‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 51 sur 99 · CHAPITRE \UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE \UI

de perceptions, il faut les considérer séparément. Commençons par les sensations proprement dites.

Le mouvement qui a lien lorsque nous peroeyons une sensation, devient plus rapide et plus facile quand il a été fréquemment répété ; il doit donc se &ire qu'une sensation souvent éprouvée soit moins ▼ÎTe pour nous : c'est aussi ce qui s'observe. Elle ne produit plus en nous ce sentiment de surprise > qui nous excite si vivement les premières fois ; plus elle se renouvelle souvent , moins elle attire notre attention; et si enfin elle est trop fréquente ou trop prolongée, elle finit par n'être plus aperçue, comme lorsque nous sentons trop long-temps la même odeur oa le même goût , ou le même degré de lumière ou de température a. Quand l'effet contraire arrive,

■ N'entendes ici par ce mol qne la surprise ponr ainsi «lire mécanique , et non pas cette espèce de surprise réfléchie 00 d'admiration qui est l'ouvrage du jugement , et qui , par conséquent, augmente avec les connaissances. Nous en parlerons en son lieu.

> Je ne serais pas surpris du tout que ce fût \i une des nisoos , et pent-étre la principale , pour laquelle nous n'avons aucune conscience des mon-emens qui sont nécessaires i l'entretien de notre organisation, et qui s'opèrent conti- Qaellement pendant tout le tems de notre existence ; et je luis très-tenté de croire que, dans les premiers momens où Bons commençons à sentir, nous avons un sentiment très-marqué , et peut-être assez distinct , de chacun de ces mouve* Qtens, qui deviennent insensibles dans la suite; Beaucoup du faits observés dans les enfans, leurs ris , leurs pleurs sans cause apparente, autorisent celle conjecture , qui ne répugne pas i la >'«ison. Au reste, je dis un sentiment asses distinct , et non

oomme lorsqu^nne douleur nous devient plof i» supporUlile à mesure quMle se reiiQnyelle ou m pu» longe , o^est toujours parœ qu'elle finit per déranga ou détruire Porgine qu'cdle affecte , on parce que il mouTement organique qui la produit , en se rdpi tant et se prolongeant , met en jeu d'^antres cffpMi sensilifs et 7 excite des mouyementf qui n'avaiHl pas eu lieu d'abord , oe qui, dans les deux cas, roi le mal réellement plus grave , on plutôt mnlt^^if réellement les causes de douleur. D est même à r^ marquer que si nos douleurs deviennent plus poignantes à la longue, il n'en est jamais de même 4s nos plaisirs ; oe qui pourrait tenir non-senleuMU à ce que tout plaisir disparatt dès que l€ sentiment et fiitigue survient, mais encore à oe que, danslW oroissement de la douleur par la fréquence ou la dorée, il y entre de raciion de notre jugement, qui nous irrite contre cet état pénible et nous le fitit trouver plus insupportable.

n est donc vrai en général que nos sensations trop répétées deviennent moins senties , comme le moa' vement sensitif qui les produit devient plus &cile;

pu très-distinct > parce qa*i c«tte époque Tactloa do iag*meot étant encore noaveUe ei rare , et par conséqnoit Mt et pénible , elle doit laisser dans la confusion beancovp d*!»* preuious que dans la saite elle démêlerait aiaémentsi oalf> sentait encore.

Peat-étre aussi, dans le cas de la prolongation continas» j a-t-il presque cessation du mouTcment organique , ForgiM restant daosi*état où Ta mis le commencement de rimpreniM sensible.

cHApims iiv. 193

maû puûqne oe moaremeiit de Porgane lui deyient plus facile , la Mnsatioii doit dooo devenir plus fa- «île aussi, o'est-à-dire , n*ayoir pas besoin d'un sti- Mnlant aussi fort pour être excitée; c'est aussi ce ^ arrÎTe. U est d'obseryation constante que la délâeatesse de nos sens s'aocrott par Texercice , même flidépendamment de la part qui doit être altribaëe à Faction du jugement dans ce progrès; et quand le contraire a lieu , c'est qu^il 7 a eu lésion dans Porgane par le trop grand usage qu'on en a fidt

Maintenant, de même que Pobsenration attentive de oe qui arrive à nos mouvemens en vertu de leur fréquente répétition nous a conduits à trouver quel devait être l'effet de la même cause sur nos sensations, et à reconnaître que les phénomènes sont tels que nous avions jugé d'avance qu'ils devaient être , de même ausn l'examen que nous venons de faire de la sensation nous fait déjà prévoir ce qui arrive i la mémoire.

En effet, quand nous percevons une sensation, le mouvement quelconque opéré dans Porgane affecté en produit un autre dans le centre nerveux , que nous concevons comme le siège de la perception, et qui en est Porgane propre. Quand nous percevons un souvenir, ce n'est pas ce premier mouvement qui recommence ; aussi le souvenir d'une sensation n'est ]>as la sensation elle-même. C'est le mouvement de l'organe propre de la perception qui se renouvelle. Or , ce mouvement est comme tous les autres ; plus il a eu lieu souvent, plus il se renouvelle avec faa 19..

li^ IDEOLOGIE.

oilîté et promptitude, et moins est Tive la pero^ tion qa^Û nous osuse; Id est aussi oe que non épiooTODs. Pins nous ayons en souTent une penMption quelconque , plus nous en ayons aisénwif b souvenir; mais aussi moins oe souyenîr nous fiapp et nous émeut. S^ii est plus yif quand la —-—**■* a été longue et profionde , o^est uniquement psnt que son impression anr les oq;anes a été plus Ibrte; mais oela ue tient pas à ce sentiment à^étnmffié ( qu^on me passe oe terme presque synonyme de ee- Ini de nouveauté ] qui natt de la diflioulté qa^ piouye l'organe à se plier à un mouyement qn^ n*a pas enoore exécuté.

Ma&B nul de nos mouyemens internes n^est iioU; ils se tiennent et s^enohainent , comme tons les aoayemens de la nature, par une multitude de nfports et de combinaisous ; et plus ils se répètent, plus ils mettent en jeu tous les mouyemens adjacens , et les rendent faciles , quoique moins sensibles. Ainsi , plus un souyenir se renouyelle , pins il réveille aisément tous les souvenirs collatéranx, quoiqu'ils deviennent moins frappans. C'est ainsi que s'établit cette liaison des idées , phénomène idéo- Ic^iquc si important , dont Tobservation a été si justement vantée, puisqu'elle jette le plus grand jonr sur nos opérations intellectuelles, et qui n'est Inimême que la liaison mécanique ou chimique des mouvemens organiques qui produisent nos idées.

Ce que nous avons dit des sensations et des sooyenirs s'applique complètement et parfaitement à nos jugemens , non-seulement parce que Ton ne pett

Page 1