PLAN DU COLLÈGE DU PUY EN
la Chine relevé de quelques ombres bleuâtres, de même que tous les dessins de Martellange ;
2° Un « second plan de l’église et collège, de mars 1 608 » de la main de Martellange ;
3° Un plan du même collège avec les légendes en latin, rez-de-chaussée et 1er étage;
4° Un autre plan du 1er étag-e ;
5° Un plan du rez-de-chaussée dressé en juillet 1628 par Jean Claus « par mandement du R. P. Pierre Lacaze, provincial de la province de Tolose. »
6° Enfin quatre ou cinq plans de détails, la plupart de la main de Martellange.
En 1607, en présence du P. Provincial Antoine Suffrin, on passa les « articles et conventions faites entre les Pères Jesuistes pour les bastiments de leur église, et maistre Antoine Flouri (26', maistre masson au Puv, sur lesquels est donné le priffait. >; Etienne Martellange signa au contrat , en ajoutant à son nom la qualification d'architecte (27), avec le P. Recteur Claude Poucert, le notaire Davignon et les témoins.
Nous donnons ci-après le texte d’un mémoire reproduit par lui quelques années après, qui indique comment il en vint à choisir son entrepreneur :
« Mémoire pour la fabrique de l'Eglise en may 1607.
« De la façon que jay procédé pour donner le prifait a maistre Authoinc Floury, du co'.légejdu Puy, accorde le 8 may 1007
(26) Floury ou ^Fleurit.
. (27) Archives de la Haute-Loire, 9 mai 1607.
« Premièrement apres que jeus recognu la besongne qui estoit fdctc juîqua présent et aiant trouve satisIFiclion de louvri». r qui lavoit faicle, je me suis enquis ouvertement de luy, des moiens quil y auroit de poursuivre, tant pour le regard des matériaux desquels je debvois prendre instruction des maistres du lieu, quausi de la façon de donner le prifait ou lui en aiant présente jusqua six façons touttes diverses, nous avons conclu quil scroit le mieux de donner a prifait le tout, a sçavoir de rendre la taille faicte et posée, et pour la façon de la massonnerie, la donner a tant la toise, et lui aiant donné du temps pour y penser et se résoudre jay prins de luy le pris de tout en particulier, jay faicl le mesme avec trois ou quatre aultres maistres des plus suffisants de la ville, desquels aiant la mise, jay choisi le plus bas pris présents le R. P. Recteur et M. D’Avignon notaire. Traictant avec lcdict mettre Anthoine que comme il avoit satisfais pour le passe il meritoit estre retenu pourveu quil fistla mesme condition que les aultres ; a quoy ma cmeu premièrement sa suffisance quil a montre en ce qui est faict qui nest pas moindre voire est plus de conséquence , que ce qui reste, et quau cas qu’on le donnât a un aultre , sil advenoit faulte de la besongne il se dechargeroit, sur ce qui a este faict par cy-devant, la besongne ne peut cslrc que mieux estant conduicle par un mesme et la besongne que jay veu de luy et ce qui je m’en suis acquis mesme des massons, et lessay que jen ay faict par ses discours me donnent assurance de respondre pour sa suffisance, fpie mont encore témoigné les nostres, joinct quil est home de bien paisible et qui a raoien pour respondre de la besongne, quil nest nécessiteux, voire aiant mesme commodité pour largent, quand il en est besoing, touttes lesquelles qualittes mont cmeu a luy donner ma vois, et est tellement lie au prifait, que je jugerois debvoir faire, au cas quil fuit necessaire par occasion de mort ou aultrement contracter avec un aultre. Quant aux aultres massons quoy quil y en hest heu qui heussent estre intelligents pour entreprendre !œu\rc, ils sont ou si pauvres, qnil fauldroit advancer avec danger ou comme on la ja expérimente quapres avoir reçu largent ils ont quitte la besongne, ou pour estres debauebes et
adonnes a boire et aultres imperfections et pour nestre traictablcs, toutes lesquelles raisons mont faict juger quil estoit plus expédient de ne les admettre, questre contrainct par apres les congédier ou chasser, sur ce jay dresse les articles du prifait, qui ont este accorde réciproquement dune part et daultre comme 6cnsuit.
