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LE CANCER EN GÉNÉRAL

Les caractères du cancer sont de se reproduire à l’infini, et de ronger ; il ronge tous les organes sans distinction, se substituant à eux : peau, muqueuses, artères, veines, nerfs, Os, Yeux, poumons, foie, rate, reins, etc. Pratiquement, on peut lui distinguer trois formes : l’épithélioma, avec lulcère rongeant de la face, le carcinôme, avec le squirre, et le sarcome, qui se présente surtout en volumineuses tumeurs. Deux opinions sont en présence au sujet de l'origine du cancer : celle de l'infection, émise par les bactériologistes, et celle de la dégénérescence, de la transformation de la cellule normale, à laquelle se tiennent surtout les spécialistes de l'anatomie pathologique. D'après la théorie de l'infection, le cancer serait déterminé par des protozoaires, des microbes, etc. Cette

théorie a pour elle les faits suivants :

1° Il y aurait des villes, des villages et des maisons à cancer, appartenant surtout à des régions humides, marécageuses, inondées plus ou moins fréquemment. Webb (cité par H. Hartmann) signale le fait suivant : Dans une

maison meurt un canéer du rectum. Un nouveau ména-

eh)

ge l'occupe ; deux ans plus tard, le mari meurt d'un cancer de l'estomac ; dix ans plus tard, la femme d’us eancer au rectum. Trois demoiselles leur succèdent, deux d'entre elles meurent, Fune d'un cancer de la matrice, l’autre d’un cancer de l'estomac. En même temps, dans ja maison voisine, qui usait dé Ja même eau, des mémés tuyaux -de vidange, une femme meurt d'un cancer

du sein.

2° Il y aurait des familles cancéreuses ;

4° Il existerait parfois un cancer à-deux, entre époux,

ou à trois dans les familles : un homme soigne son beau-

père pour un cancer et succombe bientôt à la mème af--

fection, ainsi que sa femme ;

4° Nombre d'infirmiers mourant duù cancer auraient

été Contaminés ;

5° Ce sont les parties les plus exposées qui sont les plus sujettes au cancer : l'estomac est le plus souvent atteint,

après lui vient l'utérus ; le sein vient en troisième rang :

6° Le cancer peut se transmettre d’une manière indéfinie ou à peu près chez les animaux. On inocule surtout le cancer de la souris blanche et le sarcome du rat. Certains ont reproduit le cancer chez les souris, même à la cinquantième génération. Mais, constatant que seuls les éléments néoplasiques du ereffon se reproduisent dans le nouvel hôte, les expérimentateurs le regardent comme un bouturage, une survivance de la formation

primitive.

7° Borrel à constaté la fréquence des demodex sous la

nt /

peau au niveau des épithéliomas cutanés ; la pénétration de l’agent encore inconnu du cancer se ferait par le parasite porte-germe. De même l'existence constante de cysticerques au centre du sarcome du foie du rat. “

S° L'immunisation peul étre conférée aux animaux. Ainsi, la souris à laquelle on à inoculé le cancer et chez laquelle Ta tumeur se-résorbe après s'être développée à un certain degré, devient d'ordinaire réfractaire à de nouvelles inoculations ;

9°.On à observé quelques cas de cancer spontané chez la souris et le rat dans des cages qui avaient renfermé quelques années auparavant des souris et des rats cancélEUX ;

10° Enfin, le cancer se réparti t sur presque toute la surface du globe et s'étend à l'homme et à de nombreux vertébrés, cheval, bœaf, chèvre, chien, chat, souris, rat,

etc:

