‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 73 sur 183 · Du turc tcheurmè (Jal · texte numérisé non relu

Du turc tcheurmè (Jal

Afin d'avoir le plus grand nombre possible de forçats, Colbert recommandait aux Parlements de condamner aux travaux forcés le plus de coupables qu'ils pourraient, de les envoyer aux galères plutôt qu'à la mort ou en prison. « C'est surtout en parcourant la correspondance des premiers présidents et des intendants qu'on acquiert la preuve de la pression qui fut exercée; pression malheureuse et dont les excès, quel que fût le but du gouvernement, causent une insurmontable tristesse' ». Avec ces procédés on augmenta la chiourme, qui était de 4,710 forçats en 1676. Mais la mort faisait de continuels ravages parmi eux, et soit pour maintenir les effectifs des rameurs, soit pour en augmenter le nombre, on envoya aux galères : mendiants, vagabonds, contrebandiers, faux -sauniers, paysans révoltés contre les impôts; on acheta au duc de Savoie, qui n'avait pas de galères, ses forçats ; on acheta des nègres de Guinée, des esclaves turcs aux chevaliers de Malte ou à nos consuls du Levant', des esclaves russes à Constantinople. A l'imitation des Espagnols, on envoya aux galères des prisonniers de guerre.

On avait recours aussi à un moyen odieux : on gardait après l'expiration de leur peine les forçats qu'on aurait dû, d'après la loi, mettre en liberté ; on doublait, on triplait le temps auquel les galériens avaient

1. P. Clément, Lettres, instructions et mémoiresy III, !■■« partic, L.

2. Très vigoureux, ces Turcs se payaient 400 ou 450 livres (2,000 ou 2,500 fr.).

été condamnés ; on ne les libérait guère que lorsqu'ils étaient hors de service par leurs blessures, leurs infirmités ou leurs maladies incurables, et encore leur imposait-on, môme dans ce cas, l'obligation de se faire remplacer par un esclave turc. Un forçat, condamné en 1663 à deux ans de galères, y était encore en 1679! Je ne suis pas de l'école de ces philanthropes qui s'apitoient à l'excès sur le sort des criminels et oublient la pitié qu'on doit à leurs victimes ; mais si cet excès de douceur est dangereux et ridicule, l'excès de rigueur, de violence et d'iniquité d'autrefois doit être énergiquement flétri.

Que dire du régime auquel ces misérables étaient soumis? Enchaînés sur leur banc, à peine nourris, à peine vêtus d'une casaque rouge, rongés de vermine et de gale, battus à coups de fouet et de trique pour les faire ramer en mesure et avec énergie, un bâillon de bois dans la bouche pour les forcer au silence pendant les manœuvres, les forçats accomplissaient alors le travail que font aujourd'hui les machines à vapeur.

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