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Si
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Il n’est peut-être rien de plus intéressant, de plus utile pour l’avenir des entreprises coloniales que l’histoire des premières années d’une colonie fondée en un temps où l'on agissait, sinon sans esprit de système, du moins sans plan préconçu. ,
C’est le désir de tirer parti d’une de ces leçons de notre passé colonial, qui a inspiré ce travail sur les origines de notre colonie de Madagascar etsur le premier gouverneur qui ait laissé un nom célèbre dans nos annales, Étienne de Flacourt,
La vie et le rôle de l’ancien gouverneur de Fort-Dauphin n’ont pas été jusqu'ici l’objet d’une étude attentive. Sans doute les nombreux auteurs qui ont écrit l’histoire des diverses tentatives de la France pour s'implanter dans la grande île de l’océan Indien, en ont parlé incidemment, les uns pour le louer sans réserve, les autres pour le blâmer avec une sévérité excessive ; mais la plupart de ceux qui ont
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porté un jugement sur son gouvernement l'ont apprécié isolément, abstraction faite de ses précurseurs et de la situalion qu'ils’lui avaient laissée. C'est cette lacune regret: (able que nous nous sommes efforcé de remplir. De là l'importance que cette Introduction a prise à nos yeux. Elle était, à vrai dire, la base de notre étude. C’est elle qui devait éclairer les rapports de Flacourt avec les indigènes, etnous mieux faire pénétrer, si l'on peul ainsi parler, dans l’état d'âme du chef de là colonie et des gens avec lesquels il allait entrer en relations.
Force nous a donc été de ne point ménager les recherches en vue de faire connaître les actes bons ou mauvais des Européens qui l'avaient précédé à Madagascar, de compulser un grand nombre de relations françaises ou étrangères, parues aux xvi® et xvir siècles. D'autre part, beaucoup de documents de celte époque, restés pendant longtemps inédits, avaient été publiés par l’Académie des sciences et la Société de géographie de Lisbonne. Il eût été imprudent de négliger des sources aussi précieuses. Une lecture assidue nous y a fait découvrir des événements d’une haute portée, dont les conséquences devaient se manifester pendant la première moilié du xvn° siècle et principalement sous l'administration de l’homme qui est l’objet de ce travail.
Nous avons été moins heureux dans les recherches que nous avons entreprises pour faire connaître l’origine et l’organisation de la Compagnie qui a envoyé Flacourt à Madagascar. Une pièce jusqu'alors ignorée, que nous avons eu la bonne forlune de trouver aux Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, nous a toutefois permis d'indiquer le nom, sinon de tous les sociétaires de cette Compagnie, du moins du plus grand nombre.
Mais il ne suffisait pas de remonter aux origines de la
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colonisation à Madagascar ; une étude sur Flacourt devait aussi apporier quelque lumière sur le milieu où il allait se rendre. C'est pourquoi nous avons essayé de présenter, en nous inspirant de son ouvrage, des relations du temps et de récents travaux sur l’ethnographie de ce vaste pays, un tableau de Madagascar au milieu du xvnt siècle.
Ü n'importait pas moins, pour bien pénétrer dans l’intelligence de ses actes, de connaître l’homme, son origine, ses antécédents, son caractère, sa tournure d’esprit, ses moyens d'action.
Or, jusqu’à ces derniers temps, la généalogie de l’ancien gouverneur était encore obscure ou fausse.
C’est seulement tout récemment qu’une étude documentée et consciencieuse, publiée par l'A rmorial français, est venue dissiper certaines erreurs qu'avaient répétées imprudemment bon nombre de revues et de journaux. Nous n'avons pas hésité à y puiser largement pour établir l’origine de Flacourt.
Mais, à notre grand regret, il nous a été plus difficile de mettre en lumière la vie qu'il a menée en France avant son départ'ponr Fort-Dauphin. Les papiers de famille qui sont entre les mains de ses descendants et les archives de sa ville natale ainsi que celles des villes où il a séjourné après son retour de la grandeïle, ne contiennent, du moins à notre connaissance, aucun renseignement sur ce point. Une brochure du temps dont les assertions paraissent souvent contestables et les publications de Flacourt luimême sont à peu près les seuls documents que nous possédions. |
On ne sera donc point surpris que nous n'ayons pu, Sur ses antécédents, apporter une abondante moisson de renseignements nouveaux. Quant à la physionomie morale de
l’ancien chef de la colonie et à ses moyens d'action, faute
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d’autres documents, pouvait-on mieux s’en faire une idée que par la suite de sa vie et ses propres écrits?
Le chapitre de cette étude, qui devait particulièrement être l'objet de notre attention et de nos efforts, était sans contredit celui qui a trait à l’administration de Flacourt, L'ancien gouverneur a pris soin, il est vrai, d'en raconter les principaux incidents dans la relation que contient son ouvrage, mais cette relation est remplie de détails qui sont présentés le plus souvent d’une manière confuse ; parfois même les faits les plus importants n’y sont point mis en lumière.
