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Pascal, Pensées (Ed. Didot), art. XX

Le doute méthodique pour l'emploi des critères.

Nécessité Après avoir monlré que nous avons des critères ou méthode, des instruments sûrs pour atteindre le vrai, ainsi qu'un signe certain pour le reconnaître lorsqu'il est atteint : l'évidence,il resterait à parler de la méthode à suivre dans l'emploi de ces critères. Lorsque la vérité à découvrir est d'une grande complexité, lorsqu'il faut en enchaîner systématiquement toutes les parties de façon à constituer un corps de doctrine ou une science, il est clair que le bon sens naturel ne suffit plus pour l'emploi judicieux de nos critères : l'art doit venir alors au secours de la nature ; et c'est à l'art de la méthode qu'il faut faire appel. Elle nous montrera la marche logique que l'esprit doit suivre pour arriver plus facilement et plus sûrement au vrai.

On sait combien Descartes a insisté sur la nécessité de la méthode. « Ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, dit-il, est naturellement égal en tous les hommes, et ainsi la diversité de nos opinions vient seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies. » Ne pas Cette louange est excessive assurément. Comme l'a lrerfe" si bien dit Claude Bernard, « la méthode ne donnera pas des idées neuves et fécondes à ceux qui n'en ont pas ' » ; et la diversité des opinions a bien d'autres causes que la diversité des procédés de l'esprit. Cependant, malgré son exagération, elle est vraie au fond, et l'on peut dire que le plus souvent c'est par quelque défaut de méthode que vient l'erreur ou l'insuccès dans la recherche du vrai. Si pour atteindre le vrai, il suffisait d'un seul acte,

li Claude Bernard, Introd. à l'étude de la médecine exp.t p. 60

très simple, s'il suffisait d'ouvrir les yeux, la méthode serait courte, et même il n'en fraudrait pas du tout. Malheureusement, il n'en est pas ainsi pour l'esprit humain ; ce n'est que par des actes multiples et diversement combinés, par des efforts lents et gradués, souvent par des approximations successives, que nous arrivons à la science, ou plutôt à la découverte de quelque vérité partielle dans le champ immense d'une science donnée. 11 importe donc, surtout dans les questions les plus compliquées et les plus difficiles, de savoir prendre le bon chemin, d'y avancer à pas sûrs, en faisant habilement converger vers le but toutes nos forces, toutes les activités de notre esprit. Ici, comme ailleurs, « mieux vaut la prudence que la force », et c'est cette prudence que nous enseigne l'art de la méthode.

Or, comme dans tout chemin qui mène à un but, il y Ses trois a un point de départ, une direction et une fin, il y a aussi à examiner, dans la méthode qui conduit à la science certaine, le point de départ à fixer, la direction à prendre, et les divers buts que l'on doit atteindre. Ici le point de départ c'est un certain doute méthodique ; la direction, c'est la méthode elle-même ; le résultat à atteindre, c'est l'espèce de certitude scientifique propre à chaque méthode. Trois questions que nous allons examiner, au point de vue spécial qui nous occupe, celui qui intéresse la certitude à fonder, et nullement au point de vue de la méthodologie elle-même, art profond et. complexe, dont la technique restera en dehors de nos préoccupations actuelles.

Commençons par examiner ce point de départ.

Pour point de départ de la philosophie, faut-il com- Le doute mencer par un doute méthodique universel, ou bien i|ieau contraire par l'affirmation des premiers principes

incontestables ? Cette question, grave et fondamentale, a, comme on le sait, depuis Descartes, soulevé les polémiques les plus passionnées,qui sont encore loin d'être closes. Cependant les passions qui n'ont qu'un temps devraient être assez calmées, aujourd'hui, pour qu'il soit possible de commencer à voir clair dans une question si importante et toujours si embrouillée.

Pour y mieux réussir, nous écarterons tout débat sur la pensée personnelle de Descartes. Certes, ses intentions étaient droites, et nous reconnaissons volontiers que son doute n'a rien de commun avec celui des sceptiques. Comme l'a très bien dit M. Brochard : « Les sceptiques ne doutent que pour douter; Descartes ne doute que pour arriver à la vérité. Le doute des sceptiques est définitif; celui de Descartes est provisoire. Le doute des sceptiques est une fin; celui de Descartes, un moyen '. »

Mais il ne suffit pas que les intentions d'un philosophe soient droites ; il faut aussi que sa pensée soit juste. Or la pensée personnelle de Descartes était-elle de préconiser comme méthode un doute universel, sérieux et réel, ou seulement fictif et méthodique ? C'est là un point d'histoire difficile à élucider, car on apporte, en faveur des deux interprétations, des textes également probants, qui prouvent tout au moins l'incertitude ou l'hésitation de leur auteur. Ecartons donc cette polémique stérile, pour nous placer au point de vue de la vérité objective et impersonnelle.

A cette première question: faut-il commencer la séretux recherche de la vérité en doutant réellement et sérieusement de tact, même des choses é\ identes et de l'évidence elle-même ? Nous répondons, sans hésiter : non, cela est impossible ; soit parce qu'il est impossible de

Sera-t-il

universel?

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