INTRODUCTION
L'étude étiologique, clinique et pathogénique des déterminations intestinales qui surviennent au cours des septicémies ou des intoxications générales n’a, jusqu'à présent, été qu'ébauchée. Les documents cliniques sont multiples, il est vrai, mais personne n’en a fait la synthèse; l'étude expérimentale n’a donné naissance qu'à un petit nombre de travaux: enfin, on méconnaîl le rôle aclif que joue dans les déterminations de ces états intestinaux infectieux ou toxiques, la muqueuse intestinale dont bien peu d'auteurs ont mis en lumière la fonction éliminatrice. Aussi avons-nous cru faire œuvre utile en reprenant ces documents et en essayant de préciser grâce à eux, grâce également à nos recherches personnelles, tant cliniques qu'expérimentales, les causes, les symptômes, l’évolution et le mécanisme de ces entérites.
Les différents états intestinaux ne sont pas en effet univoques et il convient de les diviser de suite en deux grandes variétés : les primitifs et les secondaires. Par
exemple un jeune enfant pour avoir bu du lait de mauvaise qualité est pris de diarrhée, un adulte est atteint de dysenterie amibienne, un malade souffre d’entérite mucoglaireuse pour avoir pris une dose trop forte de sulfate de magnésie. Ce sont là entérites primitives. La toxi-infection reste localisée à l'intestin et du moins si elle se généralise, le tube digestif a été le premier touché.
Un homme présente une colite hémorragique après des frictions mercurielles ; au cours d'une infection puerpérale, une femme est prise de diarrhée incoercible. Ce sont entériles secondaires. Mais s'il est parfois facile d'établir cette division, plus souvent :l est malaisé de classer ces différents états. Ce serait faire le départ entre les infections primitivement intestinales et les septicémies avec localisation intestinale; or à l'heure actuelle, il est encore certaines infections comme la dysenterie microbienne et le choléra, qui, considérées par tous comme des entérites primitives peuvent, à certains égards se rattacher aux septicémies puisque expérimentalement le moyen le plus sùr de reproduire ces entérites avec une très faible dose de bacilles, est l'injection intraveineuse ou sous-cutanée.
La notion de la septicémie domine en effet toute la pathologie moderne et rien ne le démontre mieux que l'étude de la fièvre typhoïde. Pendant plusieurs siècles c'est une entérite. Roederer et Wagler (1760-1761) la confondant peut-être avec la dysenterie l'avaient déjà décrite sous le nom de morbus mucosus. Bretonneau la considère comme une maladie « dont le siège semble être exclusivement dans les glandes de Pevyer et de
Brünner » (Trousseau) c’est une dothiénenterie. Plus tard la découverte du bacille d'Eberth, sa présence dans les matières fécales, l’origine hydrique cliniquement et bactériologiquement prouvée de la fièvre typhoïde semblaient établir d’une façon absolue que c'était une entérite. Bientôt cependant les recherches de Landouzy et Siredey sur la myocardite des typhiques montrèrent que la septicémie était possible. Puis la découverte par Pierre Teissier (49) du bacille typhique dans le sang mit en lumière ce fait qu'il y avait septicémie même dans les cas qui ne se terminaient pas par la mort. Les recherches de Courmont et Lesieur, de Widal et ses élèves en prouvèrent la fréquence. Enfin Kayser, Minelli et surtout Conradi (39) démontrèrent en pratiquant l’hémoculture systématique de tous les membres d’une famille où sévissait la fièvre typhoïde, que, pendant la période d’incubation, il y avait des bacilles dans le sang, autrement dit que la localisation intestinale était secondaire à la septicémie (1).
Ces faits n'infirment d’ailleurs en rien l'opinion que la porte d’entrée du bacille typhique ne soit fréquemment intestinale; mais avant d'avoir déterminé aucun symptôme il pénètre par la muqueuse intestinale dans l'arbre vasculaire où il se multiplie.
Cette très résumée histoire biologique de la septicémie
(1) Par le mot de septicémie nous désignons à la fois ce que cerlains auteurs ont cherché à dissocier sous le nom de septicémie proprement dite c'est-à-dire la multiplication et le développement de bacilles dans le sang, et de bacillémie c'est-à-dire la simple présence de bacilles dans le sang correspondant à de simples décharges bacillaires. Celte conception des septicémies atténuées est capitale; elle est encore méconnue par un grand nombre d'auteurs.
éberthienne est donc particulièrement intéressante. Elle est d’ailleurs comparable à celle de la pneumococcie, des oreillons, de la syphilis, des fièvres éruptives que tous, à l’heure actuelle, considèrent comme des infections septicémiques Dans toutes ces septicémies l’entérite peut apparaître, On voit donc combien fréquentes sont ces entérites secondaires.
Au contraire, il n'y a rien de plus difficile que de contaminer un intestin sain par la voie digestive. Les milliards de bactéries que chaque jour nous ingérons ne déterminent aucun trouble intestinal.
Richet, au cours d'expériences qu'il faisait sur la zomothérapie, alimenta pendant plusieurs semaines des chiens avec de la viande crue laissée 48 heures à l’étuve à 37°. Cette viande était mangée avidement et à aucun moment les chiens ne présentèrent de troubles digesüifs. Pachon et Carvallo obtinrent des résultats identiques chez le chat même après gastrectomie.
Notre muqueuse intestinale supporte sans dommage les coli-bacilles même virulents et cependant Denys et Van den Bergh (cités par Galliard) n'ont-ils pas provoqué par injection intraveineuse de ces mêmes colibacilles, des lésions intestinales mortelles.
Ce que nous avons dit des infections est également vrai des intoxications et, de même qu'il y a infection primitive intestinale et localisation intestinale d’une infection générale, il y a de même intoxication primitive intestinale et localisation intestinale d’un processus toxique général. Le type de l'intoxication primitive intestinale est donné par les intoxications alimentaires :