Etude Critique Sur Les Rapports Supposes Entre
Eut des esprits au temps de Sénèque.-— Caractères communs au stoïcisme et au christianisme naissant.— Rapports de Sénèque avec saint Paul : sens philosophique de cette tradition; ses formes diverses. Objet précis de cette thèse; ordre de la discussion.
La domination romaine, en s'imposant au monde ancien, y avait détruit les libertés politiques; mais elie laissait à l'esprit son indépaidance et la pleine possession de lui-mên^. L'humai^tité dépouillée avait gardé les arts, la philosophie et la religion, tous ces biens qu'un vainqueur ne peut saisir, et qu^il méprise. Borne, en effet, ne comprenait pas la grandeur de cet anpire nK)ral qui s'exerce par des idées et des sentiments, et maîtrise les plus nobles facultés de notre nature; attentive à la défense de ses frontières, elle était loin de pressentir ou de craindre Thostilité des ofHiiions et les révoluticHis intérieures de la conscience* Cependant, au milieu du repos et de Tépuisement qui suivirent la conquête, la pensée libre se développait de jour en jour avec une nouvelle vigueur : tout ce qui dans Thomme était étranger ou supérieur à la condition politiqiie, tout
ce qui ne tombait pas soas le joug, tout ce qui échap-* pait à cet état misérable où la guerre avait réduit les peuples, devenait pour les vaincus plus précieux et plus cher. C'était un monde meilleur, un inviolable asile où rame retrouvait sa dignité, sa vie, ses espérances, avec le droit de mépriser ses maîtres. Violemment détachée de la terre, privée de ces grands intérêts, de pes généreuses affections dont autrefois se nourrissait son ardeur, elle se réfugia, de toute l'énergie de ses souffrances, dans le sein de la philosophie et de la religion, et y porta cette activité passionnée qui ne pouvait plus se répandre et s'exercer au dehors. Epoque de crise douloureuse et de salutaires épreuves, où l'homme, courbé sous la main qui l'opprimait, se releva fièrement vers le ciel; où, proscrit de la gloire et de la patrie, il chercha un noble exil dans les régions sereines de la pensée, puisant une grandeur nouvelle dans sa détresse, et l'amour des biens immatériels dans le dégoût du monde et de ses misères. Cette tendance à un spiritualisme exalté, née d'un malaise moral, n'existait pas seulement chez les nations humiliées par les armes romaines : Rome aussi portait le poids de l'oppression sortie de son sein. Contre les excès d'une tyrannie en démence, qui confondait tous les droits, toutes les grandeurs, tous les talents, dans l'égalité de la servitude et de l'avilissement, il se forma dans le secret des cœurs un soulèvement des plus nobles et des plus purs instincts de la nature humaine, unerévolte de la vertu, de la pudeur, de la raison, de la justice impunément outragées. La corruption des mœurs, qui avait infecté toutes les classes, aggravait les souffrances politiques, et redoublait l'horreur qu'inspirait une société infortunée où le mal, sous ^s formes les plus hideuses, abusait de son triomphe. Cet orgueil effronté des richesses mal acquises, étalant dans les plaisirs privés et
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publics un luxe insensé; cette ivresse de voluptés où grands et petits se plongeaient pour s'étourdir; cet abus de la matière tourmentée pour les besoins insatiables d'une sensualité raffinée; cette continuelle orgie des vices les plus extravagants, indignaient les âmes élevées, les intelligences d'élite, avides de travaux, de périls et de gloire, et condamnées à l'inaction et au déshonneur. Dans tous les temps où la diffusion des richesses et les progrès de la civilisation ont établi chez un peuple le règne du matérialisme, tandis que l'amour du bienêtre, le désir d'une vie molle et pleine de délices enflamme les appétits vulgaires, on voit certains esprits généreux se refuser à ces indignes jouissances, mépriser ce que la multitude adore, et goûter je ne sais quel âpre plaisir à résister au siècle, et à cultiver héroïquement des vertus abandonnées.
