CHAPITRE VI
De l'influence du bain quotidien sur la cicatrisation dela plaie ombilicale.
Il ne faut pas exagérer l’importance de la date à laquelle le cordon se détache: rapidité n’est passynonymede supériorité ; en tout cas cela demande une confirmation. Et nous allons rechercher dans chacune de nos observations comment s’est effectuée la chute du cordon.
Jetons d’abord un coup d'œil rapide et notons seulement au passage les. observations qui relatent une particularité dans la chute : accident réel, suppuration, défaut de cicatrisation ou simple imperfeclion de la cicatrice. Parmi nos 200 observations 45 sont ainsi à examiner spécialement : en effet, dans ces 45 cas on n’a pas assisté en simple témoin à la chute du cordon, mais on a dû soit prendre quelques soins spéciaux, soit prolonger la surveillance de la région ombilicale pendant plusieurs jours après la chute du cordon. Sur ces 45 observations, 18 seulement concernent des enfants soumis au bain quotidien, 27 font partie de la catégorie des enfants non baignés. Mais hâtons-nous d’ajouter que sur ces nombres relativement importants, 8 cas seulement d'enfants non baignés et 4 cas exactement d'enfants baignés ont été réellement compliqués.
En donnant ainsi tout de suite nos chiffres, nous n'avons d’autre but que de fixer les idées et de compléter, sans plus
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attendre, l’impression qu’a dû produire sur l'esprit le chapitre précédent. Ici encore la supérioritéappartient à la méthode des bains. Mais nous ne nous hâterons pas de conclure et, plus que jamais, nous examinerons chacun des faits, de peur de les mal interpréter.
Commençons par les cas les plus graves : nous en relevons deux de part et d'autre, soit un nombre égal, quelle qu'ait été la méthode employée : ce sont, parmi les enfants baignés, les observations 34 et 54, et, parmi les enfants non baignés, les observations 146 et 148.
Comme il s'agit ici d'infection, les moindres circonstances sont à considérer ; et, sans vouloir incriminer personne, il est certain que nous devons rechercher partout la cause de cette infection. Si les accidents ne s'étaient pas présentés avec une égale fréquence dans les deux catégories d'enfants, on n'eût pas manqué d’en rendre le bain responsable, en particulier pour les observations 34 et 54. Mais encore faudrait-il le prouver.
Or une première constatation à faire est que ces 4 accidents sont survenus dans le même mois (février 1900) et même dans l’espace plus restreint de 15 jours (du 17 février au 3 mars) en tenant compte de la date de la naissance, de la date initiale de l’accident, et de la date de sa disparition. Mais d'autre part chacun de ces enfants est né un jour différent et, si deux ont été confiés à la même nourrice, les deux autres ont été soignés chacun dans une salle différente. D'une facon tout à fait générale, si nous soupçonnons le bain d’être l’agent de l'infection, il serait logique de reporter la responsabilité au bain qui suit la naissance, car c'est le seul qui soit donné à tous les enfants également dans la même baignoire, et, dans le cas particulier, l’eau aurait pu, pendant une période de
15 jours, être pour une raison quelconque capable d’infecter les enfants. Mais cela devient presque invraisemblable si nous remarquons, par le numéro d'ordre de naissance (303, 341, 346, 364) que plus de 60 enfants sont passés par cette même baignoire, sans qu'il en soit résulté d'accidents pour eux. Cependant nous notons 3 légers accidents dans les observations 38, 157 et 159 (numéros d'ordre de naissance : 319, 378 et 381) cette dernière datant du 28 février.
La seule chose donc à retenir c’est que pendant les derniers jours de février il y a eu une cause d'infection, sans qu'on puisse incriminer soit le bain, puisqu'il y a autant d’accidents chez les non baignés ; soit une nourrice, puisque les cas sont répartis dans différentes salles; soit l’accoucheur, les accouchements ayant eu lieu dans des tours de garde différents.
N'y a-t-il pas dans l'observation même une cause visible d'infection ?
Observation 34. — Enfant de 3 kilogr. exactement. Tout est normal dans l’accouchement. Une seule particularité : le cordon est grêle. Perte de poids de 100 grammes, puis augmentations successives de 40 grammes, 100 grammes, 40 grammes, et alors apparaît un aspect lisse du bas ventre, sans que d’ailleurs le cordon desséché et noir présente de trace de suppuralion ; il n’y a pas de fièvre. On substitue au pansement sec un pansement humide à l’eau bouillie, après avoir lavé le cordon avec la solution de biiodure de mercure au 4/1000. Le lendemain le cordon a pris un aspect mou, blanchâtre et l’enfant a augmenté de 30 grammes. On ne donne pas de bain et on renouvelle le pansement à l’eau bouillie le matin et le soir ; la selle de ce deuxième jour est pâteuse et d’un beau jaune. Le troisième jour le poids est
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resté celui de la veille ; le cordon mou, macéré, est presque entièrement détaché, ilne tient plus que par un fil ; l’œdème est absolument limité à une petite région de la fosse iliaque gauche ; on fait un pansement sec à la gaze salolée. Le lendemain, l’œdème a disparu, mais le cordon n'est pas tombé : l'enfant sort avec sa mère. Le fil qui retient le cordon est si mince qu'il ne pouvait rester aucun bourgeon après la chute probable après quelques heures (8° jour). Pour plus de süûreté nous l’avons supposée reculée au 9° jour.
