‹ Etude De La Thyroxine Synthétique Et De Son Emploi ThérapeutiqueChapitre 6 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les modifications qu’ont subi, dans les 20 dernières années les extraits de glandes endocrines ont eu pour but principal d'améliorer leur pureté et de les rendre plus stables et plus actifs.

C’est ainsi qu'après avoir injecté sous la peau des extraits glycérinés d’organes on s’aperçut que l’ingestion de la glande crue donnait des résultats aussi bons, sinon meilleurs. Dans certains cas on faisait macérer l'organe et l’on injectait en lavement le liquide de macération à l’aide d’une très longue sonde rectale. Puis les découvertes de la physique et de la chimie permirent la préparation des poudres d'organes desséchées par le vide ou une basse température. Mais ces procédés, malgré tous les progrès qu’ils représentent, ne donnent pas des produits d’une pureté et d’une stabilité parfaites. La stérilisation qu'ils subissent, soit par la chaleur, soit par les antiseptiques, est susceptible de modi-

fier leurs principes actifs. Aussi la chimie s'est appliquée à isoler les hormones glandulaires à l’état de composés chimiques définis et même dans certains cas à les synthétiser.

Il en est ainsi pour l’adrénaline isolée en 1901 par Takamine, l'insuline en 1922, par Banting et Best au Canada; plus récemment la thyroxine (Kendall, 1915) et la folliculine.

La découverte de la. thyroxine par Kendall, sa synthèse par les Ecossais Harington et Barger, peuvent compter au même titre que l'insuline parmi les plus belles conquêtes de la chimie moderne, conquête d’autant plus remarquable qu'elle intéresse la glande la plus importante du corps humain, celle qui de l'avis unanime domine non seulement la pathologie endocrinienne mais encore la pathologie toute entière puisqu'elle est « la glande de l'activité ». |

C’est la thyroxine, produit de synthèse, que nous voulons étudier dans ce travail.

À son sujet plusieurs questions se sont posées. Elles ne sont pas toutes résolues : Est-elle l’hormone de la glande, ou seulement un des éléments de celle-ci ? Son action est-elle identique à celle de la glande et de ses extraits ? Quelles sont les relations quantitatives entre ces produits ? Présentet-elle sur eux des avantages, ou bien des incon-

vénients ? Son emploi est-il plus ou moins dangereux que celui des produits glandulaires ?

Les solutions de tous ces problèmes ont tenté

De LUE

bien des chercheurs. Leur passionnant intérêt a valu à la science de fort beaux travaux:

En Angleterre, de Murray, D. Lyon, Harrington, Barger;

En Allemagne de Oswald, F. Hildebrandt, Haffner E. R. Grawitz et W. Dubberstein ;

Aux Etats-Unis, de Kendall, Plummer, Boothby, et Sandiford, Osterberg ;

En France enfin où l'impulsion fut donnée par les recherches de P. Sainton et de ses collaborateurs : Véran, Mamou, Simonet, de M. Labbé, Mouzon à Paris, Lucien, Parisot et Richard à Nancy.

Avant d'entrer dans l’étude de la thyroxine synthétique, nous résumerons les principales données que l’on possède sur l’hormone thyroïdienne ; nous envisagerons ensuite les travaux qui ont conduit à l'isolement de son principe actif, la thyroxine ; nous envisagerons ensuite sa composition chimique, sa synthèse, son action physiologique sur l’animal et sur l’homme. Nous terminerons par son action sur l’homme hypothyroïdien, en insistant sur l’importance de la recherche du métabolisme basal avant

et au cours du traitement.

RE TRS

L — La Sécrétion Thyroïdienne.

L'HORMONE THYROIDIENNE

La thyroïde fut connue dès la plus haute antiquité.

Galien la décrit vaguement.

Vesalius la décrit plus complètement en 1543.

Eustachius en 1551 reconnaît que l’isthme est une partie importante de la glande.

Casserius en 1601 assure qu’elle est composée de 2 parties mais la notion de sécrétionendocrinienne semble remonter au xvu® siècle. Wharton, un médecin- anglais publiait en 1656 un livre intitulé Adenographia dans lequel, avec une précision et une perspicacité remarquables, il semble avoir entrevu la fonction de la glande thyroïde, qui l'avait frappé par son extrême vascularisation. Il suggère qu’elle « contribue de quelque substance au sang ».

