CHAPITRE I.V
^ganes , il n^en serait pas moins réduit d^abord à au
^^^rébien borné d^intelligeuoe et de capacité; tous
^ mouyemens , tous les actes de sa pensée seraient
lents et pénibles : o^est dans tous les genres que nos
oanmencemens sont faibles. Mes jeunes amis , mé-
fin-vous des poètes et des philosophes qui , comme
eox, raisonnent diaprés leur imagination et non
(Faprès les faits: ce sont d'aimables enchanteurs,
Biais de très-dangereux séducteurs. L^âge d*or, tant
Tinté , est le tems de la souffrance et du dénuement ;
et Pétat de nature est celui de la stupidité et de Pin-
oipaoité absolue ^ Nous ne tenons de cette nature si
I n y a pourtant ane came & ce prëjngé nnirersel du
konhesr de l'Age d*or et de la perfection de l'état de nature ,
«MUic il 7 en a à tontes les erreurs et à toutes Us maladies
daFc^rit humain, et la voici. Pour tout vieillard, le plus
hma teoDS dont il se souvienne est celui de sa jeunesse $ c'est
Apoar loi le tems par excellence, celui des Leaux jours et du
tHhaar ; U le vante sans cesse. Elevé dans le respect de son
fèr»^ qpà faisait de même , il croit facilement que le tems
éê U laoBesce de ce père était encore supérieur , et que celui
é» la j«imeM« du monde était au-dessus de tout. La masse
ItlhoiinneSy en général mécontente de son sort , croit volon-
à cette supériorité des tems antérieurs , qui lui est
rllement attestée par des gens qui les ont vus. D'ail*
, die remarque qu'ordinairement les hommes un peu
IgéiaoBt les pins sages ; elle se persuade aisément que les tems
•ÏQiioiit nés et où ils se sont formés étaient les plus réellement
é da iré a * et elle s*accoutume ainsi i la folle opinion que tout
n dégénérant, sans s'apercevoir qu'il y a li un véritable
>caTMMinent d'idées ; car si les liommes les plus âgés sont en
giaéral les plus éclairés, c'est grâce aux bienfaits del'expé-
2l4 IDLOLOGUL
y^— ii-^kU ^ c''est<4-dîre de notre organisàtioD , qoi U poaiibililé de mmu pcffcotioiiiier , et cela mm svfit ; nùs CB sortant de ses mains , nom-sealemMft ■ons sommes dans vne ignorance complète , mif cneoff« nos moyens de oonnaître sont dans un e^ yonrdissemcnt total ; nous n>n possédons , po« ainsi dire, «jne le germe; il faut que rexeroiœki élabore , les perfectionne, les déreloppe. Ainsi , bom sommes entièrement les ouvrages de l'art, o'esl4-diii de notre propre travail, et nous ressemblons tmà peu anjourd''bui à l'homme de la nature, à iwtit manière d^ètre originelle , qn^un ebéne ne resseaUi à un gland , et un poulet à un œuf.
Nous devons donc bien nous garder de oioire que nos froultés intelleotuelles aient toujours été et qu^elles sout , et que, dans tontes les circonstanoes, elles eussent fait les mêmes progrès ; et il serait trèscurieux de démêler, dans Tétat où nous les Toyons, ce qu^elles doivent au perfectionnement de nuire individu et à celui de Fespèce humaine en général : tâchons à^y parvenir. Nous ne saurions jamais nous considérer sous trop d^aspects diffërens ; c'est le moyen de nous mieux connaître.
La seule manière de savoir parfaitement à quoi s'en tenir sur ce point , serait de pouvoir observer
rience , et la même raison fait que ce sont les temps les pins rëcens où il y a le plus de lumière , puisque ce sont le> siècles les plus anciens qui sont vraiment l'enfance da monde. G*est ainsi qu'une idée fausse s'accrédite d'tfgeen IgCr et qu'elle devient la source d'une infinité d'autres dont l'ob" servation attentive de nos facultés doit nous préserver.
GHAPn'REXV. 21 5
( hommes qui n^auraient jamais eu de oommuni* ion avec aucun de leurs semblables : car les ques- Qt de fait ne sont pleinement résolues que par Lpéiienoe ; mais oelle-K}i n^est pas en notre pouvoir, lomme ne nait ni ne vit isolé; il ne peut su^ister oette manière, et ne saurait passer son premier I sans secours étrangers : ainsi toujours il a été Ittcnoé par Tétat de société ; toujours il a participé 18 ou moins au degré de perfection ou était l'espèce imaine au moment de sa naissance. Nous avons , à vérité, quelques exemples d^enfans et déjeunes Di des deux sexes qui ont été rencontrés dans des rltsoù ils paraissent avoir existé, plus on moins de nps ) seuls. Un savant naturaliste , dans un petit vnge qu'il a publié à Poccasion du dernier de ces fiuis trouvés * , en cite jusqu'à onze, sur lesquels nous donne des renseignemens précieux. Mais, me part, ces individus, quelque étrangers qu'ils us paraissent à toute société et à tout langage, ont ocosairement vécu avec des hommes, au moins nt leur premier âge; et sous ce rapport, si nous I prenions pour terme de comparaison , ils nous mueraient une trop haute idée du degré de per- }tioiuiement auquel peut atteindre un homme solament et totalement livré à lui-même. D'une itre part , on a remarqué avec beaucoup de saga»
I f^ojreM la Notice historique sur le Sauvage de VAyey B et sur quelques autres individus qu'on a trouvés daus les réu i différentes époques» par P.-J. Bonnaterre, professeur liittoire naturelle à Técole centrale du dépal^tement de ivejtoD. A Paris , chea la veuve Panckoucke , an 8.
2l6 IDEOLOGIE.
cité * , que presque tous oes enfims «iiiai aéquestréi de la société deyaient ou s'être perdus par stupidité, ou avoir été l'objet de yiolences qui ayaient pu altérer leur raison , ou avoir été abandonnés et égarés expiés par leurs familles, parce que les viœs de leur oifinisation physique et morale faisaient désirer d*ca être débarrassé. U a même été prouvé positivemsit que plusieurs d'entre eux étaient dans Pus de «s cas : ainsi , sous cet aspect , ils pourraient nous frire tomber dans une erreur contraire à la première, cb nous portant à trop restreindre ce développement ée rhomme isolé. D'ailleurs aucun d'eux jusqu'à présent n'a été observé avec les précautions néoessurei et les détails suffisans , l'idéologie étant de toutes les parties de la physique animale, celle qui exige les observations les plus scrupuleuses et les plus é> constauciées. Nous ne pouvons donc tirer auoane conclusion bien certaine de ces expériences.
Mais si nous n^avons aucun moyen direct de savoir jusqu^à quel point de développement anivenit notre intelligence par ses propres forces, noas en avons un bien facile de reconnaître le terme qu'il lui serait certainement impossible de dépasser, et même d'atteindre ; nous n'avons qu'à jeter les yeax sur les hommes qui composent les sociétés les moins avancées en civilisation. Car enfin les plus brats d'entre les sauvages doivent beaucoup à leurs semblables ; ils en out reçu beaucoup d'idées , de con-
■ M. Roussel • pliysiolôgiste-philoioplie y auteur dnfyt' tè me physique et moral de la Femme,