Observation 54. — Enfant de 3750 grammes. Placenta de 590 grammes, accouchement normal, aucune particularité. Perte de poids de 200 grammes, puis augmentations successives de 50 grammes, 100 grammes et alors apparaît un ædème blanc du bas ventre ; le cordon sent mauvais. On applique un pansement humide à l’eau bouillie après un lavage soigné au biiodure. Le lendemain on supprime le bain, et on renouvelle le pansement humide : l'enfant a augmenté de 40 grammes depuis la veille. Le soir, le cordon tombe, (7° jour) la cicatrice est très propre mais d’aspect un peu jaunâtre. On applique un pansement à la gaze salolée. L'enfant a un peu de diarrhée. Le lendemain augmentation de poids de 60 grammes. La cicatrice est bonne, le pansement ne colle pas.
Passons aux observations des enfants non baignés.
Observation 146. — Enfant 2950 grammes, placenta 570 ; enfant presque à terme, liquide légèrement vert (bassin rétréci 9,4), procidence du cordon, réduction manuelle ; travail (8 heures) et expulsion (à minutes) rapides.
Perte de poids de 210 grammes, puis augmentations successives de 20 grammes, 30 grammes, 10 grammes puis dimi-
nution de 50 grammes, mais augmentation de 70 grammes le lendemain et alors le cordon qui, la veille, était desséché, aplati, noirâtre, présente un peu de sang desséché, sent mauvais et l'œdème du ventre apparaît. On fait un pansement à l’eau bouillie. Le lendemain le poids reste stationnaire, mais le cordon est trouvé tombé dans le pansement à 8 h. 30 du matin (8 jour). Il n’y a plus d’œdème, plus de mauvaise odeur ; on constate au bas de la cicatrice une simple rougeur large comme une pièce de 20 centimes qui paraît due à une sorte de macération de l’épiderme. La cicatrice présente une petite excroissance que nous qualifions de bourgeon et que nous cautérisons au crayon de nitrate d'argent. L'enfant sort à midi en bon état.
Observation 148. — Enfant 3280 grammes, placenta 540, rupture prématurée des membranes, 45 minutes d'expulsion (la mère est primipare). Perte de poids de 110 grammes, puis augmentations successives de 60 grammes, 120 grammes (pesée vérifiée) alors le cordon sent mauvais, mais il est presque détaché, on aperçoit un bourgeon tout autour duquel se fait un suintement brunâtre : le cordon se détache pendant la toilette du soir. On fait un simple pansement à la gaze salolée après avoir touché le bourgeon au crayon de nitrate d'argent, Le lendemain la cicatrice est en bon état.
En résumé, nous voyons dans ces 4 cas : un cordon grêle, un enfant qui n’est peut-être pas à terme et dont en tout cas le placenta est gros, mais qui surtout a présenté une procidence du cordon, un autre enfant bien à terme, mais dont le placenta est également volumineux (590) bien que l'enfant pèse 3750. Enfin un enfant tout à fait normal. La procidence du cordon seule nous semble une cause suffisante d'infection.
Dans les autres cas à peine pourrait-on invoquer un état de réceptivité dû à la faiblesse de l'organisme.
Passons aux éliminations du cordon avec légère suppuration, que nous rangeons encore dans les cas vraiment compliqués :
Ce sont les observations 10 et 38 parmi les enfants baignés.
Observation 10. — Tout est normal à la naissance, enfant de 3600, diminue de 10 à 20 grammes pendant 2 jours, puis apparaît autour du cordon un léger ‘érythème, un bourrelet rouge, 1l y a des traces de pus dans le sillon d'élimination. Le cordon lombe au 6° jour. L'enfant a un peu de diarrhée.
Observation 38. — Prématuré du 8° mois, 2780 grammes, placenta 540 grammes.La mère est entrée à la clinique la tête de l’enfant étant hors des organes génitaux, coiffée des membranes. Les jours suivants, l'augmentation est normale ; mais autour du cordon on voit un bourrelet rouge,et quand il tombe (6° jour), le milieu de la cicatrice est purulent.
Ce dernier enfant a une cause d'infection et de moindre vitalité. Le premier, à part un peu de diarrhée, est absolument normal.
Parmi les enfants non baignés ce sont les observations 10%, 118, 124, 157, 159 et 184 que nous devons passer en revue.
Observation 104. — Le cordon est grêle, le liquide amniotique un peu verdâtre ; la mère est prise,peu après son accouchement, de frissons et de point de côté : dans les jours qui suivent on note des signes de pleurésie gauche. Pendant ce temps l'enfant, malgré l'allaitement supplémentaire qu'il recoit au sein de la nourrice, souffre et a de la diarrhée ; sa progression est irrégulière. On note des traces de suppuration au moment de l'élimination du cordon.