En tout cas, on admet que le cancer.est favorisé par l'hérédité, dans dix pour cent des cas dans l'espèce humaine, par un ancien ulcère, par les irritations, les chocs, une fracture. Dans les élevages de souris Ccancéreuses, le cancer se transmet fatalement et mème spécifiquement : le cancer du poumon ou du sein par exemple se transmet tel quel aux descendants. Maintenant, on peut faire de sérieuses objections à la théorie de L'infection. D'abord, les régions et les/maisons à cancer sont exceptionnelles; elles peuvent ne représenter que des coïncidences de conditions productrices identiques ou semblables, sans renfer-

mer de germes proprement dits. Du reste, alors que cer-

PR Ve a |

lains Jaboratoires cultivent des ‘animaux par milliers, c'es à peine sion y a observé quelques unités de cancer développées spontanément dans des cages qui avaient : renfermé quelques années auparavant des animaux cancéreux. En ce qui concerne le cancer à deux, il est excepliônnel, et dans les cas où il s'est présenté, il y a eu probablement greffe véritable. Si la contagion indirecte du cancer par l'air ou le sol est à prouver, je suis persuadé que la greffe du malade à homme sain est possible par la voie d'une plaie.

L'immunisation elle-même n'est pas nettement déterminée. Si le cancer se répartit sur toute la surface du globe, il est pourtant rare chez les nègres du Congo. Et cependant, les nègres sont soumis aux infections les plus diverses par suite de blessures et de maladies ouvrant des fissures dans l'organisme. Le cancer Y serait peutêtre plus fréquent si les vieillards v étaient plus nornbreux, nrais les blessures, là dysenterie et la pneumonie emporlent prématurément nombre de noirs du Congo.

‘Un dernier argument invoqué en faveur de l'infection, ce serait la transformation des deux grandes tumeurs malignes, cancer et sarcome, l’une dans Fautre, et leurs inoculations positives chez les animaux. D'abord, cette transformation n'est pas établie. Sans plus, on n’y peut croire, pas plus qu'on ne peut croire à la transformation d’un blanc en nègre. , L'existence d'une tumeur mixte, : cancer-sarcome, spontanée ou produite par d'inoculation, n’est pas établie, Elle ne prouve que la coexistence de deux tumeurs et ne s’est pas montrée dans des milliers

d'examens de tout genre. ‘On pourrait admettre, avec Hartmann, que les cellules de l'animal -porte-greffe ont été influencées par un agent encore inconnu susceptible de vivre dans une cellule conjonctive lout comme dans une cellule épithéliale, à Fexémple de la clavelée des moutons.

Si le cancer est une déviation de la cellule organique, un développement de lœuf entaché, s'il est héréditaire, car chez l’homme l'hérédité se mélange de facteurs nombrevx modifiant l’état constitutionnel ef masquant la netteté de lhérédité, s'il est héréditaire dans la plupart des €as, comme nous le pensons, il pourrait fort bien se compliquer, dans certaines formes, d'éléments étrangers accentuant sa virulence, comme dans certains sarcomes

violemnrent proliférants.”

LA CELLULE GANCÉREUSE. — C'est elle qui est le point de départ de la tumeur, de ce parasite qui peut, lorsqu'il se développe à l'épaule sans atteindre rapidement d’organe vital, atteindre un volume à peu près égal à celui de l'organisme qui l'alimente.

Sa dérivation d’une cellule dégénérée de l'organisme,” on l'expliquerait par une agamogénèse, une sorte de bou-turage dontela nouveauté favoriserait précisément Fexubérance, au même titre que Ja conjugaison des amibes vieillies revilalise les générations consécutives. Dans la mérogonie, un segment de l'œuf anucléé peut se dEvelopper sous la seule influence du produit séminal. Rap-

prochkons aussi de tout cela la reproduction de l'éponge

qui, en vieillissant el sur le-point de mourir, émet des spores qui végèteront au retour ,du printemps.

Peut-on trouver dans loute la série des êtres vivants une cellule; un plastide, qui lui soit comparable? £a cellule cancéreuse est mulliforme, multidiastasique, excessivement réfractaire et anarchique.

