nue et les trompettes sonnantes : toutes les troupes défilèrent entre l’armée américaine et l’armée française ; elles allèrent déposer leurs armes en avant des postes, et les officiers seuls gardèrent leurs épées. Cornwallis était trop souffrant ou trop accablé pour paraître : le major général O-Hara marchait à la tête de la colonne, et lorsqu'il présenta.
son épée au général francais, Rochambeau lui montra le général Washington, comme celui de qui il avait à prendre les ordres : Washington reçut
son arme et la lui rendit. Les Anglais:
avaient perdu plus de sept cents hom-.
mes, et le nombre de ceux que l’on
ft been: = de guerre fut de six mille six cents hommes , en y comprenant les blessés (voy. pl. 70.)
La capitulation de ne-et celle de Cornwallis furent les plus mémorables événements de la guerre d'Amérique : l’une et l’autre perte: + apr lèrent l'ennemi de tous ses avantages, et anéantirent en un seul jour les espérances qu’il avait conçues. Il: est, dans le cours de la guerre comme dans celui de toutes les affaires humaines, des occasions qu'il faut saisir : le génie militaire les entrevoit, il s’y attache ; et si les chances dela fortune lui furent assez contraires pour inspirer une:
aveugle confiance à ses ennemis, “
pour les jeter témérairement dans dé:
plus hasardeuses entreprises, il jouit de leur sécurité, fatigue ses vainqueurs, et se fait jour à travers leurs
succès éphémères, jusqu’au terrible.
moment des représailles , où il a tout
disposé pour les abattre, et pour les:
ensevelir dans leur triomphe.
Sept jours après la capitulation, une-
flotte anglaise de vingt-huit vaisseaux de ligne, expédiée de New-York avec ques mille hommes de troupes, parut l'entrée de la Chesapeake, mais elle se retira dès qu’elle eut appris cet événement.
Les troupes de terre et la flotte franques avaient pris une part si glorieuse cette expédition, que le congrès, désirant les honorer dans la personne de leurs commandants, offrit au comte de Rochambheau deux pièces de canon, et au comte de Grasse quatre autres prèces enlevées à l'ennemi; monuments précieux, où l’on grava leurs noms et le souvenir de leurs services. L’amiral français, ayant accompli sa mission, remit à la voile le 4 novembre, pour retourner aux Antilles avec les troupes.
qu’il ayait amenées sur le continent; mais celles de Rochambeau y restèrent:
elles entrèrent, le 14 novembre, en quartiers d’hiver, et furent réparties entre York-Town, Hampton et Wil-.
liamsbourg. Les troupes américaines
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furent envoyées dans la Caroline, ou ramenées T pal le général Lincolndansles États de New-Jersey et de New-York,
et Washington se rendit à Philadelphie,
pour y concerter avec le ess les préparatifs de la campagne suivante.
de fut pendant ces moments de repos que le marquis de Chastellux, major général de l'armée de Rochambeau, fit avec plusieurs officiers français un voyage dans l’intérieur de la Virginie, vers Monticello, où Jefferson consacrait à l'étude des sciences les moments que n’absorbaient pas les affaires publiques, vers les sauvages vallées que traverse le Pont naturel, vers ces régions du James-River qui ont gardé a mémoire des premiers colons de Virginie, et de Pocahontas, leur bienfaitrice. Déjà Chastellux avait visité, durant l'hiver précédent, les États situés entre le Rhode-Island et la Pensylvanie : il étudiait alors les pays dont les troupes françaises auraient à partager la défense, et il avait parcouru dans cette reconnaissance militaire tous les lieux où les Américains avaient établi leurs postes principaux, et tous Ceux que de grands faits d’armes avaient signalés, depuis Saratoga jusqu’à la Brandywine et à Germatown.
Le comte de Grasse, en ramenant sa flotte dans les Antilles, voulait d’abord se porter sur la Barbade : des vents contraires l’en empéchèrent ; ils causèrent de grandes avaries dans sa mâture, et l’amiral vint jeter l’ancre le 26 novembre devant le Fort-Royal de la Martinique. Le marquis de Bouillé en était alors absent : il s’était embarqué La à quelques jours avec douze cents hommes, pour reprendre l’île hollandaise de Saint-Eustache, dont les Anglais s'étaient emparés ; et, quoiqu’il ne pût mettre à terre que quatre cents hommes, il se porta vers le fort avec tant de rapidité, que la garnison, commandée par Cockburn , fut surprise sur les glacis où elle manœuvrait.
Étonnée d’une si brusque attaque, elle veut regagner le fort; mais le chevalier de Frène, major du régiment de Royal-Comtois, y entre pêle-méle avec ses chasseurs et ceux du régiment
PART il fait hausser on pi lui es pon , pour empêcher le retour des troupes qui sont encore hors de l'enceinte; et, faisant mettre bas les armes à celles qui s’y sont déjà réfugiées, il se trouve maître de la place, andis que le marquis de Bouillé oblige les autres corps à se rendre également.
Ce général fit restituer aux Hollandais un million qui leur avait: queen, et qui se trouvait encore en t chez le gouverneur : il reprit, quelques jours après, les Îles de Saba et de Saintlartin , et cette glorieuse campagne fut ainsi terminée par les services rendus aux alliés de la France.
La campagne de 1782 s’ouvrit sous les mêmes auspices; et le comte de Kersaint, faisant voile pour la Guyane hollandaise, alla reconquérir les établissements de Démérari, Berbice et Esséquibo.
