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Duhem, la théorie physique

386 BASfcS DE LA CONNAISSANCE LT DE LA CROYANCE

éthéré analogue à L'ondulation du milieu sonore (Fresnel), ou comme une ocillation très rapide d'une polarisation diélectrique (Maxwel). Or toutes ces représentations auront encore la prétention de nous faire approcher de plus en plus de la réalité qu'est la lumière, et de nous en expliquer le mécanisme. Une représentation de cette espèce, quoique hypothétique, est donc nécessairement explicative ; à plus forte raison une classification naturelle, telle que M. Duhem l'a donnée pour fin dernière à la science physique, classer, La classification naturelle, en effet, par opposition à piquer* une classification artificielle purement arbitraire, doit nous révéler, non pas un ordre quelconque, mais celui qui existe au fond des choses ; elle doit nous montrer les êtres groupés d'après leurs caractères, en genres et espèces, dans la diversité et l'unité d'un même plan naturel. Mais les notions de caractère naturel, de genre, d'espèce, de degré, d'ordre, d'unité sont des données explicatives de cette métaphysique élémentaire du sens commun, qui guide les savants à leur insu, et dont ils ne peuvent pas plus se passer que de l'air et de la lumière du jour. Donc, bon gré, malgré, ne leur en déplaise, ils expliquent ou essayent d'expliquer le pourquoi et le comment des phénomènes qu'ils étudient, et se servent de la métaphysique des causes à leur insu '. Siiaterre Aussi lorsque nous entendons des savants nous dire que la science ne nous fournit jamais de vraies explications, mais seulement des symboles, nous ne comprenons plus.... Et lorsqu'ils ajoutent que, par exemple, la proposition « la terre tourne » n'est ni vraie ni faus-

i. «Ne leur eu déplaise, ils font tout comme ceux de la vieille école, et c'est bien heureux ! « Comment cela se passe-t-il. pourquoi cela est-il ainsi » .' Telles sont les questions qu'ils se posent et telles son! aussi les seules qui soient digues d'eux... il n'est aucun de leurs in vaux qui ne devienne ainsi contre eux un argument «'/ hominem, >•

Vicaire, ai t cité, |> H3

tourne ?

se », mais seulement « symbolique » et « commode », nous sommes bien tentés de leur répondre par Je mot de Galilée : « et pourtant elle tourne » ! e pur simuove1 ! Sans doute, c'est la merveilleuse « commodité » de l'hypothèse à tout expliquer, qui nous porte à la croire vraie, mais il faut nécessairement qu'elle soit vraie ou fausse. Que si la science ne peut espérer le savoir, qu'elle cesse de s'en occuper! Quant à transposer cette proposition si claire : « la terre tourne » et la notion même du « mouvement », en une représentation symbolique et figurée, sans aucun rapport possible de ressemblance avec la réalité, et partant « ni vraie ni fausse », c'est là une conception que le génie de Galilée aurait refusé de comprendre, parce qu'elle n'a aucun sens et qu'elle aurait rendu sa lumineuse explication parfaitement inintelligible.

A ces tentatives d'agnosticisme scientifique ont ap- La nuuplaudi quelques apologistes catholiques, séduits par école l espoir d y trouver de nouvelles armes pour leur foi, ionique et un nouveau terrain d'accord entre la science et la foi. « Si la foi, disait l'un d'eux, nous fait seule connaître les réalités suprasensibles, tandis que la science n'atteint que les apparences, leurs domaines sont totalement différents, étrangers l'un à l'autre, et alors le conflit de la science et de la foi n'est plus possible 2. »

Assurément, s'il en était ainsi, le conflit ne serait plus qu'apparent, mais cette apparence persisterait quand même, avec son caractère scientifique; elle au-

1. Cf. Poincaré, La science el l'hypothèse, p. 141 ; La valeur de la cience, p. 211.

2. Bévue du Clergé français, lo juillet 1906. p. 414. — Kant avait déjà dit : « Jai dû supprimer le savoir [das Wissen) pour y substituer la croyance {das Glauben)... Ainsi la critique a l'inappréciable avantage d'en finir une bonne fois avec toutes les objections contre la morale et la religion ». Critique de la raison pure, 2e édit. , préf. — On trouve aussi dans Newman une pensée analogue : La science (y compris la théologie), semble se mouvoir dans un autre plan que celui de la foi.