« Faict au Puy, le 9 may 1607.
« Estienne Martellakge. »
Antoine Flori mourut et l’on fit continuer le travail par un entrepreneur du nom de Charpignac, si intelligent à ce qu’il paraît, qu’il éleva sans cesse des difficultés sur le mode de mener les ouvrages.
Cette circonstance causa quelques contrariétés à Martellange qui fut obligé d’écrire nombre de lettres, d'envoyer de nouvelles copies de ses anciennes conventions, et enfin de dresser des mémoires qui devaient faciliter la solution des différends.
La correspondance nécessitée par ces affaires nous révèle quelques détails relatifs à la marche des travaux et aux rapports de Martellange avec ses supérieurs ; aussi nous en fournirons des extraits.
Dans une lettre, sans date, mais que nous pouvons rattacher à l’année 1GI0, parce qu’une autre, qui la suit, vient la compléter, Martellange écrit au R. P. Recteur du Puy probablement :
« Et parce que le dict Charpignac peut-être voudroit remettre en doubte la faconde toiser spécifiée au contract comme il vouloit la faire à mon dernier voyage au Puy, de quoy fust fait assemblée par devant M. le conseiller N. qui étoit pour lors à [mot illisible ) il y a deux ans préfet de la congrégation, où le dict ouvrier fut sommé ou de quitter l’œuvre ou tenir la tasclie de son prédécesseur à
quoi il acquiesçât; oultre le contrat, il y a un escrit encore à Paris, signé de ma main qui spécifioit le tout, or bien j’ai copié tant de contract que du dessus escript elle sé recherchera ou en Avignon ou à Lion. . . »
Cette lettre est expliquée par la suivante, datée de Besançon, 14 février 1610, par laquelle Martellang-e envoie au R. P. Recteur du Puy un mémoire répondant à des interprétations douteuses sur un mode de toisé :
« Je receus la lettre la sepmaine passée à Dole et despuis suis venu à Besançon où j’estime demeurer encore environ quinze jours et me doibs rendre à Dijon au plutost pour assister leurs fabriques. Jusques à ce que je sois adverti aultrement l’adfaire est tellement importante que je l'ai notté tellement que je ne m’espargneray point en cas qu’il y falut aler exprès pour l’éclaircir, et si votre R. le juge ainsi quand il seroit nécessaire que N. Rl1 P. Général le deut ordonner, bien que je crois que M. R. P. Provincial me le refuseroit. J’offre tout ce qui est de ma puissance, cependant il faut bien lire touttes (28) les mémoires que je laissay »
A cette lettre est un Post-scriptum :
« Je ne me suis pas souvenu du nom du conseiller sous lequel fut faicte l’assemblée pour le toisage de quoy il est question, sinon qu’il estoit y a deux ans prefet de la grande congrégation, et que je fis le plan pour la bastir qui lui fut mist entre les mains, il est de nos très-intimes et affectionnés. »
Suscription : « Au R. P. le P. Odo de Gissay (29), vicerecteur du collège de la Cic de Jésus, au Puy. »
La lettre est cachetée du sceau de la Cie.
(28) Martellangc orthographie constamment mémoire dans le genre féminin, voyez déjà plus haut, page 24.
(29) Le P. Odo de Gissey est l’auteur d’un ouvrage sur le Puy : Dis-
Nous regrettons, beaucoup de n’avoir pu nous rendre compte exactement du nom du personnage cité dans cette lettre , qui était peut-être le M. Dasquemie dont il sera question dans une pièce que nous donnerons plus loin ; cela nous eût mis dans la voie pour faire des recherches à l’égard du bâtiment nécessaire à la congrégation dont Martellange dut faire les projets.
