‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 48 sur 99 · CHAPITRE XU. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU. I

MMU OKHiTcnr y est donc- tjnès- différent dans les différcof oaa , et aoaTent resserré dans des bornes très- Hroîles. Remarquons encore , en terminant celte ênnmération de nos mouyemens , que ceux qui sont le plus soumis à notre volonté , tels que oeux qui OQBsistent dans Tusage ordinaire de nos membres , sont eux-mêmes le produit d'une foule d'autres mou- Temens internes qui ont lieu sans notre yolonté expresse , on même sans que nous le sachions j en sorte (pie ce n'est proprement que les résultats qui s'opèrent parce que nous le voulons , mais que les mou- Tcnens qui y préparent s'exécutent d'eux-mêmes, à quelques nuances près, suivant les cas.

Si de la faculté de nous mouvoir nous passons à nos fiionltés intellectuelles , la réflexion précédente y trouve encore bien plus d'applications. Sans doute , comme nous l'avons déjà dit , toutes nos perceptions Mat dee produits de mouvemens opérés au-dedans dsnoui; mais aucuns d'eux ne se laissent aperoefoîr; et quand nous désirons réveiller en nous telle (NI telle perception , nous sommes assurément bien iawpebles de faire avec attention aucun des mûufeneas internes nécessaires pour la i»roduire. Ils ions sont même si complètement inconnus , que nous n'en £ntms aucune mention ici. Nous allons aeuleiienl indiquer en peu de mots jusqu'à quel point et dans quel sens on peut dire qu'il dépend de nous (Tépiouver telle ou telle impression , d'exercer telle on telle de nos facultés intellectuelles. Commençons par la s«asibiUté proprement dite.

n ne dépend pas de nous dejtie pas percevoir les a 18.

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sensations , c'est-à-dire de ne pas sentir les ébranlr '.^ mens que les corps estérienrs causent dans Ici «>• ^ ganes de nos sens , ou ceux que les parties mènti de notre corps excitent les unes dans les autres pff leur action mutuelle. H ne dépend pas de nonsdayantage de modifier les impressions quMles non font y c'est-à-dire de trouyer agréables ou dés^ié^ blés celles qui ne le sont pas ; mais il dépend de nou, * jusqu'à un certain point , d'appliquer tellement notre attention à quelques-unes de nos perceptions , qx les autres deyiennent comme nulles pour nous. Cdi arriye souyent à tous les bommes ; il y en a wèm obez qui ce pouyoir est porté à un grand degré : ce sont ceux qui sont occupés de passions yiolentes oa de méditations profondes. Cert à quoi se réduit Fnifluence de la yolonté sur la sensibilité propiene rt dite. t'

Quant à la mémoire , nous éprouyons que le soa- f yenir de certaines perceptions nous yient soayent, ^ non-seulement sans que nous le youlions, mus j; même quoique nous désirions Técarter ; mais nous f éprouvons aussi qu'il nous revient lorsque nous cher* j' chons à nous le procurer. Ainsi , la mémoire est tan- ^ tôt indépendante, tantôt dépendante de la volonté. Nous verrons dans la suite quels sont les mqyeos d'augmenter le pouvoir de la yolonté sur cette faculté ; pour le moment nous nous bornons à l'énoncé des faits. Usons-en de même à Pégard du jugement

Le jugement est indépendant de la yolonté en €€ sens qu'il ne nous est pas libre , quand nous pei^ yons un rapport réel entre deux de nos perceptions)

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i ne pas. le sentir tel qu'il est , c'est-à-dire , tel qu'il làt nous paraître en yertn de notre organisation , et 1 qu'il paraîtrait à tous les êtres organisés comme oua , s'ils étaient exactement dans la même posion. Cest cette nécessité qui constitae la certitude t la réalité de tout ce que nous connaissons; car s'il le dépendait que de notre fantaisie d'être affectés Pane chose grande comme si elle était petite, d'une ihosebonne comme si elle était mauvaise , d'une chose rraie comme si elle était fausse, il n'existerait plus nen de réel dans le monde , du moins pour nous ; il a^y aurait ni grandeur ni petitesse, ni hien ni mal, ni fiiux ni yrai : notre seule fimtaisie serait tout. Un td ordre de choses ne peut pas même se canoeyoir , il imj^ique contradiction. Notre jugement est donc Itien indépendant de notre yokmté en ce sens ; mais il en dépend en ce que , comme nous l'ayons yu , nous sommes maîtres , jusqu'à un certain point , de considérer telle perception et de rappeler tel souyenir plutôt que d'autres , et de donner notre attention plutôt à un de leurs rapports qu'à un autre. Ainsi oW à proportion que nous soumettons notre sensibilité et notre mémoire à l'action de notre yolonté , ^ celle-ci deyient maltresse des opérations de notre jugement.

