‹ Étude de la morphologie maxillo-dento-faciale et des méthodes appliquées à la réduction de ses irrégularitésChapitre 6 sur 47 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

À Monsieur le docteur Pierrre Robin, stomatologiste des Hôpitaux de Paris, professeur à l'École française de stomatologie, chevalier de la Légion d'honneur, nous offrons ce travail avec les témoignages de notre respectueux attachement.

Nous tenons à lui rappeler que nous suivrons la voie qu'il nous a tracée et nous lui adressons nos remerciements affectueux et reconnaissants. Nous sommes heureux de rendre ici hommage à son habileté professionnelle et à l'esprit pratique de son enseignement.

Avant de commencer cette étude, qu'il nous soit permis d'exposer les raisons qui nous ont fait choisir ce sujet pour

notre thèse de doctorat en médecine, et qui nous ont amené

Harpe |

à solliciter de la bienveillance de M. le docteur Pierre Robin des conseils pour nous guider dans cette contribution à l'étude d’un sujet aussi vaste.

Il uous a semblé indispensable de ne pas nous limiter aux opérations d'orthodontie pure et à leur description; nous avons pensé qu'avant d'exposer les méthodes orthopédiques appliquées à la réduction des irrégularités maxillo-dentofaciales rétablissant la physiologie normale des voies respiratoires et digestives supérieures, il était logique de faire une étude rapide de la morphologie maxillo-dento-faciale, d'envisager les rapports des voies respiratoires et digestives supérieures avec le squelette facial.

Dès notre entrée à l'École française de stomatologie, nous avons vu l'importance que prend l'application rationnelle des moyens d'orthodontie connus jusqu'à ce jour, et nous avons pu constater que les connaissances sur lesquelles se basent les stomatologistes pour traiter ces déviations deviennent de plus en plus étendues.

L'orthodontie ou orthodontosié est cetle partie de la stomatologie qui s'occupe des difformités dans l’agencement des dents sur les maxillaires et des déformations qui en résultent pour le profil de l'individu; malheureusement celte branche est longtemps restée dans l'enfance livrée aux mains des empiriques, comme le furent quelques branches de la médecine avant leur entrée officielle dans le monde médical.

La stomatologie et avec elle l'orthodontie est en pleine évolution. Les travaux de Case et d'Angle sont venus en éclairer les ténébreux problèmes. On aurait tort de croire toutefois que le dernier mot est dit et que la pratique des redressements des irrégularités de la morphologie maxillo-dento- , faciale a trouvé désormais une formule définitive dans les classifications d'où découle une thérapeutique donnée pour une anomalie définie.

Non, le dernier mot n’est pas dit encore. Pour brillantes qu'aient été les recherches de l'École américaine, elles ne sont qu'un épisode ; elles ont ouvert la voie à des découvertes non moins sensationnelles et à des méthodes dont les résultats jusqu'à présent furent méconnus.

Il était de mode encore récemment de reléguer la stomatologie à l'arrière plan des études médicales; dans ces dernières années, elle a conquis une place prépondérante dont il est bien certain que rien ne pourra la faire descendre désormais ; de notions médicales variées il se déduit une prophylaxie rationnelle des irrégularités de la morphologie maxillodento-faciale et aussi une thérapeutique efficace.

L'impulsion est donnée; le mouvement rapide qui entraine l’orthodontie dans le courant des sciences médicales ne doit plus s'arrêter ; actuellement encore, cette branche de la stomatologie semble pour certains praticiens être limitée à l'odontologie pure, mais ils méconnaissent ce qu’en orthodontie on peutretirer des éludes d'anatomie, de physiologie, de morphologie. La connaissance du développement et de l’architecture du massif facial, la cause première des irrégularités, le retentissement de l'anomalie d'une région sur une autre, toutes ces considérations furent étrangères aux premiers empiriques qui ne voyaient que l’ectopie dentaire pure et simple, ignorent qu'elle résulte d'un enchaînement de causes sur lesquelles on doit porter une action sûre pour faire une opération rationnelle.

L'énoncé des théories fondamentales exposées en son cours d'hiver à l'École française de stomatologie par le docteur Pierre Robin nous a ouvert un vaste horizon sur les bases de l'orthodontie que la lecture des classiques nous avait montré sous un jour restreint.