Aussitôt que la flotte du comte de Grasse eut réparé ses avaries, cet amiral forma de nouveau le projet d’attaquer la Barbade; mais il fut assailli par des grains si violents qu’il dut revenir au Fort-Royal : quelques-uns de ses vaisseaux furent même tellement chassés par les vents de sud-est. qu'il leur fallut gagner les atterrages des îles de Saint-Eustache et de Saint-Domingue. La contrariété des vents fit alors renoncer à l’expédition projetée, et la flotte leva l’ancre quelques jours après, pour tenter la conquête de l’île de Saint-Christophe, avec trois mille cinq cents hommes, commandés par le marquis de Bouillé. Ces troupes débarquèrent, le 11 janvier, à Basse-Terre, vers le milieu de la côte méridionale, et marchèrent ensuite sur Brimstone- Hill, dont la hauteur et la forteresse dominaient Sandy-Point, situé à l’extrémité occidentale de l’île.
La nécessité de remplacer une partie de l'artillerie et des munitions , que le naufrage d’un navire leur avait fait perdre, fit retarder les travaux de la tranchée, et dans cet intervalle on vit paraître la flotte de l’amiral Hood, qui venait, avec deux mille quatre cents hommes embarqués à la Barbade et à Antigue, jeter des secours dans la
place. Le comte de Grasse illa sur-le-champ Le éloigner les vaisseaux anglais de la rade dan Te où il se trouvait alors; et l'amiral Hood, se repliant devant lui jusque Îes paroges de la petite Île de Névis, profita ensuite d'un vent d’est Ee revenir mouiller dans la grande ie des Salines, qui s'ouvre au sudest de Saint-Eustache : les vaisseaux français l’attaquèrent inutilement dans son embossage, et treize cents hommes que l'amiral anglais d a sur la Œte voisine y nbtinrent d’abord quelques avantages contre un corps dé troupes isolées; mais l'approche d'un détachement plus nombreux les détermina à regagner la flotte. Le marquis de Bouillé continuait de presser avec ardeur les travaux du siége de Brimstone-Hill; et quand ses batteries eurent fait crouler le revêtement des premiers remparts, le commandant de la place demanda une suspension d'armes, et obtint utie capitulation qui fut signée le 13 février. La garnison était de sept cent cinquante hommes de troupes rélées et de trois cents hommes de mices : elle sortit avec les honneurs de la guerre.
flotte anglaise continuait d’être bloquée dans la baie des Salines par celle du comte de Grasse; mais celui-ci ayant ed sa station le 20 février, pour aller prendre, vers l'Île de Névis, un convoi de vivres qui lui était destiné, l'amiral Hood profita de son éloignement pour abandonner le mouillage qu’il occupait, et pour gagner précipitamment la haute mer. On n’aperçut po ses mouvements : sa flotte s’éoignait, vent arrière, dans une obscurité profonde; et les feux qu'elle avait allumés sur ses bouées, lorsqu'elle avait rn ses câbles , furent pris pour ceux de la flotte elle-même par les vigies des Le françaises qui croisaient à quelque distance. Cet heureux stratugème, à l’aide duquel l’amiral Hood put sortir d’une position périlleuse, où il avait été momentanément bloqué par des forces très-supérieures, fut loué par les hommes de mer les plus expérimentés.
La
L'expédition de Saint - Christophe étant terminée, le marquis de Bouillé ÿ laissa une garnison française: une escadre, commandée par le comte de Barras, fut dirigée sur l’île de Mont- Sarrat qui capitula aux mêmes condi.
tions, et l’armée navale revint à la Martinique.
D'heureuses combinaisons avaient idee, favorisé les opérations de a guerre dans les Antilles: et la France et l'Espagne se disposaient à rassembler cinquante vaisseaux de ligne, et vingt milie hommes, pour attaquer la Jamaique, lorsque la Grande - Bretagne fit elle-même de nouveaux efforts pour reprendre la supériorité dans ces parages. Les opinions avaient changé en Angleterre, sur la direction à donner aux hostilités : le parti de l'opposition avait pr valu; et, au lieu de continuer un guerre offensive contre les Américains et sur le continent des États-Unis, on en vint par degrés à se prêter à l'idée de leur indépendance, et les Anglais voulurent diriger toutes leurs forces contre la France et ses alliés. Une nouvelle activité se développa dans tous les travaux des chantiers maritimes : chaque armée navale allait recevoir des renforts; celle des Antilles fut accrue la première; et dix-sept vaisseaux de ligne, commandés par Rodney, vinrent, sur la fin de février, rejoindre ceux de l’amiral Hood, et
ortèrent à trente-six voiles la flotte
ritannique que Rodney eut alors sous ses ordres. Ses croisières à l’orient de cet archipel ne purent intercepter un convoi de vivres, expédié de Brest pour la Martinique; et il vint ensuite mouiller dans les eaux de Sainte-Lucie, pour étre à portée de suivre tous les mouvements du comte de Grasse, dont la flotte était de trente-trois vaisseaux. Cette armée navale était destinée à Pexpédition de la Jamaïque; elle allait prendre sous son escorte cent cinquante navires de transport ou de commerce, dont une partie était chargée de munitions de guess et, lorsqu’elle appareilla de la Martinique le 8 avril, dans la vue de se rendre à
t-Ch lis de Bou
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Saint-Domingue, où elle devait se réunir aux forces de don Solano, l’amiral Rodney se hâta lui-même de quitter sa station, pour se porter à toutes voiles sur la flotte française qu’il rencontra le lendemain, entre la Dominique et la Guadeloupe. Il y eut, le même jour, un engagement entre les deux avant-gardes; les autres divisions navales n'étaient pas à portée d'y prendre : plusieurs vaisseaux furent désemparés dans le combat : ils s’éloinèrent pour se regréer; et le comte de Grasse profita de ce premier avantage, pour faire accélérer la marche des békiments de convoi qui devaient porter des munitions à Saint-Domingue. Ces navires avaient été dirigés sur la Guadeloupe, au moment même où l'on avait signalé la flotte britanni- , et ils remirent à la voile, au mileu de la nuit, pour gagner leur destination.
