V. — RECHERCHES PAR LES MÉTHODES D'IMPRÉGNATION ARGENTFIQUES
A) Inclusions intracellulaires de Guiraud
Récemment Guiraud (36) employant l’imprégnation argentique d’Achucarro (voir appendice), a pu démontrer la présence d’inclusions intra-macrogliques dans la sclérose en plaques, inclusions qui semblent être spécifiques de cette maladie et qu'il retrouve constamment dans les plaques jeunes. La présence de cellules chargées de vacuoles craisseuses indique la précocité de processus sclérogène. C’est surtout dans le bulbe que ces inclusions sont les plus nettes et les plus volumineuses. Avec la méthode d’Achucarro, ces inclusions sont colorées en noir pur, disposées en file à l’intérieur des gliofibrilles (fig. 1) qui s’élargissent parfois pour les contenir. Ce sont des corpuscules ovalai-
-res de forme tranchée et régulière, dont le grand
axe coïncide avec celui de la gliofibrille ; les deux extrémités sont nettement effilées. Leur dimension est variable, allant de formes à peine visibles à l'immersion jusqu’à 6-8 microns. Bien souvent ils sont disposés en file indienne ou se juxtaposent en série. Dans le corps cellulaire ces inclusions sont plus rares, mais quand elles existent, elles sont très nombreuses et presque toujours sphériques. Ces inclusions, après fixation directe au Zenker, sont colorées en rouge vif par l’éosine du Mann.
Les massues et glomérules terminaux sont
mieux étudiés par la méthode de Mann. L’inclusion apparaît alors en rouge vif, bordée par la gliofibrille de couleur bleu violacé. On voit alors la gliofibrille se terminer par un renflement en massue, rempli par des filaments rouges vifs, homogènes et tassés, donnant l'impression d’un filament continu. Dans la coupe transversale, la massue apparaît sous forme de glomérule arrondi, avec des filaments séparés par la substance interstitielle qui est colorée en bleu violacé.
L'imprégnation argentique (fig. 2 et 3) fait ressortir de façon légèrement différente le contenu de ces glomérules. Dans cette figure les éléments coupés transversalement paraissent plus volumineux, moins tassés les uns contre les autres, comme si seulement des parties centrales avaient été colorées.
Ces inclusions, qui prennent l’éosine du Mann, et qui forment des massues et glomérules, indiquent un processus de réaction cellulaire très différent des réactions dégénératives banales. Surtout l'observation des granules minuscules (fig. 4) régulièrement sphériques, disposées en file à l’intérieur des inclusions, que l’on observe parfois quand l'inclusion a une teinte brune rouge permet de penser qu'il s’agit de corps ovalaires constituant en quelque sorte un réceptacle de formes résistantes ou de spores.
Nous avons eu le privilège d'étudier ces formations de près. La constance de ces aspects microscopiques nous a paru devoir constituer l’objet d’études ultérieures conduites en série, afin que soit élucidé et précisé le rôle et la nature de ces formations, ainsi que leur caractère spécifique en ce qui concerne la sclérose en plaques. Comme pour la méthode de Steiner, leur découverte, en raison de la rareté des foyers, est extrêmement difficile et beau-
ao
coup de patience est nécessaire de la part des investigateurs pour conduire ces recherches à bonne fin.
B. Recherche des spirochèies par PiTRPEÉGHAUeTEe
à l'argent
Depuis la découverte des spirochètes dans le système nerveux central par Noguchi, l'emploi de coloration argentique est devenu classique pour les recherches des spirochètes. La méthode de Jahnel, employant le nitrate d'uranium pour empêcher
l’imprégnation des fibres nerveuses, a apporté une aide efficace et très importante. La recherche et
l'identification des spirochètes, qui par l'emploi de cette dernière méthode sont les seules à précipiter l'argent, est largement facilitée. Et cependant, nous sommes loin encore du moment où à coup sûr nous pourrons identifier des spirochètes dans chaque cas étudié. Est-ce un stade dans le cycle évolutif des spirochètes qui rend leur démonstration si difficile, cu bien est-ce leur rareté ou encore la variabilité de leur localisation ? Quoi qu'il en soit, l’étiologie de la paralysie générale à pu être bien établie malgré l’inconstance de la découverte de spirochètes, D'’ailleurs, si on s'applique avec assez de persévérance, on peut augmenter considérablement l'incidence de résultats positifs. C'est ainsi que nous avons pu constater, dans un autre travail, la présence de spirochètes dans 8a % de cas de paralysie générale examinés.
