ETIENNE
Ani coiitin.
Moi je fais tant de conquêtes ,
Filoiirettc, 'his) Que tout l'inonde en est jaloux , \ ,, . ,
Filourettc, filonroax. J
Mais quand un' femm' fait sa tète ,
Filourette, {bis) J'Ini dis : ça n' m' va pas du tout ! Filourette, filouronx...
Tiens î c'est monsieur Alexandre...
ALEXANDRE, avec amitié. Oui, c'est moi, mon camarade.
ÉTiEN.NE. Oh ! vot' camarade... oui, les jours de fête, quand nous nous divertissons ensemble... mais dans la s'maine, la distance reparaît; je n' suis plus qu'ouvrier... et vous continuez à êtr' monsieur, à cause de...
(Il frappe sur son gousset.)
ALEXANDRE. A cause deçà... ah! bah!
qu'est-ce que ça dit?
ÉTiEMVE. Ça dit beaucoup.
ALEXANDRE. A présent!., il n'y a piua de préjugés.. . l'ouvrier et le monsieur sont égal !
ETIENNE. Y sont égal? j' t'en souhaite! il y en a là-dessus qui pensent tantôt une chose, tantôt une autre. iMoi, v'Ià mon opinion d' tous les jours... tant qu'y aura des riches et des pauvres... voyez-vous, il n'y a pas d'égalité à espérer.
Air : JAse épouse l'beau Gernance A la place d'ia naissance , C'est la riciiess' qu'on encense !
L'ouvrier, quoi qu'on ait dit.
Est toujours aussi petit!
Dès qu'il faut qu'ma tel* se baisse, Qu'cst-c' qu'ça ra'fait, de bonne foi, Qu Targent ou bien la noblesse Se trouve au-dessus moi !
ALEXANDRE. Cependant !
ETIENNE. Y n'y a pas de c'pendant!..
c'est de la graine de niais... C'est d'ià bêtise que votre égalité... est-ce que je ne le vois pas moi-même?.. T'nez, dans c'te
2 LE MA6ASIN
fabrique, nous somm's tous égal', nous somm's tous aussi gueux les uns que les autres : eh ben ! quand queuqu'z'un m' contrarie... s'oppose à mes volontés...]' n'ai pas d'escadron , de compagnie d'voltigeurs, ni d'sergens d* ville pour les mettre à la raison.
ALEXANDRE. C'est Vrai.
ETIENNE. Alors, une paire de gifiles, enjolivée d'un coup d' poing et d'un coup d' pied... ça fait l'affaire... Dans l'état de civilisation où c'que s' trouve la société... le plus fort donne des calottes au plus faible. V'ià comme j'entends l'égalité.
ALEXANDRE. Tu ne l'eiitends pas mal.
ETIENNE. Et là-d'ssus bonjour et bonsoir!
ALEXANDRE. Comment ! nous nous quittons comme ça?., un lundi!., sans boire un petit coup?
ETIENNE. C'est vrai... c'est sèche... mais l'ouvrage m'attend . . .
ALEXANDRE. Il a le temps d'attendre.
ETIENNE. On a besoin de moi pour une grande affaire.
ALEXANDRE. Est-elle si pressée?
ETIENNE. Oui, oui, c'est pour ma sœur.
XI faut que ça finisse aujourd'hui... et puis mon père , quand je n'arrive pas , s'inquiète toujours avec ça qu' j'ai pas
rentré de la nuit J' veux le rbonnter^
mon bon père! Vous savez combien je
l'aime.
ALEXANDRE. C'est justement pour te
parler de lui, que je veux t'emmener
Ne m'as-tu pas dit qu'il lui prenait des
accès de tristesse qu'il était souvent
rêveur... soucieux... et.... {avec intention) qu'il avait comme un secret qui lui pesait là?... Et ce papier qu'il i-elisait si souvent?
ETIENNE. C papier?., j' l'ai pris sans lui rien dire... et comme vous m' l'avez conseillé... pour connaître la cause de son chagrin et y porter remède. Vous ne devineriez pas ce que c'est?
ALEXANDRE. Non.
ETIENNE. C'est un journal.
ALEXANDRE Un journal?
ETIENNE. De l'empire... et qui remonte au moins à dix-huit ans.
ALEXANDRE. Dix-huit ans! {A part.) Justement !... c'est à cette époque que l'on a publié... {Haut.) Et tu n'as rien vu dans ce journal?
ETIENNE. Rien du tout... que des nouvelles étrangères... des coinplimens à sa majesté, qui, bien sûr, ne regardent pas mon père.
ALEXANDRE. Viens avec moi... J'exa-