BASES UE LA CONNAISSANCE ET DE LA CllGVANCE

rait autant de force et de prestige que la science ellemême, cl son scandale continuerait à troubler leseonsciences. Ce n'est donc là qu'une solution purement verbale, puisque les apparences de la science et les prétendues réalités de la foi continueraient à s'opposer el à se combattre.

Le problème actuel de l'accord de la science et de la foi consiste précisément à dissiper ces antinomies apparentes entre les données de nos dogmes et celles des sciences modernes. 11 s'agit de résoudre les problèmes philosophiques, scientifiques et historiques de la religion, et non de les nier. Et si toutes les solutions ne sont pas encore trouvées, de les rechercher avec pleine confiance que leur découverte sera le résultat naturel du progrès'. Le système qui divise l'esprit humain en deux compartiments séparés par une cloison étanche serait contre nature, car les vérités ne peuvent s'opposer aux vérités. L'accepter ou s'y résigner risque trop de faire suspecter notre logique, et peut-être la sincérité de notre foi.

Cet accord purement verbal ne reposerait d'ailleurs que sur une fausse notion de la science et de la foi, dont les deux domaines respectifs ne sont nullement opposés comme le monde des apparences et celui de la réalité. N'est-ce pas un paradoxe d'affirmer que les

1. « Cet effort de rationalisation de l'objet de la foi est précisément l'effort de l'apologétique philosophique (scientifique) et historique : il n'en est pas de plus indispensable à la Religion. Il aboutira, ou l'Eglise perdra d'abord l'élite des esprits, et bientôt après les simples. C'est une question de vie ou de mort. Le ridéisme est mal venu de railler cet effort et ses insuccès partiels, d'opposer la sérénité de sa foi aux yeux bandés, aux angoisses d'une foi qui tâtonne et se fatigue à rassembler en un foyer des rayons de lumière partout épars. Il lui est seyant, en vérité, de se désintéresser de la « logique » (ou de la science) et de nous ofirir comme solution du problème qu'il s'obstine à ne pas voir, son apologétique d'autruche et sa foi du charbonnier. Mais qui voudrait donc, à la réflexion, d'une foi étrangère à la raison? » Bandin, Revue de philosophie, juin-octobre iVHiti, p

sciences expérimentales n'atteignent que des apparences, tandis que la foi atteindrait seule le réel ; et ne serait-il pas plus exact, au contraire, de dire avec S. Paul que notre foi, ici-bas, n'atteint que des symboles et des apparences énigmatiques ', puisqu'aucun des attributs créés, pas même la notion d'être, ne convient à Dieu que dans un sens analogique et mystérieux, — tandis que seule la science atteint directement son objet, le réel, et en parle au sens propre et sans analogie.

Nous ne nous laisserons donc pas séduire par les apparences simplistes d'un tel argument apologétique, à peine renouvelé du fidéisme, parce qu'il est équivoque et ne nous apporterait qu'une paix trompeuse.

Aux sciences mathématiques et physiques s'opposent m les sciences morales. Ce sont celles qui étudient les Medèstle phénomènes, les causes et les lois de l'activité humaine et libre, soit dans les individus, soit dans les familles, soit dans les sociétés. Les causes et les lois qu'elles c herchent à dégager des faits sont donc d'ordre moral, au lieu d'être d'ordre physique ou mathématique. Mais ces sciences se distinguent encore, en ce qu'elles font plus ou moins appel à un critère différent des sens et de la raison, à l'autorité du témoignage ; et l'histoire est le type de ces sciences morales principalement appuyées sur le témoignage. C'est bien par l'observation et l'induction que l'historien dégage les causes et les lois de l'histoire ; mais il ne peut observer lui-même, encore moins expérimenter les faits historiques, et doit s'en rapporter aux dépositions des témoins.