On remarquera que cette circonstance nous a permis de classer la lettre précédente, puisque Martellange ayant mis un N pour le nom de ce personnage, demanda dans celle du 14 février 1610 à le connaître en ajoutant des faits qui pouvaient permettre à son correspondant de s’en rappeler.
Les mémoires qu’il fournit ne furent pas suffisants puisque Charpignac persista à interpréter le mode de toisage àjsa guise tout en poursuivant les travaux. Martellange rédigea alors une nouvelle déclaration sans date, mais qui doit être fixée à l’année 1611, soit d’après son texte même, soit parce qu’il y est question de toisages des travaux, lesquels nous avons, et qui sont datés du 15 janvier
Nous la reproduisons in extenso parce qu’elle forme un historique complet de la marche de l’entreprise depuis 1605 jusqu’à ce moment et qu’on y rencontre certains détails relatifs à la présence de Martellange dans d'autres villes, circonstances sur lesquelles nous aurons à revenir plus loin.
COIRS HISTORIQUE DE LA TRÈS-ANCIENNE DÉVOTION A NoTRE-ÜAME DU PuY. LÿOW,
1620. Il fournit quelques renseignements historiques au milieu d’une histoire légendaire de l’église du Puy mélangée d’une glorification assez maladrcitc de la famille de Polignac.
« Déclaration faite par Eslienne Martellange, sur le différent qui est entre le collège et M. Pierre Charpignac, touchant la fabrique de l'église du collège de la ville du Pag.
« Comme aussi soit que l’année 4G05 Estienne Martellange, religieux de la Compagnie de Jésus, et architecte pour icelle, de présent par le R. P. g neral fust envoyé par son provinsial, pour recognoistrc le plan de leglise du college du Puy, auquel on avoit posé la première pierre, suivant le dessaing qu’il en avoit donne, le 43 febvrier, il tendit les courdcaux pour procéder au reste des fondations, donnât les mesures, fist depuis un mod» 1 de relief en carton, dressât les mémoires necessaires, pour continuer iœuvre, et qu’on fist a la journée, pour le regard des fondations, jusqu’à lannee 4G07, de may, que ledit Martcllange fust encore envoie, pour revoir la besongne, et faire faire les recoupes des murailles sur les fondations faicles, et faire les moules des portes, feneslrcs, bazes, chapitaux, corniches , etc. Il dressât despuis et minuta les articles, pour faire le contrat du prifait, qui fust despuis donne à feu Antoine Flori, et lesdits articles furent accordés, le 9 may 1007, de quoy il y a acte reçu par Me D’Avignon, notaire, et despuis le contrat suivant, lesdits articles iust passe et reçu par le susdit notaire, le 4 3' jour de septembre de la mesme aonee ; or, parce que la façon de mesurer la taille plaine des pilastres, plinles, angleries estoit differente de la façon commune, et que les paroles des articles inserees au contrat, nestoit assees claires pour estre entendues de tous, M. Antoine Flouri demandai audit Martellange d’en avoir une plus claire intelligence, ce quil fist 1 uy descrivant très particulièrement le tout, et le luy donnant signé de sa main, avec l’accord de quelques autres points, la mémoire est dattee du 24 may de îadicte annee. Il laissât aussi au college copie signee aussi de sa main. Par cette mémoire est csclarty une erreur qui estoit advenue par mesgardc audict contrat au domage dudict masson. Lorsquil est dict que au lieu où le pilastre seroit de 22 pieds daulteur il vauldroil 3G, et fault restituer GG, car toutes les fa-
