CHAPITRE PREMIER, page 35i
Idées préliminaires.
Cette cinquième partie des Élémens d^idéologie , la seconde du Traité de la Volonté , doit traiter de U morale, c^est-à-dire de Thisloire de nos aflfections, sentimensoa passions.
Je yeux montrer leur nature , leurs effets, leurs conséquences. D^autres leur prescriront des règles.
Nous ayons dit , dans le yolume précédent, que la faculté de vouloir élait la faculté de préférer une «hose à une autre , et que cette faculté était la source de tous nos désirs , qui sont nos besoins, et de toutes nos actions yolontaires, qui sont nos moyens de pouryoir à ces besoins. Puis nous ayons examiné ces actions.
Ces actions paraissent effectiyement les effets de nos yolontés , puisqu'elles s'ensuiyent constamment. Cependant il n'est pas prouyé que ces yolontés en £oi^nt les causes efficientes.
Il est au contraire très-difficile de oonceyoir com-
392 KXTBAIT HAIAOmiK.
ment le àinr vague de faire un mouyement presque toujours très-oompliqué pourrait être la caoïe réelle de oe mouvement , tandis que nous ne safOM ni comment il s^opère , ni par quels moyens de àétails il a lieu.
Cela est également incompréhensible , soit que ijous ayons une ame , soit que nous nVn ayons pu.
Cela serait encore plus incompréhensible dans les animaux les plus imparfaits. Si l'on youlait que leur volonté fdt la cause réelle de beaucoup de choses qu'ils exécutent, il faudrait leur aooorder des facultés intellectuelles très-supérieures aux nôtres. J'en cite plusieurs exemples.
U me paraît plus raisonnable de croire qu'ils sont des nuohines montées pour produire certains effets, ce qui n'empêche pas de leur accorder la sensibilUi et la volonté , puisqu'ils les manifestent.
11 me parait yratsemblable de croire que chei eux et chez nous il s'opère certains mouyemens intérieurs que l'indiyidu ignore , qui produisent en lui les pliéuomènes de sentir et vouloii , et qui produisent en même temps les niouvemens extérieurs <|ui paraissent suivre de la volonté , en sorte que ces divers mouvcmeus se suivent et sVuchaiuent nécessairement, comme tous ceux qui servent à la nu- Iritiou de Têtre vivant , auxquels sa volouté n'a |H)tut de part.
C'est , je pense, ainsi que Ton doit entendre Tharmouie préétablie de Leibnitz, et dans ce seus elle me parait une très-belle idée.
Cette opinion ne rend point nus actions dites vo-
EXTRAIT RAISONNE. JgS
fonlaires plus nécessaires que ^ns tout autre système, ptiisque la volonté, ne potivant naftre sans motifs , nàft elte-ftiéirie nécessairement.
Cette Nécessité TÎniverselle qui est démontrée , et contre laquelle ou se révolte sans moyens comme sans ïnoitifs , ne conduit point à Pimmoralité et n^ôte rien au mérite et au démérite de nés actions et ^e nos sentimens.
Il faut les juger par leurs eScits, et n<ta pàrlet!d>s causes. Tout ce qui tend au bien est louable et vertueux ; tout oe qui tend au mtil e6t vïoîéux et rêftè^ bensible : voilà là base de toilte itaoralité.
Au reste , la question que nous venonà de traiter est plu^s curieuse qu^immédiatiement utile. Quelque parti que l'on prenne , on peut tOtijoUrs parler de i^ôs voloritée comme des causes de noâ àùtionJs vdlontaireê, puisque èes actions iés suivent toujours quand rien ne s'y oppose. C^est oe qui fait que je n^ài pas placé cette discussion dans le Dièfoours préliminaire du Traité de la Volonté. Je ne Voulais pas commeitc^ér par Une idée qui pouvait paraître bizarre.
Revenons à la morale, c'est-à-diré à l'étùdè de nos véritables et solides intérêts.
La philosophie doit toujours s'a^pUyèr sur la i^ysiologié.
Les physiologistes reconnaissent dans ITiomtaie la vie organique ou intérieure , et là vie animtâe ou axtérietire,
La première se compose des fonctions de consetnation, et la seconde consiste dans les fonctions de relation. C'est la première qui est la plus iudis-
âgf BXVBAIT BAUOVVi.
pensable, et qui existe même dans les Tégtou. Le nerf gnmd sympetbiqne est le fi>jer priiunpii de la Tie intérieure, et le oenrean est le œntreoommon d« U fie de lelation fek Porgane spécial delà pensée*
En général, les foDotions des organes animés ptr le grand sympathique sont indépendantes de notre ▼olonté , et oelles émanées du cerreau sont Tolontairas ; mais souyent Paction de oes deux prmoipa seméle, otméme^danseertainseas, le grand sympathique supplée au œnreau.
Nous avons des sentimens et des besoins rektîft A œs deux ordres de fonctions.
Le sentiment de ptfrsoniuiZî/i^ nait nécessairemest de la yie de rons^rf^afeoit.
Le besoin de sympathiser ne dérÎTe pas moios o^ cessairement de la vie de rslalion, H paraît màne général dans tonte la nature animée.
L'un nous met souvent en opposition avec soi semblables ; l'antre nous en rapproche toujours.
Celui-oi est la source de toutes nos passions bienveillantes ; Pautre la cause première de toutes nos passions haineuses.
Nous ne pouvons nous défaire ni de Pun ni de Pautre. H faut donc les concilier. C'est l'effet de U justice , c'est-à-dire de la raison.
Examinons nos diverses passions. Commençons par les passions bienveillantes , et d'abord par U plus précieuse de tontes, PaiROi»*.