Enfin , on peut demander , et on demande souvent , si notre yolonté elle-même est lihre , si elle dépend de nous , c'est-à-dire , à parler exactement , û elle dépend uniquement d'elle-même. Il est hon de commencer par éolaircir cette expression , et par voir pourquoi nous mettons ainsi notre moi à la a i8..

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place de notre volonté, et pourquoi nous îdentifioiie daTantage ayco cette fiioolté qn'avw toute autre, cooune si celles de peroèroir des s» satîons, des souTenirs, des rapports, celle de finit des mouyemens , n'étaient pas nous , ne nous vpfKh tenaient pas, ne faisaient pas partie de notre moi oomme celle de former des désirs. La raison en est simple. Jouir et soaflFrir est tout pour nousj M notre existence toute entière, et nous ne jomMOOf et souffrons jamais ({u'autant que nous ayons def désirs et qu'ils sont accomplis ou non. Nous n^eiiitons donc que par eux et par la fiicuUé d'en fonnr. Quand quelque chose se fait contre notre dénf} nous yojons bien que ce n'est pas nous qui Topéroos. Nos désirs et toutes les aetions qui en sont 1m eonséquences, sont donc toujours la même ehoK que nous, -et tout ce qui n'est pas eux ou n'en dârire pas, est étranger à nous^ ne fait pas partie de notre moL La question proposée se réduit donc à oclle<i : Notre volonté dépend-elle uniquement d'elle-même? Ce qui est la même chose que de demander , pouyons-nous youloir sans cause , et uniquement parce que nous yonlons youloir? Ainsi présentée, cette question n'est pas dijBicile à résoudre , comme il arrive toujours quand les questions sont bien posées, c'est-à-dire , que leurs yrais élémens sont bien énoncés ; cal^ pour résoudre une question , il ne s'agit jamais que de porter un jugement ; et quand les deux idées à comparer sont connues et présentes , le jngement est tout de suite porté. Dans le cas actuel il ne s'agit que de voir s'il est dans la nature de notre

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volonté d^entrer en aotiun sans être mue par rien » i un désir peut naitre en nous sans oanse : il est ûen clair qae non. En effet, si nous considérons le lésir abstraitement, si nous n'y voyons qu'une per* teption , nous ne pouyons le oonceyoir que oomme une cîonséqaenoe nécessaire du jugement qu'âne peroeptîon précédente est pour nous bonne ou mauyaise à éprouver, désirable ou non; et ce jugement, que comme la suite inévitable de la manière dont nous a affectés cette perception quand nous l'avons éprouvée. Si, au contraire , nous regardons nos désirs, aînai qu'ils sont en effet , comme les résultats de oertains monvemens inconnus qui se passent dans les organes de l'être animé, et qui lui font éprouver une manière d'être qu'il appelle désirer, il est certain que tout désir suit nécessairement le mouvement des organes qui a la propriété de le produire, et que ce mouvement des organes n'est pas un acte de la volonté, mais est lui-même occasioné par d'autres mouvemens antérieurs. Ainsi, ni sous le rapport idéologique , ni sous le rapport physiologique , il n^est possible de concevoir le désir autrement que comme une suite nécessaire de faits antérieurs ; et, en général, il ne nous est pas possible de comprendre un acte quelconque qui soit son principe et sa cause à lui-même. Ainsi, ceux de notre volonté sont forcés et nécessaires eomme ceux de toutes nos autres facultés, et comme ceux de tous les autres êtres animés ou inanimés qui existent dans la nature. Cette vérité, au reste, ne fait pas que nous ayons tort d'attribuer à la faculté de vouloir l'extrême a lo...

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importence qum nous y atUohoos dans nous et dut lef autres, d'en porter lei jagemeiu que noot et portons et de nous oondaire comme nous le faisousà son égard*

Nous n'avons pas tort do nous identifier à aolif propre volonté , et de dire indifféremment , il dépeai 4e moi ou il dépend de ma vcdonté de fidre telle oa telle obose, je ne suis pas le maître de cela, oa odi ne dépend pas de ma volonté , car oomme sonffirir «t jouir est tout pour noas , et que nous ne aouffroni et jouissons jamais qu'autant que notre volonté «t accomplie ou contrariée, elle est bien un étreidA*4| tique avec notre moL

Nous n'avons pas tort d'attacher une mtiém importance à la volonté dans les autres êtres s e aU i i et voulans, et de l'identifier avec leur moi; et eaSt à leur tour, n*ont pas tort d'y attacher une extrême importance en nous et de Pideniifier avec notre sioî/ car noire volonté a la puissance de diriger presque toutes nos actions , et surtout toutes celles par lesquelles nous influons sur eux. Ainsi, pour enX) notre volonté ou nous c'est bien exactement la mémo chose, excepté dans certains cas qui forment des exceptions assez rares.