ces des pilastres aiant 3 pieds en face, multipliant trois (ois 22 qui est leur aullcur font G8. Cette me; moire csclairoit le tout, c r ni ledict M. Antoine, ni Marteîlange n’apperccvut l’erreur. Tout deux procédant en bonne foy, et la dicte mémoire expliquant le tout suivant iintention des contractans, par quoy il ni cul jamais aulcunc difficulté sur le contrat. Il est advenu que M. Antoine Flori est venu à mourir et que la bcsongne a este donnée à M. Charp'gnac,qui la accepter, en mettant en son propre lieu et place, comme appert par un contrat de l’annee 1007 onziesme novembre, tesmoins M. Dasquemic (30), De Lafont et J. Arnaud. Or, comme le dict Martellangc fust de reehef envoie au Puy par son Provincial pour visiter la fabrique nommément que le mestre ouvrier estoit mort, pour donner instruction de lœuvrc à son successeur, apres avoir remédié a quelques faultes arrivées au posage des bazes des coins et qui fust faict en celles qui rcstoient a poser, car, la dicte faulte demeure encore en une. qu’il faut reposer, au coin de la grande chapelle, du costé de septentrion. M. Charpignac proposât audict Marteîlange comme senlendoit larlicle du contrat de mesurer la taille p’ainc des pillas— très, lequel luy expliqua qu’il falloit prendre, scion les paroles du contrat, qui porte, qu’on mesurera le pied en ligne avec son retour, valoit pour deux pieds en face, quoy quil compris le pied qui se retrecissoit au dedans des deux pieds qui pourtoit le retour d’un pied, et ledict Charpignac vouloit entendre de mesurer en ligne selon les contours du pilier, et alordinaire, la superficie d’un pied, partant fist difficulté de vouloir acquiescr a cette façon de mesurer, laquelle ledict Marteîlange dict avoir déclarer telle par les paroles du contrat, cl partant, qu’il s’en rappourtait à la mémoire qu’il en avoit donner escritc et signer de sa main a
(30) Jean Dasquemye, conseiller du roi, signe en celte qualité dans un bail du 14 août 1613 pour la construction des fourches palibulaiies de Rouzon près le Puy. Un Dasqiicmyc, sieur d’Auzac, est premier conseiller du Puy en 1690, et un J. -B. Dasquemye, aussi sieur d’Auzac, est maire di Puy en 1135 (Communique par M. Aymard, archiviste de !a Haute- Loire) .
feu M. Antoine, et f'ust trouvé que la veuve l’avo't, et rendit entre les mains dudict Martellange dans lesglisc neufve par les mains de son fils , qui sen souvint tort bien, à loccasion (pic la figure de mesurer y est, et le tesmoignera, M. Charpignac fict encore difficulté de si accorder. Parquoy on fist assembler au college ou fust présent M. Dasquemie, M. Coulon, M. de Lafont, M. Davignon, le feu R. P. Poncrot, le P. Nicolas Gouz, Esliennc Martellange, lcdict Charpignac et son fils, et ce dans la salette de la porterie, ledict Martellange dont, comme architecte cl directeur de lœuvre qui avoit minute les articles du contra^, en fist ample explication, présents tous ces Messieurs, et finalement sommât ledict M. Charpignac, de vouloir accorder ccst article du contrat selon lesplicalion quil en avoit faict à la mémoire quon avoit retire de la vefvc du défunt, comme conforme audîct contract, ou bien quitter et se départir dudict conl at, car a peine avoit- il encore commence a se mettre en œuvre, ce qu’il agrcat, en estant meme somme par M. Dasquemie, de mesine fit le R. P. Poucrot, recteur, qui promit observer le contrat, suivant l’inlerpretalion donnee par lcdict Martellange qui remit audict Charpignac la mémoire qu’on avoit retiré de la vefvc et de laquelle il cite les paroles par eœur, quoy quil die ladicte mémoire eslre demeurer au college, suivant cest accord mutuel, lasscmblec se despartit, et M. Charpignac a travaille, jusque à lanncc passée, 1 G 1 0, sur la fin du mois de juillet, qu’on a voulu toiser, ce quaiant fais il sest trouve que lcdict Charpignac estoit redevable sur largent quil avoit reçu de plus de 400 1., ce que voiant il a voulu remuer la question susdite, voire a cxcogiter une façon toute nouvelle alicnne d’aulcun usage ou raison, afin que au lieu qu’il debvoit il fust trouvé qu’on luy devoit, tirant par le nom les paroles du contrat et leur faisant dire tout a rebourg de leur vray sans et de lintenlion que je les ay minutées, qui fust cause quon m’escrivit à Dijon ou j’estois afin den respondre ce qui feroit de la vérité, ce que je fis de Bezanson, car je receus les lettres à Dijon estant sur mon despart pour aler à Bezanson, don je respondis conforme a ce qui est dict cy dessus, et de la mémoire que javois laisse escrite et s-gnee
