‹ Étiologie Des Occlusions IntestinalesChapitre 5 sur 15 · I. — OCCLUSIONS PAR MALADIES DU TUBE DIGESTIF · texte numérisé non relu

I. — OCCLUSIONS PAR MALADIES DU TUBE DIGESTIF

Il est relativement rare que la phlegmasie produise une tuméfaction assez grande de la tunique muqueuse de l'intestin pour en oblitérer le canal intérieur, à moins toutefois qu'il ne se développe une entérite phlezmonneuse qui intéresse les trois tuniques. L'inflammation de l'S iliaque et celle du rectum, en médecine humaine sont, à en croire certains auteurs, assez violentes pour causer conjointement avec le spasme qui l'accompagne, un obstacle à la circulation des matières fécales.

Les ulcérations tuberculeuses ou cancéreuses peuvent être suivies d’une cicatrice qui rétrécit à différents degrés le calibre intestinal. Les végétations syphilitiques et les indurations, les rétrécissements organiques, les tumeurs épithéliales et autres, les polypes, sont également des causes d’oblitération auxquelles il faut songer quand on observe les symptômes de la coarctation de l'intestin.

Dans ces formes d’occlusion par tumeur, les parois intestinales sont malades et les infections qui se développent dans la zone sus-stricturale sont fort capables de provoquer un sphacèle local et la perforation de l'intestin.

L'occlusion par cancer occupe une place importante dans le total des occlusions et, si l’on en croit les obser-

vations relevées, en médecine humaine, au « Saint-Thomas

Hospital », on arriverait au résultat suivant : sur 543 cas observés en 0. ans, il y aurait eu 143 occlusions cancéreuses, soit 26,3 %. Classiquement, il s’agit presque toujours d'ocelusion complète survenant après toute une série de crises d'occlusion larvée ; en somme, d’une occlusion complète qui est l’aboutissant d'une ocelusion progressive chronique.

Les chiffres apportés par Ansimoff, réunissant tous Îles cas russes publiés de cancer de l'intestin, indiquent que, sur Sr cas, F'auteur trouve 59 cas soit 64,2 % d'occlusions par cancer. Sur ces 52 cas, il y en aurait 6 avec occlusion aiguë d'emblée, 15 à occlusion d’allure chronique aboutissant à une ceclusion aiguë, et dans les 3r autres cas le cancer élait révélé par une occlusion chronique. Cette dernière siège même avec une fréquence particulière dans les zones de stase physiologique et notamment aux points de coudure anatomique (angle sus-hipatique et splénique).

Dans sa communication du 16 juillet 1918 à propos de l'influence qu'auraient exercée les conditions d’alimentation et de régime, notamment la surcharge alimentaire en viande, sur laugmentation du nombre des cas de cancer de l'armée française pendant la guerre, M. Forgue (après avoir rappelé que Hendlex. aux Indes, a trouvé plus de ‘ancéreux parmi les végétariens que parmi les carnivores) invoque cet autre argument emprunté à la pathologie vétérinaire : « chez les animaux, il n'y à pas que les carnassiers qui soient exposés au cancer ».

La fréquence relative du cancer de la cavité abdominale, chez les espèces animales, a été l'objet de statistiques cliniques émanant surtout des écoles vétérinaires, la plupart publiées durant le dernier quart du siècle dernier et

réunies dans le mémoire de Sticker. La proportion des cas

de tumeurs malignes serait de 4 pour 1.000 chez le cheval, de 18 pour 1.000 chez le chien.

La statistique du D Morel (Société de Phatholog. comp. Bruxelles) à porté sur 272.204 chevaux, ânes ou mulets sacrifiés en 6 ane aux abatioirs de Vaugirard, elle accuse 242 tumeurs malignes, soit une proportion de 8,80 pour 10.000 têtes.

D'après la statistique de Frühner, il v a environ 4 can- CÉTEUX SUT 10.000 chevaux.

A Limoges, pendant un exercice de 19 ans, Detroye à trouvé 65 cas de cancer chez des bovins.

Chez les bovidés la proportion serait de 2,8 pour 1.000, d'après ‘Bashford. La rareté relative du cancer chez les bovidés tient non pas à un privilège d'espèce, mais tout simplement, sans doute, ainsi que l’a judicieusement fait remarquer le professeur Cadiot, à ce fait que beaucoup de bovins n'arrivent pas à l'âge du cancer, car ïls sont en général saerifiés de bonne heure: Pour notre maître, sur 10.000 chevaux il v à énviron ro cancéreux, et sur le même

nombre de chiens, 62.

