‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 97 sur 99 · PRINCIPAL · texte numérisé non relu

PRINCIPAL

TiÀ plus précieuse des inventions des hommes, est celle d'exprimer leurs idées d'une manière inoomparahlcment plus parfaite qu'aucune autre espèce d'animaux.

Non-seulement depuis bien long-tems on parle, mais encore depuis bien long -tems aussi on a parlé quelquefois avec une perfection admirable. Cependant l'origine et les propriétés des signes de nos pensées ne sont que très-uouvellement et très- imparfaitement connues. Cela prouve bien qu'un art peut être porté à un très - haut degré , quoique sa théorie soit encore ignorée. C'est dans tous les genres que l'homme est obligé d'agir provisoirement avant de connaître toutes les causes et tous les moyens, ( t qu'il agit souvent très-bien avant de démêler complètement pourquoi.

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C^est ce qui fait que d^ long-tems il a maintes fois raiaoané parfaitement ', quoique Pldéologie aoit encx>re une science nouvelle et naissante. U ne s'en* suit pas qu'eHe soit inutile ; elle peut conduire à faire sûrement et toujours ce qu'on n'a fait que par hasard et rarement.

Les signes de nos idées sont de diverses espèces; nous en avons qui s'adressent à la vue et au tact ; nous pourrions en avoir qui affectassent l'odorat et le goût. Mais les plus généralement usités, parce qu'ils sont les plus commodes et les plus susceptibles de perfection , sont ceux qui partent de l'organe vocal et s'adressent à l'organe de l'ouïe.

Tout système de signes peignant directement les idées , est une vraie langue ou langage.

Les écritures hiéroglyphiques, symboliques , arithmétiques , algébriques , sont de vraies langues ; elles représentent immédiatement les idées.

Les écritares alphabétiques et syliabiques ne sont point des langues ; elles ne lepréseutent point immédiatement les idées j elles représentent les sons d'une langue parlée ; elles rendent visuels des signes oraux , et rien de plus.

Lire celles-ci , ce n'est que les prononcer $ lire les premières , c^est les traduire.

Un alphabet unique, une orthographe unique, une langue parlée unique, seraient suffisans et plus commodes; mais eussions- nous une langue parlée universelle , les langues arithmétique et algébrique auraient encore des avantages particuliers qui devraient les faire conserver, ainsi que les plans et les a 3o.

3!i4 EXTRAIT BAISONHÉ

figures de géométrie, pi^ce ({u'^elles nWt plus ces avantages quand elles sont traduites dans une autre langue quelconque.

Tous nos systèmes de signes , tous nos langages sont presque entièrement de convention, pour pea qu^ils soient perfectiounés ; mais ils ont tous pour base commune les actions que nous font faire nécessairement nos pensées, et qui, par cela même, les manifestent et en sont les signes naturels.

Le langage d^aotion est donc le langage originairt; il est composé de gestes , de cris , d'attouchemens; il s^adresse à la vue, à Touïe , au tact.

Dans nos langages perfectiounés , nous employons toujours plus ou moins ces trois moyens, quoique celui qui s'adresse à Touîe soit prédominant de beaucoup, excepté dans les momens où la violence de la passion nous doune le besoin de produire un effet subit , et nous ôte la capacité de faire des combinaisons réflécbies.

Mais Tefifet de tous ces signes n^est pas seulement de communiquer nos idées. Leur propriété la plus importante est de nous aider à combiner nos idées élémentaires , à eu former des idées composées , et à fixer ces composés dans notre mémoire.

Nous ayons vu que nous n^avons plus dans nos tctes que des idées abstraites et généralisées, et qu^elles a^out pas d^autre soutien dans notre esprit que le signe qui les représente.

CVst là un fait dont on peut donner mille preuves , et entre autres celle-ci : c^est que sans noms de nombres nous pourrions à peine avoir nettement l'idée

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de six. Or, que Toii songe quHl n^y a presque aucune de nos idées qui ne soit plus composée que celle six, et Ton verra où nous en serions sans les signes, et où nous en étions ayant de les ayoir un peu perfectionnés.

La cause de cet effet des signes me paraît être que nos perceptions purement intellectuelles sont trèslégères , et par là même très -fugitives , parce que les mouvemens internes par lesquels elles s^opèrent ébranlent très-peu le système nerveux : or, le signe , en s'y joignant , les fait participer à .l'énergie de la sensation dont il est la cause. Il constate et fixe le résultat d'opérations intellectuelles dont le sentiment disparaît. U devient une formule que nous nous rappelons facilement , parce qu'elle est sensible , et que nous employons dans des combinaisons ultérieures , quoique nous ayons oublié le mode de sa formation.

Ainsi, nous sommes aussi réellement conduits par les mots dans nos raisonnemens , que l'algébriste par ses formules dans ses calculs. Si le résultat n'est pas complètement le même dans les deux cas , la différence tient à la nature des idées , mais le mécanisme est pareil.

326 EXTRAIT RABOHIli

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