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IV. — Étude spéciale de l’albitisation

Nature du microcline albitisé. — Les très gros cristaux roses de feldspath du gisement de la tranchée de la route, près des forges de Mairus (gîte 1), présentent les caractères microscopiques habituels des cristaux de microcline: c'està-dire le quadrillage typique de la face p produit par la coexistence des individus maclés suivant les lois de l’albite et de la péricline, et les facules ou filonnets d’albite traversant le cristal (PL. IV, fig. 1).

Tous les cristaux de feldspath potassique des autres gisements sont aussi des microclines, mais des microclines différents du type précédent (PL. ZIL, fig. 1 et 2). En effet, ils ne présentent pas la macle de la péricline et sont composés de lamelles de dimensions variables, maclées suivant la loi de l’albite, souvent plus épaisses et toujours beaucoup plus courtes que les lamelles composant le microcline du type précédent. Ces cristaux sont d’ailleurs bien du microcline, car les lamelles s'éteignent dans la face p symétriquement à 15° de la trace de g’.

Ces deux types de microcline peuvent être corrodés, mais seul le second type, celui qui ne présente pas la coexistence des deux macles, a subi l’albitisation.

L'albite se groupe sous forme de croûte sur l’un ou l’autre de ces deux types.

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Origine de la croûte des microclines. — L'épaisseur de la croûte est extrêmement variable. Dans certains cas elle n'existe qu'aux extrémités du cristal, vers les faces m, et elle est nulle le long des faces g’; mais il arrive aussi que tout le cristal de microcline est à l’état de croûte, ou en d’autres termes que ce feldspath est remplacé par un mélange d’albite et de quartz régulièrement groupés (PL. IL, fig. 1).

Dans le cas d’un microcline très corrodé, ayant subi ou non l’albitisation, la croûte d’albite à une forme quelconque ; mais parfois sa surface extérieure est la même que celle d’un feldspath intact.

D'autre part, on constate que des feldspaths peu ou pas albitisés possèdent souvent une véritable croûte de composition identique au noyau sur lequel elle est appiiquée et dont l’enveloppe extérieure est celle d’un cristal de microcline.

Cette croûte potassique possède, comme la croûte d’albite, la particularité d’être pénétrée de quartz suivant le plan de clivage p et 2’. Gette croûte est souvent complètement isolée de son noyau, mais souvent aussi elle s’y rattache, de sorte qu'il n'y a plus ni croûte ni noyau, mais un feldspath pénétré de filaments de quartz.

Ces observations nous conduisent à rattacher la formation de la croûte des feldspaths potassiques à un phénomène de corrosion et à la distinguer, au moins à son origine, du phénomène d’albitisation.

Caractères distunctifs de la croûte des microclines et de l’albite de substitution. — On constate fréquemment dans un cristal de microcline complètement albitisé, bordé luimême d’une croûte d’albite, que les lamelles maclées suivant la loi de l’albite sont plus nombreuses et plus fines dans la croûte que dans le noyau.

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De plus, la macle de la péricline, qui manque totalement dans le noyau, apparaît fréquemment üans la croûte.

Si au milieu des plages d'albite de [substitution il s'individualise des cristaux d’albite libre, ces cristaux sont souvent maclés à la fois suivant la loi de l’albite et suivant la loi de la péricline.

Nous avons vu qu'il y avait passage de la croûte d’albite à l’albite libre, de sorte que nous sommes amenés à conclure que, toutes les fois qu’il y a tendance à la production d’albite libre, l’albite produite a la faculté de se macler suivant la loi de la péricline.

Marche du phénomène d’albitisation. — Le microcline individualisé en totalité et seul dans un magma se trouve à un moment, pour une cause que nous n'examinerons pas, en état d’instabilité vis-à-vis de ce magma.

L'instabilité est de deux formes : c’est d’abord une instabilité de l'édifice cristallin, le microcline se corrode ; puis, par une instabilité de l'édifice chimique, il se transforme en albite.

La corrosion se fait suivant les plans de clivage p et g', de sorte qu'elle a pour effet d'isoler tout autour du cristal de petits parallélépipèdes.

Si les choses en restent là, le microcline paraîtra recouvert d'une croûte de même substance ; mais, si la corrosion est poussée jusqu'à la destruction complète de cette croûte, de l’albite en cristaux libres s'individualisera à sa place.

Cependant, si l'édifice chimique est instable, l’albitisation qui en est le résultat se produira sur la croûte potassique avant sa destruction par la corrosion, et il se formera tout autour du noyau de microcline une croûte dont les caractères se rapprocheront de ceux de l’albite de substitution.

Mais si le phénomène de corrosion et le phénomène d'albi-

tisation se produisent ensemble, c’est-à-dire si la corrosion se produit sur une partie à côté de laquelle une autre partie est en voie d'albitisation, il n'y aura rien d'étonnant à trouver dans la croûte ainsi formée des caractères intermédiaires entre ceux de l’albite libre et ceux de l’albite de substitution :

Fig. 4.

L’albite de substitution s’est produite en même temps que le microcline se corrodait. De l’albite libre Z/, maclée suivant les lois de lalbite et de la péricline, s’est orientée sur les anciennes directions cristallographiques du microcline. Gisement de la Commune, rive gauche (gîte 5).

les cristaux d’albite libre qui tiennent la place des portions de microcline corrodées ayant la possibilité de se macler suivant la loi de la péricline.

Si l’albitisation se produit sur toute la masse du cristal il pourra se faire qu’en même temps la corrosion se propage dans certaines directions, de sorte que là où l'édifice cristallin sera détruit de l’albite libre s’individualisera. Celle-ci sera le plus souvent, mais pas nécessairement, en relation de position avec les anciennes directions cristallographiques du microcline maintenant albitisé.

L'observation microscopique des microclines incomplètement albitisés fait supposer que chacun des individus maclés dont l’ensemble constitue le cristal de microcline est remplacé par un ou plusieurs individus d’albite, ou au moins qu'un groupe de plusieurs individus de microcline maclés est remplacé par un groupe de deux ou plusieurs individus maclés d’albite ; car les lignes de contact observées entre les petits individus constituant le microcline et ceux de l’albite de substitution sont les mêmes.

Dans ces conditions, l’orientation de l’albite par rapport au microcline ne permet pas une autre macle que la macle de l’albite.

La question de savoir ce qui se passerait si le microcline présentait lui-même ses deux espèces de macles ne se pose pas, puisque cette sorte de microcline n’est jamais albitisée; mais il est à remarquer que ce microcline est souvent recouvert d'une croûte d’albite qui présente fréquemment les mêmes caractères physiques que ceux de l’albite de substitution.

Il est difficile de se rendre compte de ce qui se passe quand l’albitisation se produit; aussi nous bornons-nous à constater le fait.

Cependant, il est logique d'admettre que la soude a remplacé la potasse molécule pour molécule. Dans ce cas, étant donnée l’infériorité du volume moléculaire de l’albite sur celui du feldspath potassique, il faut qu'il se soit produit un retrait dans certaines parties de la masse: et, en effet, on constate souvent l'existence de vides au sein de l'albite de substitution, parfois remplis de minéraux secondaires, calcite ou chlorite, d’autres fois immédiatement comblés par du quartz ou même par de l’albite libre.

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