LES ACCIDENTS DE L'AUROTHERAPIE
Les accidents dits « auriques », qui ont été et sont un facteur de restriction important dans l’emploi de la méthode, ont donné lieu à une volumineuse bibliographie. Les phtisiologues les plus autorisés leur ont consacré des études très complètes que nous ne pouvons étudier; pour en remémorer les types, citons seulement l'intéressant exposé qu’en font BOURGEOIS et SANDZER (Gazette des Hôpitaux, 2 janvier 1932) :
« L’aurothérapie n’est pas exempte de dangers, et il faut bien savoir qu’on n’a jamais la certitude de ne pas prov quer des accidents, même en prenant toutes les précautions néceé; ‘aires. Ces accidents sont quelquefois légers, d’autres fois graves "t parfois même mortels. Leur fréquence est variable, mais elle dépend essentiellement de deux facteurs : laurotolérance et l'importance des doses.
Er Viige
« Nous diviserons les accidents de l’aurothérapie en accidents immédiats et en accidents tardifs :
« 1° Accidents immédiats. — a) Choc : On a signalé l’existence d’un choc succédant immédiatement à l'injection intraveineuse de thiosulfate d’or et de sodium. Ce choc se caractérise par des vertiges, des vomissements, de la céphalée, mais ne prend jamais des proportions graves. Pour notre part, nous n’en avons jamais observé pendant notre pratique de quatre ans;
« b) Réaction fébrite : Il n’est pas rare d’assister à une brusque montée de la température dans les quelques heures qui suivent l'injection. Cette élévation thermique peut être importante, allant jusqu’à 39-40° (COLBERT et PIGEON). Il nous a été donné d’assister à une réaction à 41° après une injection intrapleurale de 0 gr. 05 de crisalbine;
« c) Réaction focale : L’injection d’un sel d’or est quelquefois suivie, dans les vingt-quatre heures, d’une réaction focale importante : augmentation des râles, qui deviennent plus humides et plus nombreux, augmentation de l’expectoration. Cet accident est bénin et tous les phénomènes disparaissent, en général, très vite.
« 2° Accidents tardifs. — a) Accidents rénaux : Les sels d’or semblent frapper avec prédilection le rein et sont capables d’engendrer des accidents d’innurie transitoire jusqu'aux néphrites comparables à celles des arsénobenzènes (GOUGEROT et WEILL).
« L’albuminurie est un accident assez fréquent se rencontrant dans 10 p. 100 des cas environ. Son apparition commande l’inter- . ruption immédiate du traitement, qui peut, d’ailleurs, être repris au bout de quelque temps. Une de nos malades, traitée par la crisalbine depuis deux ans, présente depuis plusieurs mois des traces d’albumine dans les urines. Malgré cela, nous n’avons pas
sugé nécessaire d'interrompre le traitement, la malade se porte d’ailleurs fort bien.
« La néphrite est un accident très rare de l’aurothérapie, mais d’une gravité exceptionnelle; |
er ire
« b) Accidents hépatiques : Le foie peut être touché également, et il manifeste son atteinte par un ictère d'intensité variable. PEYRI (Barcelone) a noté un ictère intense, mais non mortel, après quelques injections de 0 gr. 25 de sanocrisine:
« c) Accidents intestinaux : La diarrhée survient quelquefois comme complication de l’aurothérapie. L'apparition de la diarrhée commande l'interruption du traitement;
« d) Accidents muqueux : Ils consistent uniquement en une stomatite aurique étudiée par Nicoras et ses élèves et se rencontrant dans 15 p. 100 des cas traités (DUMAREST et MOLLARD, LEBŒUF et MOLLARD).
« Cette stomatite douloureuse, pouvant gêner la mastication, est érythémateuse d’abord puis leucokératosique, rappelant l’aspect du lichen plan. Elle envahit rapidement la bouche, la muqueuse linguale, les amygdales et même les lèvres (GOUGEROT et WEILL). La stomatite aurique est d’un pronostic bénin, elle disparaît généralement au bout d’une dizaine de jours après l'interruption des injections;
«e) Accidents cutanés : Ces accidents, qui ont été fréquemment observés à la période initiale de la crysothérapie, tendent à disparaitre avec l’emploi des petites doses. Ainsi, nous n’en avons observé que six cas sur deux cent quatre-vingt-neuf malades traités pendant l’année 1930; LeBœur et Mor£aRrp, en 1928, les ont observés dans 6,5 p. 100 des cas.
