‹ Etude biographique sur M. Jean Raimbault [microforme]Chapitre 12 sur 16 · AUGURATION DU NOUVEL ÉDIFICE DU SÉMINAIRE, LE 14 AOUT · texte numérisé non relu

AUGURATION DU NOUVEL ÉDIFICE DU SÉMINAIRE, LE 14 AOUT

MONSEIGNEUR (a), MESSIEURS,

En jetant mes regards sur l'assemblée nombreuse et respectable, réunie dans cette enceinte, des différentes parties de la province, je me sens pressé de m'’écrier: quel est celui, de tous ceux qui sont presents, qui eût osé avancer, il y a seulement dix ans, que sur ce sol, qui n’était foulé jadis que ar les pas errants des tribus sauvages vivant dans l’état de er. lu plus épaisse, que sur ce terrain, que couvrait naguères une antique forêt, le repaire des bètes féroces, s’élèverait, en aussi peu de temps, un vaste et majestueux édifice, tel que nous l'avons sous les yeux, digne de ceux qui en ont conçu le projet, digne de ceux qui ont concouru à son exécution, digne enfin de l’objet auquel il est destiné.

Il y a à peine quatre ans que nous en vimes jeter les fondements au milieu d’un concours également respectable; et le voilà debout aujourd’hui, ouvrant ses vastes portiques et prèt à recevoir cette brillante jeunesse déjà formée dans la maison LE tee et dont le nombre s’agrandira en proportion de la capacité du nouveau bâtiment.

Mais, à qui sommes-nous redevables de cette insigne faveur? Est-ce le fruit de l’industrie humaine? Est-ce une nouvelle création ? Faisons à la sagesse humaine la part qui convient. Mais ne serait-ce pas une présomption téméraire

ue d’en exclure l'intervention du Souverain Architecte de l'univers? Ah! sans doute, c’est la Providence qui a laissé tomber un regard vivifiant sur cette entreprise. C’est la cause première, qui par ses ressorts secrets, mais sûrs, à conduit cet établissement au but désiré, en aplanissant les obatacles et surtout en dirigeant la volonté des hommes qu'elle faisait servir d'instruments à ses favorables desseins—‘ Misi Dominus ædiffeaverit domum, in vanum laboraverunt qui ædificant eam (b).

(a) S. G. Monseigneur de Fussala, coadjuteur de Mgr. l'Evêque de Québec. (b) Psaume CXXVI, 1.

Pour en convaincre les esprits les plus incrédules, je n’aurai qu'à vous retracer, dans un cadre abrégé, la naissance et les progrès de cet établissement. Ce récit ne saurait être déplacé dans un jour où nous sommes réunis pour rendre au ciel des actions de grâce solennelles pour les bienfaits déjà obtenus et lui demander sa protection et la continuation de ses faveurs pour l'avenir.

C’est à la charité, à la sagesse et à la générosité du vénérable pasteur qui gouverna un demi-siècle cette paroisse (c'est déjà nommer M. Louis-Marie Brassard), que cet établissement doit son origine. La charité lui inspira le projet d’une école pour les enfants de cette paroisse; il eut la sagesse d’en confier le gouvernement aux évêques du diocèse à perpétuité; et c’est dans son économie qu'il trouva les moyens de la doter d’une manière convenable. Cette terre, fruit de ses épargnes, était, selon ses vues, destinée à voir sortir de son sein des trésors plus précieux que les moissons les plus abondantes et les plus riches métaux.

Mais, combien les espérances les mieux fondées sont ruineuses et fragiles ! Un défaut de formes frappe de nullité l'acte de ses intentions bienveillantes. C’en était fait d’un

lan si utile, sans les sentiments généreux de son unique Ééritior. Ce que la loi lui remettait en propre, son digne frère en fait une donation authentique à l'illustre prélat qui occupait alors le siége de Québec. Mais, 6 instabilité des choses terrestres ! La mort inattendue expose de nouveau la fondation à être anéantie! Or, c’est ici où se découvre le doigt de Dieu d’une manière plus sensible. Au moyen d’un sacrifice pécuniaire, l'institution devient la propriété de Monseigneur Plessis, Evèque de Québec. Alors l’école de Nicolet commence à quitter les livrées de l'enfance. C’est à cette epoque et par les soins de son illustre chef, que sortant du cercle étroit des éléments, elle s’élance dans la carrière des études littéraires et philosophiques. Ses premiers essais sont couronnés de succès inattendus. Dirigé par les mémes principes que les anciens établissements du pays, celui de Nicolet en devient bientôt l’émule. A peine comptait-il quinze années d'existence et déjà il avait fourni de nombreux sujets à l'Eglise (dont un promu à la plus haute dignité (a), au barreau, à la tribune législative, à la pratique