Ils n'ont pas tort non plus d'attacher une idée de mérite ou de démérite, un sentiment d^amourca de haine à notre volonté éclairée ou stupide, bienveillante ou malveillante à leur égard; car si nous n'avons pas le pouvoir de vouloir uniquement perce que nous voulons vouloir, nous avons jusqu'à on certain point, comme nous l'avons dit, celui d'atta-

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elier notre attention à telle ou telle perception, de mnltiplûr et de rectifier kt jngemens que noas en portons et en yertn desquels nous avons des volantes. Or, que nous soyons portés à ces recherches par le ridîonle pouvoir de les désirer sans motifs on par des ciroonstanoes inconnues, peu importe à ceux fd ne sont affectés que des résultats, et qui ne peuvent aooorder leur estime qu'à la justesse qui y brille et leur amour qu'au bien qui en résulte- pour tnx. En effet, une chose quelconque n'est ni esti- Bible ni aimable par la cause qui la produit , mais ■Étrl^effetqui en résulte; et si nous disons commuuimeat que c'est l'intention seule ( c'est-à-dire , la yolonté ) qui £ût tout le mérite d'une action , et que c'est l'intention seule doot on peut savoir bon ou mauvais gré , c'est uniquement parce que , comme noas l'avons d^à remarqué, nous identifions avec nûson les autres avec leur volonté , comme nous nous identifions nous-mêmes avec la nôtre ; et cette expression ne signifie autre chose si ce n'est qu'un individu n'est estimable et aimable qu'à proportion qae sa volonté est éclairée et bienveillante. Or , cela est tout aussi vrai dans l'hypothèse que sa volonté est l'effet nécessaire de causes inaperçues , que dans la supposition absurde qu'elle est uu effet sans uose.

Par la même raison, notre principe' ne détruit point la justice des punitions et des récompenses ; an contraire , il l'établit plus solidement ; car si notre volonté est déterminée nécessairement par des jugement antécédens, il est juste et raisonnable de

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loi fournir des motifs de se porter an bien; aa liée que si elle naissait sans cause, les punitions et lai récompenses n'auraient aucune infiuenoe sur ses déterminations futures , et les unes ne sendeat qu'une vengeance puérile , et les autres que l'expression d'une reconnaissance inutile.

Ce sont sans doute les motifs que je "nens de déyelopper qui , aperçus confusément par tous kr hommes , les ont conduits à porter tous , sur lear' volonté et «elle de leurs semblables , des jugenuM qui sont très-justes au fond, quoîqu'ensnite l'ign»* rance des causes qui déterminent invini cette volonté , et Tenvie de ne pas se croire les îas^ trumens passifs des cireonstances environnante!, les aient portés à imaginer que leur vcdonté est «M création qui se produit spontanément en eux , et à ne jamais remonter à une cause antérieure de leurs actions que quand celle-là n'a pas lieu. GonolnoDS donc que notre volonté n'a pas le pouvoir de former tel ou tel désir sans motif et par un acte purement émané d'elle; mais qu'ayant, jusqu'à un certain point ( quelle que soit la cause qui la mette en action ) , le pouvoir d'appliquer notre attention à une perception plutôt qu'à une autre , de nous faire retrouver un souvenir plutôt qu'un autre , de nous faire examiner tel rapport d'une chose plutôt que tel autre, tous actes qui sont les éléments de ses déterminations , elle influe , non immédiatement , mais médiatement sur sa direction ultérieure.

Je ne traiterai point ici à la içanière des schdattiques la question tant débattue de la nécessité «<

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de la liberU ; je pense , ayeo Looke , qu'être liinre c'est ayotr le poa?oir d'exéouter sa yolonté , et que toutes les ibis qu'on donne un autre sens à ce mot, on ne s'entend plus. Il ne peut donc pas y ayoir de liberté ayant la naissance de la yolonté; et il ne pouyait être question que d'examiner ce qui ikit ■altre notre yolonté. Je pense que c'est ce que nous ayons fiiit suffisamment.

Je terminerai là ce chapitre , dans lequel , comme dans le précédent , je me suis borné à recueillir des fidts sans me permettre de remonter à leurs causes, ^ me sont inconnues , ni d'en tirer des couséquenqui auraient été prématurées.

Je sans qu'à la suite de ces obseryations je deyrais indiquer les moyens de perfectionner notre fiuïulté de nous mouyoir , et ceux de bien diriger notre faculté de youloir, et d'augmenter son influence sur toutes les autres ; mais il faut aupara- Tant nous être munis des observations dont nous allons nous occuper dans le chapitre suivant.

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