La méthode de Steiner apporte une aide précieuse à ces recherches. Outre la simplicité de son exécution, et la supériorité de la coloration qui est reconnue par tous les expérimentateurs qui ont eu l'occasion de l'essayer, elle a l'avantage de permettre la coloration de coupes plus larges que les autres
méthodes ne l’ont permis. Ainsi l'on peut avoir une vue d'ensemble de régions entières de l’encéphale. Des études plus poussées peuvent alors être entreprises sur des pièces plus petites, n'intéressant que des régions limitées.
Steiner (37) a appliqué sa nouvelle technique de l’imprégnation argentique à l'étude de la sclérose en plaques. Dans sa monographie sur la sclérose en plaques (38) l’auteur constate la présence de spirochètes dans 7 cas sur 28 étudiés. Quant aux cellules argentiques, leur présence était constatée dans 26 cas sur 28 examinés. Dans tous les cas de sclérose en plaques où les spirochètes étaient constatés, la coïncidence d'une infection syphilitique simultanée a pu être définitivement écartée. Ces spirochètes, (que l’auteur appelle « spir. myelophtora »), n'étaient rencontrés que rarement, et pour la plupart dans les espaces périlymphatiques des - vaisseaux sanguins. Dans un cas de sclérose en plaques à évolution subaiguë, la présence des spirochètes était plus fréquente et l'auteur (39) a pu les mettre en évidence dans des coupes en série. Il à pu même calculer le nombre approximatif de ces spirochètes dans les pièces à l’étude. Les spirales de ces spirochètes sont beaucoup plus plates que celle de T. Pallidum. Des fois ces structures paraissent presque rectilignes, avec à peine une légère ondulation, donnant l'impression d’avoir été allongés. Ils montrent aussi une tendance marquée à la formation de stade involutifs : des structures à terminaison en boucle, en anneaux ou en disques sont assez fréquentes. (Ces formes involutives sont de constatation courante chez les spirochètes communs). La fréquence des spirochètes dans ces cas de sclérose en plaques permet à Steiner de supposer que, dans le système nerveux des malades ayant succombé
pendant ou directement après un accès aigü de la maladie, la recherche des spirochètes donnerait des résultats plus constants.
Dans un cas plus récent (4o) de sclérose en plaques à évolution courte (3 à 4 mois), Steiner décrit
des formes longues de spirochètes, ayant des spi-
rales allongées. Ces structures ont été retrouvées surtout dans les parois même des vaisseaux sanguins. Ces spirochètes, aux spirales plates ou inégales, ont à leur extrémité une formation en disque ou en crochet. Les spirales sont plus évidentes dans les formes courtes des spirochètes. La distribution fréquente de ces spirochètes sur les parois des vaisseaux est expliquée par le lieu d'élection des spirochètes pour les voies Iymphatiques périvasculaires,
qui servent comme moyen de propagation, aussi
bien que comme lieu de reproduction, pour tous ces micro-organismes. (C’est dans les parois de ces vaisseaux que les spirochètes se multiplient et poursuivent leur invasion de l’organisme humain, soit par voie sanguine, soit par émigration dans le tissu nerveux.
C. Cellules argentiques ou argentophiles (Silberzellen de Steiner)
Au cours de ces études sur la paralysie générale, Steiner a décrit des celules à contenu argentophile qui sont présentes partout où des spirochètes indiquent un processus de dégénération. Le contenu de ces cellules est constitué de spirochètes en voie de macrophagie par ces éléments cellulaires. Parfois même, les stades successifs de ce processus crophagique peuvent être observés. Une partie du
sas
spirochète restant encore dehors, on peut suivre la
partie déjà englobée qui est désintégrée en granules
de forme et de dimension inégale.
Ces mêmes cellules argentiques ou argentophiles sont aussi présentes dans les tissus nerveux des cas de sclérose en plaques. On les trouve plus fréquemment et en plus grand nombre dans les plaques récentes. Elles sont agglomérées souvent en petits amas dans le parenchyme, plus abondantes dans la périphérie de la plaque, où elles infiltrent les espaces périvasculaires.
