‹ Etude des bases de la connaissance et de la croyanceChapitre 96 sur 104 · Descartes, Discours </e /-; méthode, i° partie · texte numérisé non relu

Descartes, Discours </e /-; méthode, i° partie

son argumentation philosophique. Et nous lui accordons volontiers qu'avant de commencer à argumenter soit avec soi-même, soit avec des adversaires, il faut admettre tout d'abord sa propre existence, — et aussi, ajouterons-nous, l'existence de ceux avec lesquels on va discuter, — sans cela, notre entreprise de convaincre des gens qui n'existent pas, ou de nous convaincre nous-mêmes, si nous n'existons pas, serait une entreprise folle. Ce fait de notre propre existence est donc un fait premier qu'il faut admettre avant toute discussion, ou plutôt comme au-dessus ou en dehors de toute discussion, car il ne peut être un fondement suffisant à notre discussion future. Et c'est ici le grave reproche que nous adresserons au premier principe cartésien, celui d'être radicalement insuffisant.

Sans doute, on pourrait adresser à Descartes bien Son ind'autres reproches accessoires. Après avoir une fois accordé aux sceptiques qu'on peut douter de l'évidence même, n'est-il pas contradictoire de se réclamer de l'évidence à un moment donné, lorsqu'il s'agit de sa pensée ou de son existence. Non, i! est trop tard pour se ressaisir et pour tirer de son doute universel la plus petite certitude. D'autre part, pour arriver à cette vérité si simple d'une évidence immédiate : je pense, j'existe, est-il besoin de cet immense détour, qui tire sa propre existence de l'existence de sa pensée, soit par un vrai raisonnement, suivant l'interprétation de Gassendi, soit par une profonde analyse psychologique, si l'on en croit Cousin, — caries interprètes n'ont encore pu se mettre d'accord sur la véritable pensée de Descartes.

A quoi bon cet effort gigantesque pour obtenir ce mince résultat : je pense et je suis ! Ce n'est sûrement pas là, de la part de Descartes, un exemple de bonne méthode ! Mais, encore une fois, ce sont là des critiques accessoires. Allons au fond du problème, et montrons

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qu'un tel fondement, s'il reste seul, est gravement insuffisant.

h f.1Di Un fait, quelque incontestable qu'il soit, s'il est isolé principes de tout principe idéal, est voué à la stérilité. Balmès l'a fort bien observé. « Que l'on prenne, dit-il, une vérité réelle, le fait le plus incontesté, le plus certain, il demeure stérile si les vérités idéales ne le fécondent. J'existe, je pense, je sens, voilà des faits incontestables,sans doute ; mais qu'en peut tirer la science? Rien. On peut jeter à tous les philosophes le défi de raisonner sur un fait, sans appeler à leur aide les vérités idéales. ..La conscience (de sa propre existence) est une ancre, elle n'est pas un phare * ».

Aussi Descartes, pour raisonner sur ce fait, fera-t-il appel, parfois explicitement, parfois implicitement et sans s'en douter, soit au critère de l'évidence, soit au principe de contradiction, sans lequel sa première affirmation : je pense, donc je suis, ne tiendrait pas debout; soit au principe de causalité, qui lui permet de s'élever immédiatement à Dieu ; soit à tous ces principes évidents, dont il doutait un instant auparavant. Assurément, son doute n'était que fictif, et sa bonne foi est hors de cause, mais la logique du procédé n'en est pas moins gravement compromise. C'est une pétition de principes.

Triple 11 faut donc élargir le fondement cartésien, trop étroit Pde1a pour soutenir l'édifice entier de la philosophie : l'élargir,

démons- ., . ..

tmtion. en convenant qu avant d ouvrir aucune discussion ou démonstration, il faut avoir admis au moins trois postulats également indispensables : 1° le fait de notre propre existence, en tant que sujet raisonnable et capable d'atteindre la vérité, ce qui est; 2° l'existence d'objets à notre portée ou capables d'être saisis par

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