DE CORPORE. DU CORPS
ÉPITRE DÉDICATOnUE.
A l'exCELLEHUSSIME GUlLLAUBfB , COMTE DE DEVOH ( OU DE DÉVOHSHIRE ) , M05 TRÈS-HOVORÉ SEIGHECR *•
ExcELLEHTissiME Seighbur , la troisième seotion de mes Élémens de Philosophie est publiée depuis longtemps : celle-ci, qui est la première , a beaucoup
■ Quoique je ne donne ici la traduction que de la Logique (ieHobbes, et non pas celle de toute la première section de le* Elcraens de Philosophie , dont cette Logique n'est que la première partie , )'ai cru devoir la faire précéder de l*Epttre dédicatoire y de l'Avis au lecteur, et de la table dn chapilresde celte première section, parce que ces trois morceaux foDt connaître les idées de l'auteur , Tensemble de son plan »
4o HOBBES.
tardé à paraître : la yoîlà enfin ackeTée. Je tous Pof' fre et vous la dédie aujourd^hiii , pour qu'elle aaîl un monument de mon attachement pour tous et de yof bontés pour moi. Ce petit liTre a^est.pas d^on grand volume , mais il renferme bien des choses, et il est encore assez étendu si toutefois il est bon. Vous le trouverez clair et facile à comprendre poar on lecteur attentif et exercé comme yoas aux démonstrations mathématiques. Presque tout ce quHl renferme est neuf, mais ne'doit cependant choquer pei^ sonne par sa nouveauté. Je sais que cette partie de la philosophie , qui a pour objet les ligues et les figures, a été très-bien traitée par les anciens, et qu^elle est un excellent modèle de la vraie Logique, parle moyen de laquelle ils sont parvenus à trouver et à démontrer de si célèbres théorèmes. Je sais même que rhypothèse du mouvement diurne de la terre a été imaginée d'abord par les anciens, mais que, ensuite, cette belle idée et toute la science astronomique , c'est-à-dire la physicfue céleste dont elle est la base , a été étou£fée sous des tas de sophismes par des philosophes plus récens. Cest pourquoi, à ne parler que de la théorie , je pense qu'on ne doit dater
U plaeu qu*jtieol la Logique, elle rang qu'elle y occupe »ee ijal eit trèi-lmportaot.
Je demande instamment qu'on veuille bien lire cette Logique avec attention. J'auraig pu en faire le texte de nombren* le* tft utiles discussions, et si je l'avais publiée seule , je n'j aurais pas manqué; mais la mienne lui servira de commentaire, et tiendra lieu , je pente, de toutes les notes que j'aurais pu y ajouter.
le oommencement de l'astrouomie que de Nieidas Copemio , qui a repris dans le siècle dernier , les aneiomes opinious de Pythagore , d'Aristarque et de Fhilolaûs.
Après lui , le mouyement de la terre étant enfin itoonnu , on a commencé à s^occuper de la difficile question de la chute des grares. Galilée, de nos jours, luttant contre ces difficultés , a découvert la nature de ce mouyement, et par là , nous a ouyert Pentrée de toute la physique. Ainsi, il me parait qu'on ne doit commencer à compter Page de cette science que de oe moment.
Enfin est venu Guillaume Henrey , premier médecin des rois Jacques et Charles. Dans ses liyres de la circulation du sang et de la génération des animaux, il a exposé et démontré ayec une sagacité admirahle , la science du corps humain , qui est la partie la plus utile de la physique. Il est le seul , que je sache, qui, surmontant Penvie, soit parvenu à établir de son vivant une doctrine nouvelle.
Avant ces hommes, il n^ avait rien de certain en physique , si ce n'est pour chacun ses expériences personnelles et quelques parties de l'histoire naturelle; si même ou peut regarder comme certaines ces dernières, qui n'ont pas plus de certitude que l'histoire civile. Mais depuis, Jean Kepler, Pierre Gassendi et Marin Mersenne , ont fait faire à l'astronomie et à la physique générale des progrès vraiment étonnans pour un temps si court , et il en a été de même de la physique particulière du corps humain , grâce aux travaux et aux talens des médecins, c'est-
4a HOBBES.