« L'apparition de ces accidents n’est pas en rapport direct avec l’importance de la dose; ainsi, une petite dose peut déclencher une éruption cutanée très sérieuse et très longue à guérir. GoucEeroT et WELL comparent les accidents de la crysothérapie aux accidents provoqués par les arsenicaux. Ces derniers auteurs
distinguent
« 1° Des érythèmes toxiques précoces;
« 2° Des érythèmes biotropiques;
« 8° Des érythèmes tardifs, toxiques ou anaphylactiques; « 4° Du purpura.
« Les érythèmes toxiques précoces débutent, en général, entre le premier et le troisième jour après l'injection, et se caractérisent par un placard apparaissant sur la poitrine ou dans un pli de flexion.
« Le début de cette éruption s'accompagne fréquemment de fièvre, de vomissements, de diarrhée, d’albuminurie. L’éruption peut être d'emblée généralisée « morbilliforme ou scarlatiniforme, « avec ou sans exanthème buccopharyngé. Elle évolue en huit à « dix jours, laissant une desquamation furfuracée ». Ces érythèmes sont précédés de prurit, qui constitue un signe d’alarme devant faire cesser immédiatement le traitement, de crainte de voir apparaître des accidents beaucoup plus graves.
« Les érythèmes biotropiques. — Les érythèmes du neuvième jour, décrits par MizraN dans l’arsénothérapie, ont été observés dans le traitement aurique (GOUGEROT, BURNIER et UHry, Paul BLiux). Il y a « non seulement identité clinique entre ces accidents « et les érythèmes du neuvième jour, mais la preuve du biotro- « pisme est apportée par la non-reproduction des accidents après « la réinjection du médicament ».
« Les sels d’or peuvent réveiller différentes infections : eczéma vrai, vésiculeux, suintant, séborrhéique, etc.
« On a observé l’apparition du lichen plan pendant et après le traitement (JEANSELME et BURNIER-PAUTRIER).
« HELMS a observé un cas mortel d’éruption bulleuse fébrile.
« PEIGNÉ a signalé des accidents graves consécutifs à l’injection intraveineuse de 0 gr. 10 de thiosulfate d’or et de sodium. Cette injection a réveillé des anciennes lésions lupiques torpides et leur a donné une évolution suraiguë, en même temps qu’elle a réveillé de vieilles lésions auriculaires et oculaires. Pendant ces accidents, l’auteur n’a pas observé d’albuminurie, de glucosurie, de troubles gastro-intestinaux, d’érythème ni d’exanthème.
« Les érythèmes tardifs toxiques ou anaphylactiques. — Leur
début est tardif entre le sixième et le quinzième jour qui suivent l'injection.
, . . Q 0 « Nous venons d'observer une malade qui a reçu trois injec-
tions de 0 gr. 05 de thiosulfate d'or, et qui a présenté un petit placard érythémateux sur l’avant-bras gauche, s’accompagnant d’un prurit intense. Par erreur, une nouvelle injection de 0 gr. 05 avait été faite : deux jours après, la malade présenta une poussée thermique à 39°4, en même temps qu’on assistait à l'apparition d'une érythrokératodermie généralisée prédominant aux paumes de la main et aux pieds. Pas d’albumine dans les urines, constante d’'AMBARD normale, mais urines rares pendant dix jours. La malade a été obligée de rester six semaines à l’hôpital pour voir disparaître son éruption. Cet accident aurait sûrement pu être évité, car le prurit et les quelques éléments érythémateux devaient suffire pour interrompre les injections. Même isolé, le prurit doit faire penser à la possibilité d'accidents beaucoup plus graves pouvant être déclenchés par une nouvelle injection, si minime soit-elle.
« L’érythrodermie par un petit exanthème fébrile ayant une extension rapide est caractérisé par l'apparition de lésions vésiculo-ædémateuses. Si l’on poursuit les injections, l’érythème survient, apparaissant et prédominant aux mains et aux pieds. Rapidement extensif, il s'accompagne d’un œdème qui gagne le visage. L'état général est altéré, le malade est prostré, les urines sont rares, quelquefois renfermant de l’albumine. La guérison survient au bout de six semaines à deux mois, mais on a observé des cas mortels.
