‹ Etude biographique sur ColbertChapitre 96 sur 183 · On était alors au 30 septembre · texte numérisé non relu

On était alors au 30 septembre

et Versailles, c'est Lebrun. Premier peintre du Roi, après avoir été le premier peintre de Fouquet, Lebrun était directeur de TAcadémie royale de peinture et de sculpture ; il était aussi directeur de la manufacture royale des Gobelins; il venait d'exécuter la décoration de la galerie d'Apollon. Son talent et ses diverses fonctions en faisaient un personnage tout puissant. Si Lebrun est un peintre de grande valeur, il est bien plus encore un décorateur de premier ordre, car son génie d'invention est prodigieux, et son goût toujours distingué. 11 a fait exécuter sur ses dessins et par les artistes les plus habiles, soumis à son autorité, la sculpture décorative, les statues, la grande orfèvrerie, les meubles, les tapisseries, en un mot l'entière décoration et l'ameublement du palais, et il a imprimé à toutes ses parties un caractère d'unité et de grandeur, qui s'adaptait merveilleusement au faste de la Cour du Roi-Soleil. Lebrun, Mansart et Le Nôtre, forment Tétat-major de cette armée d'artistes qui a créé Versailles,

Ces grands travaux coûtaient cher, et Golbert faisait souvent appel à la sagesse du Roi sur l'énormité de toutes ces dépenses, si peu d'accord avec les embarras du Trésor. Dans les dernières années, ces remontrances fatiguaient Louis XIV, qui aurait dit un jour à son premier architecte : « Mansart, je ne veux plus bâtir, on me donne trop de dégoûts ».

11 faut au moins mentionner que Golbert avait encore à diriger les travaux d'entretien et d'embellissement des châteaux de Saint-Germain, de Chambord et de Fontainebleau; et les travaux de Paris.

A Paris, Colbert fit achever le Val-de-Grâce, élever les portes Saint-Denis, Saint-Martin et Saint-Antoine. Il fit percer de nouvelles rues, mais trop étroites; il fit faire des quais, des promenades, des boulevards; il créa des quartiers nouveaux, et si, par ces divers travaux, le Paris du Moyen-Age commençait à disparaître, le Paris moderne, en revanche, devenait plus salubre et plus habitable.

Le règne de Louis XIV vit naître une forte et féconde organisation de l'administration des beaux-arts ; Colbert en créa les diverses parties en vue du service du Roi. L'Académie d'architecture compléta l'Académie de peinture et de sculpture; l'Académie de Rome fut destinée à perfectionner les jeunes artistes formés par les Académies de Paris; un enseignement fort et raisonné fut établi dans toutes. Tout un personnel d'officiers fut institué pour « les bâtiments et logements des maisons royales ». En tête est le surintendant des bâtiments du Roi, dirigeant les Académies, les travaux et les manufactures; et, au-dessous de lui, des intendants, des contrôleurs, le premier architecte, le premier peintre, etc.; et quel monde d'artistes de valeur sont aux ordres de cette heureuse administration !

Nous avons pour connaître quel ordre parfait Colbert avait établi dans son administration des beaux-arts, et ce qu'il y a fait, une précieuse collection : ce sont les Comptes des bâtiments du Roi', de 1664 à 1683. Colbert

1. Publiés par M. Jules Guiffrey, dans les Documents inédits sur t'histoire de France : le !<"' volume a paru eu 1881.

fit faire aussi par M. Gédcon du Metz, intendant et contrôleur général des meubles de la Couronne, un inventaire desdits meubles, cabinets, orfèvrerie, vaisselle d'or et d'argent, filigranes, vases en matières précieuses, miroirs, objets en cristal de roche, tapisseries, tapis, étoffes d'or et d'argent, brocarts, armes et armures, tableaux, porcelaines, bronzes, etc. M. du Metz employa plusieurs années à faire l'inventaire de toutes ces richesses, inventaire destiné à en assurer la conservation et à « empêcher, dit le Roi, la dissipation prodigieuse de tout ce qu'il y avait de plus beau et de plus rare dans nos garde-meubles », qui en avait été faite au siècle précédent*.

Le Mera/re.ç'a/ani, dans la relation qu'il apubliée sur le séjour des ambassadeurs de Siam en France^ a donné une description des merveilles du Garde-meuble, qui doit trouver sa place ici, car elle offre un tableau curieux et assez complet de l'art industriel de cette époque, dont Golbert et Lebrun sont les directeurs.

Ils allèrent au garde-meuble de la Couronne, proche le Louvre... Us virent d'abord les couvertures des mulets du Roi : il y en a 28 dont le fond est de velours bleu ; les armes de France et de Navarre sont dans le milieu et d'une broderie fort relevée, ainsi que les ornements qui sont aux quatre coins. Ils virent ensuite 60 lits' très magnifiques, car on ne voulut pas leur montrer ceux qui sont moins beaux,

1. Cet inventaire a été publié par M. Jules Guiffrey ; le l^r volume a paru en lS8o.

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