Nous avions été frappé de ce fait que les descriptions des

DÉUAG EE

méthodes sont immédiatement suivies des résultats obtenus sans qu'il existe de rapport entre ces travaux et l'architecture du massif facial d’une part et les fonctions physiologiques auxquelles se sont adaptées ces régions, d'autre part. La plupart des auteurs limitent leurs descriptions à l'étude de bandeaux et à la soudure de bagues d'ancrage présentant leurs procédés comme s'ils n'avaient jamais eu d'autre point de départ que le seul empirisme ; ils emploient telle méthode pour la raison unique que c'est celle qui leur semble avoir donné les meilleurs résultats dans la pratique.

En ses conférences, le docteur P. Robin, s'inspirant des théories de Darwin et Lamarck, nous avait montré que la morphologie maxillo-dento-faciale était déterminée par les fonctions auxquelles cette région s'était adaptée, que le critérium du progrès organique était bien la division physiologique du travail. Un animal occupe une place d'autant plus élevée dans l'échelle des êtres que chaque faculté se localise davantage dans un organe propre. A l'enfant qui respire par la bouche et qui présente des irrégularités de la morphologie maxillo-dento-faciale, appliquons une méthode qui dilate le plancher des fosses nasales, un appareil qui l'empêche de respirer par la bouche, nous rétablirons la physiologie normale des fonctions respiratoires et, transformant la morphologie du massif osseux où s'implantent les dents, nous agirons sur ces dernières avec d'autant plus de facilité.

La morphologie sera donc la base de notre travail, car de l'étude de la structure de la région sur laquelle nous allons agir découlera la méthode à employer pour y opérer des transformations rationnelles.

Le terme morphologie indique bien que c’est à la conformation extérieure de cette région que nous nous intéressons.

Nous l'étudierons done avec ses revêtements cutanés,

muqueux.

fe

Nous aurons en vue les conditions morphologiques de l'homme de nos jours et de nos pays et les altérations qui‘ résultent de l'atteinte portée à l'une de ces conditions; conditions de volume transformées par les hypotrophies et les, hypertrophies, conditions de longueur altérées par les anomalies de développement, conditions de rapports qui nous apparaitront avec une importance primordiale.

Nous altacherons moins de valeur aux allérations de surfaces par cicatrices adhérentes aux os et par raccourcissements résultant de fractures.

Nous nous arrêterons done uniquement à la morphologie maxillo-dento-faciale et à ses irrégularités. Nous ferons souvent appel aux données de la crâniologie qui traite des caractères différentiels du crâne et de la face dans les groupes humains en vue d’en déterminer les proportions, le volume, le sexe, l’âge, la place dans la série des êtres vivants. Nous rechercherons les caractères qui établissent des différences entre les individus et les races au point de vue maxillodento-facial, nous appuyant sur l'ostéologie qui, elle, au contraire, recherche les caractères communs à tous les os de la face.

Nous avons usé largement des travaux de Daubenton qui, en 1744, créa la morphologie crâniologique, de Blumenbach (1775), de Camper (1791), de Sæmmering, Prichard (1807), Sandifort (1830), Morton, Retzius, Carus, Foville, Parchappe, Serres et des auteurs récents comme MM. Davis, Thionam, von Baer, Broca, Gratiolet, Owen, Huxley, Busk, Carter, Blacke, His, Rutimeyer, Virchow, Pruner Bey, Huschke, Quatrefages, Hamy, Lucæ, Bertillon, Topinard, Sauvage, Pozzi, Thooris, etc.

L'orthodontie, considérée même dans ses opérations les

plus simples, transforme la morphologie maxillo-dento- Fauconnier À 2

faciale dans d'importantes proportions ; de là l'utilité d’avoir recours à des méthodes rationnelles, car l’orthodontie est une des parties les plus difficiles de notre art stomatologique à cause de la variété infinie d'irrégularités de rapports dentaires, de malformations des maxillaires que l'on peut avoir à traiter, et de la quantité d'appareils qui ont été inventés dans ce but donnant bien, par leur multiplicité, la preuve de la difficulté de leur application et des résultats. médiocres qu'on n'obtenait parfois qu'à longue échéance.

L'orthodontie comporte donc une grande somme de difficultés, et c’est une partie dans laquelle le praticien est souvent loin de voir ses peines rémunérées dans une juste proportion; le défaut d'intelligence et de culture amène bien des personnes à regarder avec beaucoup d'indifférence toute irrégularilé dentaire, ostensible stigmate de dégénérescence.

Pour les personnes qui ne sauraient apprécier lesavantages d'une réduction obtenue avec les plus grands efforts, il serait peu judicieux d'imposer ou même d'encourager des opérations longues et difficiles, car on courrait le risque de les voir tout abandonner au milieu du traitement.