« Formes cliniques. — Formes localisées : Il est fréquent d'observer une localisation au niveau des extrémités, surtout aux paumes des mains et aux pieds. Tel fut le cas d’un de nos malades qui a présenté cette forme bien localisée d’un aspect si caractéristique, portant pour ainsi dire la signature d’un accident de chrysothérapie.
« Davip (de Lille) vient de rapporter une observation d’un malade qui a recu trois injections de crisalbine de 0 gr. 05, 0 gr. 10, 0 gr. 15, avec un intervalle de huit jours entre chaque piqûre. La troisième injection déclencha une réaction focale au
PHRD
niveau du lupus et provoqua une érythrokératodermie palmoplantaire.
« Formes atténuées. — Parfois le prurit, l’érythème pointillé, l’érythème papuleux constituent toute la maladie. D’autres fois, on n’observe que quelques éléments urticariens, un peu d’œdème fugace et de l’eczéma.
« Le purpura peut apparaître, soit bénin, soit comportant un pronostic fatal par syndrome hémorragique mortel.
« AMAT a rapporté un cas de purpura hémorragique mortel, au cours d’un pyopneumothorax tuberculeux traité par les injections intrapleurales de thiosulfate d’or.
« JACOB et DouaDy viennent d’observer un cas d’agranulocytose au cours du traitement aurique. »
De son côté, COLBERT (de Cambo) déclare (in Journal des Praticiens, 9 novembre 1932) :
« Deux sortes d'accidents sont à envisager :
« — Les accidents du début, dont les plus fréquents sont les fortes poussées de température, les urticaires et les douleurs articulaires. Ces complications sont des plus rares si on suit la technique des petites doses.
« Chez les sujets qui présentent des réactions fébriles importantes, il vaudra mieux abandonner le traitement.
« — Les accidents tardifs : diarrhée, albumine, poussée d’embarras gastrique avec stomatites, aphtes, prurit des muqueuses génitales, eczéma, seront combattus par les même moyens mais avec moins de succès. La diarrhée, malgré l'opinion de certains auteurs, nous paraît être une complication désagréable. Le sujet maigrit et est fâcheusement préoccupé. L’albumine, à condition que sa surveillance soit très stricte et qu’elle ne dépasse pas 0,12-0,15, n’est pas une contre-indication absolue. »
Et plus loin :
« Les contre-indications sont absolues lorsque les voies d’élimination sont défectueuses. Quand il y a insuffisance, — légère
naturellement, — du foie ou des reins, il vaut mieux se servir des sels d’or en solution huileuse. S'il existe de la diarrhée, il vaut mieux s'abstenir.
« C’est cette fragilité des voies d'élimination (rein, foie) chez les gens âgés, qui nous a amené, avec PIGEON, à déconseiller le traitement aurique, chez le malade d’un certain âge.
« Est-il autorisé chez les hémoptoïques ?
« Encore un point sur lequel l'accord n’a pu se faire. AMEUILLE et HINAULT ont vu des hémoptysies dues incontestablement à l'or, mais ne trouvent pas en cet accident une raison majeure d’interrompre le traitement. Pour notre part, des exemples récents nous ont confirmé dans notre opinion : l’or, associé au soufre ou à l’iode, ne doit pas être donné aux tuberculeux qui ont tendance à cracher du sang. »
CHABAUD (de Reims), analysant l’ouvrage de KNUD-SECHER « Traitement de la tuberculose par la sanocrysine », dit ceci
« Il est enfin un accident très grave que l’on a signalé une quarantaine de fois chez les malades soignés par les sels d’or, accident qui peut être caractérisé par tout ou partie du syndrome suivant : au point de vue clinique, élévation thermique, angine qui peut aller jusqu’à revêtir un aspect pseudo-phlegmoneux, hémorragies profuses avec, fréquemment, syndrome méningé terminal.
« Au point de vue hématologique, avant tout : disparition presque complète des polynucléaires et mononucléose intense, augmentation du temps de saignement, retard à la coagulation sanguine, accessoirement diminution du nombre des hématies. L’anémie étant une conséquence et non un phénomène primitif, il ne convient pas, à notre avis, de donner à ce syndrome l’étiquette très souvent employée d’anémie aplastique, mais bien de lui donner comme titre « granulopénie hémorragique ou non », laissant le terme « agranulocytose » identifier le syndrome héma-
tologique d’origine nettement infectieuse, individualisé par