‹ Étude d'une épidemie de dysenterie bacillaireChapitre 27 sur 48 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

T... (Ferdinand), salle Dupuytren, lit 497. Début de la maladie le 28 août par une diarrhée sanglante et glaireuse accompagnée de vomissements.

Hospitalisé le 1°" septembre.

A son entrée, le malade présente un facies tiré, des yeux excavés.

La langue est saburrale, le ventre rétracté. La. pression réveille de Damade 3

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vives douleurs dans la fosse iliaque gauche. Les épreintes sont nombreuses et fatiguent beaucoup le sujet. Les selles, au nombre de cin* quante par vingt-quatre heures, sont muco-sanglantes ; cœur et poumons normaux. Pas de troubles urinaires. :

N'ayant pas de sérum à notre disposition, nous employons le sulfate de soude à doses décroissantes (20 grammes le premier jour et 10 les deux jours suivants).

Le malade se plaignant beaucoup de coliques, nous lui donnons 5 grammes d'élixir parégorique. Les selles tombent à dix par jour, mais l'état général s'aggrave nettement. La température est à 38°2.

Ayant reçu du sérum, nous en injectons 40 cc. renouvelés douze heures après. La température tombe à 3508, l'état du malade se transforme complètement, il ne souffre plus, le facies perd son aspect grippé.

Notre provision épuisée, nous cessons le sérum. Quarante-huit heures après, le sujet était dans le même état de prostration que précédemment, les douleurs et l’insomnie reprenaient; le factes redevenait terreux. 50 cc. de sérum apaisaient de nouveau ces symptômes fâcheux et le malade entrait en convalescence.

Cette observation a la valeur d’une véritable expérience qui montre l’action vraiment héroïque du sérum dans certains cas. Le malade de l'observation V (p. 28) eut une dysenterie à forme ulcéreuse extrêmement grave, avec une rechute au quatorzième jour. Il reçut 350 cc. de sérum au cours de sa maladie et nous avons la conviction très nette que seul ce traitement évita une issue falale. Quant au malade de l'observation XII (p. 29), nous ne pûmes lui injecter que 10 ce. de sérum le jour de son entrée, alors qu'il avait cent cinquante selles par Jour! Les jours suivants il reçut 30 cc.; ces doses sont notoirement insuffisantes et seules les doses massives auraient pu juguler plus rapidement son affection.

Nous devons ajouter que, sauf dans l'observation IT rapportée ci-dessus, nous n'avons pas observé, pas plus dans les formes graves traitées par des doses suffisantes (Obs. V) que dans les formes moyennes, de ces défervescences brusques comme en

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rapporte Dopter (1). Les améliorations se sont produites progressivement, en lysis, s’il nous est permis de dire, et c'est aussi en comparant la marche trainante et très longue des dysente- ries sévères non soumises au traitement sérolhérapique que nous avons puisé une conviction solide de sa valeur curative.

Les accidents sériques ont été bénins. Huit à dix jours après avoir reçu du sérum, les malades présentaient des éruptions urlicariennes, quelques-uns des arthralgies assez douloureuses pendant deux jours, phénomènes s'accompagnant d'une légère poussée de température. Les accidents sériques des Allemands nous ont paru plus intenses que ceux de nos soldats. Nous n'avons pas constaté d’albuminuries au cours des accidents sériques. |

Certains de nos malades venaient de services de chirurgie; blessés depuis plus ou moins longtemps, ils avaient reçu des doses variables de sérunr anlitétanique. Jamais cela ne nous a empêché d'employer le sérum antidysentérique. Par prudence, avant de recevoir la dose totale, ils recevaient des piqüres de 1 ce. à une heure d'intervalle. Le lendemain, le lieu de ces injections comme celui de l’injection de Ia dose lotale présentait une zone érythémateuse assez douloureuse à la pression.

Ce phénomène a été constant chez tous les malades ayant reçu antérieurement un sérum quelconque et aussi chez ceux qui faisaient une rechute nécessitant de nouvelles doses huit ou dix jours après les premières injections. Jamais nous n'avons observé le moindre phénomène général dû à l'anaphylaxie.

Nous lirerons de notre pratique les conclusions suivantes : Dans les dysenteries à bacilles de Sigha, la sérothérapie spécifique a une valeur considérable, très supérieure aux anciennes mélhodes de traitement. Le sérum doit être employé le plus précocement possible. La dose initiale doit être de 40 ce. chez l'adulte dans les formes bénignes, c'est-à-dire s’accompagnant de quinze à vingt selles par jour. Dans les formes moyennes, nous serions tenté de dire qu'il faut injecter autant de centi-

(1) Dopter, Les dysenteries (Épidémologie, elc.), p. 96 el 98,

et us

mètres cubes qu'il y à de selles par vingt-quatre heures. Les doses de 100 cc. ne sont pas exagérées dans les formes graves. Nous ajouterons que le nombre des selles n'est pas le seul élément sur lequel doive s'appuyer notre traitement. L'état général du malade joue un rôle de premier ordre et, suivant son altération, nous devrons employer des doses de sérum plus ou moins considérables, jamais moins de 40 cc., rarement plus de 100,

dans les vingt-quatre heures.

La vaccinothérapie, nous l'avons montré dans notre introduction (p. 16), a suscité d'assez nombreuses études, surtout depuis 1914. À notre grand regret, pour des raisons indépendantes de notre volonté, il ne nous a pas été possible de l'employer. Nous étions enclin à le faire par le résultat remarquable dont nous avions été lémoin dans l'épidémie rapportée par Bertillon:; il s'agissait d’un auto-vaccin préparé à l'Institut Pasteur par d'Herelle. Sans doute, la sérothérapie est une arme excellente dans les dysenteries à bacilles de Shiga, mais quand l'agent causal est atypique, elle agit mal ou pas du tout. Dans ces cas, la vaccinothérapie est une ressource à ne pas négliger.

La plupart des auteurs font usage de cultures de douze à vingt-quatre heures sur gélose, tuées par un chauffage d'une heure à 56-58 degrés. Les cultures de bacilles de Shiga présentant une toxicité notable, certains auteurs atténuent cetinconvénienten les soumettant à l’action de l’iode (Ranque et Senez), de l'eusol (Dean et Adamson), etc., pendant un lemps variable. La première dose ne doit pas dépasser quinze à vingt millions de bacilles; ce taux peut s'élever à cinquante millions dans Les doses suivantes : ;

Tout récemment, Basset et Boroni (1) ont employé des cultures vivantes d'un bacille type Flexner; les résultats auraient été

très satisfaisants.

(1} Société de biologie, 7 juin 1919.

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