A la suite de ce combat, le comte de Grasse se porta dans le canal des Saintes pe passer ensuite au vent de la Dés rade, et remonter vers Saint- Domingue; mais sa flotte fut bientôt affaiblie par plusieurs accidents successifs. Le Zélé aborda le Jason dans la nuit du 10, et il lui causa de telles avaries, qu’il fallut le renvoyer à la Guadeloupe, avec un autre vaisseau endommagé per l'explosion d’une bouche à feu : lui-même avait tellement souffert que sa marche en fut ralentie.
Ces navires pouvaient tomber au pouvoir de l'ennemi, et l’amiral voulut se
r à leur secours. Il réussit à les dégager dans la journée du 11; mais le Zélé, fatal instrument de ruine, vint encore dans la nuit suivante aborder la Fille de Paris. Les nouvelles avaries que ce choc lui fit éprouver obligèrent de le faire remorquer par un autre navire ; et le comte de Grasse, en voulant le protéger, se retrouva pres de la flotte ennemie, et engagea, e 12 avril, un combat naval, qui devint le plus funeste de tous ceux que la France avait livrés dans ces parages.
Les deux flottes avaient étendu leur ligne, et se trouvaient rapprochées l'une de l’autre jusqu’à demi-portée
de canon. L’avant-garde française et la moitié de l’escadre du centre furent très-endommagées dans leurs agrès :
la variation du vent, qui passa subitement au sud-est, dérangea l’ordre de bataille, et permit à Rodney de couper par le milieu la ligne . La Ville de Paris, qui occupait cette sition, fut bientôt attaquée par A sieurs vaisseaux réunis; quelques nn nt 2 récédaient immédiatement avaient di u leurs agrès, et ils s'étaient rendus après un combat meurtrier. Les autres vaisseaux qui devaient suivre l'amiral, ceux même qui lui servaient de pilotes, se trouvaient éloignés de lui, et il fut plus aisément enveloppé. Le comte de
rasse, après avoir combattu depuis huit heures du matin jusqu’à la nuit, sous un feu terrible, qui avait détruit ses mâts , ses manœuvres et une grande partie de son équipage, n'2yant plus de munitions, et ne pouvant ni prolonger sa défense, ni périr sous les coups de l’ennemi, eut le malheur d'amener son pavillon. Cette prise du vaisseau amiral compléta la victoire de Rodney. Cinq bâtiments francais avaient été détruits; d’autres, qui tombèrent au pouvoir des Anglais, étaient si maltraités qu'ils coulérent bas quelques jours pres: et quinze autres vaisseaux, échappés à ce désastre, et mis sous les ordres du marquis de Vaudreuil, arrivèrent successivement à Saint-Domingue. Ce chef d’escadre jeta l’ancre au cap Français le 25 avril, et il y trouva onze vaisseaux mn ainsi que les troupes destinées à l’attaque de la Jamaïque; mais cette Île allait être secourue par des forces navales très-supérieures; il fallut renoncer à l'expédition projetée, et don Solano ramena sa flotte à la Havane.
La fortune voulut cependant méler à de si ques pertes quelques événements favorables : on reprit l’île de Roatam que les Anglais occupaient depuis plus de deux ans, et les îles Eucayes , où leurs corsaires trouvaient un refuge habituel : plusieurs convois, attendus en Europe, mirent heureu-
sement à la voile sous de bonnes esvortes; et une escadre, commandée par la Pérouse, fut envoyée dans la ie d'Hudson et y détruisit les établissements et les comptoirs de la compagnie anglaise. Le marquis de Vaudreuil reprit la mer avec treize vaisseaux de guerre : il allait compléter dans la rade de Boston la réparation de ses avaries, et il reçut des Américains tous les secours qu'on pouvait attendre de leur fidèle amitié. Un de ses bâtiments, déjà mutilé dans le combat du 12 avril, s'étant brisé sur les rochers voisins de l’entrée du port, le congrès des États-Unis fit présent au roi de France du vaisseau l’4merica qu’il venait de faire construire.
La nouvelle des revers du comte de Grasse avait été reçue par ce gouvernement avec une vive affliction : elle n'avait refroidi son zèle, ni pour la défense de la patrie, ni pour le maintien de son union avec la France; et quoique des dispositions plus pacifiques lui fussent alors témoignées par l'Angleterre, le congrès prit la résolution de ne négocier aucun arrangent M sans la participation de son allié.
Clinton se trouvait alors remplacé par sir Henry Carleton dans le commandement des troupes britanniques ; et ce général , déjà signalé par ses services en Canada , avait à diriger toutes les opérations de la guerre; mais on ne lui envoyait aucun renfort, et les différents postes que les Anglais occu-
ient dans la Caroline se tenaient sur a défensive. Charleston, Savannah étaient toujours entre leurs mains : ils en avaient fait leurs places d’armes vers le midi; et les troupes répandues aux environs étaient souvent aux prises avec celles du général Greene. Enfin la position de Savannah fut évacuée le 11 juillet 1782, et les Anglais n’occu+ pèrent plus que Charleston dans les
‘tats du Sud : ils annoncèrent même . bientôt l'intention de l’abandonner, et s’ils y restèrent quelques mois de plus, ce fut sans y porter de nouvelles forces. Ils suspendiront leurs incursions dans l’intérieur : les Indiens ne furent
lus, excités à commettre des hosti ités sur les frontières ; et comme ces régions ne paraissaient plus exposées à redevenir le théâtre de la guerre, les troupes françaises qui étaient restées en Virginie se rendirent, vers la fin de l'été, dans les États du Nord, afin de se trouver plus à portée des nue qui pouvaient étre encore menacés.