Telles sont les causes principales qui, au commencement de l'ère moderne, firent naître et développèrent dans le monde un esprit nouveau, hostile aux puissances malfaisantes sous la domination desquelles était l'humanité. Une lutte s'engagea, lutte religieuse et philosophique, conflit des deux principes qui constituent notre nature et règlent nos destinées : le principe intelligent, immatériel protesta avec énergie contre l'enva* hissement et l'empire immodéré du principe matériel, représenté par la violence, par les richesses, par les plaisirs. L'esprit nouveau, s'inspirant de cette antipathie, exalta tout ce que le siècle avait méconnu ou proscrit; il glorifia l'indépendance en haine de la conquête, la pauvreté par dégoût de l'opulence, la solitude par ennui du monde, la chasteté et la tempérance par mépris pour les dérèglements d'une génération pervertie. A cet état d'abjection où l'homme était descendu , il opposa les idées les plus hautes sur l'excellence de sa na-
jour, si ce n'est pour jouir de cette prérogative ? Serait-ce pour préparer des boissons, et pour charger de nourriture un corps défaillant? Oh ! que Thomme est chose vile, s'il ne s'élève au-dessus des choses humaines M » Le christianisme de son côté parcourait les provinces, en disant aux vaincus, aux opprimés , à tous ceux qui souffraient : « Elevez vos cœurs ! C'est aux choses d'en haut qu'il faut attacher vos regards et vos espérances, et non à celles de la terre. Votre séjour n'est point ici : le ciel est votre patrie , votre demeure. Esclaves , embrassez la sainte liberté des enfants de Dieu. Votre sagesse n'est point celle des puissances du siècle, qui passent et s'évanouissent : cherchez le royaume de Dieu ^! » En ce qui touche à la conduite de la vie, à la règle des mœurs, l'enseignement stoïcien et les prescriptions apostoliques se ressemblaient en plus d'un point : a La vie est un combat , répétaient les chrétiens et les philosophes , la pauvreté un bien, la souffrance un gain pour la vertu, le corps un fardeau et une prison. Fuyez le monde et ses plaisirs dangereux ; habitez en vousmême; le devoir deThomme est de surveiller Tintérieur de son âme, d'épier ses vices naissants , de se demander à soi-même un compte sévère de ses fautes, de tendre constamment à la perfection. Ce n'est pas le corps qu'il faut exercer, mais l'âme; mortifiez votre chair, réprimez par l'abstinence l'ardeur de ses appétits ; et le principe divin qui l'anime et qu'elle opprime, dégagé du poids de la matière , s'élèvera d'un vol plus libre vers le ciel. C'est par ces moyens que vous parviendrez à goûter la
' V. Sénéque , passim , et nolamment , pour ce passage , le début du I*' livre des Questions naturelles.
' Saint Paul , Epttres, passim , et particulièrement celles aux Ephéfiens, aui Philippiens, aui Thessaloniciens.
paix inaltérable de la conscience , et cette joie sans mélange que procure le silence des passions et la pratique du bien *.»
L'influence salutaire de ces deux doctrines, si souvent unanimes, agissait en même temps et aux mêmes lieux, avec la différence toutefois qui distingue la religion de la philosophie. ARome, dès les commencements de l'empire, un stoïcisme pythagoricien était enseigné par Sextius, Attale, Solion, à Sénèque, à Julius Canus, Thraséas, Helvidius Priscus, Musonius^.On vit sous Tibère des jeunes gens, élevés dans la mollesse et la vanité du siècle, renoncer, au sortir de ces leçons, à Pusage du vin, vivre de légumes, et se condamner par enthousiasme aux rigueurs de Tascétisme'.La philosophie du Portique a marqué son empreinte sur tous les esprits supérieurs de cette époque; Perse, Lucain, Juvénal , Tacite ont grandi sous sa discipline : philosophie militante et résignée tout ensemble, elle nourrissait d'héroïsme et de tristesse ces âmes ardentes et blessées. Un commun mépris pour le monde, un égal courage en face de la mort, et comme une parenté d'orgueil et de sauvage indépendance rattachaient les cyniques et Démétrius leur chef aux stoïciens*. Ces sectes comptaient aussi des partisans dans les provinces, partout où la langue grecque et les écrits de Cicéron avaient répandu la philosophie. Leurs principaux centres étaient à Athènes, à Rhodes, naguère illustrée par Panétius et Posidonius ; à Alexandrie, sur les confins de
* Tous ces préceptes se trouvent à la fois dans Sénéque et dans saint Paul.
