‹ Etude combinée de la coagulation et de la sédimentation du sangChapitre 8 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Méthode personnelle

Nous venons de voir les inconvénients et la quasiimpossibilité de l'emploi pratique de la coagulation à l'étude des modifications humorales : non seulement le vase où le sang est recueilli, mais la manière de le verser, la température extérieure... ont une énorme influence.

De son côté, la sédimentation n'est pas à l’abri de tout reproche.

1° Faure signale récemment le défaut de fixité et de netteté de la V. Ch. dans certaines phases du début de l’évolution de l’anémie infectieuse. Sur certains anémiques à l’agonie, la sédimentation aurait été trouvée normale.

2° Nous l’avons employée au cours de diverses affections : régulièrement élevée, la V. Ch. ne subit que des variations journalières infimes. Nous l’avons vu parfois, dans le cas d’eczéma, en complète contradiction avec l’amélioration des lésions.

3° Au cours d'’affections où nous avons mis en œuvre la vaccinothérapie, la courbe ne s’en est pas modifiée ou presque.

Voici entre autres le cas de Bécassine, jument, 11 ans, atteinte d’une fistule au niveau de la fesse droite depuis deux mois (consécutive à un coup de fourche).

Le 25 juin, l'injection de 2 cc. d’hétéro-pyo-vaccin septique en intraveineuse n’amène qu'une modification insignifiante dans la courbe de sédimentation. Le 4 juillet, grâce à des injections irritantes, l’écoulement de pus est tari, le trajet fistulaire complètement bouché :; la V. Ch. est alors de 0,91 ; le 10, elle est encore de 0,90, et le 14, soit dix jours après, elle est de 0,92. Cependant, après un plateau, qui exprime la période de convalescence, comme nous le verrons plus baut, la courbe obtenue grâce à notre méthode se relève à 8 le 10 et à 5 le 14. En résumé : manque de sensibilité, contradiction parfois avec la clinique, tels sont les défauts de la méthode, qui tiennent à son essence même et non à une imperfection de la technique employée ; en effet, l’adoption d’un tube personnel au malade, le mélange, pour plus de précision, du sang et de la solution anticoagulante dans un tube gradué au 1/10 de cmc., l’invariabilité de la hauteur de la colonne sanguine, le placement du sédimentimètre dans la même position strictement verticale, au même endroit, dans les mêmes conditions de température, n’augmentent guère la valeur de la méthode.

Nous avons cherché à modifier les conditions de la sédimentation : Au lieu d'éviter la coagulation nous avons recherché son emploi, soumis a priori aux conditions suivantes : nécessité de retarder la coagulation pour permettre la sédimentation ; nécessité, d’autre part, d'éviter la rétraction du caillot qui pourrait gêner la lecture du phénomène. Dans ce but nous avons

essayé l'addition au sang de différents sels. Les premiers essais se sont butés à maints inconvénients :

1° Le bicarbonate, le sulfate de soude à diverses concentrations, le chlorure de sodium à 1 % (2 eme. pour 8 cmé. de sang), le chlorate, le bromure et l’iodure de potassium n’empêchent pas la rétraction du caillot.

2° Le benzoate, le chlorure, le bisulfite, le salicylate de soude en solution à 1/20 (dose invariable de 2 cmc. pour 8 de sang), le bromure de potassium au 1/20°, le chlorate, le bromure et l’iodure de potassium à 1/200°, l’alun de potasse au 1/20°, la crème de tartre, le permanganate de potasse, le chlorure de calcium, le sous-nitrate de bismuth, l’acétate d’ammonium à 1/200, le sulfate de magnésie à 1/20, le formol à 1/200, le gaïacol à 1/20... ne donnent qu'un caillot rouge sans ou presque de sérum.

3° Dans d’autres cas, comme avec le sulfate de soude au 1/20, la chute des globules rouges se fait mal. Il existe dans le caiïllot supérieur, toujours de faible importance, des amas plus ou moins volumineux d’'hématies.

4° Le chlorate et l’iodure de potassium au 17/20 donnent deux caiïllots, le supérieur rouge clair et rosé, l’inférieur rouge foncé.

