‹ Étude de l'action thérapeutique du formiate de thorium dans les infections intestinalesChapitre 7 sur 56 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La découverte des terres rares remonte à la seconde moitié du xvuie siècle. C’est surtout Cronstedt, Bergmann, Gadolin qui découvrirent ces éléments nouveaux non encore isolés jusqu'alors. Mais leur identité fut souvent contestée au cours du xIx° siecle, et leur liste subit de fréquents remaniements.

Parmi tous ceux-ci, le thorium était un des éléments les moins connus des chimistes. Du jour où Auer de Welsbach proposa d'employer les terres rares pour la fabrication des manchons à incandescence par le gaz, l'extraction de ces minerais prit une grande importance et le thorium fut spécialement étudié et mis en relief, car dans cette fabrication il en entre environ 99 pour 1060. La thorine et surtout les sables monazités forment une des principales sources naturelles du thorium: on les rencontre sur certaines côtes du Brésil, dés Carolines du Nord et du Sud, et de l'Inde. Cette monazite se trouve en très petite quantité dans certaines roches, maïs sous l'influence des vagues qui désagrègent ces roches il se produit lentement une concentration en métal lourd (terres rares) et l’on peut recueillir des sables attéignant une richesse en oxyde de thorium de 4,5 à 9,5 o/o.

La découverte de la radio-activité plaça les terres rares au tout premier plan. En dehors de la radio-activité de l'uranium qui fut découverte la première, M. et Mme Curie ne découvrirent qu'un autre élément, parmi tous ceux connus actuellement, qui manifestât, tout au moins de façon nette, cette propriété: le thorium. Cette radio-activité peut être mise en évidence par une opération élémentaire qui consiste à appliquer ünñ manchon dé Bec Ater sur üne plaque photographique et à laisser le tout pendant quinze jours à l'obscurité. Au développement, l’image du manchon se dessine sur la plaque qui a été impressionnée par les rayons du thorium coftenus dans le manchon.

Quelques années plus tard, Job découvrait et étudiait l'ac-

tion catalytique favorisante de certaines terres rares (en particulier le cérium) dans des processus d'oxydation du glucose. C'est à partir de cette date que les chercheurs examinent les terres rares au point de vue biologique; Sollmann et Brown en

1907 (1), Arthur Chace et Gies (2) étudient l’action pharmavolo-

gique et la toxicité du thorium.

En ro11,M. Albert Frouinet Mile Ledebt (3) publient leurs premiers travaux sur l’action de ces sels de terres rares sur les propriétés biologiques des microbes ; et depuis cette époque les recherches se multiplient. Si d’un côté on trouve que les propriétés catalysantes et oxydantes sont communes à la plupart des sels de terres rares (lanthane, praséodyme, néodyme, samarium, thorium), ilest net que le thoriumet le praséodyme manifestent des qualités plus spéciales dans certains phénomènes biologiques. En particulier, plus que les autres sels de terres rares, ils favorisent la production de la pyocyanine dans les cultures du bacille pyocyanique.

L'action bactéricide et antitoxique des sels de thorium sur le vibrion cholérique(Frouin et Roudsky) (4) et sur certaines espèces microbiennes (B. dysentériques, typhiques et paratyphiques) (Frouin et Ledebt) (5) est nettement démontrée. Leur inocuité par ingestion, leur action favorisante sur les phénomènes diastasiques de la digestion, nous incitent, en 1917, à tenter les premiers essais thérapeutiques sur l’homme, et, d’après les indications de Frouin, nous étudions, en collaboration avec Fenestre, l’action du sulfate de thorium dans le traitement des fièvres typhoïdes à formes intestinales (6).

Les bons résultats obtenus nous ont incité à poursuivre ces recherches sur le thorium et ses sels, à en étudier le mécanisme d'élimination par les différents émonctoires, les eftets

antitoxiques, bactéricides et antiseptiques sur l'homme. Ceci

fait l'objet de notre thèse : bien loin d’avoir épuisé le sujet, nous n'avons fait qu'amorcer l'étude de différents chapitres,

étude qui demanderait de très longues et patientes recherches pour être complète.

1. T. Sollmann et Brown, American Journ. of. Physiologie, t. XVII, 1907. !

2. À. Chace et Gies, American Journ. of. Physiologie, t. XVIII, P. 457.

3. Frouin et Ledebt, C. R. Société de Biologie, 15 juin 1912, p. 98r.

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