I. — INTRODUCTION
L'étiologie de la sclérose en plaques demeure une question d'actualité. En ce qui concerne maintes maladies du système nerveux central, des contributions importantes sont venues élucider le mystère étiologique. La sclérose en plaques reste en son essence aussi peu connue somme toute qu'à l’époque où elle a été décrite pour la première fois par Cruveilhier (1) en 1832. C’est lui qui nous a apporté sa description clinique et qui a décrit les plaques dans la moëlle. Rokitansky, puis Rindfleisch ont décrit l’épaississement des vaisseaux sanguins, l’infiltration périvasculaire et les cellules chargées de vacuoles graisseuses. Puis nous arrivons à la grande époque de Charcot. Ses descriptions magistrales contiennent la base de nos connaissances actuelles sur cette maladie qui, suivant M. le Professeur Guillain, est une des affections les plus fréquentes du système nerveux. Et cependant, malgré sa fréquence et en dépit des travaux nombreux des divers chercheurs, nos connaissances sur la nature étiologique de cette maladie ne sont pas devenues plus claires. Au contraire, les diverses recherches ont abouti à des résultats négatifs. Quelques échecs retentissants de certaines théories ont assombri les horizons et les perspectives des investigateurs.
Par cette contribution modeste j'espère, en éclaircissant l’état actuel de nos connaissances sur les méthodes employées, avoir fait œuvre utile. Ces recherches ont été conduites à l’aide des méthodes
argentiques. Il m'a semblé que le moment était propice pour publier cette contribution, si incomplète soit-elle. Les méthodes d’imprégnation par l'argent ont été critiquées injustement. Et cependant l’on n’a pas perdu le souvenir du scepticisme qui entourait l’origine syphilitique de la paralysie générale avant la découverte des spirochètes par Noguchi. Même actuellement n'y a-t-il pas encore des sceptiques qui nient leur présence dans le tissu nerveux ? Et cela seulement parce que la difficulté de la technique, jointe à la rareté des foyers parasitaires empêche de retrouver les spirochètes à coup sûr, chaque fois que la coloration est entreprisé Dans la sclérose en plaques le problème est encore plus compliqué, les trouvailles étant plus rares, il faut une dépense d'énergie et une persévérance encore plus considérables pour avoir des résultats positifs.
Le présent travail a été entrepris tout d’abord au N. Y. State Psychiatrique Institute et continué au laboratoire du service de Neurologie de l'Univérsité de Harvard, Boston City Hospital, grâce aux fonds de recherche sur la sclérose en plaques de la Faculté de Médecine de Harvard. Il a été poursuivi à Paris dans le laboratoire du Docteur Paul Guiraud à l’Asile Clinique Ste-Anne. Nous exprimons à M. le Docteur Paul Guiraud notre bien vive reconnaissance pour nous avoir ouvert son service et nous avoir fait bénéficier de ses avis particulièrement précieux.
Il. — NATURE INFECTIEUSE OÙ NON INFECTIEUSE DE LA MALADIE
Depuis Pierre Marie la notion de la nature infectieuse de la sclérose en plaques a dominé les pensées de tous les chercheurs. En face de tant d’échecs expérimentaux il nous a semblé utile de récapituler les raisons qui ont milité en faveur d’une étiologie infectieuse. Avant d'entreprendre l'exposé des recherches sur les facteurs infectieux de la sclérose en plaques, nous nous permettrons de donner un aperçu très succinct des aspects anatomo-cliniques rencontrés.