' Sénéque, Ep. 109, — 64, — 49.
' M. Ep. 108 et 109.
* Id. De brevU, vitœ, ch. xxv.
rOrient et de TOccident^ Mais le stoïcisme recelait un principe de faiblesse qui arrêta ses progrès et borna son action : uniquement préoccupé de l'homme et de la vie présente, et, malgré de rares élans, incertain sur la vie future et silencieux sur Dieu, il laissait en soufiTrance le sentiment religieux, excité dans les multitudes. Aussi la plupart de ses adeptes appartenaient aux classes savantes de la société grecque et du monde romain , habituées à défigurer la Divinité ou à se passer de son intervention.
Au contraire, le caractère éminent du christianisme, c'était de mettre dans une lumière éclatante Tidée de Dieu, de proclamer ses attributs, sa toute-puissance, son action sur le monde et sur notre âme; enfin , de convaincre l'homme de son insuffisance et de l'unir intimement à son Créateur. 11 ne s'adressait pas seulement aux esprits cultivés, à ceux qui sont capables d'une réflexion savante sur la nature et sur euxmêmes; il prêchait aux simples, enseignait la foule, en qui la pensée n'éclaire point le sentiment, et qui souffre et désire, sans voir clairement ni la raison de ses souffrances ni l'objet de ses vœux. L'Orient le premier se jeta avec transport dans ses bras. En Orient surtout les tendances nouvelles avaient pris la forme du mysticisme. Effarouchées par la violence, les vices et les idées de l'étranger, les populations avaient tourné leurs espérances vers l'avènement du royaume de Dieu. L'attente du libérateur, ce long désir du peuple juif, gagnait de proche en proche. Les villes étaient parcourues par une foule de magiciens et de faux prophètes qui abusaient les pressentiments populaires, et les entretenaient en les trompant. Vingt ans après la venue du Messie, la re-
' RiUcr, t. IV, 1. XII, ch. i-vi.
ligion qu'il avait apportée était répandue dans l'univers ; à peine Jésus-Christ a-t-il quitté ses apôtres que déjà ils sont partout, en Orient, en Occident, sur les vaisseaux qui sillonnent la Méditerranée, dans les prisons
du prétoire, devant le tribunal du proconsul, et leurs
succès provoquent le bourreau.
Une singularité de ces temps, si féconds en contrastes, et qui s'est plus d'une fois reproduite, c'est que le stoïcisme et le christianisme furent encore plus séparés par leurs différences que rapprochés par leurs analogies. Travaillant l'un et l'autre au bien de l'humanité , non-seulement ils ne formèrent aucune alliance, mais ils méconnurent leurs rapports , et se traitèrent en ennemis. Le christianisme condamna un système dont les principes essentiels étaient contraires à ses dogmes ; le stoïcisme, injuste par dédain et par ignorance, persécuta les chrétiens. Ces empereurs et ces écrivains stoïciens qui ordonnèrent ou approuvèrent les persécutions, professaient à leur insu, sur plus d'un point, les mêmes maximes que ces obscurs néophytes, flétris d'absurdes calomnies. « D'une extrémité du monde social à l'autre les vérités se rencontraient sans se reconnaître * . » Cependant, entre la morale évangélique et celle des stoïciens contemporains de l'Evangile, éclate une telle conformité de maximes, un accord si fréquent de sentiments, que certaines personnes sont tentées de voir dans ces ressemblances autant d'emprunts faits aux livres saints par les philosophes. A les en croire, ce n'est pas à la vertu propre de la philosophie, ni à l'enihousiasme de ses sectateurs qu'il faut attribuer cette pure et sublime doctrine -, ces transports sont imités, ces maximes sont dérobées, cette éloquence est un écho
' M. Viilemain (Tableau de Téloq. chrét. au iv* siècle).
aflfaibli da christianisme. Non-seulement Marc-Aurèle, témoin des progrès de la foi chrétienne, en a senti l'influence; mais au temps même des apôtres, à Torigine des premières Eglises, les Epîtres et les Evangiles, à peine publiés, ont servi de modèles secrets aux écrivains philosophes, dont la vanité mettait à profit ce nouvel enseignement, sans oser l'avouer. — Ce rapprochement hypothétique et anticipé de la Religion et de la Philosophie est figuré principalement par l'amitié prétendue de Sénèque et de saint Paul, et par Tinfluence supposée des Epîtres apostoliques et du Nouveau Testament sur ce philosophe.