Le D' Morel appuie son étude d'une observalion parti-

culièrement intéressante

C'est celle d’une jument de neuf ans sacrifiée à Vaugirard et chez laquelle on trouva un énorme épithéliome, La Lumeur qui pesail 13 kilos adhérait : en avant, à l’eslomac et au duodénuim; en arrière, au rectum et à l'anus; à droïte, au foie; à gauche, à la rate. Les ganglions voisins, notamment les lombo-aortiques, étaient énormes. On conçoit qu'une telle tumeur puisse entraver la libre circulation des matières excrémentilielles et soit une cause efficiente d'occlusion intestinale sinon complète au moins partielle par les lésions qu'elle devait apporter dans la structure des parois de Fintestin e& par la compression provenant de son poids.

« Les investigations de M. Césari ont porté sur 40.000

RTE

chevaux, en chiffres ronds, comprenant 20.200 juments, 16.00 chevaux hongres et 3.600 chevaux entiers.

« Le nombre des cas de cancer observés a atteint à 184, soit une proportion globale de 0,46 %. Sur ces 184 cas, 98 (0,49 %) ont été relevés sur des chevaux et 86 (0,42 F4) sur des juments. Il semble donc que la proportion soit la même dans les deux sexes. Cependant, si on fait le départ entre les sujets entiers et les sujets émasculés, on aperçoit alors des différences considérables : les 98 cas de cancer observés sur les chevaux se répartissent en 55 cas (1,52 %) sur les chevaux entiers et 43 (0,26 %) sur les hongres. Ainsi donc, dans les conditions où ont été faites ces observations, le cancer est 6 fois plus fréquent chez les entiers

que chez les hongres, 3 fois À plus fréquent chez les

(el

entiers que chez les juments, 1 fois & plus nombreux chez les juments que chez les hongres.

« Le cancer du rein est notablement plus fréquent chez les chevaux hongres que chez les entiers et les juments.

« Les cancers de l'intestin et de la vessie sont plus communs chez les juments que chez les chevaux hongres.

« En classant les observations suivant la pigmentation du tégument, nous avons 118 cas sur des sujets de robe foncée, 66 cas sur des sujets de robe claire.

« Sur 3.000 chevaux introduits à l’abattoir, on peut admettre qu'on rencontre à peu près 3 fois plus de chevaux de robe foncée que de chevaux de robe claire. Si on admet cette proportion, on peut dire que le cancer est relativement plus fréquent chez les chevaux blancs et gris que sur les chevaux de couleur, mais cette prédominance tient alors à la fréquence considérable de cancers du testicule ou de la mamelle chez les sujets de robe claire.

« Les chevaux sacrifiés à l’abattoir sont généralement

très âgés et tous les cas de cancer ont été rencontrés sur des sujets ayant dépassé 15 ans. (Recueil médecin? vétéri-

naire, 1922.) »

De toutes les espèces animales, le chien, en matière de cancer, occupe la première place. La plupart des tumeurs bénignes de l’homme sont connues chez cet animal, mais le cancer est le plus souvent observé. Le sarcome est peutêtre un peu plus fréquent que l’hépitéliome. Il en est de même chez le chat.

Le cheval est moins souvent atteint de tumeurs et de cancer que les animaux précédents. Si l’on considère la mélanose du cheval comme un sarcome mélanique, et par conséquent de même nature que la mélanose humaine, elle présente 12 % des cas de tumeurs (D' Ball).

Chez l’homme, 3,15 % des cancers affectent l'intestin et 96 % des cancers intestinaux siègent dans le gros intestin (P. Ménétrier). L'épithéliome intestinal est plus rare chez les animaux, mais comme chez l'homme, il est latéral ou annulaire et conduit à l'obstruction intestinale. Histologiquerent, l'épithéliome appartient au type cylindrique tubulé à cellules cylindriques ou caliciformes.

L'épithéliome de l'intestin est connu chez le cheval (Kitt, Morot, Sticker, Siedamgrostzky, Cadéac, Césari), chez les bovidés (Kitt, Sticker), chez le chien, au niveau de l’intestin grêle (G. Petit), du cœcum (De Meis et C. Parascandolo), du rectum (Cadéac). Le cancer de l’anus mérite une mention spéciale du fait qu'il s’agit d'un épithélioma développé aux dépens des glandes sébacées péri-anales avec

envahissement des organes voisins (Jaeger, Roussy).