à-dire des vrais physiciens , et surtout à ceux de nos sayaiis hommes du collège de Londres. La physique ^ est donc une chose toute nonyelle; mais la philoso- 2 phie politique Test encore bien plus : elle n^est pts ^^ plus ancienne que mon ouvrage du Citoyen. Je le dis ^ hardiment, parce que j'ai été attaqué , afin que met -r détracteurs sachent qu^ils ont eu très-peu de succès* ^ Quoi donc? dira-t-on, n'ya-t-il eu chez leftancieiif ^ Grecs aucuns philosophes, ni physiciens, ni.polîti- ^ ques ? Certes, il y a eu des hommes qui s'appelaieiit ^ ainsi. La preuve eu est , que Lucien s'est moqué ^ d'eux, et que plusieurs villes les ont souvent chassés « par des ordonnances publiques ; mais il ne s'ensuit ^ pas qu'il ait existé alors une vraie philosophie. H y avait dans l'ancienne Grèce un certain fantôme imposant en apparence , et ressemblant en quelque sorte à la philosophie, quoiqu^il ne fût composé que d'erreurs et de supercheries. Les hommes imprudens le prenaient pour la philosophie ; regardaient ceux qui renseignaient comme des professeurs de sagesse, quoiqu'ils fussent tous d'avis différens ; s'attachaient les uns à l'un , les autres à l'autre , leur confiaient leurs cnfans comme à d'exoellens maîtres , et les payaient chèrement pour ne rien leur apprendre qu'à disputer et à décider sur toutes les questions , sui- , vaut leurs fantaisies , sans aucune déférence pour les lois. Les premiers docteurs de l'Église qui ont succédé aux apôtres , étant nés dans ces temps , et s'efforçant de défendre la foi chrétienne contre les Gentils parle secours de la raison naturelle, oommencèreut àphilosopher eux-mêmes età mêler aux principes
de l^ritare-Sainte quelques principes tirés des écrits des philoeophes moralistes; d'abord ils n'admirent ^ quelques dogmes peu nuisibles de la philosophie de Platon. Mais bientôt, ayant adopté beaucoup de choses fiiusses et ineptes de la physique et de la mé- Uphysiq[ae d'Aristote, ils livrèrent , pour ainsi dire, la citadelle de la foi chrétienne aux ennemis qu'ils y araient introduits. Dès ce moment , au lieu d'une religion, d'un culte de Dieu (Théosébeia), nous ATOOS eu une science scolastique dite ( theologia ) théologie , science de Dieu , marchant pour ainsi dire sur deux pieds , l'un très-sain et très-sûr , qui est l^Eoritnre-Sainte , et l'autre débile et gangrené, qui est cette philosophie que l'apôtre Paul appelle vaine, et qu'il aurait pu nommer pernicieuse. Cest cette thédogie qui est cause que , dans tout le monde chrétien , la religion a engendré des oontroyerses , et que les controverses ont produit des guerres. Elle rescemble par&itement à cette empusa dont parle le comique Athénien , qui passait à Athènes pour un démon , changeant souvent de forme , ayant un pied d'airain et un pied d'âne , envoyé , disait-on , par Hécate, et qui présageait aux Athéniens quelque malheur imminent. On ne peut pas , suivant moi , imaginer de meilleur exorcisme contre cette empusa , qae de bien distinguer les règles de la religicm, c'est^ à-dire du culte de l'Être suprême qu'il faut puiser dans les lois; des règles de la philosophie, c'est-àdire des opinions des hommes privés , afin que tout ce qui regarde la religion soit décidé par l'Éoriture- Sainte, et ce qui regarde la philosophie , par la raison
luturelle. (Test ce qui sera oertainement effeotaé , si je réussis , comme je m'efforce de le faire , à rédiger séparément ayec rérité et clarté de purs éiémefli de philosophie. C*est poor cela que, dans la sectioa troisième de ces Éiémens de philosophie que je tou ai déjà dédiée, m'appuyant sur les raisons lesplai fortes auxquelles la parole diyine n'est pas contraire , j'ai ramené à une seule et même puissance suprémie, tout le gouvernement tant ecclésiastique que oiril ; et maintenant en posant avec méthode et clarté Ui yrais fondemens de la physique , j'entreprends de dissiper et d'anéantir cette empusa métaj^ysique , non en la combattant, mais en y portant la lumière. Dans les trois premières parties de ce petit ouvrage, je me suis fondé sur des définitions , et dans la quatrième sur des hypothèses raisonnables. Appuyé sar ces bases , si la circonspection , la réserve et le scrupule d'un écrivain peuvent lui donner quelque confiance dans ses écrits , j'ose croire que j'ai tout démontré rigoureusement. Si cependant certaines démonstrations ne vous paraissaient pas propres à oobvaincre tous les lecteurs , ce serait parée que je n'ai pas toujours écrit pour tous , mais quelquefois poor les seuls géomètres. Pour vous, je ne doute pas que vous ne trouviez toujours mes preuves satisfaisantes. Il ne reste donc plus que la seconde section de mes éiémens de philoso|^e qui traite de l'homme. 11 y a déjà plus de six ans que j'en ai terminé les hait chapitres qui l-egardent l'optique, et qu'ils sonttoat prêts , ainsi que les figures qui doivent y être jointes. Ayec l'aide de Dieu , j'achèverai le reste dès que je
J| '^i) quoûjue je sache bien qn^en disant la yé-
S ^l** 'tommes sar la nature de l'homme, je m^at- U d'eax bien moins de fareur que je n'en méii- ^ •' j^en ai déjà pour preuves les injures et tes '^iK»d?e8 de quelques ignorans. Néanmoins , j'achèlu l'ouYrage que j*ai entrepris. Je brayerai l*enyie je me yengerai d'elle en lui donnant occasion de >orottre. Il me suffît de jouir de la bienveillance t vous m'accordez : j'y répondrai toujours autant je le puis, en adressant mes yœux à la Divinité r votre bonheur.