Cent vingt ans plus tard, Théophile Borden avance la théorie que, non seulement chaque glande, mais encore chaque organe du corps élabore une substance spécifique, ou sécrétion, et que ce qu'il nomme « intégration physiologique du corps »

Are

(qu'il faut sans doute interpréter comme la somme des phénomènes physiologiques) dépend de l’ensemble de ces sécrétions.

Peu à peu, on finit par reconnaître que les symptômes de crétinisme endémique ou sporadique, le myxæœdème et ce que l’on nommait cachexia strumapriva, ont pour facteur commun l'absence de thyroïde et que l’absorption de thyroïde améliore l’état général et en fait régresser les symptômes.

Coindet, en 1820 rapporte la diminution des goitres après administration de sels iodés. D'ailleurs n’avait-on pas, depuis l'antiquité, administré aux goitreux des algues ou des éponges chargées d’iode ? (Roger de Palerme, Ecole de Salerne).

En ce qui concerne l’hypothyroïdie c’est en Angleterre en 1836, que Sir Ashley Cooper pratiqua la thyroïdectomie sur de jeunes chiens et ne découvrit rien d'autre que le fait qu’ils survivaient à l’opération.

Au même. moment, T. W. King, un de ses compatriotes écrivait au sujet de la glande thyroïde — « Gomme toutes les autres parties, il faut qu’elle soit nourrie, mais au contraire de certaines parties de la même espèce sa nourriture ne semble pas être la plus importante intention de son apport vasculaire. Un jour, nous serons peut-être capables de démontrer qu’un principe maternel particulier est formé lentement et tenu partiellement en réserve et que ce principe est aussi supplémentaire d’importantes fonctions subséquentes au cours de la cir-

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culation après qu'il a été déversé dans la veine cave descendante ». |

En 1847, le D' Hugh Norris découvrit la fréquence du crétinisme dans un village de goitreux du Comté. de Somerset et en déduit que là coexistence du crétinisme et du goitre ne doit pas être considérée comme une simple coïncidence mais qu’on doit y voir une relation de cause à eflet.

En 1850, T. B. Curling, après avoir autopsié deux crétins sporadiques constate une absence totale de glande thyroïde.

Puis Hilton Flagg démontre en 1871 l'identité du crétinisme endémique acccompagné de goitre et du crétinisme sporadique avec absence ou dégénérescence de la glande thyroïde.

Reverdin en 1882 et Kocher en 1883 provoquent pour la première fois le myxœdème expérimental par ablation de la glande thyroïde chez l'animal.

Simon, Horsley, par diverses expériences font progresser l’idée de déficience thyroïdienne dans le myxœdème et les états similaires.

C'est en 1890 que Bettancourt et Serrano pratiquent pour la première fois et avec succès la grefte thyroïdienne sous-cutanée chez les myxæœdémateux.

Les expériences se pousuivent alors dans la même direction et Wassale en 1891 arrive à prévenir la cachexie strumiprive chez les chiens en leur faisant des injections intraveineuses de leur propre glande thyroïde.

C'est Murray, qui, la même année, traite un

patient à l’aide d’injections sous-cutanées de glande thyroïde de mouton et voit les symptômes de myxædème régresser.

En 1892, Owitz de Copenhague préconise l’emploi de glande fraiche dans le traitement du myxœæœdème.

Mackenzie et Fox rapportent les mêmes bons résultats obtenus par ingestion buccale de laglande et sont les premiers à constater et à décrire les symptômes d'intoxication thyroïdienne par dose excessive.

En 1895, Ord qui étudiait la question depuis re temps, soigne avec White un sujet myxœdémateux, par administration quotidienne de 20 gouttes d'extrait thyroïdien glycériné de mouton. Ils en tirent les conclusions suivantes :

19 L’urine est accrue en volume ;

29 L’azote éliminé dans l'urine est en excès de l’azote total contenu dans les aliments;

30 L’élimination d’acide phosphorique et de chlorine n'est presque pas affectée ;

40 L’excès d'azote excrété l'est principalement sous forme d’urée ;

59 Le poids du corps diminue rapidement ;

60 La température du corps s’élève.

D'importants travaux furent alors poursuivis en Allemagne avec Leichenstern et Wendelstat (894) Emminghaus et Reinhold.

Les travaux de Mendel, Vermehren, Napier, Dennig, Bleibtreu, et Roos démontrèrent que non seulement l'ingestion de glande thyroïde améliore

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