Chez nos jeunes chevaux, sujets à l'infection gourmeuse

en

ne peut-on pas trouver des complications intestinales al-

lant jusqu'à provoquer l'arrêt des matières excrémenti-

tielles ? Disons tout de suite que si le fait est extrêmement

rare, il n’en existe pas moins et nous rapportons ici, à l’appui de ce que nous avançons, la communication de notre

confrère Gastel que nous résumerons en ces termes :

Obs. 1. —— L'observalion porte sur un poulain de huit mois en élat de gourme classique, des premiers jours de janvier au 20. À cetle date, 16 propriétaire de Fanimal signale que son poulain est constipé et que la température est montée à 88°4. Un traitement est institué et tout fait prévoir qu'il n'y aura pas de suites graves; lorsque le 25 janvier, le propriétaire fait appeler à nouveau notre confrère; l'étal de son poulain lui inspirant des inquiétudes et la lcmpéralure élant de 3926. L'animal fait de la pneumonie qui va évoluer normalement. Le malade récupère un excellent appétit el ïl est en bonnes conditions, au moins apparemment. En effet, le 15 février, une crise de coliques légères survient après l'absorption d’un repas composé de son el de farine d'orge en barbotage. Cette crise de douleurs abdominales cessa une demi-heure plus tard. Néanmoins, le propriétaire en cest resté inquict et dès lors surveilla étroitement son malade et il conslala que, régulièrement, le repas était suivi d'une crise de coliques analogue à celle observée le 17. Le 23 février, il supprimé loule nourriture solide au poulain et le met au régime. de lail écrémé et tisane d'orge. Le poulain se jetait avidement sur celle tisane, en buvait la St cn cessait de boire; il restait inquict el se safe véniré, essayant même de se rouler, puis achevait son repas el tout renkrait dans l'ordre, jusqu'au repas suivant qui amenail la répélilion des mêmes manifestations de douleurs abdominales. Pourtant, jusqu'ici la lempérature reste normale mais le swpnplôme deminant.est que l'animal:se,« xide:» ma.

Dès le lendemain, le poulain est abattu, triste; il se déplace péniblement dans-sa stalle et la fièvre monte à 39°4, avec apparition de’symptômes généraux el une légère pression exercée à gauche de l'abdomen détermine une douleur très nette. Le pronostic s ‘assOmbrit et. le poulain meurt dans la nuil.

L'äulôpsie révéla toute utie-traînée d'abcès gourmeux, intéressant-les:3 parois de l'intestin, d'ulcérations intestinales dont quelques-unes étaient allées jusqu à la perfor quon quelques autres étaient presque cicalrisées. l

+: N'est-ce pas l'une complication peu banale de Finfec-

lion gourmeuse expliquant au début les coliques par stase du contenu intestinal et si cette lésion s’est constituée lentement c'est que la réaction inflammatoire de l’épiploon l’a empêchée d'entraîner la mort en quelques heures. (Re-

cueil de médecine vétérinaire, 1924.)

« L'ostéome du gros colon » signalé par Drouin chez le cheval est une tumeur hétérotypique ou une métapasie osseuse. (Ball.)

G. Petit et Germain relatent, sur le cheval, un cas de polyadénome à type Brunnerien, au niveau du duodénum, autour du groupe de polypes rayonnaient un certain nombre de gros plis muqueux, grossièrement circonvolutionnés, entraînant de ce fait le stase plus ou moins prolongée des matières excrémentitielles (Ball, Anat. path. gén.

Nous n'hésitons pas à regarder les coarctations ataxiques, irrégulières des tuniques musculaires de l'intestin comme une cause fréquente d'occlusion et nous rattachons

à cette conuvulsion :

1° L’invagination intestinale avec ou sans oblitération complète du tube digestif et qui, suivant l'expression de Cruveilhier, est un mode de déplacement du canal intestinal qui consiste dans l’intrôduction ou l'intersusception d'une portion d'intestin dans la portion qui lui fait suite; de telle sorte, que la première portion est engaînée dans la deuxième à la manière d’un doigt de gant, et l’auteur ajoute que l’invagination n'est pas une occlusion à proprement parler mais une cause déterminante.

Ce télescopage, comparable aux tubes de la lunette du

même nom qui s'emboîtent les uns dans les autres, n'est pas suffisant pour entraîner des accidents; une invagination peut se produire et se réduire spontanément, presque aussitôt; pour qu'il y ait accident, il faut que l’invagination se fixe et cette fixation semble dépendante du mésentère.

L'invagination est le plus souvent directe c’est-à-dire qu'elle se produit dans le sens normal de la progression du contenu intestinal; elle est exceptionnellement inverse c’est-à-dire dans le sens contraire; et dans ce cas, on est en droit de supposer que les ondes antipéristaltiques sont en cause.