(a) Monseigneur Joseph-Norbert Provencher, né à Nicolet, le 12 février 1787, étudia d’abord au collége St, Raphaël de Montréal, et vint, après l’incendie de cet établissement, continuer son cours classique au Collége de Nicolet. Ayant été ordonné prêtre, au mois de décembre 1811, il fut placé, comme vicaire, à la paroisse Notre-Dame de Québec, malgré sa mauvaise santé qué lui fit bientôt abandonner ce poste, et l’obliga de retourner dans sa famille, où il séjourna quelques mois. Dans l'automne de 1812, il fut nommé vicaire à

des lois et de l’art de guérir; en un mot, des membres distingués, à toutes les professions, à tous les rangs de la société.

Ici, Messieurs, se présente une réflexion assez naturelle. Pour trouver des titres à l’estime et à la confiance publique en faveur de certains “tablissements, on a coutume d’en faire remonter l’origine jusqu’à se perdre dans la nuit des temps. Ce qui fait le mérite de l’établissement de Nicolet, c’est sa nouveauté. (C’est qu’en aussi peu de temps il soit parvenu à une maturité qui, quoique précoce, promette une longue suite de fruits solides et durables.

Je me trompe, Messieurs, son existence était encore précaire (a), toute la fondation ne reposait encore que sur la tête d’un seul homme. Et dans cet état de choses pouvaitelle inspirer assez de confiance aux personnes bienveillantes pour obtenir des fonds? Le bien pouvait donc se faire, comme il s'était déjà fait pendant un court espace de temps, mais la mort inprévue d’un seul homme, un défaut de formes dans son testament, un oubli, un rien, pouvait anéantir en un instant le fruit de tant de peine! Hélas! ce cas, loin d’être chimérique, a été sur le point de se réaliser et n’a été que trop le sujet de nos alarmes.

Or, pour obvier à ce grand danger, que fallait-il? Qu’était-il à désirer? C'était que le gouvernement voulût bien instituer cette maison sur le même pied que les communautés permanentes, en la confiant à une association de personnes qui se renouvelassent sans interrruption et ne possédassent qu’en

.commun. C’est qu'il fût permis à cette corporation d’acquérir et de posséder assez de fonds pour soutenir et augmenter même je Lien dont un pareil établissement est susceptible. Voilà quel était le vœu de tous ceux qui s'intéressent au succès de l’éducation. Voilà l’objet que poursuivit avec tant d’ardeur l'illustre Pontife qu'on peut en regarder comme le second fondateur. Cette faveur qu'il sollicitait depuis bien des

Vaudreuil ; et, au mois d’octobre 1813, il fut chargé du vicariat de Deschambault et de la desserte des Grondines. Un an après, il fut nommé curé de la Pointe-Claire et de Sainte-Anne du Bout de l'Ile, qu'il desservit jusqu’en 1816. C’est alors qu’il fut appelé à remplacer M. Pinet, curé de Kamouraska. Au mois d'avril 1818, M. l'abbé Provencher quitta ce poste pour aller évangéliser les peuplades du nord-ouest. Mgr. Plessis avait fait faire dans le clergé une souscription pour défrayer les dépenses de ce voyage. Quatre ans plus tard (12 mai 1822), M. Provencher fut sacré évêque, dans l’église des Trois-Rivières, et préposé à l’administration spirituelle du vaste territoire du nord-ouest, qui fut érigé en vicariat apostolique en avril 1841, Ce n'est qu’en 1847 qu'il devint évêque titulaire de Saint-Boniface,

Mgr. Provencher est mort, à Saint-Boniface, le 7 juin 1858, après 35 ans d’un laborieux et fructueux apostolat,

(a) A la vérité elle a été reconnue par la loi, témoin l’exemption des charges de la milice accordée aux étudiants. Ses titres de propriété avaient été ratifiés par le seul héritier qui eût pu les contester. Cependant toute la fondation ne reposait que sur la tête d’un seul homme.

années, l’un des sujets du long voyage qu’il entreprit, il & plu au gouvernement de sa défunte Majesté (George IV) de l’octroyer.