de ma main du 24 may 1607. Il na ce ncanlmoins voulu acquiesscr parquoy on ma faict venir icy avec grand interest du bastiment de leglise et college de Dijon, et de tous les aultres bastiments de touttes mcds provinces sur lesquels jay charge alla que en personne jaccommodasse ce different, et donnasse de vive voix lexplicalion du contrat que javois minute, et de fais à mon arrivée que je luy ay laict sçavoir, il me dit sen rapourter entièrement a ce que je dirois, partant on a prie les susdicls nommes en la première assemblée, de vouloir nous ouir pour accorder de tout, et a luy de ce pourter au devoir et raison, il sest tenu opiniâtrement a son invention et interprétation à sa mode, partant, Monsieur d’Asquemie luy a dict de toiser et donner le compte de la besongne, selon quil lcntcndoit, car javois exibe le toisage que javois faict avec luy de la maçonnerie, a de plus de la taille, comme est la vraie intelligence du contrat. Il me donnât donc copie de son compte le 21 du présent 1011, ou il apprit qu’il y a de la contradiction en tous les articles, voire selon son intelligence, quil ne respond pas à soy mesme, et ce quil a toujours faict, c’est que demain il nie ce qu’il a accorde au jour présent , qui a faict que jay couche cette présente déclaration, contormc a mes mesmoires passées a les paroles du contrat, afin qu’elle puisse servir en temps et lieu sen que je ne peux séjourner icy pour les adfaires des bastiments de mes provinces, joint la difficulté quil y a heu pour venir en une aultre province, oultre îinteret des fabriques de la nostre. Cependant, oultre la présente déclaration, je laisse encore les comptes du toisage que jay faict avec toutte fidélité et diligence, selon la teneur du contrat, ne mestant voulu fier a ce quoy avoit faict creignant quil ni eut de lerreur, ceux qui lavoient faicts nestant de la profession, et encore une explication du point de la difficulté par laquelle il sera aise dentendre que ledit Charpignac interprète le contrat contre raison et mon intention, et pour assurance de vérité me soumets à prester le serment, lors quon le voudra exiger pour tesmoignage de ladicte vérité, en foy de quoy jay escrit et signe la présente déclaration.
« Esticnnc Martellange »
Les explications fournies par Martellange furent-elles suffisantes ? nous ne pouvons l’affirmer. Toutefois Cliarpigmac poursuivit son entreprise, puisqu'il est encore question de cet entrepreneur au sujet de l’établissement des voûtes; dans une lettre datée de Lyon, 4 août 1 616, Martellang-e expliquait qu’il valait mieux faire les voûtes de la croisée à cul-de-four au lieu de celles à arêtes qu’il avait tracées dans son projet ; en même temps, il recommandait d’élever tous les murs de l’église à leur hauteur avant de voûter. Enfin, il réclamait de Charpig-nac un modèle en relief, avec tous les blocs en petit.
Ces instructions ont été suivies ; ces voûtes construites en pierre n’ont pas donné lieu à des mouvements, malgré leur grande portée, et la voûte en cul-de-four de la croisée du transsept est appareillée d’une manière remarquable, quoiqu’elle présente la difficulté de s’intersecter sur un plan barlong.