Comment peut se produire cette lésion de l’invagination ? Ici, les suppositions ont libre jeu, mais on est en droit de supposer que dans des parties à méso, un élément solide du contenu intestinal est venu entraîner un segment de la paroi et, poussé par le péristaltisme, s’est enclavé dans le suivant. L'expérience classique de Cruveilhier qui invagine l'iléon dans le cœcum en exerçant une traction sur Îles lèvres de la valvule de Bauhin semble suffisamment démonstralive; ce que nous savons de la marche de l'onde péristaltique (Revue de médecine et pharmacie, Bruxelles) est en faveur de cette conception. (Les critiques formulées par Lorenz et par Blanel, en Allemagne ne semblent guère conformes aux faits; suivant ces auteurs l’invagination ne débute pas par une pénétration de la valvule mais par une invaginalion du cœcum); noûs savons, en effet que, dans le mouvement péristaltique, une onde de dilatation précède ie bol qui est lui-même poussé par une onde de contraction. Le’plus petit diamètre suit le plus grand et est donc à même de s'invaginer.

Quoi qu'il en soit, une invagination, qu'elle soit à > ou

3 ou à plusieurs cylindres implique l'existence d’un entrai-

nement, à l’intérieur de la masse invaginée, des vaisseaux ct des nerfs qui accompagnent le méso-péritonéal et les tuniques; ces vaisseaux sont coudés et comprimés, d'où troubles cireulatoires trophiques qui aboutissent rapidement à la stase sanguine et au sphacèle de Ia masse invaoinée.

La bibliographie vétérinaire est relativement riche en observations concernant les diverses modalités d'invagination de l'intestin grêle, du colon et du cœcum mais les observations d'invagination du duodénum dans l'estomac y sont tout à fait exceptionnelles. Parmi les ouvrages classiques Cadéac seul, signale chez le chien une observation de ce genre. Récemment, deux jeunes confrères, Vélu et Barotte, ont relaté un cas curieux, dans ce méme ordre d'idées, se rapportant à une invaginalion, en doigt de gant, du duodénum dans l'estomac lui-même; invagination avant entrainé une obstruction complète*au niveau de la partie antérieure de la portion pylorique avee mort rapide du sujet.

Ce cas curieux d'invagination, qui, en pathologie humaine, aurait présenté un réel intérêt en raison de la facilité du diagnostic par la radiographie et de la possibilité de l'intervention chirurgicale, mérite d’être retenu au point de vue de l’anatomie et de la physiologie comparée. Cette question a d’ailleurs été fort bien étudiée chez l'homme par le aocteur Gosta Forsell, anatomiste et radiologiste suédois.

Il semble que la production d’une telle lésion soit impossible chez le cheval par suite de la structure intime de la tunique musculeuse constituée par trois plans suner-

posés de fibres orientées dans des sens différents

À côté de l’invagination nous citerons :

»° Le Volvulus encore appelé étranglement rotatoire qui consiste dans l'enroulement d’une portion de l'intestin autour de son axe propre, de son mésentère ou d’une autre partie de l'intestin. Le jéjunum et l'iléon sont Îles parties du tube digestif qui s’entortillent et s'enchevêtrent le plus ordinairement pour former des nœuds qui ressemblent à ceux que l'en pourrait faire à la main.

D'après Trèves les 2/3 des volvulus siègent sur l'anse sigmoïde, tandis que le grêle plus mobile ayant un méso beaucoup plus long est plus rarement atteint, car tout comme pour l'occlusion par le cancer, la nature du contenu intestinal intervient pour une part déterminante : un fécalome peut, par excellence, être cet élément pesant qui fait en quelque sorte basculer l’anse située en amont pour l’amener au delà de l’anse située en aval et le placer en porte-à-faux, le péristaltisme amenant les matières et poussant sans cesse l'intestin plus avant, finit par amener Îles anses à s’étrangler réciproquement et le volvulus est constitué; c'est un iléus de strangulalion : le mésentère, les vaisseaux el les nerfs qu'il contient sont donc lésés, d’où gangrène après sphacèle et perforations avec leurs con-

séquences.

3° La Torsion intestinale, elle, est consécutive aux mou vements péristaltiques exagérés du gros colon, plus spécialement chez nos salépèdes, à la suite de refroidissements extérieurs ou de l'ingestion d'eau glacée en trop grande quantité. Elle est particulièrement connue de tous les praticiens vétérinaires qui la redoutent parce qu’elle est tou- Jours fatale.

Il s'agit alors de segments d'’intestin pourvus de mésos

et dans lesquels sous l'influence des efforts abdominaux,

Page 1