‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 73 sur 99 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Vidée de bon , pour pouvoir juger si le pain est bon, et qu'ainsi ces mots ne deyraient m'étre d'aucune utilité. Cependant l'expérience est constamment contraire -y elle montre que ces signes font en moi une impresaion qui n'est pas exactement celle de toutes les idées qu'ils représentent , mais qui en est comme la résultante, o'est-à-dire qu'il y a quelque chose de plus dans l'effet que nous fait un signe , que dans celui que produit en nous l'idée composée que ce signe exprime; la preuVe en est que nous faisons, parle moyen de ce signe , beaucoup de combinaisons ultérieures que nous ne pouyions pas faire avec l'idée elleHméme. Mais , je le répète, il n'est pas aisé d'assigner avec précision la cause de cette différence entre le signe et l'idée , et on ne l'a jamais déterminée nettement , au moins que je sache. Je crois pour* tant que nous allons la trouver tout naturellement dans une observation que nous avons déjà faite sur les caractères et les propriétés de nos opérations intelleotuelles et des mouvemens internes qui les produisent.

Nous avons remarqué qu'en général ceux de ces mouvemens dont résultent nos souvenirs et nos jugemens , ou perceptions de rapports , ébranlent moins fortement notre machine, s<mt moins nécessairement accompagnés de peine ou de plaisir , et , par suite, laissent des traces moins vives ^ moins distinctes , nuHns durables que les mouvemens purement sensitifs; qu'en conséquence les souvenirs et lesjn^ geniens sont des perceptions plus légères , plus fugitives , et qui produisent des impressions moins pro "

sGo IDÉOLOGIE.

fiaidrs wmr notre orgunaation q«e la seaaatioo pioprement dite. Ccst eeqni fidtqiie les idées «betriitoi et M^f^»^^ des sens sont odles qo» noos svou k pins de peine à fixer et à ne pas perdre de Toe , et qee les sujets où elles se tnwiTcnt en plos grand nooH lue sont oenx oà il nous est leplns diiB<yile d'Af iter robscnrité et la confusion; i^est oe qui fiiit cncon qœ le moindre brait, la moindre donleor ou le moindre plaisir actuel , nous distraient souyent de la mi, ditation la plus profonde , et nous font perdre de vw le sonyenir qui nous occupe le plus. En gënM, tout prouYC que la sensation a une tonte autre éno^ gie que le souyenir et le jugement , lesquels toÉt , par lenr nature, des perceptions légères et transitoires. Maintenant, si nous nous rappekms que foutei nos idées sont extrêmement composées; que, pur conséquent , toutes sont des assemblages d'une foule de souvenirs et de jugemens ; que même, si Ton en excepte les sensations simples , dont il n'est pas question en ce moment , elles ne sont toutes , à proprement parler, que des souvenirs dHmpressions reçues et de combinaisons (gérées, nous en conclurons qu'elles sont toutes essentiellement fugitives ; que , par leur nature même , elles doivent ne faire que paraître et disparaître , et que le véritable obangement qu'y apporte le geste ou le mot , en un mot , le signe quelconque qui nous les représeute , en frappant ocs sens , est de les associer à une sensation , de les rapprocher du caractère de ce genre de perceptions , et de leur en donner toute l'énergie. De là seul natt , jt pense , la différence qui existe entre les propriétés da

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ae et celles de l'idée qu^il repré3ente : j^en suis atant pi as persuadé , que , si l'on y fait bien attena , on Terra queôette seule oirconstanoe suffit pour pliqner tous les effets des signes.

En effet , quand une idée est une fois intimement sa une sensation , elle nous frappe aussi souvent , isi facilement, aussi vivement que cette sensation e-méme ; elle est aussi distincte de toutes les au-

8 idées qui sont liées à d'autres sensations , que I sensations le sont entre elles. Pour ne pas la conidre avec elles, nous n'avons plus besoin d'en iminer tous les élémens , d'en reoberober la gération. Ce n'est plus , pour ainsi dire , les nq>ports s-dâiés de ces idées que nous avons à considérer , lia les rapports bien plus frappans de ces sensans. Voilà pourquoi les signes secourent la mémoire, ident lesbabitudes plus fortes, servent de point

repère à l'esprit ; pourquoi ils constatent réellesnt les opérations intellectuelles qui ont eu lieu ; arqnoi les idées de classes , de genres , d'espèces , tontes les idées généralisées que nous conservons r leur moyen , une fois qu'elles sont faites , nous ni ai commodes ; voilà aussi pourquoi il est si utile ai agréable qna les signes aient de l'analogie aveo chose qni'ls expriment , et qu'il existe entre eux ta reUtioDS correspondantes à celles des idées qu'ils présentent : d'un antre c6té, l'on voit que la sentien du signe étant une sorte d'étiquette de l'idée , peu près comme les titres de certains chapitres et

9 «ertains paragraphes qui en expriment le sens en Iffégé, et se mettant , pour ainsi dire , en nous à la

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place de cette idée , elle doit nous en faire perdre 1 vue les détails. De là vient sans doute que nous a?o souvent la conscience du sens d^un mot sans pouvt Texpliquer , et que iious sommes exposés à bien d erreurs en nous en servant ; de là vient apparemme encore qu'il nous arrive souvent d'être frappés < la vérité d'une proposition long-tems avant de poi voir nous en rendre compte , ou révoltés de la fàm setéd'un sophistne, quoique nous ne puissions patJ démoQtrer. U serait facile de multiplier et dedéveb per ces faits , qui tous se présentant comme des eoi séquences de notre principe , le rendraient tovô^NU plus i^ausible; mais ceu^-ci suffisent , je oroîs , pM conclure qu'il est très-probable que la réunion dt 1 sensation à l'idée est la vraie cause de l'effet di signes : quoi qu'il en soit , ce qui est certain c'est qa cet effet est le même dans tous les signes que dao les signes algébriques , et qu^il consiste à constate les opérations intellectuelles que nous avons faites et à nous donner la facilité d'en faire des combinai sons qui seraient impossibles sans ce secours. Ces là ce qu'il était important de bien éolaircir.

Actuellement que nous avons vu quels sont noi différeus langages ou systèmes de signes représentatifs de nos idées , cl en quoi consiste U propriété fondamentale de ces signes considérés comme moyee de penser , nous pouvons examiner avec sûreté lei diverses circonstances de l'influence de ces signei sur la pensée : c'est ce que nous allons faire daoi 1« chapitre suivant.

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