De tous les apôtres, celui qui, par son génie naturel, par la grandeur de la mission qui lui fut confiée, par le nombre et le caractère de ses écrits, exprime le plus parfaitement pour la postérité le spiritualisme chrétien, c'est saint Paul , << cet homme du m* ciel ^ w De tous les contemporains des apôtres, l'interprète le plus éloquent, le plus enthousiaste, sinon le plus irréprochable, de la morale stoïcienne, c'est Sénèque. Il a un sentiment profond de la dignité humaine, et il le communique ; une vue délicate et pénétrante des mystères du cœur, qui lui inspire parfois un langage plein d'onction; un génie souvent capricieux, irrégulier et gâté par Taffectation, mais naturellement grand ; ses écrits sont empreints de cette noble tristesse, grâce austère des douleurs de la pensée, que l'âme contracte en descendant trop avant en elle-même> ou en s'élevant d'un vol trop assidu vers l'infini ; il est épris des plus belles et des plus difficiles vertus ; non-seulement il aperçoit la main de Dieu marquée dans la nature, mais il l'admire et en célèbre la puissance. A ces traits, et à d'autres
^ Bossuet, Panég. de S. Paul. '
semblables, que faut-il reconnaître dans Sénèque, sinon une vive image, une éclatante expression des désirs, des progrès, des tourments de ses contemporains, et ce privilège des grands esprits qui paraissent devancer le siècle dont ils s'inspirent, parce qu'ils sentent avec énergie ce que d'autres éprouvent d'une manière faible et indécise? Au lieu de considérer l'ensemble de ses doctrines, et de le comparer à lui-même, à ses devanciers, et à ses modèles en philosophie, on a mieux aimé rapprocher des phrases, confronter des expressions, relever curieusement de frivoles circonstances de temps et de lieu, rassembler des conjectures, colorer des suppositions, pour aboutir, contre toute vraisemblance, à faire de ce philosophe, de ce ministre de Néron, un plagiaire de r Evangile et le disciple équivoque de la primitive Eglise.
Nous nous proposons d'examiner cette tradition souvent discutée, mais qui, selon nous, peut l'être encore avec fruit; nous en étudierons les origines, les fondements, et la valeur. Avant, tout, il importe de l'exprimer en termes précis, car elle a pour premier caractère d'être vague et indéterminée.
Le moyen âge croyait naïvement au christianisme de Sénèque ; il supposait converti celui qui avait entendu saint Paul, et le plaçait dans le ciel avec Trajan, Aristote, Socrate, Virgile et Cicéron. Cette opinion , tolérante et exclusive tout ensemble, puisqu'elle ne reconnaît pas, de grand philosophe qui n'ait été un saint % est du
* « Saint Thomas accorde aux philosophes païens la foi implicite et enveloppée. Il a cru à Thistoire de la délivrance de Trajan par les prières de saint Grégoire le Grand. Saint Justin a nommé Socrate chrétien; saint Ambroise, saint Chrysostome, saint Augustin, ont pensé qu'il serait sauvé. Erasme combat pour le salut de Cicéron dans une préface sur les Tusculanes. Sépulvereda de Cordoue écrit à Serranus une lettre (la 91*) pour lui
i± LNTRODUCTIOiN.