La France, après avoir conquis dans les Antilles une partie des possessions anglaises, éprouvait à son tour des inquiétudes pour ses propres colonies : la présence d’une armée navale ne les protégeait plus, et il fallait faire de nouveaux efforts pour réparer ses pertes : Louis XVI voulut y parvenir, et il fut secondé dans cette & néreuse résolution par le concours
etouteslesclasses du royaume. Douze vaisseaux de haut bord furent mis sur les chantiers; le don volontaire satin autres fut fait par les deux rères du roi, par les états de Bourgogne ar les villes de Paris, de Lyon, e Bordeaux, de Marseille, par d’autres grandes administrations; et cette émulation de zèle apprit au gouvernement qu pouvait prolonger, avec de nouvelles et fécondes ressources, une lutte où il était soutenu par l'opinion de tout un peuple.
Cette guerre n’avait pas changé d'objet : son but immuable était de faire reconnaître l'indépendance américaine ; mais la France, en acquérant en Europe des alliés, s’était encore imposéd’autres obligations envers eux:
elle voulait défendre leurs domaines, favoriser leurs entreprises, et les attacher, par leur intérêt propre, à la cause des États-Unis. L'Espagne s’était ainsi trouvée engagée dans leur querelle, avant même d’avoir reconnu leur indépendance; elle les aidait par ses diversions, et occupait une partie des {orces que l’Angleterre aurait dirigées ccatre eux. Plusieurs expéditions dirigées vers le midi de l'Europe, ou vers d’autres parages plus éloignées, firent connaître que toutes les opérations d’une guerre si étendue étaient étroitement liées, et qu'en négociant
SE
e la Le Crillc if
re des hosti et comme ces ur exposées e la guerre, ui étaient reslireut, vers la tats du Nord, à portée des re encore me-
avoir conquis artie des posrouvait à son ur ses propres d’une armée plus, et il falfforts pour réis XVI voulut pndé dans cette ar le concours oyaume. Douze rent mis sur volontaire dt it par les deux états de Bour- Paris, de Lyon, eille, par d’auations; et cette it au gouvernelonger, avec de essources , une au par l'opinion
hit pas changé uable était de épendance amé- >, en acquérant s'était encore ons envers eux:
urs domaires, ses, et les attaopre, à la cause spagne s'était dans leur queir reconnu leur aidait par ses une partie des aurait dirigées expéditions dil'Europe, où plus éloignées, tes les opéra-
tendue étaient uen négociant
un jour les conditions de la paix on aurait à mettre en balance les succès et les revers, dans quelque partie du monde qu’il: eussent éclaté.
Depuis la ligue de la neutralité armée, la couxe maritime, plus contrariée vers le nord, s'était tournée vers le midi. Les armements anglais qui se rendaient dans la Méditerranée trouvaient dans l’île de Minorque un lieu d’asile et de ralliement, d’où ils se répandaient dans tout le bassin occidental que bornent les côtes d’Es-
gne, de France, d'Italie et d’une partie de l’Afrique. Le gouvernement espagnol forma le dessein de s’emparer de cette île, et un corps de neuf mille hommes, qui partirent de Cadix sous les ordres du duc de Crillon , y débarqua le 9 août 1781. Le fort Saint- Philippe en était la prin‘ipele forteresse : les retranchements , «es mines, les casemates , les fossés étaient taillés dans le roc , les approches étaient difficiles, et la place avait plusieurs enceintes , liées entre elles par des galeries souterraines. On se borna d’abord à l'investir : il fallait des troupes plus nombreuses pour en faire le siége , et l'on attendit de France l’arrivée des régiments de Lyonnais , de par pa de Bouillon , de Royal-Suédois : alors on poussa les travaux avec vigueur :
cent cinquante bouches à feu furent déma: le 6 janvier 1782, et battirent la place sans interruption pendant vingt-neuf jours. Les bombes surtout y causèrent tant de ravages, qu'il fallut faire retirer la garnison et les blessés dans les casemates, où une maladie épidémique sé déclara bientôt avec violence : elle atteignit la garnison presque entière : on manquait de secours : il n’y avait plus assez de bras pour se défendre, et le général Murray rendit la place par capitulation le 4 février. La reddition du Port-Mahon, et du fort Saint-Phipe qui le défendait, entraîna celle de l’île entière, et remit l'Espagne en
ssession d’un des plus beaux ports 6 la Méditerranée.
Le brillant succès que le duc de
Crillon venait d'obtenir détermina la
cour d’Espagne à lui confier la direction du siége de Gibraltar, dont l’investissement était commencé depuis plus de dix-huit mois. Le blocus de terre avait pu être aisément complété
ar l'établissement du camp de Saint-
och; mais il était difficile d’intercepter toutes les communications maritimes, et Gibraltar avait reçu par cette voie de nombreux secours : les rochers qui dominent le détroit sont inaccessibles, et la ville qui se prolonge au bas de cette montagne escarpée a pour défense plusieurs lignes de retranchements. La garnison était de sept mille hommes; elle avait une artillerie nombreuse ; le général Elliot était gouverneur de la place; et son habileté, sa valeur devaient y acquérir un nouveau lustre.