La voilà donc cette maison, qui, sous le modeste nom d’école élémentaire, fut ouverte, il y a trente ans, sous les auspices de feu l’honorable Louis Deschenaux, Juge de la Cour du Banc du Roi et Juge de Paix de ce district, en sa qualité d’exécuteur testamentaire de feu Louis-M.-Ferdinand Brassard. La voilà, dis-je, appuyée sur des fondements solides et n'ayant plus à craindre que la vicissitude des temps et l'instabilité des choses humaines.

Honneur donc à l’homme de bien, au charitable pasteur qui, étendant sa sollicitude sur ses ouailles au-delà du tombeau, consacra le fruit de ses épargnes à leur procurer une bonne éducation religieuse, sans accorder aucune distinction aux siens, leur recommandant seulement de se montrer plus empressés que les autres à profiter des avantages de cette maison |

Honneur au frère défunt de ce pasteur vénéré, à son épouse modeste et vertueuse (a), tous deux héritiers de son zèle, qui, sans effort, mais non sans mérite, sacrifièrent les prétentions que leur offrait la loi, au devoir de remplir ponctuellement les volontés du testateur; désintéressement d’autant plus louabie, qu’il n’est pas rare de voir des héritiers avides d’éluder, sous le plus léger prétexte, les intentions les plus louables et les œuvres les plus strictement obligées de la part du testateur.

Honneur aux membres du clergé, qui, au premier appel de leur chef, apportèrent des contributions annuelles au soutien d’un établissement dont ils sentaient plus que tous l’importance !

Mais qui pourrait dire les obligations infinies que devra à jamais cette institution au zèle, à la prudence, à la générosité de l’illustre prélat, qui n’est plus, Monseigneur Joseph-Octave Plessis, dont le nom réveille les sentiments de la plus vive admiration et de la plus amère douleur ? Elle n’était qu’au berceau, il en devina les destinées, il conçut seul le projet de son agrandissement, il en prépara les moyens. C’est ce sage pontife qui, à peine devenu le possesseur de cette école primitive, lui fit changer de face, consacra presque tous ses revenus au soutien de cette maison. Choisir parmi l'élite de ses sujets ceux qu'il préposa, tour à tour, à sa direction, faire des règlements, donner des conseils, inspirer un bon esprit

(a) Pierre-Bellarmin Brassard, éer., capt. de milice, mourut, à Nicolet, le 21 septembre 1815, à 80 ans, et son épouse, Dme. Marguerite Pinard, est décédée, à Nicolet, en 1830, à 84 ans.

à cette communauté naissante, il mit tout en œuvre pour y faire fleurir à la fois les bonnes mœurs et les bonnes études. Puisse-t-il dans le sein de Dieu, où sans doute il repose, voir avec complaisance cette maison nouvelle, dont il avait formé le dessein, qu'il avait tant désiré de voir s'élever pour pouvoir étendre le bien qu’il en anticipait ! C’est une tâche qu'il a laissé à son digne successeur.

Ici, Messieurs, je sens tout l'embarras de ma position. Si je terminais ici cette faible esquisse, je n’aurais fait connaître que les deux premières époques de la fondation et ce serait frustrer tant de généreux bienfaiteurs de la part d’éloges qui leur est due. Si, d’un autre côté, j'essaie d'exposer aux regards du public et la libéralité impérissable du Pontife vénérable qui nous gouverne et l’infatigable ardeur de l’illustre héritier de sa dignité, comme de sa bienfaisance, son temps, son repos, ses peines, dont il est prodigue pour conduire cet édifice à la perfection dont il est susceptible; si, enfin, je venais à dévoiler la liste des dons recueillis parmi le clergé et de la part de quelques personnes bienveillantes, n’aurai-je pas à craindre de blesser leur modestie, en révélant le secret de leur charité. Non, nos louanges justes, mais peut-être indiscrètes, ne les priveront pas du mérite d’un bienfait caché. Ah! laseule récompense à laquelle aspire leur noble ambition, c'est le bien qui résultera de cette entreprise. Tout ce que cet établissement ainsi agrandi promet de succès voilà le prix seul digne de tant de généreux sacrifices.

Mais qui peut les assurer ces succès ? Qui peut donner à cet établissement la stabilité, la protection dont i: a besoin pour prospérer ? Celui-là seul sans lequel seraient vains Îles efforts de ceux qui bâtissent pour veiller à sa sûreté. Misi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui custodit eam (Psaume C. XXVI 2.) C’est un parterre qui promet des fruits abondants. Le jardinier habile lui prodiguera ses soins, des arrosements salutaires .…...mais que le ciel lui refuse ses douces rosées, sa chaleur vivifiante, et ce jardinier verra avec douleur ces jeunes plantes desséchées et stériles.

