‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 22 sur 183 · Lettre du 7 juillet 16o · texte numérisé non relu

Lettre du 7 juillet 16o

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ployé à autre chose), et je ne puis venir à bout de le faire réassigner ; voici le troisième mois qu'il est dû. Je me tàle moi-même souvent pour connaître si cela vient de ma faute ; mais je ne trouve rien à me reprocher, autant que mon industrie se peut étendre.

A ces plaintes Mazarin répondait :

Je crois ce que vous me dites, et je vois fort bien que je gâte plus en un jour que vous ne sauriez accommoder et ménager en deux ans ; mais il est impossible de me refaire, et comme tout cela vient d'un principe si glorieux comme est de servir le Roi, je réputerais à malheur si je ne continuais à avoir ce zèle.

Il fallait bien récompenser un serviteur tel que Col- ^ bert : en 1655, Mazarin le nomma officiellement inten-

^ant de sa maison. Le nouvel intendant répondit à cette faveur en faisant imprimer une longue lettre adressée à Mazarin et destinée à faire connaître, disaitil, dans tout le royaume et aux ambassadeurs du Roi à l'étranger, la bonté et la munificence du premier ministre \

Bien que j'aie reconnu en mille occasions, par l'honneur que j'ai d'approcher à toute heure Votre Éminence, qu'elle ne cherche point d'autre récompense de ses vertueuses actions que ses actions vertueuses mêmes, et que sa magnanimité oublie aussi facilement ses bienfaits qu'elle a de disposition à pardonner les injures, je la supplie de trouver

1. Cette lettre, du 9 avril 1655, a été imprimée, ia-4o, 8 pages, avec l'agrément de iMa2tirin. — Lettres, instructions et mémoires, I, 229.

bon que je ne paraisse pas insensible à tant do faveurs qu'elle a répandues sur moi et sur ma famille, et qu'au moins, en les publiant, je leur donne la sorte de paiement que je suis capable de leur donner. Si elle a de la peine à souffrir que je la fasse souvenir des obligations infinies que je lui ai, qu'elle ne m'envie pas la joie de les apprendre à tout le monde, et qu'elle me permette de lui acquérir pour serviteurs tous ceux qui sont touchés de la beauté de la vertu, en leur faisant voir de quelle manière elle traite les siens et quel avantage il y a de lui être fidèle.

Je ne veux pas, Monseigneur, entrer dans le vaste champ de tous les bienfaits et de toutes les grâces qui sont sorties des mains de Votre Éminence, je me renfermerai dans les choses qui me regardent et ne lasserai ni sa modestie ni sa patience, n'employant que peu de paroles pour ce grand nombre de bienfaits dont il lui a plu de me combler. Quelles paroles aussi bien pourraient exprimer ses libéralités, puisque toute l'étendue de ma gratitude même ne saurait les égaler?...

Après une longue énumération de toutes les grâces qu'il a reçues de Mazarin, et dont nous avons indiqué les principales, Colbert termine ainsi sa lettre :

Voilà, Monseigneur, en abrégé, ce qui se peut exprimer et connaître des bienfaits dont je suis comblé par la bonté immense de Votre Éminence, étant infiniment au-dessus de mes forces d'exprimer la manière avec laquelle vous en avez su rehausser la valeur. Car, comme il n'y a que Votre Éminence qui puisse concevoir et produire toutes ces grâces dont vous les accompagnez, qui surpassent infiniment les bienfaits mêmes et que vous imprimez si puissamment dans les cœurs, il n'y a qu'elle seule qui les puisse dignement exprimer. Je ne lui en dis autre chose, sinon qu'elles surpassent autant mon mérite que mes souhaits, que leur gran-

deur et leur nombre m'ôtenl le moyen et le loisir de les goûter comme il faudrait, et que plus sa bonté veut même relever le peu que je vaux, pour leur donner quelque apparence de justice, et plus j'en rapporte les motifs à cette même bonté, sans que je prétende pouvoir jamais en demeurer quitte envers elle, quelques services que je puisse lui rendre, quand je lui en rendrais des siècles entiers.