Ce nombre considérable des appareils destinés à corriger les dévialions dentaires suffirait, avant tout examen, à faire émettre des doutes sur leur efficacité ; mais au fond, malgré l'apparence d’une diversité infinie, ils diffèrent seulement par des détails insignifiants et chaque inventeur attribue à ce détail les résultats qu’il a obtenus.

En réalité, ils sont tous basés sur l’action d'une force suffisante, progressive et continue sur le collet de la dent, ils ont un point d'appui fixe qui permet d'exercer cette force tout en provoquant le minimum de gêne pour le patient.

Ces instruments ont fait leurs preuves; nous étudierons la valeur de leurs résultats et l’ensemble des orthodontistes

considérant qu'ils réalisent la meilleure des instrumentations semblent depuis quelques années trouver inutile de chercher plus loin.

C'est alors que le D' Pierre Robin émit sa méthode sur la dilatation des deux maxillaires, signalant les bénéfices qu'on en pouvait relirer en orlhodontie et pour la régularisation esthétique du profil. Il ouvrit à l'orthodontie une voie toute nouvelle et bien plus vaste, libre de tout empirisine, essentiellement médicale.

Jusque-là on ne voyait que la dent en ectopie, on fixait le regard sur elle, oubliant d'envisager que c'est là une résultante, un symptôme de tare de dégénérescence de cette région des os de la face; méconnaissant les rapports entre celte anomalie et celles des fosses nasales et du palais atteints d'hypotrophie. Malheureusement, la plupart des orthodondistes font une thérapeutique symptomatique, s'arrêtent à cette dent, la malmènent, la font venir à la place qu'elle devrait occuper, après avoir, par des extraclions, mutilé des maxillaires et arrivent parfois à ce fait que, ayant feint de méconnaitre la cause, l’atrésie des maxillaires, la dent reprend à bref délai sa position ectopique.

Seule la pathogénie peut éclairer ici la thérapeutique ; pour s'occuper d’agir rationnellement sur des maxillaires atrésiés et chargés de dévialions dentaires, il faut envisager les causes multiples d'où découlent ces lésions et ne pas s'adresser à la dent anormalement placée avant d’avoir agi sur le terrain, sur le maxillaire où elle s'est développée.

En introduisant dans la pratique du redressement des dents un procédé nouveau fondé sur les théories les plus rationnelles et sanctionné d'ailleurs par une expérience de plusieurs années, procédé tout à la fois plus puissant et plus sûr qu'aucun de ceux employés jusqu'à ce jour, le D’ Robin

PDA OR

a comblé une lacune considérable; il l’a comblée en créant un appareil d'une supériorité incontestable, résultant de sa composition non métallique, de l'étendue de ses points d'appui, de l'absence de tout,danger, soit pour les dents, soit pour les gencives, de la continuité et de l'énergie de son aclion, de la possibilité de donner à celle-ci la direction, de la concomitance de la dilatation des maxillaires et des retentissements qu'a celle-ci sur les fosses nasales, sur les fonctions de respiration, de phonation.

Dans les cas de déviation que l’on a chaque jour à traiter, on se soucie non seulement du choix de l'appareil, de sa confection intrinsèque et de son -ajustement dans la bouche, mais encore on cherche à expliquer les causes de la déviation; cela suppose une étude rapide de l'anatomie, de la physiologie, de l'embryogénie et de la tératologie des dents.

Afin de mettre dans ce travail l'ordre nécessaire à l’exposition des méthodes d’orthopédie appliquées à la réduction des irrégularités maxillo-dento-faciales et des résultats qu'on en peut obtenir quand on s'en sert rationnellement, nous avons divisé ce travail en trois chapitres.

Le premier chapitre, subdivisé en onze articles, comprend l'étude rapide des maxillaires, des dents, de l'articulation temporo-maxillo-dentaire, de la courbe de Spee, considérés au point de vue de leur développement, de leur adaptation et de leur morphologie. Nous nous arrêterons ensuite à la dent critérium ou dent pronostic des rapports des maxillaires entre eux. Nous envisagerons la mâchoire normale selon Hawley, Bonwill et nous nous efforcerons de montrer qu'elle n'existe pas sous un type unique. Nous nous occuperons de la terminologie anthropologique, concernant l'étude du crâne humain en orthodontie, la profiloscopie, la morphologie des

expressions de physionomie que nous ferons suivre de l'étude

Page 1