Or, notre confiance dans le témoignage humain repose sur une loi morale de la personne humaine, sur sa véra-

•1. « Fides argumentum non apparentium. . . per spéculum et in rpnigmate ». S. Paul, ICor., 13, 12: Hebr., il, 1.

sciences morales.

cité dans des conditions données. Etcomme ces lois morales sont bien moins inflexibles que les lois physiques, encore moins que les lois mathématiques dont la rigidité est absolue, il s'ensuit que le point d'appui solide de la certitude morale, sera encore plus délicat à trouver que celui de la certitude physique ou métaphysique ; et partant, que la certitude morale elle-même sera inférieure, à ce point de vue, aux autres certitudes. dorait6 Cependant on aurait grand tort de confondre la cerelbiiitéa titude morale avec une simple probabilité plus ou moins grande. Ce serait là un abus de mots et une confusion d'idées. Que l'histoire ne donne très souvent que des probabilités, c'est un fait manifeste que nous nous garderons bien de contester ; mais s'il en est ainsi, c'est moins à la méthode historique qu'il faut s'en prendre, qu'à la rareté et à l'imprécision ordinaire de nos matériaux historiques, de nos sources d'information, et aussi à la conscience de l'historien, qui luidéfend de suppléer à ces lacunes, malgré la tentation qu'il en éprouve trop souvent, car sous prétexte d'interpréter les documents, on ne les fait que trop souvent parler, lorsqu'ils ne disent à peu près rien.

Ces lacunes sont regrettables, sans doute, mais il faut bien se contenter de probabilités, là où la certitude nous échappe, vraie Heureusement, l'histoire ne contient pasque des lacupsrfaite. nés. Il y a des époques et des contrées, où les témoignages abondent, avec une clarté, une concordance et toutes ces autres preuves morales, qui ne nous permettent plus de douter que les témoins ne soient ni trompeurs ni trompés. 11 nous faut donc croire à leur témoignage, pour rester raisonnables, et notre foi en leur parole doit exclure tout doute légitime. Qui pourrait raisonnablement douter de L'existeuce de Napoléon Ier, de ses victoires à Austerlitz et à Marengo, de son retour de l'île

DIVERSITÉ DES MÉTHODES ET DES CERTITUDES :>>-(l

d'Elbe, de son exil et de sa mort à Ste-Hélène ? Les faits plus éloignés, tels que l'assassinat d'Henri IV, la mort et la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, n'en sont pas moins certains, et l'usure du temps n'a pu en rien diminuer ces certitudes.

Les certitudes morales peuvent donc exclure tout doute, et, en ce sens, être aussi complètes que les certitudes d'ordre physique ou métaphysique, quoique l'aspect de leur lumière soit d'espèce bien différente.

Parmi les certitudes morales, ou fondées sur des lois Certitude morales, il en est qui pour briller à l'esprit exigent profonde, certaines dispositions morales, telles que l'amour de la vivante vérité, la rectitude de la volonté, la pureté du cœur, la noblesse des sentiments, et auxquelles les modernes réservent surtout le nom de certitudes morales. Telles sont l'existence, la beauté et la bonté de Dieu ou de sa loi, la morale et les mystères de la religion chrétienne. Pour être pleinement comprises, ces vérités ont besoin d'être vécues; mais une fois expérimentées, leur certitude envahit l'âme tout entière, avv oly zy ^v%>5, avait dit le divin Platon. Au lieu de n'effleurer que le sommet de l'esprit, comme les certitudes mathématiques, elles ont rempli l'être humain tout entier, pénètrent et dirigent sa conduite, et le poussent souvent jusqu'aux actes les plus héroïques, y compris le sacrifice même de sa vie. On peut vivre et mourir pour Dieu et la vertu, tandis qu'on ne vit ni ne meurt pour un théorème géométrique, si certain qu'il apparaisse à l'esprit.

Ici nous touchons du doigt la supériorité de la certitude morale sur toute autre certitude. Si la certitude métaphysique est plus claire pour la pointe de l'esprit , la certitude morale gagne en profondeur et en étendue ce qu'elle perd en clarté de surface. Et comme elle pénètre et envahit toutes les puissances de l'homme, on peut dire qu'elle est vivante et agissante, et qu'elle seule peut rassasier pleinement la nature humaine.

De rés ^e sera't lcl 'e ''eu d'ajouter que la certitude peut dans avoir non seulement desespèces différentes, mais encore

toutes les r

Cud's différents degrés, quoi qu'en aient dit les cartésiens, pour lesquels la certitude, étant indivisible, existe ou n'existe pas.

Sans doute, et nous l'accordons volontiers, en tant quelle exclut le doute, la certitude est ou n'est pas ; mais ce n'est là que son point de vue négatif. Après l'exclusion de tout doute raisonnable, il faut aussi considérer l'adhésion positive que l'esprit donne à la vérité certaine, et cette adhésion, étant plus ou moins intense et profonde, peut avoir des degrés.

