‹ Etude des bases de la connaissance et de la croyanceChapitre 79 sur 104 · Conc. Vatic, Gonstit. Dei Filius, c · texte numérisé non relu

Conc. Vatic, Gonstit. Dei Filius, c

3. « 1° Ratiocinalio Dei existentiam, anim;e spiritualitatem, homi-

Et ce n'est pas là un spectacle banal de voir l'autorité religieuse prendre éncrgiquementla défense de la raison, à la fois contre les rationalistes modernes, kantiens ou néo-kantiens, et contre des catholiques imprudents qui croyaient pouvoir combattre la raison au nom de la foi, au risque de miner les fondements de leur propre édifice. La vérité, ici comme toujours, sait tenir le juste milieu entre les excès contraires.

2« Le Le Traditionalisme, dont le père fut le vicomte de tiona- Bonald (1754-1840), apporta au fidéisme une précision

lisme .

nouvelle et un argument nouveau.

Au lieu d'admettre comme critère unique et suprême de la certitude humaine, la Révélation en général, de Bonald précise, et ne s'appuie que sur la révélation primitive faite au premier homme, et transmise par la tradition orale, ou par l'organe immédiat de la société . Quant à l'argument nouveau, il consiste à soutenir la nécessité du langage pour l'exercice de la pensée humaine, et — l'homme ne pouvant inventer le langage — la nécessité d'une révélation primitive donnant à l'homme avec le langage les pensées qu'il exprime. La tradition sociale serait donc la voix de Dieu, premier éducateur de l'homme, et le flambeau que les générations successives se passent de main en main. sa thèse Voici d'abord comment de Bonald développe sa thèse générale de la priorité de la foi sur la raison :

« 11 ne faut pas commencer l'étude de la philosophie morale par dire je doute, car alors il faut douter de tout,

nis libei tateui cutu certitudine probare potcst ; — 2° Fides posterior est revelatione, proindeque ad probandam Dei existentiam contra ntbeum, ad probandam animœ rationalis spiritualitatem ac libertatem contr.i « aaturalismi » et a fatalismi > Bectatore8,allegari conrenienter non potcst ; — 3° Hationis usus fidem pracedit, al hH eaii), ,.pe revelationis et grattée, conducit, »

générale.

et même de la langue dont on se sert pour exprimer son doute, ce qui est au fond une illusion de l'esprit, et peut-être une imposture ; mais il est au contraire raisonnable, il est nécessaire, il est surtout philosophique de commencer par dire je crois. Sans cette croyance préalable des vérités générales qui sont reconnues, sous une expression ou sous une autre, dans la société humaine... il n'y a plus de base à la science, plus de principes aux connaissances humaines, plus de point fixe auquel on puisse attacher le premier anneau de la chaîne des vérités, plus de signe auquel on puisse distinguer la vérité de l'erreur, plus de raison en un mot au raisonnement... Gardienne fidèle et perpétuelle du dépôt sacré des vérités fondamentales de l'ordre social, la société, considérée en général, en donne communication à ses enfanls, à mesure qu'ils entrent dans la grande famille \ »

C'est bien, comme on le voit, la thèse générale du fidéisme,de l'antériorité de la foi sur la raison, et, l'ayant déjà réfutée, en montrant qu'elle contredit l'expérience et se contredit elle-même, nous nous dispenserons de revenir sur cette réfutation.

11 suffira de discuter sur ce qu'il y a de plus original son noudans la pensée de son fondateur, et ce qui fait le carac- VmenuU tère propre du Bonaldisme, à savoir l'argument tiré de la nécessité du langage. Sans doule, cette nécessité du langage n'est pas précisément une idée nouvelle, et de Bonald n'a pas été le premier à la soutenir, mais il est le premier qui en ait fait la preuve du fidéisme.

« L'homme, dit-il, a besoin de signesou de mots pour penser, comme pour parler; c'est-à-dire que V homme pense sa parole avant de parler sa pensée, et c'est ce qui fait qu'il s'énonce avec peine toutes les fois qu'il

i. De Bonald, Recherches philosophiques, p. 62-6'J.

veut rendre dans une langue étrangère ce qu'il pense dans sa langue maternelle. Il en résulte que l'homme n'a pu inventer les signes, puisqu'il ne peut inventer sans penser, ni penser sans signes. Ici l'expérience confirme le raisonnement, puisque nous voyons constamment la faculté de parler sans exercice, lorsque la faculté d'ouïr est sans activité. Il faut donc recourir à un autre être que l'homme, pour expliquer, non la faculté d'articuler, dont les animaux mêmes ne sont pas totalement privés, mais l'art de parler sa pensée, particulier à l'homme seul et commun à tous les hommes... Depuis longtemps J.-J. Rousseau y a été conduit, en discutant le roman absurde de Gondillac : « la parole, dit-il, me paraît avoir été fort nécessaire pour inventer la parole ». Et de meilleurs esprits que le sien, Bonnet, Hugh-Blair, et Sicard,... pensent ou que le Créateur a communiqué à l'homme les éléments du langage, laissant à la société le soin de les développer, ou, ce qui revient au même, que le Créateur a fait l'homme parlant '. »

Critique. Ces prémisses sur la nécessité de la parole pour penser sont pour le moins contestables, et nous avons déjà montré au début de cet ouvrage que, sans la parole, l'homme penserait malaisément, sans doute, mais il penserait.

Accordons toutefois cette nécessité à de Bonald, pour ne pas rouvrir une discussion inutile, s'ensuit-il qu'il faille en conclure que l'homme n'ait pu lui-même découvrir le langage, et qu'il ait dû nécessairement être éduqué par son Créateur ? Nous ne le croyons pas davantage.Quelles que soient les raisons de haute convenance que l'on puisse alléguer, elles ne sont pas, à elles seules,démonstratives, sans le secours de nos Saints Livres.

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