Toutes ces grâces, Monseigneur, et une infinité d'autres que Votre Éminence a répandues sur toutes sortes de sujets, à proportion de leur mérite et môme beaucoup au delà, devraient bien étouffer la malice de ceux qui ont osé publier quelquefois que les grâces et les bienfaits ne sortaient qu'avec peine de ses mains. Et quelques-uns de ceux mêmes qui en ont été comblés ont été de ce nombre, comme si, dans le même temps qu'ils recevaient ses bienfaits, ils cherchaient des couleurs pour les diminuer, afin de se décharger du blâme de l'ingratitude qu'ils méritaient. C'est une matière dont personne ne peut mieux parler que moi : la meilleure partie de ces grâces ont passé devant mes yeux, et je n'en ai jamais vu aucune, pour peu de mérite qu'ait eu la personne qui les a reçues, dont le prix n'ait été redoublé par la manière obligeante de les faire. Il est vrai que souvent les grâces ont été fort ménagées, parce qu'elles étaient faites pour de très puissantes considérations d'État, et non pour celle des personnes qui les recevaient, qui souvent en étaient très indignes. Je dois ce témoignage à la vérité ; et c'est principalement pour cela que je supplie Votre Éminence de souffrir que je fasse connaître à chacun ce que j'en ai éprouvé en moi-même, afin que, si quelques particuliers lui dérobent la gloire des bonnes actions qui leur ont été profitables, le public lui rende justice et ne dénie pas à ces bonnes actions la louange qui leur est due.

J'avoue, Monseigneur, que Votre Émineijce trouverait facilement une infinité d'autres sujets plus dignes que moi de sa munificence ; et toutefois, si un cœur bien persuadé de ses obligations et brûlant du désir d'y bien répondre pou-

vait tenir lieu de mérite, je croirais que le mien a toute la disposition dont il est capable et que Votre Éminence peut justement désirer pour les grandes choses qu'elle a faites pour moi, et du moins je ne lui laisserai pas le déplaisir de les avoir semées en une terre ingrate.

Ce n'est pas, Monseigneur, que pour m'èlre entièrement dévoué au service de Votre Éminence et de sa maison, et en avoir montré l'exemple à mes frères et à mes proches, ni pour élever mes enfants dans la profession de n'y pas moins vivre et mourir que dans la religion où Dieu les a fait naître, avec le même zèle et la même confiance que moi ; ce n'est pas, dis-je, que je prétende satisfaire à ce que je dois à ses bontés; mes soins et mes travaux, quelque grands et utiles qu'ils puissent être, demeureront toujours au-dessous de ce qu'elle a droit d'attendre de moi en toute l'étendue de ses intérêts et de ses commandements. Mes paroles mêmes, quelque puissantes qu'elles fussent, ne lui sauraient faire qu'imparfaitement connaître ma gratitude; et, lui en voulant expliquer la grandeur, je me trouve réduit à me servir des termes trop ordinaires et trop faibles d'une protestation très véritable d'être éternellement avec toute sorte de respect et de dévotion. Monseigneur, de Votre Éminence, le très humble, très obéissant, très obligé et très fidèle serviteur.

Cette même année 1655, Mazarin achetait le duché de Mayenne au duc de JMantoue; Colbert avait été chargé de tous les détails de l'acquisition.

En 1656, à l'occasion de la levée du siège de Valenciennes, où Turenne avait été obligé de reculer devant (]ond6 et les Espagnols, Colbert remit 100,000 livres de son bien à Mazarin pour l'aider à réparer cet échec. Il prouvait ainsi la sincérité des sentiments qu'il venait d'exprimer dans sa lettre du 9 avril 1655.

Tout en s'occupant avec ardeur des intérêts de Mazarin, Golbert ne négligeait pas les siens. En 1638, il acheta la baronie de Seignelay en Bourgogne, et chargea un sieur Pouisin, avocat au Parlement et bailli de Seignelay, de l'administration de son nouveau domaine'. Golbert se montra aussitôt un propriétaire dur, raidc avec les « habitants' » ou paysans de ses terres. Un moulin à foulon avait exigé la construction d'une écluse qui élevait les eaux d'une petite rivière, le Serain, de façon à nuire aux riverains. Ceux-ci menaçant de détruire les travaux déjà exécutés, Golbert écrivit à Poursin' : « Je suis bien aise que vous ayez fait faire les batardeaux pour maintenir ma rivière dans son ancien cours. Si les habitants de Hauterive ont la hardiesse de les rompre, comme vous dites qu'ils ont déjà fait, il ne faudra pas manquer de les punir par quelque voie que ce soit, et il est bon que vous leur fassiez bien connaître qu'assurément ils s'en repentiront s'ils y touchent ».

Sa grande préoccupation est d'augmenter le revenu de sa terre; il y revient sans cesse. En même temps, il fait restaurer le château et dessiner un jardin par l'architecte LeVau. Il veut que l'on travaille vite, bien et avec économie. A Seignelay, Golbert est déjà tel qu'il sera plus lard, devenu le surintendant des bâtiments du Roi.

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