Une certaine partie des matériaux du collège fut prise au rocher de Corneille, qui appartenait alors au chapitre de la cathédrale. Nous avons trouvé la trace d’autorisations demandées ou accordées dans ce but aux Jésuites, le 10 mars 1615 « pour reprendre les travaux de l’église, puis, le 4 décembre 1635 et 25 janvier 1636, également « pour « la continuation des bâtiments de leur église. »
Ces faits indiquent que cette entreprise fut longue et laborieuse ; toutefois, il ne peut rester aucun doute sur l’exécution des plans de Martellange , le monument leur étant absolument conforme, sauf eu ce qui concerne la décoration de la partie inférieure de la façade, exécutée en trachyte de la Pradette (31), portion qui a été ajoutée
(31) Commune île Monlusclat (mont brûlé), canton de Saint-Julicn- Chapteuil.
après coup et en placage, à une date que nous ne pouvons préciser absolument.
Cependant, les documents déposés aux archives du Puy présentent de nombreux rôles de journées d’ouvriers et de fournitures dans l’année 1682 ; on pourrait donc conjecturer que ce portail ne remonte qu’à cette date.
Quelques personnes nous paraissant admettre difficilement notre opinion à l’égard de l’addition de ce portail après coup, nous nous bornons à indiquer sommairement les faits qui nous ont conduit à cette hypothèse :
1° La coupe longitudinale de 1605, ainsi que les plans de l’église de 1628, n’indiquent pas cette saillie ; le mur de face ne présente que des pilastres sans surépaisseur ;
2° Le style employé, assez lourd du reste, n’a aucun rapport avec le genre connu des œuvres de Martellange et paraît plus moderne ;
3° Les colonnes accouplées du centre ne se rapportent d’aucune manière avec l’axe du pilastre qui les surmonte;
i° On voit parfaitement sur le côté latéral, dans la rue du collège, la jonction d’assises dont les joints horizontaux ne concordent pas entre eux ; ce qui indique au moins que la partie inférieure a été construite en reprise et en sous-œuvre.
Le collège du Puy est compris dans un grand quadrilatère formé, au nord, par la rue du collège, sur laquelle se trouve, au nord-ouest, la façade latérale de l’église, au couchant, par la rue du Bessat, à l’angle nord-ouest de laquelle est l’entrée de l’église et presque à côté celle de rétablissement, au sud, par la rue de la Chaussade, et, au levant, par la rue Sept-Epées, bordées, l'une et l’autre en partie par des maisons mitoyennes avec des corps de logis.
Le quadrilatère est sur la déclivité du vaste amphithéâ-
tire que forme la ville, laquelle a conservé sa vieille physionomie avec ses rues étroites et escarpées pavées de débris de la brèche volcanique du rocher de Corneille.
Il se compose de deux g-randes cours séparées seulement par un corps de logis et entourées de bâtiments. L’église forme le côté nord de la première cour ; une galerie couverte à deux étages lui est adossée et se trouve aussi dans l’axe de la porte principale d’entrée. Cette galerie est décorée, du côté de la cour, par une ordonnance d’arcades de style dorique au rez-de-chaussée et ionique au premier étage d’un genre qui manque un peu de pureté mais qui ne laisse pas d’avoir une certaine élégance. Il parait qu’il y avait autrefois sur la façade de ce portique un immense perron qui fut démoli il y a quelques années et qui fut remplacé par un escalier vulgaire. Ce perron conduisait au premier étage de la galerie et aux tribunes de l’église. La construction de cette galerie ne nous a pas paru aussi ancienne que celle des autres bâtiments. Cette première cour servait, comme d’habitude, pour les classes et cette disposition lui a été conservée.
La deuxième cour est beaucoup plus grande en ce sens surtout qu’elle occupe dans sa longueur l’espace que l’église enlève à la première. Le corps de logis, opposé à l’entrée, offre deux grands pavillons, dépassant en hauteur la masse des bâtiments et dans lesquels sont installés des escaliers ; sur ce même corps de logis est un fronton qui devait recevoir le cadran solaire d’usage. Toutes ces constructions paraissent anciennes, à l’exception de la façade au nord qui a été remaniée. On remarque deux portes en symétrie qui sont d’une bonne manière.
L’église occupant , comme nous l’avons dit , l’angle nord-ouest de l’établissement est, selon l’usage adopté par Martellange , un peu en arrière de l’alignement
de la rue (du Bessat); elle se compose, compris dans un seul parallélipipède, d’une seule nef avec transsept accompagnée de trois chapelles de chaque côté et terminée par un chœur carré.