Ne mettons donc notre confiance que dans la protection de Dieu qui s'appelle le Seigneur des sciences comme il est la source des lumières. “ Deus scientiarum Dominus est.” C’est sous ses auspices que se formera dans cette maison l'alliance si désirable du savoir et de la vertu, des instructions et des bonnes mœurs. Ah! laissons à d’autres ces essais aventureux, ces froides théories, où l’art d'élever la jeunesse n’est qu’un

ur mécanisme, où l’on compte l'instruction pour tout, et Pédneation pour rien ; ces systèmes improvisés où l’on croit avoir tout fait pour l’homme, pour la famille, pour la société même lorsqu'on a initié le premier âge aux langues anciennes

et modernes, au calcul, aux arts, aux sciences naturelles, où l’on ne se propose que d'éclairer l'intelligence, sans former en mème temps la volonté ; d’où enfin il résulte que, malgré des connaissances très-étendues, très-variées, ornements de l’esprit, le cœur peut rester avec toutes ses faiblesses, incapable de résister aux attaques du vice et des passions fougueuses.

Sans doute on peut, on doit améliorer les règles grammaticales, perfectionner les méthodes, faciliter les études.— Mais doit-on pour cela isoler les enfants de l’instruction religieuse ? N'est-ce pas d’elle que l'Esprit Saint a dit qu’elle rend la langue des enfants éloquente ?

On convient pourtant assez qu'il faut faire entrer la religion dans l’éducation publique; mais quelle religion ?—Les uns prétendent qu’il faut laisser les dogmes et ne s’attacher qu'aux préceptes, comme si les préceptes et les dogmes devaient se séparer et ne se garantissaient pas les uns par les autres. On nous présente ensuite un catéchisme de morale où chacun se fait juge de sa morale, où chacun par conséquent apprend à s’en passer. On parle ensuite d’une morale religieuse, laquelle n’est autre chose qu’une religion sans morale ou une morale sans religion, rudiments hypocrites, fantômes de morale et de religion où l’on veut avoir l’air d’en parler sans en rien dire, ou d’en dire quelque chose pour n’en pas parler.

La religion, les mœurs, l'instruction classique, voilà le triple objet que ne perdront jamais de vue les maitres préposés à l’enseignement dans cette maison. Ne doit-on pas mettre avant tout ce qui donne la vie à tout ?...... Je veux dire ces vérités sacrées, qui commandent en les épurant, tous les sentiments légitimes, la piété filiale, l'amour de la patrie, la scumission aux lois ; et qui, donnant à l’âme plus d'énergie et d’élévation, nourrissent les grands talents comme les grandes vertus.

Vous en avez déjà fait l’heureuse expérience, vous jeunes élèves de la maison, (car c’est à vous que je m'adresse en finissant), vous, qui avez vu avec tant de joie s'élever graduellement ce nouveau temple des muses ; et c’est dans cette enceinte, dans cet asile solitaire, où loin du fracas et de la dissipation des cités que vous reviendrez cultiver, dans un doux loisir, ce vaste champ des sciences divines et profanes, pour en sortir ensuite des Loue pleins de foi, pleins d’honneur, amis de l’ordre, zélés pour le bien publie, ete, ete. Que j'aime à voir en vous l'espérance de la patrie dont vous serez plus tard l’ornement et le soutien! vous vous ferez gloire de marcher sur les traces de ceux qui vous ont devancés.—Puis, animés du même esprit, du même désir de vous instruire, de

la docilité, de l’union sans lesquelles les plus belles institutions ne sauraient se soutenir, vous serez la consolation de vos familles et la plus douce récompense de ces hommes estimables qui se dévouent à la tâche, très-honorable sans doute, mais en même temps si pénible de l’enseignement. Vous servirez de modèles, à votre tour, à vos successeurs. Vos exemples et vos vertus leur seront un puissant aiguillon. Chrétiens, Canadiens, amis des bonnes lettres, vous n’oublierez jamais ce que ces trois qualités vous imposent d’obligations ; et c'est ainsi que ce nouvel édifice, ouvrage de la main des hommes, consacré par les prières du Pontife, orné de science et de vertu, élevé pour l'avantage de la génération présente, doit assurer encore le bonheur des générations futures.

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