Quand toutes les forces des assiégeants eurent été réunies, on voulut tenter à la fois une attaque par terre et par mer. Le comte d'Artois et le duc de Bourbon vinrent y prendre part, et ils arrivèrent au camp le 14 août :
plusieurs officiers français avaient demandé des congés de faveur, pour se rendre au siége de Gibraltar ; et parmi ceux qui sollicitèrent et obtinrent cette grâce, nous citerons la Tour d’Anvergne, cet intrépide officier qui mérita, seize ans après, l'honneur d’êtrenommé
remier grenadier de la république, orsque la France essayait cette ferme de gouvernement.
Tandis que le camp de Saint-Roch était occupé par quarante mille hommes, et qu’une artillerie de près de deux cents pièces allait tonner contre.
Gibraltar , dix batteries flottantes devaient attaquer les retranchements de la ville basse : chacune de ces batteries avait la forme d’un ponton, ou d’un vaisseau rasé, dont les flancs étaient revétus d’une seconde de madriers et de fortes planches à l'abri de la bombe. Entre ce blindage et le corps du bâtiment , on pouvait, par le jeu des pompes, introduire de l'eau à volonté, afin gong eg ce rouges qui auraicüt pu ns cet Fntervalle : une profonde couche de sable, où l’eau s’infiltrait, servait
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à y maintenir une humidité constante, et ces vastes machines de gaerre, dont chacune était armée de neuf à vingtquatre made ra d’abord pes comme insubmersibles : le colonel d'Arçon, un des plus habiles ingénieurs français, en avait tracé le
an, et le général Moreno fut chargé
’en diriger les manœuvres; mais on ne laissa point à l'inventeur le temps d'en perfectionner l'exécution; et au lieu calfater avec plus de soin le corps même de ces bâtiments, afin de les rendre imperméables , l’on renonça à tenir habituellement de l’eau entre les deux bordages, lorsqu'on se fut aperçu qu’elle pénétrait dans les flancs des navires, et qu’elle les exposait à submerger. C'était se priver de toute sécurité contre l’incendie, et l’on n’eut plus assez de moyens pour s’en préserver.
Une attaque générale devait avoir lieu dans la nuit du 13 septembre, et les batteries flottantes furent mises en mouvement ; mais elles ne se rendirent pas toutes aux lieux d’embossage qui leur étaient désignés : toutes ne
rent pas à portée d'attaquer avec le même avantage , et les trois premières qui étaient les plus avancées se trouvèrent exposées à tout le feu de l’ennemi. Un boulet rouge a vint se loger entre les flancs et le blindage d’une batterie y mit bientôt le feu:
deux autres éprouvèrent le même sort :
la plupart des hommes qui les montaient périrent au milieu des eaux ou des flammes ; et les équipages des sept autres batteries flottantes, que le feu n'avait pas encore gagnées , furent néanmoins découragés , à la vue de ce premier désastre : ils profitèrent des chaloupes qui croisaient dans le voisinage pour s'éloigner de ces pontons, après les avoir eux-mêmes incendiés. Une attoque si infructueuse, si funeste, fut alors abandonnée , et les assiégeants se réduisirent à bloquer Ja place du côté de terre, et à continuër leurs croisières que intercepter par mer tous les arrivages. L'armée navale, commandée par don Luis Cordova stationnait dans les eaux d’Algé-
siras; mais les vents contraires l'en éloignaient quelquefois ; ils l'empéchèrent de s'opposer au passage de l'amiral Howe, qui parvint à pénétrer dans le détroit et à faire entrer, le 18 octobre, un convoi à Gibraltar. Deux jours après, il regagna l'Océan après avoir accompli sa mission ; et le combat
w’il eut alors à soutenir contre Cor-
ova ne fut pas général : l'avant-garde et l’arrière-garde de chaque flotte furent seules engagées : les deux corps de bataille, se trouvant plus en arrière, étaient trop éloignés l’un de l’autre, pour prendre part à cette action. L’amiral Howe dont les vaisseaux étaient moins nombreux évita une nouvelle rencontre et poursuivit sa navigation vers la Manche.
Les expéditions maritimes que nous venons de rappeler n’absorbaient pas toutes les ressources de l’Angleterre' cette puissance avait fait contre les Hollandais d’autres armements: et l'invasion inattendue de leurs colonies, les premières attaques contre leur com.
merce avaient amené plusieurs engagements avec leurs forces navales. Un combat fut livré, le 5 août 1781, dans les parages du Dogger’s-bank, entre les amiraux Hyde-Parker et Zoutman.
Celui-ci escortait, avec sept vaisseaux de ligne, un convoi hollandais expédié pour la Baltique, lorsqu'il fut rencontré par une escadre anglaise, ayant le même nombre de voiles : l’action ui An fut très-vive de part et ’autre; elle ne cessa que lorsque les deux flottes eurent été entièrement désemparées. Les amiraux restaient encore en présence sans pouvoir renouveler le combat , et enfin Hyde- Parker regagna les ports d’Angleterre, et Zoutman fit rentrer au Texel ses vaisseaux de guerre et son convoi.
Plusieurs mois avant cette époque, une autre escadre britannique, sous les ordres du commodore Johnstone, avait mis à la voile, pour attaquer la colonie hollandaise du cap de Bonne- Espérance : déjà elle était arrivée à Santiago, une des îles du cap Vert, et mouiliait dans la baie de Praya, lorsqu'elle eut en vue l’escadre fran-
ontraires l'en ils l’empéu passage de int à pénétrer » entrer, le 18 braltar. Deux l'Océan après setle combat r contre Cor- : l'avant-garde chaque flotte les deux corps t plus en arignés l’un de art à cette acit les vaisseaux ux évita une ursuivit Sa na-
times que nous bsorbaient pas e l'Angleterre : fait contre les rmements; et leurs colonies, ontre leur complusieurs engaes navales. Un oût 1781, dans ’s-bank, entre er et Zoutman, sept vaisseaux landais expédié qu’il fut renanglaise, ayant oiles : l’action vive de part et que lorsque les é entièrement raux restaient s pouvoir ret enfin Hydes d'Angleterre, r au Texel ses son convoi.
cette époque, annique, Sous bre Johnstone, bur attaquer la cap de Bonneétait arrivée à du cap Vert, aie de Praya, l’escadre fran.
