CHAPITRE III. — INFLUENCE DES TRADITIONS RELIGIEUSES
Il est impossible de parcourir même superficiellement la dernière colonne de ce tableau sans être frappé du contraste violent qui existe entre tous les cantons catholiques (exceptons-en peut-être Soleure, qui contient d'ailleurs une notable proportion de prolestants) et tons les cantons protestants sans aucune exception.
La religion, ou plutôt les habitudes religieuses, ont donc sur la proportion des divorces une influence prépondérante et beaucoup plus marquée que celle de la race par exemple. Sans entamer encore ce dernier sujet, que nous réservons pour le chapitre suivant, qu'on nous permette une remarque générale.
C'est qu'il semble, d'après les chifi^res qui concernent les cantons mixtes par exemple, qu'ici ce sont les traditions religieuses, ou, comme je disais, les habitudes religieuses qui ont une influence, plutôt que la religion elle-même. Genève, par exemple, est une ville plus catholique que protestante si Ton s'en réfère au nombre des habitants de chaque culte. Et pourtant les traditions de la ville de Calvin sont éminemment prolestantes. Le nombre des divorces y est extrêmement élevé.
§ 11. — Étude de la Suisse (suite). Ménages protestants, ménages catholiques et ménages mixtes, — L'action de la religion sur la fréquence du divorce peut encore être étudiée en Suisse par une méthode plus directe.
La statistique suisse relève en effet la religion des divorcés. De plus, le recensement de 1870 nous fait connaître le nombre des couples existants de chaque religion. Nous pouvons donc calculer le rapport suivant (qui exprime seul, comme nous l'avons exposé, la probabilité du divorce) : Sur 1,000 couples existants de chaque religion, combien de divorces annuels?
De V exacte valeur des chiffres du tableau VI. — Nous 7*apportons dans ce tableau le nombre des divorces au nombre des couples vivant ensemble (un certain nombre d'époux suisses, — 18,000 environ, — ne vivant pas ensemble,
quoiqu'ils restent en bonne intelligence). Ce rapport peut se noter ainsi : —
la lettre di représentant le nombre des divorces et la population des époux vivant ensemble.
Mais le recensement de 1880 n'étant pas publié au moment où nous écrivons, nous sommes iorcéde recourir à celui de ISTOquiestun peu ancien pour la période
di 1877-80. Il en résulte qne, dans notre fraction <p-, P est un peu trop faible, et
que par conséquent la valeur de la fraction est un peu exagérée.
Malheureusement nos chiffres sont atteints d'une cause d'erreur plus grave qui affaiblit la valeur de tous nos rapports ; c*est que, sur 3,866 divorces qui ont eu lieu dans l'ensemble de la période 1877-80, il en est 466 où la religion des époux ne nous est pas connue. Nos chiffres sont donc tous affectés de deux erreurs : Tune qui élève un peu leur valeur, Tautre qui l'abaisse d'environ un huitième.
Tableau VI.
Suisse (1877-80). — Sur 100,000 couples vivant ensemble de chaque religionj
combien de divorces en un an f