Élaguer les détails inutiles, montrer l’enchaînement des événements, leurs causes et leurs conséquences, mettre en relief les principaux personnages et leur rôle, tel était le premier devoir qui nous incombait.
.Ce n’était pas pour nous d’une moins stricte obligation de tenir compte des qualités morales de l’auteur, de sa sincérité, de son impartialité. Avait-il voulu se disculper auprès de ses contemporains en racontant les événements sous un Jour qui lui était favorable? Avait-il passé sous silence des faits qui pouvaient lui attirer le blâme des associés de la Compagnie de l'Orient? Autant de questions qu'il était nécessaire de se poser. A qui devionsnous avoir recours pour les résoudre, sinon à ses auxiliaires et principalement à son compagnon, le P. Nacquart? Les lettres de ce missionnaire et sa Relation, publiées dès l’année 1866 par les Prêtres de la Mission, ont été en effet le meilleur commentaire qui pût nous éclairer sur certains points obscurs du gouvernement de Flacourt.
Ces mêmes lettres, auxquelles il faut ajouter une brochure insérée dans la première édition de l'ouvrage de Flacourt et un factum de la Bibliothèque Nationale, nous
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ont fourni la matière de deux autres chapitres. Le premier est tout entier consacré au séjour de l’ancien gouverneur en France depuis son retour de Madagascar, et aux destinées de la Compagnie dont il avait été directeur; le second traite des résultats de son gouvernement et de son œuvre colonisatrice.
Mais en donnant comme titre à ce travail Les origines de la colonisation française à Madagascar, pouvions-nous nous désintéresser de l'historien de Madagascar, de l’homme qui avait contribué à l'accroissement de nos connaissances sur cette île lointaine ? Pouvions-nous laisser de côté tous les résultats qu'il avait acquis à la science, résultats qui jusqu'ici n'étaient encore que vaguement connus ? Si l'on s’est accordé en effet jusqu’à nos jours à reconnaître la valeur de l'Histoire de l’isle de Madagascar, personne, que nous sachions, n’a encore encore entrepris d'étude critique, d'étude véritablement scientifique sur cet ouvrage, sur la part d'originalité et d’exactitude qui doit lui être attribuée. On ne pouvait d’ailleurs déterminer la part d'originalité sans s’êlre informé des données fournies sur la grande terre par les auteurs de l’époque précédente, soit au point de vue géographique, soit au point de vue ethnogra-
‘phique.
Aussi bien avons-nous employé tous nos efforts à présenter dès le début de notre étude un état consciencieux, sinon tout à fait complet, des connaissances que l’on avait en Europe sur Madagascar avant le départ de Flacourt. Quant à la recherche de la part d’exäctitude, rendue presque impossible jusqu’àces trente dernières années par l'ignorance
où l’on se trouvait de tout ce qui regarde le pays et l’origine des habitants, elle nous a été facilitée par les récentes explorations et surtout par les admirables travaux de M. A. Grandidier, le savant qui, de l’aveu de tous, a le
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plus contribué à l'accroissement de nos connaissances sur Madagascar.
Ce travail se termine par l'étude du plan de colonisation que Flacourt a placé à la fin de son livre, el qui en est comme le couronnement. C'est en nous appuyant autant sur les idées de ses contemporains que sur lexposé de son administration et ses propres écrits, que nous avons pu expliquer ses vues sur la colonisation de ce pays d’outremer et montrer dans quelle mesure elles lui sont personnelles. Pour y parvenir, nous avons consulté, outre les remarquables publications de notre époque sur la colonisation en général el sur la colonisation de Madagascar, un grand nombre de documents inédits, destinés à nous éclairer sur les idées des contemporains de Flacourt en matière coloniale.
Enfin nous avons pensé que notre étude serait de peu de portée, si nous négligions de délerminer la place que doit occuper l’ancien gouverneur de Fort-Dauphin dans Phisloire coloniale. C’est pourquoi nous nous sommes attaché à rechercher quel rang devait lui être accordé, non seulement parmi les différents colonisateurs ou explorateurs de la grande île, parmi ceux qui ont accru nos connaissances sur Ce pays ou indiqué les moyens d’en tirer parti, mais eucore parmi les colonisateurs, les explorateurs des autres contrées du globe, et les auteurs des nombreuses relations qui ont élé publiées jusqu’au xIx° siècle.
Telle est la méthode que nous avons suivie pour la composition de ce livre, telles sont les recherches auxquelles nous nous sommes livré. Puisse-t-on, au moment où la récente expédition de Madagascar donne un intérêt tout particulier à tout ce qui touche à l’histoire de nos tentatives pour coloniser ce pays, trouver dans notre essai quel-
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que part de nouveauté et de vérité sur la vie d’un homme qui, pour avoir commis des fautes regrettables, ne s’en est pas moins montré par ses actes et ses écrits un des plus ardents partisans de la domination française dans l'île que nous venons de conquérir ‘!
1. Qu'il me soit permis de remercier ici tous ceux qui se sont intéressés à
mon travail, et m'ont soutenu de leurs conseils oa de leurs lumières, en particulier, MM. A. Grandidier, M. Dubois, H. Froidevaux, G. Marcel.
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