‘ne trouvant plus iu
ise du .illi de Suffren, qui était delemu expédiée pour le Cap, où elle allait porter des secours en hommes et en munitions. Suffren, voulant assurer la marche du convoi qui l’accompagnait, lui ordonna de continuer sa route sous l’escorte de la corvette la Fortune, tandis qu’il irait engager le combat contre la flotte ennemi:. Il va jeter l’ancre devant elle avec deux de ses vaisseaux; les trois autres continuent de rester sous voiles; et, comme ils ne peuvent garder avec précision ni leurs distances ni leur ordre de bataille, les deux premiers se trouvent exposés à tout le feu de l’escadre anglaise qui cherche à les envelopper.
Pendant la durée du combat, les navires de transport s’éloignent ; et, lorsqu'ils ne peuvent plus étre atteints, Suffren coupe enfin ses câbles, il gagne le large, et rejoint ses autres vaisseaux de guerre. Alors il se reforme en ligne, et il est prêt à s’engager de nouveau; mais Johnstone, après être sorti de la baie pour l’observer, vint bientôt y reprendre son mouillage; il avait à réparer ses avaries ; et les vaisseaux français, poursuivant leur navigation, abordèrent, le 21 juin, au cap de Bonne-Espérance. Cette escadre y fut promptement rejointe par le convoi
ui s’en était séparé, et son arrivée y
evança celle du commodore anglais, qui, ayant perdu l'espérance d'attaquer cette colonie, réussit seulement à s’em-
arer de quelques navires de commerce Éoliandais qui se trouvaient dans la baie de Saldagna , et revint en Europe avec ses prises.
Une nouvelle campagne allait s’ouvrir au delà de ces parages éloignés : la qi avait gagné toutes les parties
e l'Océan, parce que l’on avait partout des eolonies à conquérir ou à défendre; et cette extension d'hostilités mettait les belligérants dans la nécessité de donner à leurs constructions navales un accroissement inusité; il devenait surtout difficile de pourvoir à la composition des équipages ; et l'Angleterre, employer autant d'étrangers, fut réduite à exercer dans ses ports, avec une nouvelle rigueur, la
presse des matelots : la France eut recours à sa marine marchande, à celle de ses bâtiments rs, et à ses troupes de terre , pour compléter l'équipement de ses nombreux vaisseaux ; ses premières campagnes de mer avaient formé des officiers, et ils continuèrent de se signaler par d’éminents services. On éprouva plus d’une fois que, parmi les rangs des braves, il s'élève des hommes appelés par leur caractère et leur génie à dominer la foule, à l’entraîner dans leurs desseins, et à la faire participer aux grandes actions qu’ils ont conçues : de ce nombre était le bailli de Suffren, un des glorieux ornements de la marine française.
L’escadre qu’il avait conduite au Ca se rendit ensuite à l’île de France, o l'on assemblait les forces destinées à agir dans la mer des Indes; et, lorsqu’elle appareilla de cette île, le 7 décembre 1781, elle se composait de douze vaisseaux de ligne; les navires de transport qu’elle escortait avaient à bord trois mille hommes de troupes et de nombreux approvisionnements.
Suffren servait alors sous les ordres du comte d’Orves; mais ce général, près de mourir, lui remit le commandement le 3 février 1782; et le nouveau chef d’escadre, s’élevant le long des côtes de Coromandel, prolongea ses reconnaissances jusqu’à vingt lieues au nord de Madras, et revint ensuite vers Pondichéry. Cette place, tous les ports de l'Inde, et Trinquemale dans l’île de Cevlan, étaient alors occupés par les Anglais : la mer seule était ouverte à Suffren, et il avait besoin d’un port qui pût devenir sa place d’armes habituelle; mais cet abri allait lui étre disputé; il devait être acheté par des combats; et une escadre britannique, commandée par l’amiral Hugues, était partie de Madras, et suivait la même direction que l’escadre française. Un engagement entre les deux flottes eut lieu le 20 février, au nord de l'île de Ceylan, et l’on essuya de part et d’autre beaucoup d’avaries. L’escadre anglaise se rendit ensuite à Trinquemale, où elle jugeait nécessaire d’établir sa station , et celle de France gagna
Porto-Novo, sur sa côte de Coro-
mandel.
Ayder-Ali était alors en guerre avec les Anglais, et Tippoo-Saib, son fils, venait de tailler en pièces, près de Trichenspali, un corps de trois mille hommes qu’ils attendaient à Madras.
