‹ Étienne et RobertChapitre 19 sur 19 · SCENE XVII · texte numérisé non relu

SCENE XVII

Les Mêmes , excepté ALEXANDRE et la Garde.

ETIENNE. Quoi! monsieur Moreau , ils s'éloignent poui' tout d' bon !

MOREAU. Ecoutez-moi , mes amis, vous allez me comprendre : un jour , un militaire se trouvait chez M. le président ; le hasard me fit parler de cette njalheureuse affaii'e : Quoi! me dit-il, ce serait vous qu'on aurait arrêté? Ah! monsieur, vous pouvez rendre à l'honneur toute une famille ; une lettre de vous — Je la donnai. Depuis ce moment , il ne prit plus de repos qu'il n'eût fait annuler le jugement.

ROBERT. Qu'entends-je I

MOREAU. Lis toi-même.

ROBERT. Cette lettre?

MOREAU. Elle est du capitaine Dublin.

ROBERT. De mon frère I il est en France ! Je n'aurais jamais la force !

MOREAU. Lis.

ET lEWiE, prenant la lettre. Donnez, donnez. Une lettre qui vous rend l'honneur ! (Passant la main sur le papier.) La belle écriture! (Il lit.) « Monsieur le président, » je serais le plus heureux des hommes si » je pouvais connaître la retraite de mon » frère ; car , grâces à vos conseils , j'ai réussi...» (S' interrompant.) Il a réussi, mes amis , il a réussi ! « Et son absence, main- » tenant , est le seul obstacle qui s'oppose » à son acquittement. Monsieur le prési- » dent, mettez le comble à ma reconnais- 1» sance en faisant faire des recherches sur » mon malheureux frère...» (Prenant les mains de son père ) Oui ; mais il ne l'est plus malheureux ! Lisant. ) « Veuillez être mon » interprète auprès de M, Moreau ; quel » digne homme ! le reste de ma vie lui » appartient. >» Ah! bourgeois, Cécile, Pichu , mon père , Etienne , toute la famille est à vous!

(Ils se serrent tous les uns contre les autres.) MOREAU. Je n'en doute pas. Eh bien !

Robert , cette arrestation qui devait t'étre si fatale te rendra le repos. Demain je pars avec toi pour rendre ton acquittement plus prompt et plus honorable.

ETIENNE. Et moi donc ! quitter mon

père ! et puis ne pas faire tout de suite

connaissance avec ce digne oncle !

(Pichu et les ouvriero entourent Etienne et lui parlent bas.)

MOREAU. Contre qui conspirez-vous donc là ?

PICHU. C'est que v'ià les amis qui voudraient bien nous accompagner à Melun...

ï'iCHU et LES OUVRIERS. Ah ! bourgeois, voulez-vous ?

MOREAU. J'y consens. Ce sera une preuve de plus de l'estime que Robert a su inspirer.

VICHU. Viv' le bourgeois ! en avant la noce tout l' long d' la route !

ETIENNE , regardant son père. Non en

r'venant, je n' dis pas mais pauvr'

père , va!... j'ai eu trop peur pour qu'on m'y rattrape!...

MOREAU. Bien, Etienne!

ETIENNE. Et si jamais l'Alexandre me tombe sous la main... jel' casse.

PICHU. J'en r' tiens les morceaux.

MOREAU. Non , Etienne , méprise-le ; et plus de querelles , promets-le-moi.

ETIENNE. Je vous l' promets, bourgeois, j' vous 1' promets, comptez là-dessus. ROBERT. Et toi , Pichu , compte maintenant sur Cécile.

CÉCILE. Nous v'ià heureux !

ETIENNE. Monsieur Moreau, v'ià un trait qui vousf'ra encore plus chérir de vos ouvriers ; mais s'il y en avait jamais un qui vous manque (aux oiii'riers) rappelezvous qu' c'est à Etienne qu'il aura affaire. MOREAU. Eh bien ! voilà comme tu tiens ta promesse ?

ETIENNE. Ah! c'est vrai... c'est que pour vous... n'importe, j' l'ai promis... (Les regardant du coin de l'œil.') Mais qui n' s'y fient pas.

CHŒUR. Air : JEspéranci-, confiance.

Plus d'alarmes, plus de larmes, Le ciel enfin comble nos vœux; Plus de larmes, plus d'alarmes, Bientôt nous serons tous heureux.

ETIENNE, au public.

Air : Vaiid. de P/eViile et Taconnet.

Demain, messieurs nous quitterons ces lieux. De réussir mon père est sûr d'avance ; Mais vous pourriez Y rendre encor' plus heureux , Si pour tons mes défauts vous aviez dTindulgence, Car nous avons maint'nant h redouter De votre part un jug'ment plus se'vère ; Et, quand ses jiig's le doivent acquitter, Condamneriez-vous mon vieux père ? (bis.)

CHOEUR

Plus d'alarmes, etc.

Page 1