Quels sont, en effet, les principes générateurs de la certitude?

Les premiers sont subjectifs et proviennent des instruments de connaissance ; ce sont tantôt des intuitions directes des sens et de l'esprit, tantôt des intuitions médiates et indirectes du raisonnement. Or d'ordinaire les jugements immédiats sont plus clairs que les jugements médiats et discursifs ; l'évidence immédiate plus claire que l'évidence médiate. Il y aura doue des degrés de certitudes correspondant à ces divers degrés d'évidence.

Même dans les jugements immédiats, nous pouvons encore trouver divers degrés de clarté. Ainsi la vue est plus claire que l'ouïe, l'intellect plus clair que les sens, etc.

Les seconds principes générateurs de la certitude sont au nombre de trois : les objets qui n'ont pas tous le même degré d'intelligibilité, et sont plus ou moins complexes, plus ou moins difficiles à saisir; — les motifs particuliers qui sont plus ou moins nombreux, plus ou moins parfaits ; — enfin Vévidence objective elle-même qui peut avoir, comme la lumière du soleil, divers degrés de splendeur.

L'expérience d'ailleurs suffirait à prouver notre thèse. La même vérité ne produit pas la même certitude chez tous, et cela dépend des aptitudes et des dispositions du sujet. Le savant est plus certain que l'ignorant de la rotation de la terre. Et, à dispositions égales du sujet, les objets n'apportent pas tous la même conviction, ayant des clartés d'espèce fort différente. Voilà pourquoi, par exemple, les vérités de la Géométrie seront pour tous beaucoup plus claires et plus convaincantes que les vérités les mieux établies de la chimie ou de l'histoire.

Concluons que la lumière intellectuelle, comparable L'Arc-enen cela à la lumière du soleil, a tout ensemble des de- "uLfèrè8 grés et des nuances innombrables. Toutefois, de même V^eiVe.0" que les physiciens ont pu distinguer dans les nuances infiniment variées de l'arc-en-ciel trois couleurs fondamentales, possédant des propriétés physiques et chimiques fort différentes, mais ayant cela de commun qu'elles sont toutes capables de chasser nettement les ténèbres de la nuit, et de nous éclairer assez pour nous permettre de nous guider sûrement dans notre marche et tous nos mouvements ; ainsi, dans l'arc-en-ciel radieux de la lumière intellectuelle, les philosophes ont nettement distingué trois espèces fondamentales d'évidence également capable de produire en nous la certitude ou l'élimination du doute, mais nous éclairant très diversement et par des lumières de couleur et d'éclat fort dissemblables : l'évidence morale, l'évidence physique et l'évidence métaphysique, correspondant aux trois espèces de certitude morale, physique et métaphysique i.

\. La certitude, en général, ayant été définie (p. 22) la possession consciente d'une vérité excluant tout doute, ces trois espèces de certitudes seront différenciées par l'espèce dont on a pris possession (au moyen de crilères différents et appropriés à chaque espèce de vérité )

chaque Chacune esl capable de nous guider sûrement, quoi-

scÎBiieâ îi

sa tain*- que très diversement, dans le chemin de la vie. Ne vou-

n> propre. , . p , ., . . , . .

loir se confier qu a 1 une des trois, en dédaignant les autres ; vouloir exiger toujours et en toutes choses telle mi telle lumière, serait contraire à la nature de notre esprit, comme à la nature môme des objets. Toutes les choses ne comportent pas la même évidence, et vouloir en histoire rechercher l'évidence mathématique serait une entreprise chimérique. Le voyageur qui voudrait exiger qu'on lui fournisse le même moyen de locomotion, toujours et partout, sur terre, sur mer et dans les airs, nous paraîtrait insensé. Il doit, au contraire, utiliser les moyens conformes à la nature de chaque genre de voyage ; et s'il veut arriverai! but, raisonnablement,n'exiger que ceuxqni paraissent le mieux appropriés aux différents pays qu'il traverse : le traîneau on Sibérie et dans les régions polaires ; le chameau dans les déserts du Sahara, et jamais le contraire.

De même, pour le mouvement de la pensée vers la vérité : les facultés à exercer et les méthodes à suivre doivent nécessairement différer avec la nature des questions à résoudre.