Le bailli de Suffren fut secondé par cette diversion : il reçut de Tippoo- Saib un renfort de deux mille Cypayes, et alla ensuite s'emparer de Goudelour ; acquisition précieuse, qui lui donna un mouillage assuré pour sa flotte, et un pos fortifié, dont il pourrait augmen-
er les retranchements. $
Pendant le combat naval que Suffren avait soutenu dans ces parages, les bâtiments de transport, placés sous son escorte, avaient été séparés de lui : les uns s'étaient portés sur Tranquebar, situé au midi de Porto-Novo, et il put bientôt les rallier; les autres, cherchant un abri beaucoup pus éloighé, avaient gagné les côtes méridionales de l’île de Ceylan : Suffren remit à la voile
ur aller à leur secours. Il s'attendait à rencontrer l’escadre anglaise à la hauteur de Trinquemale ; et, lorsqu'il l’eut signalée, les deux flottes se livrèrent, le 9 mai, un nouveau combat, à la suite duquel l’amiral Hugues regagna la baie de Trinquemale pour réparer ses avaries, tandis que le bailli de Suffren se rendait, plus au midi, dans le
ort de Batecalo. Là il fut rejoint par es vaisseaux de transport qui l’avaient quitté récemment, et par d’autres navires, expédiés de l’île de France, avec des chargements de vivres et de munitions; Suffren ramena ses convois à Goudelour, qui était devenu le point central de ses opérations. Il se proposait de reprendre la colonie hollandaise de Negapatnam, dont les Anglais s’étaient emparés précédemment; mais l’amiral Hugues avait déjà pris les devants, pour se porter au secours de cette place; il venait de jeter l'ancre devant le port, et Suffren se hâta de le chercher pour lui livrer un troisième combat. Dans cet engagement, l’une et l’autre escadre furent très-maltraitées ; elles se séparèrent ensuite; les Anglais se retirérent sous ja protection des bat-
teries qu'ils avaient sur la côte, et ils allèrent ensuite réparer à Madras leurs avaries; les Français gagnèrent Kari.
cal, d’où ils revinrent au port de Gou-
delour.
Ce combat eut lieu le 25 juillet: et Suffren, joignant à l’habileté des plans maritimes une célérité d'exécution que la vigilance de ses ennemis rendait encore plus nécessaire, remit prompte.
ment à la voile, pour aller au-devant d’un nouveau convoi de troupes, de vivres et de munitions, qui lui avait été expédié de l’île de France; il le rallia devant Batecalo; et, profitant aussitôt de ce renfort pour venir assiéger Trinquemale, il débarqua deux mille quatre cents hommes vers l’entrée de la presqu’île où cette place est située. La vigueur de l'attaque pouvait seule en assurer la réussite; on ouvrit la tranchée sur-le-champ, et le feu des Lg h ries fut si vif et si meurtrier, que le commandant anglais, ne pouvant prolonger sa résistance, fut réduit à capituler le 30 août. La garnison était de trois cents Européens et de quatre cents Cypayes; elle obtint les honneurs de la guerre, et fut renvoyée à Madras.
.Trois jours après la conquête de la ville, des forts et des batteries, qui n’avaient pu défendre la baie de Trinquemale, on découvrit la flotte anglaise qu venait y apporter des secours. Sufren appareilla aussitôt pour la chercher : il la rejoignit le 3 septembre; et, ar un combat de quelques heures, où plusieurs vaisseaux des deux escadres souffrirent beaucoup dans leurs agrès, leurs mâts et leur flottaison, l'amiral Hugues reprit sa navigation pour Madras, et le bailli de Suffren rentra dans la baie, mit Trinquemale en état de défense, et alla jeter dans Goudelour une partie des renforts qu’il avait reçus.
Les dommages éprouvés par l’une et l’autre flotte exigeaient des réparations, et allaient faire suspendre les hostilités. Suffren, profitant de ce relâche pour traverser le golfe du Ben-
ale, se rendit à Achem, au nord de
siie de Sumatra : ii aijait à ja fois y
ment
Si elle mier an elle, où
\ côte, et ils Madras leurs nèrent Kariport de Gou-
25 juillet; et eté des plans xécution que js rendait ennit prompteer au-devant troupes, de qui lui avait ice; illerallia itant aussitôt assiéger Trinx mille quatre ée de la pressituée. La vivait seule en uvrit la tranfeu des Lait rtrier, que le } pouvant proréduit à capinison était de et de quatre int les honut renvoyée à
onquête de la batteries, qui baie de Trinflotte anglaise s secours. Sufpour la cherseptembre ; et, elques heures, des deux escsup dans leurs eur flottaison, sa navigation illi de Suffren t Trinquemale alla jeter dans s renforts qu'il
és par l’une et t des réparasuspendre les itant de ce re-
golfe du Ben
, au nord de ait à ja fois y
porter des secours et y réparer ses avaries; et lorsqu'il vit que les colonies hollandaises des îles de la Sonde n'étaient pas menacées, il revint éta-
‘ blir sa croisière dans les parages d’O-
rixa et de Coromandel, d’où il se rendit à Trinquemale. Le marquis de Bussy arriva dans la même ville, quelques jours après, avec deux mille cinq cents
ommes, et un convoi de munitions qu’il amenait de l’île de France, et ces renforts permirent de continuer la lutte avec succès contre les nouvelles forces que l'Angleterre allait déployer dans les Indes Orientales.
Cependant, tandis que l'orage s’étendait avec violence sur ces régions lointaines, il se calmait dans les contrées d'Amérique où la guerre avait commencé. L'activité des opérations militaires s’y était affaiblie de jour en jour ; l'Angleterre n'avait pas augmenté te nombre des troupes qui occupaient encore New-York, Charleston et quelques postes moins importants; et leur commandant en chef avait plusieurs fois témoigné la disposition où était le
ouvernement britannique de traiter de la paix avec toutes les puissances, et de se réconcilier avant tout avec les Américains. Le congrès désirait luimême le rétablissement de la paix; mais, aussi longtemps que les conditions en étaient incertaines, il veillait à la défense de la patrie, et aux moyens d'en soutenir dignement les droits.
