SENTIMENTS NÉS DE JUGEMENTS DÉFAVORABLES
1° Défiance, attitude défensive d’une âme qui craint d’èlre trompée. On peut être défiant à l’égard d’une personne, ou dans une circonstance, sans l’ètre par caractère. La défiance n’est quelquefois que de la prudence, et qu’une preuve de pénétration. Mais les gens expérimentés, et surtout les vieillards, qui ont pu voir toutes les ruses de l’intérêt, portent souvent la défiance jusqu’à l’excès, et en font un défaut.
J,a défiance veut en vain se cacher : on la reconnaît à sa vigilance, tantôt réservée, tantôt agressive. Le fripon habile devine sa marche, et sait où lui tendre ses pièges. L’homme le plus défiant est bien forcé de se confier à quelqu’un, et il ne manque guère de s’adresser d’abord au plus rusé.
La défiance met une barrière 'de glace entre celui qui soupçonne et celui qui se voit soupçonné. Un tort connu laisse plus de chances à un rapprochement que le soupçon. Le premier montre tout ce qu’on doit pardonner, et le second exagère ce qu’on doit craindre.
2° Dédain, hautaine et fastueuse indifférence, conviction du peu de valeur des autres, et déclaration implicite de l’estime de soi.
On laisse à peine tomber un regard distrait sur la personne que l’on dédaigne.
L’homme supérieur se fait rerqgrquer par sa réserve, et le sot, par son dédain.
Il est toutefois un dédain majestueux qui peut devenir la plus noble vengeance des injures imméritées; mais c’est l’arme des forts, et ne s’en serf pas qui veut.
516 l)E L’ilOMME SOCIAL.
3" Mépris. C’est l’opposé de l'estime; c’est le profond dégoût que les vices, les sentiments bas et les actions ignobles font éprouver à une Ame délicate. L’aspect d’un hommfe méprisable lui cause la même répugnance que l'aspect d’un animal immonde.
Le mépris est ordinairement silencieux, et- se manifeste par un froid accueil, par un sourire amer, par un geste répulsif ; mais quand il passe dans le langage, il devient presque toujours une insulte sanglante.
Le mépris frappe d’autant plus rudement, qu’il lombe de plus liant.
SENTIMENTS INSPIRÉS A UNE AME ÉGOÏSTE PAR LA CRAINTE RE QUELQUE RIVALITÉ, OU PAR 1.A VUE DU RON11EUR D'AUTRUI. .
La jalousie, déjà classée parmi les défauts, et X envie parmi les vices de lame, doivent reparaître parmi les sentiments de la vie sociale qui seule peut les faire éclore. Le penchant pour l’une ou l’autre sommeille, tant qu’il n’est pas aiguillonné par la crainle de perdre ce qu’on a, ou par le désir d’avoir ce qu’on n’a pas.
Il y a une sorte de jalousie inspirée par l’amour, ou par tout autre sentiment affectueux que l'on croit menacé d’une rivalité. Mouvement passager de l’Ame, cette jalousie peut être excusable et même légitime; habitude, elle est un grave défaut.
L’amour-propre est la source d’une autre espèce de jalousie qui devient fort souvent un Irait de caractère et un danger permanent pour la morale, comme pour les rapports sociaux ; car c est un premier pas vers l’envie.
L envie est l’angoisse que ressent une Ame égoïste, à la vue