Ni range Ce n'est donc pas une confusion de minime imporbèie. tance que les cartésiens ont introduite dans les méthodes, lorsqu'ils ont voulu exiger, en toute matière, l'évidence mathématique, et lorsqu'ils ont méconnu les divers degrés di1 la certitude, sous prétexte qu'elle est ou qu'elle n'est pas. Celte simplification peut assurément convenir à l'esprit de Dieu, ou à l'intelligence des anges, qui voient tout en la lumière de Dieu, et partant

l-i cerlitude métaphysique se fonde sur l'essence des choses et l'impossibilité du contraire, v. u. le cercle eut rond] la certitude physique suites lois physiques, v. g. les morts ne ressuscitent pas ; la certitude morille sur les lois d'ordre moral, v, g. I homme ne tuent pas sans intérêt, Ku mitre, parmi les certitudes morales, on donne plus spécialement ce nom h celles où intervient le rôle libre et méritoire de lu volonté.

par une même lumière et un seul procédé. Mais le célèbre mot de Pascal, contre ceux qui voudraient faire les anges, pourrait trouver ici sa place.

On oublie trop que notre raison est humaine, qu'elle est dépendante des organes des sens, et quelle a aussi besoin du témoignage et de l'autorité. Et cet oubli, qui ressemble quelque peu à une révolte contre l'infériorité de notre nature, a conduit la raison pure à se renfermer solitaire dans sa tour d'ivoire, dédaignant toutes les informations venues « d'en bas », du monde des « apparences phénoménales » : ce qui est un premier degré de scepticisme, — en attendant que l'expérience humiliante de sa faiblesse et de son impuissance, lorsqu'elle reste ainsi isolée, l'ait poussée jusqu'au scepticisme complet, juste châtiment, réservé par la justice immanente des choses, à sa révolte contre l'ordre de la nature, — puisque « l'homme ne doit faire ni l'ange, ni la bête ».

En terminant ce neuvième et dernier volume de nos Adieil Etudes Philosophiques, fruit de quarante années de leCN0us labeur et d'enseignement, le lecteur nous permettra un dernier mot et un aveu :

Notre éducation philosophique était loin de nous orienter vers la réalité objectivent sa perception immédiate. Au collège, on nous avait appris, comme aux générations actuelles, que c'était là « vieux jeu » : la science moderne avait parlé ! Magister dixit ! Heureusement, de telles sentences étant toujours réformables, notre réflexion personnelle, à la longue, a tîni par retourner notre pensée. Nous avons fait appel,et la sentence classique ne s'est trouvée fondée que sur des apparences superficielles, cent fois démenties et contre- •dites par une étude plus approfondie.

lecteur.

Nos ouhaits !

De même qu'on a pu dire rie L'existence de Dieu, l'Etre Absolu, que peu de science en éloigne, tandis que beaucoup de science en rapproche, ainsi nous demeurons convaincu qu'une étude superlicielle éloigne de la perception immédiate du réel, pâle reflet de l'Absolu, tandis qu'une étude plus profonde nous y ramène. Voilà ce que nous croyons, et il nous a paru plus opportun que jamais de le dire aujourd'hui. Le kantisme se trouvant complètement dépassé et démodé, quoique son esprit demeure avec les tendances subjeclivistes, — de tous côtés, les penseurs cherchent des orientations nouvelles, et nous avions à cœur de leur signaler celle-là ; nous voudrions pouvoir les aiguiller, loin d'un subjectivisme artificiel et contre nature, sur les voies naturelles de l'objectif et du réel, où l'esprit humain doit enfin retrouver son équilibre et son repos.

Jamais la thèse subjectiviste n'a pu ni ne pourra être vécue sans d'incessantes contradictions ; tandis que la thèse objectiviste, tirée des données du sens commun et de l'héritage des siècles passés les plus considérables dans l'histoire de la philosophie, — si elle est enfin dégagée d'odieux travestissements, rajeunie et fécondée par les sciences modernes, — viendra tout naturellement « se suspendre » à la chaîne des « exigences de l'action », et à celles non moins impérieuses de la pensée. Alors, la crise de la certitude aura pris fin, et la raison humaine, instruite par les insuccès d'une révolution stérile, et désormais plus sûre d'elle-même, reprendra sa marche en avant !

Ini|). .1. Thevenot, Saint-Dizier (Haute-Marne).

La Bibliothèque Université d'Ottawa Echéance

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