5° Le permanganate de potasse au 1/20° donne une boue noirâtre, incoagulable.

6° Les sels de métaux lourds coagulent immédiatement à forte dose et détruisent la molécule protéique.

7° Le formol et le sous-nitrate de bismuth à 1/50 retardent trop la coagulation.

8° En outre du fluorure et du citrate de soude, le

novarsénol, le chlorure de calcium (1/20), le formol (1/20), certains sels de métaux lourds à faible dilution (acétate de cuivre à 1/200) empêchent la coagulation.

Le perborate de soude (Bo*Na) répond aux deux désidérata précédemment établis. Il présente en outre les avantages suivants :

1° Très stable à l'air sec, ce sel, en solution aqueuse donne du métaborate de soude et de l’eau oxygénée facilement décomposée par l’hémoglobine du sang — qui agit comme une diastase grâce à son fer — en oxygène atomique naissant. Toute l’hémoglobine du sang s'oxygénant, se transforme en météhémoglobine, isomère de l’oxyhémoglobine, mais de composition plus stable. (La sédimentation est moins rapide mais plus régulière sur le sang artériel.)

2° La coagulation des différentes albumines sériques (sérine, globuline) se fait par soustraction d’eau, les molécules du sel étant plus hydrophiles que les micelles albuminoïdes et la faible valence du sodium assurant d'autre part une dénaturation négligeable de ces dernières.

3° Création d’un milieu alcalin, assurant l'intégrité du milieu protéique.

4 Respect du globule rouge (le perborate n'étant pas un dissolvant des lipoïdes d’adsorption de l’hématie). |

La sensibilité est fonction de la complexité de la méthode. Celle-ci met en œuvre :

1° la sédimentation des hématies, conditionnée :

a) par le volume, le poids spécifique, la forme, la

charge électrique des globules :

b) par l’état colloïdal du plasma se traduisant d’autre part par des variations de densité, viscosité, tension superficielle ;

c) par les variations de la composition chimique sérine, globuline, fibrinogène).

2° la coagulation proprement dite, si complexe, où

le calcium, les sécrétions de certains éléments figurés (leucocytes, plaquettes sanguines) qui peuvent être plus ou moins altérés, le fibrinogène (fabriqué par le foie) jouent un rôle important.

3° l’adsorption : le caillot inférieur rouge est com-

posé de globules et de fibrine entraînée en plus ou moins grande quantité par la chute de ceux-ci.

4° la coagulation des albumines sériques qui dé-

sérine pend du rapport : —.

globuline

La sédimentation s'opère donc sous l’entrave de la

coagulation commençante. La méthode est d’une extrême sensibilité. Il n’est pas nécessaire d'employer -un tube de faible diamètre : une éprouvette ordinaire suffit. Au bout de trois heures et souvent avant, on peut lire le résultat. (La V. Ch. n’est donnée qu'au bout de 24 heures.)

Mais la méthode a surtout une valeur comparative :

il s’agit le plus souvent de savoir si la hauteur du caillot blanc (H) sera plus grande ou inférieure à celle de la veille: 1] suffit alors d’attendre de une demi-heure à trois quarts d'heure.

En plus de la hauteur du caillot supérieur (H) l'at-

tention portera :

LEE Re

sur Ja couleur de ce dernier (jaune paille ou ambré à discroïsme légèrement verdâtre normalement ; en pathologie, varie du jaune pâle au rouge foncé) ;

sur sa transparence ;

sur la formation d’hémoglobine formant un an-

néau inférieur ou supérieur ;

sur l’homogénéité des deux caillots et sur la netteté

de leur surface de séparation.

Technique : Nous avons utilisé des éprouvettes graduées de 10 cmc. et d’une hauteur de 10 cm. Chaque malade possède la sienne. La faible solubilité du perborate (25 %o) et la nécessité d'éviter l’hémolyse (obtenue à la dilution de 1/50) ont amené à opérer comme suit : 8 cmc. de sang aspirés à la seringue de Pravaz sont versés avec précaution dans l’éprouvette. On ajoute alors 2 cmc. d’eau distillée contenant 10 centigramrnes de BofNa. On agite une ou deux fois le tout pour dissolution.

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