moins conséquenle, et honorable pour l'Âpôtre. Car comment imaginer qu'il ait été lié avec Sénèque sans le persuader, et que celui-ci se soit inspiré de l'Evangile sans y croire? Qu'est-ce que cet élat intermédiaire entre la foi et l'incrédulité, entre l'aversion et la sympathie? Est-ce bien là ce qui a pu exciter dans Sénèque Penthousiasme de la vertu et ces aspirations généreuses qui sortent des entrailles mêmes de sa philosophie? Suflit*il, pour s'animer de l'esprit de l'Evangile, d'une lecture faite d'un œil distrait et d'un cœur froid? Ou Sénèque a été vraiment chrétien, ou le caractère élevé de sa morale est dû à d'autres causes. L'instinct religieux du moyen âge ne s'y trompait pas ; sa croyance était peu éclairée, mais logique; son christianisme, exempt de raffinements, ne concevait pas ces relations mondaines et ces rapports de bonne compagnie entre Tardent apôtre du Crucifié et le ministre de l'empereur. Il mettait icibas le philosophe aux genoux du chrétien, et à ses côtés dans l'autre monde, et n'imaginait pas de les rapprocher par un vain échange de politesses. Mais d'autre part, comme cette légende, respectable dans sa simplicité et sa bonne foi, ne sera jamais que l'illusion d'un esprit borné; comme les écrits, la vie et la mort de Sénèque y répugnent également, et que sous cette forme elle est insoutenable ; ses défenseurs, pour la concilier avec la raison, lui ôtent ce caractère d'affirmation naïve ; ils l'amoindrissent pour oser la soutenir ; ils la laissent dans le vague pour la rendre insaisissable, et ne
prouver qu'on peut avec raison bien penser du salut d*Arislote. Cœlius Rbodiginus {Lect.ant., I.XVII, c. 54) représente Aristote mourant avec des larmes de repentance, en offrant sa contrition à la cause première. »
(La Mothe le Vayer. — De la vertu des païens.)
a Un des correspondants de Loup de Ferriéres (ix* siècle) plaçait Virgile et Cicéron parmi les élus. » (M. Ampère, t. III , cb. xn.)
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corrigent l'invraisemblance qu'en sacrifiant la logique. Voici cette forme mitigée et rajeunie, compatible avec la science et susceptible de discussion :
Sénèque a connu saint Paul à Rome; il lui a parlé, lui a écrit, en a reçu des lettres; il a lu ses Epîtres, r Ancien et le Nouveau Testament ; il a estimé le christianisme sans y croire, a plaint ses adeptes sans oser les louer ni les défendre : indécis entre la terre et le ciel, entre l'Evangile et la philosophie, craignant le courroux de Tempereur plus que la perte de son âme, et plus jaloux de sa réputation parmi les hommes que de son salutéternel, il est mort incrédule, se contentant de copier dans ses écrits les maximes des chrétiens sans y conformer sa conduite.
Telle est l'expression la plus récente et la plus ingénieusement calculée de l'ancienne légende ; c'est le résumé le plus complet des thèses nombreuses dont elle a été l'objet, aux xvi% xvii® et xv!!!** siècles, dans le monde chrétien et érudit. Notre dessein est de suivre cette opinion dans tous ses détails, sans rien affaiblir ni rien omettre, et d'en examiner avec scrupule les vraisemblances historiques et les preuves littéraires. S'il est superflu d'insister sur l'authenticité des lettres qui nous sont parvenues et que nul n'ose défendre, nous essaierons du moins d'en fixer l'époque, par l'étude des Pères et des premiers auteurs chrétiens. De ce travail et de cette discussion il résultera , si notre espoir n'est pas vain :
1 ** Que Sénèque n'a jamais connu personnellement ni saint Paul ni aucun apôtre ;
2® Qu'il n'a lu ni les Epîtres de saint Paul, ni aucun livre de l'Ancien et du Nouveau Testament ;
3** Que les lettres apocryphes qu'on a conservées, sous le nom de Sénèque et de saint Paul, sont bien
i4 INTRODUCTION.
celles qui se lisaient au temps de saint Jérôme et de saint Augustin ;
4** Que Sénèque doit les principes de sa philosophie et les maximes de sa morale à lui-même, à ses devanciers, et à l'esprit nouveau qui, en dehors du christianisme, commençait à se répandre dans la société et à préparer l'avènement de la religion chrétienne.