Constituée en entité, elle ne se rapproche, par ses attributs, d'aucune famille déterminée, pas mème des amibes, puisqu'elle représente le plus ondoyant des organismes ; elle est polymorphe chez les sujets les plus divers. Si Fhérédité est spécifique dans des expériences faites chez les souris au point qu'un cancer du sein ou du poumon se reproduit avec la même forme et la même localisation, du moins chez l'homme les mutations sont étranges : c'est par exemple l’encéphaloïde de l'estomac à la première génération, l’épithélionie de Flœsophage à la seconde, le squirre du sein et le sarcome du cou à la troisième. Et selon lorigine en tel ou tel organe, on distin-

. gue toute une série de variétés cellulaires. Ce fait pourrait être rapproché du polymorphisme des champignons. Elle est diastasique comme la cellulé hépatique et le champignon, mais elle ne présente pas, comme ceux-ci, une impulsion organisatrice. Elle est multifermentescible comme la levure de bière dont la biologte ‘est pourtant toute autre.

Quelle est la part du système nerveux dans la genèse du Cancer ? Pour Debove, on pourrait concevoir la suspension de l'influx nerveux à lorigine de cette végétation anarchique. C'est une possibilité admissible, si la cellule nerveuse s'organise en symbiose mycologique :

si lon envisage le développement des graines d'orchidées par la conjugaison de la cellule et du champignon fusarium ; si l’on envisage la régénéralion des membres postérieurs des jeunes axolots après la section des connexions. nerveuses, laquelle se produit aussi rapidement qu'après la simple mutilation ; si l’on envisage encore l'ordonnancement typique des cellules embryonnaires avant l'apparition du système nerveux et son entrée en relation avec les cellules somatiques. Ménétrier objecte quil n'a pas constaté d’altération des ganglions du sympathique dans le cancer de l'estomac. Pour Le Dantec, une cellule, dans le cas d'irritation prolongée, exalte son assimilation, tandis qu'elle subit la fécondation nerveu- -se, la pénétration du cylindraxe, elle s’hyperplasie ; lorsqu'elle a acquis définitivement ce caractère d’assimilation continue, elle est devenue cellule cancéreuse, et peut proliférer en toute indépendence, au même titre que la. cellule embryonnaire, que l’amibe ; le cancer représen- {erait le type cellulaire possédant le maximum de stabilit: : sa formation substitue à des tissus évolués et caducs un genre nouveau capable de se reproduire presqu'indé-

finiment par bouture.

CHmiISME pu CANCER. — [] semble être acide aux premiers stades, tandis que, en pleine efflorescence, le cancer végète partout grâce à son exubérance. C’est ainsi qu'un tiers des cancers dans les pays civilisés se montre sur l'estomac, succédant le plus souvent à l'ulcère qui se produit en milieu hyperacide, et constituerait ainsi un

stade précancéreux. C’est ainsi que le cancer ést rare

chez les animaux herbivores, et qu'il serait surtout fréquent dans les races humaines faisant habituellement usage de fa viande. Le tissu cañcéreux renferme beaucoup de protéines nucléées, d’enzymes, de phosphore et de fer ; la quantité de cholestérine serait de 65 % plus élevée dans la graisse mésentériqué du cancéreux que chez l'honime sain. Le sang est anémié, faible en globales rouges, riche en lymphocytes, en grands mononueléés et en«polynucléés dans une proportion augmentée respectivement de ro, 15 et 4o %; il présente une intoxicalion acide et une diminution de l’alcalinité. La salive aussi est moins alcaline, acide en général. L’urine montre plus de sulfate et de phosphate, de bases xanthines et d'acide oxyprotéique. La quantité d'urine, faible, ne peut guère être augmentée. On constate une diminution de Furée et des chlorures. Le cancér comporte une déminéralisation générale. Le professeur A. Robin signale

lenrichissement du tissu cancéreux en ‘azote.

‘CARCINOSE MILIATRE ET CARCGINOTOXINES. — À un moment donné, le cancer et le sarcome s'essaiment dans lorganisme comme le tubercule le fait dans le poumon, linfilant d'une quantité de nodules poussant de toutes parts comme des champignons, imprégnant et intoxiquant irrémédiablement l'organisme.

Mais l'intoxication s'est déjà remarquée à une phase bien antérieure. à la généralisation. Dès que la tumeur aiteint un certain développement, elle détermine une allération du teint, jaune paille ou grisaille, et de l’amai grissement, phénomènes qui disparaissent aussitôt après |

l’ablation, pour se réaccentuer à mesure de la récidive.

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