‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 34 sur 133 · HAP. VII. • I. ORATEUR · texte numérisé non relu

HAP. VII. • I. ORATEUR

sonnements qui firent qu'un de ses plus violents ennemis, FrancisCus Floridus Sabinus, appela la prison sa patrie (patrin Doleti), car, pendant le reste de sa courte vie (treize ans seulement» il ne subit pas moins de cinq captivités qui durèrent en tout cinq ans, sans compter cette incarcération à Toulouse. Cette première épreuve toutefois ne prit pas un caractère très sérieux et ne fut pas de longue durée. Les présidents du parlement m partageaient ni l'ignorance, ni les préjugés de leurs subordonnés. Quand on pense que Jacques de Minut était premier président et Jean Bertrand! second président, on a quelque peine à comprendre comment Jean de Caturce a pu être envoyé au bûcher. Bien que leur position ne leur donnât pas le pouvoir de sauver le martyr évangélique des conséquences de son hérésie, elle leur permettait facilement de rendre la liberté au jeune étudiant, dont le plus grand crime était de s'être servi d'un langage peu modéré. A cette époque Dolet, paraît-il, était absolument inconnu des deux présidents. Ce ne fut que quelques années plus tard qu'il fut présenté par le poète Hugues Salel à Bertrandi, et la lettre que Dolet écrivit au premier président semble être adressée à quelqu'un qu'il ne connaît pas. Il est probable que Minut entendit parler de lui et de son emprisonnement pour la première fois, lorsque Jean de Pins écrivit au premier président pour lui recommander Dolet. Le brave cvèque souffrait à ce moment d'une grave maladie et sa lettre est écrite de son lit. «Si je ne savais pas, dit-il à Minut, combien vous favorisez les études libérales et les hommes éclaires, je ne vous écrirais pas pour v«>us recommander Etienne Dolet, jeune homme d'un rare mérite et d'un grand talent, et je ne vous demanderais pas de lui accorder, dans le péril qu'il court, votre haute et impartiale protection, chose que vous feriez, j'en suis sûr. si vous saviez combien son érudition et son intelligence sont remarquables. Je suis certain que h' tour ingénieux de son esprit ne vous charmerait pas moins qu'il ne m'a charme. Il a une Connaissance si sûre et si complète de la langue latine qu'il

semble tout spécialement préparé pour chacun des sujets qu'il aborde. Si vous lisiez sa prose, vous croiriez qu'il n'a jamais rien fait d'autre que d'écrire pendant toute sa vie. Cherchezvous de l'esprit et de la finesse dans l'art de parler ou de la subtilité et de l'à-propos dans une épître? Vous verrez qu'en tout cela il approche des anciens. Mais ce qu'il y a de plus merveilleux encore, c'est qu'il excelle à un tel point dans la poésie que vous ne pouvez désirer rien de plus parfait que ses odes, qu'il écrit en mètres variés, ce qui est une tâche difficile. S'il s'essaye dans les vers élégiaques, il égale Ovide et Tibulle. S'il écrit en vers lyriques, iambiques ou hendécasyllabiques, il rappelle Horace et Catulle. Et cependant, malgré tous ces mérites, je ne vous demande pas autre chose que de bien vouloir protéger un jeune homme innocent contre la malveillance des autres et contre la haine de ses ennemis. Dernièrement il s'est élevé entre lui et un certain rhéteur gascon une dispute littéraire qui tout d'abord m'a ravi, parce que je pensais que de cette manière les talents des deux adversaires s'exerceraient et que leur éloquence deviendrait plus parfaite. . . Mais les choses ont pris un tour inattendu, car, enflammés par' les désirs séditieux de leurs partisans, ils ont passé des lettres aux armes; toutefois, d'après les renseignements que j'ai recueillis, ils ne se sont fait encore aucun mal. Dolet a été jeté en prison, où il plie sous le poids des accusations portées contre tout son parti, on lui reproche même une offense plus grave, à savoir ses attaques contre le parlement. Mais je ne veux pas vous en dire plus long de peur de vous importuner. Notre ami commun, qui se charge de vous porter ma lettre, vous expliquera toute l'affaire en détail. Adieu. Écrit de mon lit1.»

Cette missive était accompagnée d'une lettre que le prisonnier lui-même adressait au premier président, dans laquelle il protestait de son innocence et demandait qu'on le libérât bien-

1 Orat. duce in Tholosam, p. i4g.

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