L’Angleterre n’avait donné aux États- Unis que le nom de colonies, ou de plantations d'Amérique, dans les premières rpouitions de paix qu’elle leur avait
it parvenir : c'était exprimer encore une prétention à la suprématie, et il était nécessaire qu’elle prît.l’engagement d’y renoncer. On avait d’ailleurs la preuve que l'Angleterre, cherchant à négocier isolément avec chacun de ses ennemis, avait d'abord tenté de se na! tes) de la Hollande par l’intermédiaire de la Russie, et qu’elle avait fait d’autres propositions d’arrangement, soit à l'Espagne, soit à la France.
Si elle était parvenue à rompre un premier anneau de l'alliance formée contre cle, où pouvait craindre qu’elle ne se
montrât moins conciliante- envers les autres belligérants.
Les circonstances étaient donc encore difficiles, et les États-Unis continuaient d’attacher un grand prix à la coopération de la France; ils lui donnèrent, dans ces moments de crise, des preuves constantes de leur sincérité, et quels que fussent les embarras de leurs finances, ils reconnurent et consacrèrent par une convention du:
26 juillet 1782 les engagements pécuniaires qu'ils avaient contractés envers:
elle. La France leur avait prété, en différents termes, et depuis la conclusion de son traité d'alliance, une somme de dix-huit millions de francs :
elle s'était portée garante d’un emprunt de dix millions qu’ils avaient négocié en Hollande; elle leur en avait même fait les avances, et ses dispositions amicales envers eux se reconnurent encore dans les arrangements qu’elle prit pour fixer le mode et les époques des remboursements. Elle consentit à ne recouvrer que par douzièmes et par annuités les dix-huit millions qu'elle avait prétés : le premier terme de ce payement ne devait commencer que trois ans après la signature de la paix ; et la France accordait la remise de tous les intérêts jusqu’au jour de cette signature : elle convint aussi qu’elle ne recouvrerait que par dixièmes, à dater du 5 novembre 1787, les dix millions qu’elle avait garantis et avancés.
L'ompruntque les Etat Luis aralent fait à Amsterdam n’avait que le caractère d’un simple contrat conclu avec des négociants, et il n’établissait pas encore des relations politiques entre les deux peuples, mais il les préparait; John Adams, envoyé en Hollande comme plénipotentiaire américain, sut habilement profiter de ce premier avantage, pour obtenir des états généraux qu’ils reconnussent l’indépen- :
dance des États-Unis. Cette déclaration eut lieu le 19 avril 1782, et un traité d’amitié et de commerce fut ensuite proposé par le négociateur.
John Adams fit d’abord valoir les sentiments d’égard et de réserve qui avaient porté les Américans à ne pas
voulir entraîner dans leur querelle un peuple qui désirait conserver la paix et neutralité, et + va espérait y trouver un principe de prospérité et de ga Mais depuis que l’Angleavait commencé brusquement ses hostilités, et que les possessions de la Hollande étaient a ées de toutes parts , le congrès n'avait plus à différer un rapprochement et une liaison d’intérêts si désirables pour les deux républiques. 9 Ur one à se rappeler es premiers colons du Massachusett et Fan États voisins avaient trouvé en Hollande un asile eontre les persécutions religieuses, avant de se rendre dans le nouveau monde : le souvenir de cette protection et de cette hospitalité excitait encore leur reconnaissance. Le New- York et le New-Jersey avaient reçu de la Hollande leurs premiers habitants : ils avaient vécu sous ses lois, et leurs mœurs conservaient de nombreuses empreintes de cette origine.
Nous aimons à reconnaître, disait John Adams, que les hommes qui fondèrent l’indépendance des Provinces-Unies sont ceux que les Américains se sont proposés pour. modèles : les deux nations ont des formes de gouvernement er ct elles se rapprochent par la conformité des croyances religieuses, par la liberté de conscience, par celle des opinions et de l’industrie, par un mouvement progressif vers toutes les améliorations. L'histoire d’un peuple devient celle de l’autre :
il n’est en Hollande aucun homme éclairé qui n’approuve les causes de l'indépendance. américaine : il craindrait, en les condamnant, de désavouer les plus glorieuses actions de ses ancêtres.
Les deux peuples sont d’ailleurs unis par le grand intérêt du commerce, par ce puissant lien des relations nationales. La Hollande a puisé ses ressources dans le mouvement de sa navigation, dans l’activité de ses négociants et l'abondance de ses capitaux : ce commerce lui est nécessaire, et les États-Unis en favoriseront encore ie développement, par ies richesses de
leur territoire et la variété de leurs échanges. o Toutes ces considérations, dévelop.
avec art par les négociateurs américains , déterminèrent la Hollande à conclure, le 8 octobre, un traité d'amitié et de commerce avec les États-Unis : les bases en furent semblables à celles de leur convention avec la France, et les droits des neutres, de la navigation libre et du pavillon, y furent également consacrés.
Sur ces entrefaites, on observait de toutes parts une tendance générale vers le rétablissement de la paix : les CRÉES: commencées entre les belligérants, faisaient des progrès de jour en jour : la sécurité commençait
renaître, et l’on s’apprétait en Amérique à licencier une partie de l’armée, Charleston venait d'être abandonné par les per britanniques; elles n’occhpaient plus que New-York et uelques postes voisins de l’Hudson : le corps d’armée du comte de Rochambeau n’é.
tait plus utile sur le continent américain, et son embarquement était commencé. Enfin toutes les difficultés de cet arrangement furent aplauies, et une convention préliminaire, qui allait mettre un terme aux hostilités entre l'Angleterre et les États-Unis, fut signée à Paris, le 30 novembre 1782, par les plénipotentaires des deux puissances.