Le contenu de ces cellules est caractéristique ; des granules irrégulières à spirales rappelant les spirochètes qui ont été fragmentés. Souvent on voit dans un des pôles de la cellule un granule en forme de disque, de boucle ou d’anneau. C’est cet aspect du contenu, au dire de Steiner, qui est caractéristique des cellules argentiques d’origine spirochétiques.
Au cours d’une infection microbienne quelconque, des cellules argentiques, macrophages des microbes en cause, peuvent être retrouvées. Mais leur contenu diffère des précédentes par leur granulations très fines et homogènes, alors que, comme nous venons de le voir, dans les cellules dérivant de spirochètes, les particules argentiques prennent souvent la forme spiralée, ou s'agglomérent dans un des pôles de la cellule à configuration spéciale. Le granule en forme de disque présente une disposition particulière. De ces disques partent des fils fins, ondulés, en forme d’épingle ou de fièche. Parfois une série de ces fils fins semble englober le noyau.
Le noyau de ces cellules est plutôt rond ou lécèrement éliptique dans ceux trouvés dans les es-
pe
so VA
paces périvasculaires ;: il est en forme de fuseau dans ceux trouvés dans le parenchyme.
Alors que dans la paralysie générale les stades successifs de la désintégration des spirôchètes peuvert être facilement poursuivis, (car on voit souvent les spirochètes normaux voisiner avec d’autres à demi-digérés), ce n’est pas ce que l’on observe dans la sclérose en plaques, où la rareté des spirochètes ne permet pas de repérer avec une égale fréquence des formes aussi caractéristiques.
Dans la sclérose en plaques c'est, au contraire, la présence des cellules argentiques que l'on recherche tout d’abord. C’est à que les chances sont les meilleures pour la constatation des formes typiques de spirochèes. D'autant plus que la constatation d'agglomérations de ces cellules indique une dégénérescence en masse des spirochètes de date récente. C'est alors que l’on peut espérer découviir quelques formes encôre bien préservées et caractéristiques. Cependant la découverte de spirochètes dans le parenchyme cérébral est assez rare. Estice leur extrême labilité et leur disparition rapide qui fait leur mise en évidenée si difficile ? Inversement les agglomérations de cellulés argentiques sont très faciles à mettre en évidence.
Ces cellules à topographie si caractéristique, à la périphérie des plaques ou dañs les infiltrations péri-adventitielles des vaisseaux, sont beaucoup plus fréquentes aux endroits où la démyélinisation est la plus marquée, et Steiner croit voir une relation génétique entre ces deux phénomènés. Dans lopinion de Steiner, l'apparition des cellules argentiques précède et indique le lieu où un processus de démyélinisation ne tardera pas à s'établir. Ces cel-
HSE ta ve
| cd
A Fe xt 3 à SN
rc
lules constituent donc le signe le plus précoce du processus lésionnel. Leur constatation peut servir comme moyen de diagnostic pour différencier la sclérose en plaques des autres processus de démyélinisation, où la présence des cellules argentiques fait défaut.
Les travaux de Steiner ont suscité un grand intérêt. Corroborés par les divers chercheurs en ce qui concerne l'existence des cellules argentiques, leur interprétation toutefois, ainsi que l’identifica-
tion des spirochètes dans le parenchyme, demeure
très sujet à discussion.
Nishii (4) étudie quatre cas de sclérose en plaques avec les méthodes argentiques de Jahnel et de Steiner. Il observe des formes à apparence spirochétoïde, mais il croit qu’il s’agit plutôt d’artefacts.
Scheinker (cité par Stengel (42) ja trouvé des spirochètes dans un cas de sclérose en plaques coloré par la méthode de Steiner. Stengel, par contre, n’a trouvé aucun spirochète en utilisant la même méthode.
Müller (43) a montré des préparations où des structures ressemblant à celles décrites par Steiner étaient mises en évidence.
Schuster (44) décrit des spirochètes dans un cerveau sur deux de scléroses en plaques.
Benoit (45) étudie deux cas de maladie de Schilder-Foix et un cas limite, où le diagnostic de sclérose en plaques était nier La constatation de cellules argentiques dans ce cas incertain et d’auire part l’absence de ces mêmes cellules dans les
deux cas de leuco-encéphalite le confirme dans son diagnostic de sclérose en plaques.
H. Roger (46) trouvé les cellules argentiques