C’est absolument le plan type adopté par notre artiste, et, en conséquence, nous devrons insister sur sa description, afin de pouvoir y rapporter les suivants. Les bras du transsept sont un peu plus étroits que la nef. L’espace , résultant de l'intersection du transsept avec le chœur carré , sert de vestibule au nord et de dégagement au sud pour le rez-de-chaussée de l’église et forme tribune au-dessus , avec deux fenêtres donnant sur le chœur.
La décoration intérieure est formée d’un’pilastre toscan couronné par une grosse architrave au-dessus de laquelle retombent les voûtes. Les arcs des chapelles sont en plein cintre et leurs impostes ne présentent qu’un simple bandeau : on voit que rien n’a été donné au luxe.
Les tribunes sont ménagées soit dans les arcades formées par les chapelles latérales à la nef, soit dans les transsepts. C’est là encore une des dispositions adoptées que nous retrouverons partout , sauf le système de construction ou de décoration. A l’église du Puy, ces tribunes, quoique prévues dans le projet, sont établies en bois sur un arc excessivement surbaissé, qui offre par dessous les nervures diagonales et perpendiculaires d’une voûte de la fin du xve siècle , retombant sur des culs-de-lampe. Ce parti pris est, comme on le voit , très-rationnel et ne manque pas d’originalité ; naturellementla rampe d’appui est formée de balustres tournés. Le fond du transsept ayant été 'consacré à des autels, les tribunes qui les surmontent et les encadrent ont été enrichies sur toutes leurs faces de peintures décoratives qui accompagnent très-bien
la dorure appliquée sur toute l’architecture du rétable.
Nous ne croyons pas qu’on ait cherché à donner à ces peintures un sens absolument allégorique.
On remarque (transsept du côté de l'Evangile formant chapelle de Saint-Ignace), sur le tympan de l’arc deux figures de femmes, dont nous n’avons pu trouver le caractère allégorique et dans les compartiments du dessous de l’arc deux psalmistes et deux prophètes, puis des chérubins en foule. Le tableau de l’autel représente saint Ignace agenouillé devant la sainte Vierge.
De l’autre côté (chapelle de 1a. sainte Vierge) , sur les tympans de l’arc, sont des anges supportant des écussons timbrés des chiffres de Jésus -Christ et de la sainte Vierge et dans les compartiments au-dessous des anges et de nombreux chérubins. Le tableau représente l’adoration des bergers.
Ces rétables, ainsique celui du maître-autel, boursouflés d’ornements et aux colonnes torses , sont entièrement dorés ; ils appartiennent à l’art Jésuite de la fin du xvne siècle. Le tableau principal, représentant le Christ en croix et d’une bonne manière, est attribuée à un peintre du nom de François (32).
(32) Un François, dit Guido Francisco serait ne au Puy-en-Velay, à la fin du xvi6 siècle ; il eut un fils : Jean-Christophe, né egalement au Puy, qui fut aussi peintre et mourut en 1657. Les biographes du Velay ne nous semblent pas fixés d’une manière très-sure à l’egard de l’existence et de l’attribution des œuvres de ces artistes. Il y aurait là une étude intéressante et spéciale à faire. Un François Simon, de Tours, a fait partie de l’Académie royale de peinture, en 1661, et est mort, le 22 mai 1671, âgé de 55 ans ( Archives de l'Art français, t. I, pag. 364). Dans l'Abccedario de Mariette (tome II, page 270), il est expliqué que ce François cherchait à imiter la manière du Guide, qu’il avait connu en Italie et avec lequel il avait contracté amitié. » On a précisément raconté
Les chiffres de la Compagnie de Jésus se voient encore dans le rétable du maître-autel, supportés par des anges d’une main au-dessous du médiocre, ainsi que toute la partie statuaire. L’intérieur de l’église n’offre pas d’autres œuvres d’art ; toutefois, on peut affirmer qu’elle fut, au moins en grande partie, décorée de peintures que recouvre en ce moment un affreux badigeon. Il y aurait lieu de chercher à les faire revivre et elles rendraient tolérables, par leur coloration, ces immenses rétables dorés lesquels, isolés, affectent désagréablement le regard.