De Fbtre Excettenee , le triê^ humble serviteur, Thomas HOBBES.
A Londres , le a3 avril i655.
Au LECTEUR.
.mi lecteur, ne croyez pas que la philosophie dont treprends de mettre en ordre les élémens , soit e qui s'occupe de faire des pierres philosophâtes , -elle qu'enseignent les cahiers de métaphysique, e-oi est le produit de la raison naturelle de l'homme minant avec soin toutes les choses créées , et reqnant tout ce qu'il y a de vrai dans leur ordre , s leurs causes et dans leurs effets. Cette philolie est fille de votre intelligence et de l'univers. ; est en vous , peut-être pas encore développée , s informe comme était dans le principe le monde mime dont elle émane. Vous devez donc faire ce ! font les statuaires qui , retranchant les portions «rflues d'un bloc de marbre, ne créent pas leur
sUtœ, mais la d /gag f at de son cBTcloppe. G imiteK Fade de la création : que Totre raison s tée SUT Pabime conlns de tos pensées et de 1 pérîences. Si yoas Tonlex donner une atteni rieuse à la philoso^e , il &ut que tous disti les choses qui se confondent, que tous les s^ qae yous les mettiez en ordre , désignées chacii lears noms , c'est-à«dire , que yous vous serviei méthode semblable à celle qui a présidé à la o de ces mêmes choses. L^ordre de la création a loi-ci : la lumière , la dUtinction du jour ei nuit y F espace , les corps lumineux, les chos sibles, r homme ; et après la création , la loi. 1 pour étudier toutes les choses créées sera la r la définition , V espace , les astres , les quaUt sibles , l'homme , et enfin Phomme étant fon citoyen.
En oonséqoence , dans la première partie d section intitulée Logique , j'allume le flamlM la raisoo. Dans la seconde , qui est la philc première , je distingue les unes des autres p définitions soignées , les idées des choses le communes. La troisième traite des propriétés tendue , c'est-à-dire de la géométrie , et la qua du mouvement des astres , et en outre , des q sensibles.
Dans là seconde section , avec l'aide de '.
j'examinerai la natiipp de l'homme;
Et dans la troisième , j'ai déjà parlé du cit€
J'ai suivi cette méthode , que yous pouve:
ployer aussi , si elle vous convient ; car je ne
reoommandepu mes idées, je tous les p ropose , Aa reste , de quelqae méthode que tous deries tous •orrir, je tous exhorte Tiyement à vous ooovper de Im' philosophie, o*e8t4-dire de l'étude de Im sagesse , étude dont U négligence nous a causé enoore noa- Tellemeitt de grands malheurs et de grandes sonffnnoes. Car ceox mêmes qui désirent les richesses aiment la sagesse , puisqu'une des grandes jouissanees de leur fortune est de la contempler et de l^dnûrer comme un effet de leur sayoir-faire. Ceux qui aiment à être employés dans les affaires publiques , tfy désirent autre chose que des occasions de montrer leur habileté. Ceux mêmes qui sont adonnés aux plaisirs ne négligent la philosophie que parce qu'ils ignorent qudle yolnpté procure à l'ame l'étude con^ tbuelle et approfondie des beautés de la nature. Enfin quand il n'y aurait pas d'autre raison , puisque l'esprit de l'homme a autant d'ayersion pour l'oisi- Teté que la nature a d'horreur pour le yide, je yous recommanderais la philosophie , qui remplira agréablement yotre loisir, afin que yous ne deyeniez pas importun aux hommes occupés , et que yous ne soyez pas poussé par le désœuyrement , à yous rapprocher , iydre détriment, des hommes qui emploient leur temps d'une manière répréhensible et nuisible.
Portèz-vous bien ,
Thomas HOBBES.
*^Afi^ti^^/i^^^f*^M^nA^AAA^tyyt^^^0ytt*ii^tvtt¥v»^f^uv*^*0vm*0y¥¥*^^
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SECTION PaSMIÈRE.
DE CORPORE, DU CORl
Titres des Chapitres.
PRBMliAB PARTIS , OU LOGIQUE.
CiiànTBBl. De la philosophie.