VIII. — COMMENT SERA COMPOSÉE LA GRAMMAIRE INTERNATIONALE
La grammaire internationale devra être l'essence et la simplification de toutes les grammaires.
« La grammaire est tout : c'est elle qui fait le caractère d'une langue, c'est elle aussi qui en fait la difficulté ». (Hist. de la langue universelle, Leau et Couturat, p. 530).
Des philosophes ont pu démontrer qu'il serait possible de construire une langue sans suivre la division habituelle des grammaurcs modernes, c'est-à-dire sans classer les parties du discours en catégories distinctes : substantif, adjectif, verbe, adverbe, etc.
Il est cependant admis que habitude est une seconde nature et, pour le peuple, on ne fera rien de plus simple ni de plus compréhensible.
Nous avons déjà dit que la langue universelle ne devra pas nuire à l’étude des langues nationales, nous nensons qu'il faut suivre le plan traditionnel et mettre en regard de chaque catésorie grammaticale habituelle la catégorie proposée pour la langue universelle,
Nous suivrons donc la tradition et nous respecterons la division admise pour les parties du discours.
Nous avons vu eue la partie invariable du mot se nomme radical, C'est au radical qu'il faut ajouter les diverses désinences que nous enseigne la grammaire.
L'objet vrincinal de la grammaire internationale sera donc l'étude des finales.
Avec œuelaues règles excessivement simples nous créerons tous les mots dont nous pouvons avoir besoin pour traduire
aies
n'importe quel texte. Tout mot variable aura sa finale caractéristique : on ne pourra jamais faire de contre-sens, car la livrée du mot nous rappellera constamment son véritable rôle grammatical.
Souvent nous pourrons rendre d'un seul mot une pensée que les autres langues ne peuvent exprimer sans avoir recours à des périphrases ou à des idiotismes qui nese correspondent pas dans les diverses langues : au lieu de rendre des mots par d'autres mots, nous apprendrons à traduire la pensée exacte, car lout signe employé devant correspondre à l'idée et réciproquement, il n'y aura plus ni ealembours, ni ambiguilés possibles. Nous avons vu que dans les langues nationales, il y a beaucoup irop de suffixes qui ont perdu leur raison d'être ; nous ne ccnserverons que Ceux qui sont nécessaires Comme symboles d'ilées bien définies. Ils ajouteront leur signification particulière à la signification générale de la racine. Ils seront des multiplicateurs puissants, mais aussi des aide-mémoire pratiqques.
La grammaire nous enseignera l'emploi des suffixes indispensables. Ils auront toujours une signification déterminée, comme les finales qui jouent elles-mêmes le rôle de suffixes.
IX. — EST-IL BIEN NÉCESSAIRE DE REMPLACER DES FINALES NATURELLES PAR DES FINALES CONVEN- TIONNELLES ?
Il n'y a pas, pour ainsi dire, de finales naturelles qui soient internationales. Vous appelez naturelle la finale qui vous plait, mais votre voisin en a une autre qui lui p'ait lout autant.
Pour un Français, la finale aison est la finale naturelle dans déclinaison ct conjugaison ; pour un Anglais, c'est ation dans declination el conjugation ; pour un Italien, il faut azion, pour un Espagnol acion, pour un Roumain are etc. Le Français trouve naturel de dire vendable, quand l'Anglais dit vendible et l'Italien avec le latin vendibile. plus harmonieux. Quand le mot national a une finale caractéristique, il est plus facile à retenir el à comprendre puisqu'on aperçoit immédialement son rôle grammatical.
Le suffixe ment est la caractéristique de l'adverbe et l'étranger qui connait les adjectifs adroit, amer, agile.admirabl= comprend sans explication les mots adroitement, amèremant agilement, admirablement. T! conslruira de lui-même des adverbes du mème genre, sauf quelques fautes d'orthographe dues à l'irrégularité de notre langue : avec impuni il cons-
ssl
Entre
tiruira impuniment avec savant, savantement. Mais il ne faut pas trop se fier à cetle finale qui n'est plus adverbiale dans qes mols comme abattement, vêtement, consentement, etc.
Il est assez facile de deviner un verbe dans notre finale er: nous reconnaissons le sens verbal dans jardiner et fumer, mais jardinier est un homme et fumier un objet. Le suffixe ier devient mauvais guide dans : barbier, plumier, prunier, printanier, prier, puisque nous avons là une profession, un contenant, un arbre, un adjectif, un verbe. Pourquoi plumer signifie-t-1] enlever des plumes, alors que plomber signifis mettre du plomb ?
J] faudra des années pour qu'un étranger puisse s’y reconnaitre dans toutes ces anomalies. Et il n'arrivera jamais à admettre que la régularité serait contraire à la beauté de celte langue qui n'est pas la sienne. Une série comme : mort, mortel, mortellement, ne s'apprend-t-elle pas beaucoup plus rapidement que la série : parole, verbal, oralement ? Et ne soubailerait-on pas que la série comprit en outre le verbe régulier ? Comment deviner que mort produit le verbe mourir, que les adjectifs eral et verbal ont pour verbe le mot parler ? Pourauoi dit-on inconnu s'il n’y a pas de verbe inconnaître ? Où sont les verbes correspondant à indulgent, fervent, permanent ct qui existent en latin? Quel est le substantif de insidieux ? Quel est l'adjectif de immunité, inanité ? Pourquoi les adjectifs canin, caudal, labial, odieux, chauve, digital, urticaire sont-ils si différents de chien, queue, lèvre, haine calvitie, doigt, ortie ? Pourquoi sel fait-il saler ? Pourquoi âpre, asvérité ? Pourquoi or. aurifère ?
Celte critique ne s'adresse pas plus au français qu'aux autres langues. Il en est partout de même et il n'est pas rare de voir un verbe perdre tout contact élymologique avec le substantif qui exprime son action ou son état. Bien plus, on trouve des verbes qui n'arrivent pas À se conjuguer seuls : ils empruntent le secours d’autres verbes, ou se font remplacer en cours de conjugaison par une autre racine verbale. Le Français n'admet pas que l'espagnol ail 400 verbes irréguliers, mais l'Espagnol admet encore moins que le français en ait plus de 600. IT est vrai que nous avons 2.265 formes grammaticales. Les personnes qui protestent contre l'artificiel n'ont jamais considéré de près ce qu'ils appellent le naturel, car trompés par ces mots, ils ne s’apercoivent pas qu'ils opposent lanarchie à un régime d'ordre. La filiation légitime doit l'emporter sur la filiation naturelle.
Le langage de l'enfant qui forme d'instinct des mots fort clairs, des barbarismes fort utiles, est bien plus logique que