Certains Guides ne manquent jamais, dans leurs descriptions d’églises du xvne siècle, de critiquer : « les massifs piliers qui ont fait des bas-côtés deux couloirs étroits et obscurs. » Persister à confondre des chapelles avec des basses-nefs, dans une église de collège, c’est bien le .sans façon qui caractérise notre époque. La structure- de ces églises est le résultat d’études sérieuses et d’une entente exacte entre le programme rempli et une construction solide ou peu coûteuse. Les murs latéraux des chapelles, prolongés en consoles, au-dessus de leur toiture, servent d’arcs-boutants naturels à la poussée de la voûte de la grande nef. Si l’on avait converti ces chapelles en bas-côtés par le percement d’arcades dans leurs murs latéraux, il serait devenu indispensable debâlir des contreforts extérieurs au parallélipipède formé par l’Eglise et, par conséquent, d’encombrer une rue latérale et de rendre impossible l’établissement de la galerie juxta-posée à l’intérieur du collège. Il y a même ceci de très-ingénieux dans cette combinaison des églises de Martellange, c’est que le transsept occupe exactement la largeur de deux chapelles.
le même fait pour notre François puisqu’on l’avait, en conséquence, surnommé Guido.
De sorte que l’on pouvait, à son gré , ou faire une église avec nef, accompagnée de cinq chapelles de chaque côté et sans transsept, ou de trois chapelles avec transsept ; et cela sans sortir du parallélipipède obligé , n’offrant aucune saillie ou angle rentrant. Aussi Martellange propose le plus souvent ses églises soit au nord, soit au midi de sa première cour, au g*ré des convenances, ainsi qu’on le verra à Vienne, à Moulins et à Vesoul. Le chœur est carré si la deuxième cour passe derrière l’église ; il est à trois pans si on y place une cour de service, comme à Lyon et comme il l’avait projeté à Vienne et à Vesoul. Il laisse presque toujours, au devant de l’église, une sorte de petite cour en retraite de la façade de l’établissement, soit pour donner plus de développement à la circulation, les collèges étant le plus souvent entourés de rues étroites, dans toutes les villes anciennes, soit pour ménager la vue de l’édifice.
On voit, par ces détails, que ces vieux collèges, si simples et si commodes à la fois, répondaient admirablement aux besoins de l’époque et que l’artiste qui en est le véritable auteur mérite bien quelques pages de mémoire.
L’extérieur de l’église du Puy offre quelque richesse, grâce à l’ordonnance dorique dont on l’a plaquée, comme nous l’avons expliqué plus haut. La partie supérieure est de la plus grande simplicité. On y voit la rosace ronde obligée, accompagnée de pilastres et de grandes consoles formant arcs-boutants; le tout est surmonté d’un grand fronton orné du chiffre de la Compagnie de Jésus. La menuiserie de la porte d’entrée, quoique mutilée, nous présente des panneaux et des sculptures d'un bon travail ; son imposte était ornée de deux anges supportant un écusson ; cette décoration, assez élégante, a été mutilée.
La porte d’entrée du collège, encadrée par des pilastres
d’ordre dorique, coupés par des refends en bossage, est à plein cintre. Le fronton aigu est interrompu par une niche ronde accompagnée de consoles et surmontée elle-même d’un petit fronton. Tout cela forme une composition sévère, d’excellente proportion et due, probablement, à un architecte habile. Nous aimerions à l’attribuer à notre artiste ; nous n'osons aller jusque là : cette porte nous semble appartenir à une époque plus récente et s’éloigner de la manière de Martellange,
Le clocher de l’égdise n’offre aucun intérêt et n’a pas 1 importance qui lui conviendrait en raison de la grandeur de l'édifice.