‹ Étude des différentes racines d'ipécacuanha du commerceChapitre 9 sur 10 · FAUX IPÉCACUANHA DES ANTILLES · texte numérisé non relu

FAUX IPÉCACUANHA DES ANTILLES

Asclepias curanavica (L.), (Asclepiasdéès).

Cette racine est fortement émétique et n’est employée que par les Nègres en place d’Ipécacuanha.

FAUX IPÉCACUANHA DE l’iLE DE FRANCE.

Ipecacuanha blanc , de Lemery; Tylophora asthmatica (Wight et Arn.) ; Asclepias asthmatica (L.), Cynanchum vomitorium (Laus.), (Asclepiadées;.

Suivant Lemery, elle n’est ni tortue, ni raboteuse, elle est blanche, et ressemble beaucoup à la racine du Vincetoxicum, dont elle a aussi les feuilles.

FAUX IPÉCACUANHA DE l’iLE BOURBON.

Periploca Mauritianà (Poiret), Camptocarpus Mauritianus (Duc), (Asclepiadées).

Les tiges ressemblent à celles de la douce-amère ; elles sont blanches à la partie inférieure, brunâtres aux extrémités. Les feuilles sont glâbres, longues de 54 à 80 millimètres, échangées en cœur par le bas, ovales-lancéolées. La racine est blanche, ligneuse, presque grosse comme le petit doigt, accompagnée de radicules filiformes droites et cylindriques.

Elle n’a pas de saveur sensible d’abord, mais après quelque temps on ressent une assez forte irritation sur la langue et aux glandes salivaires. Toute la plante, feuilles, tige et racine, est imprégnée d’une odeur forte, semblable à celle de l’arguel ou du séné de la Palte.

De tous ces Ipécacuanhas, le seul employé, le seul vraiment officinal, est 1 'Ipécacuanha annelé mineur, produit par le Cephœlis Ipécacuanha.

Nous allons jeter un coup-d’œil rapide sur ses propriétés chimiques, physiologiques et médicinales.

Nous avons précédemment indiqué les résultats de l’analyse de Y Ipécacuanha officinal faite par Pelletier ; nous avons vu que l’ Émétine, le principe actif, y est contenue à raison de 17,15 p. ioo, tant dans l’écorce que dans le bois, chiffre exagéré, nous le croyons, et qu’on doit abaisser à io.ou io 1/2 p. 100.

L'émétine, contenue en quantité bien plus considérable dans l’écorce que dans le bois, s’y trouve à l’état salin combinée à l’acide ipécacuanhique, acide se rapprochant beaucoup de l’acide gallique.

C’est un alcaloïde faible ; elle est blanche, pulvérulente, fusible à environ 5 o° ; sa saveur est amère et désagréable ; elle est très-soluble dans l’eau chaude, beaucoup moins dans l’eau froide, très-soluble dans l’alcool, à peine attaquée par les huiles et l’élher-,

L’acide azotique la change en une matière résineuse amère, puis en acide oxalique ;

L’acide gallique et l’infusion de noix de Galles la précipitent de ses dissolutions ;

Le sous-acétate de plomb est sans action sur elle, quand elle est pure ; il précipite l’émétine colorée ;

L’émétine sature fort mal les acides et donne des sels incristillisables, qui se prennent par l’évaporation en masse d’apparence gommeuse.

M. Lefort a attribué à l’émétine la formule C 60 H 48 Az 2 O' 6 .

Plusieurs procédés ont été proposés pour la préparation de l’émétine :

Le premier qui se présente est celui de Pelletier :

i° Il met l’Ipécacuanha pulvérisé en contact avec l’éther sulfurique à la température de 3 o degrés; lorsque l’Ipécacuanha ne cède plus rien à l’éther renouvelé convenablement, il la traite de la même manière par l’alcool en chauffant jusqu’à près de 90 degrés ; ensuite il évapore les dissolutions alcooliques au bain-marie, et verse de l’eau sur le résidu ; après quoi la liqueur filtrée est mêlée avec un excès de magnésie et porté à l’ébullition. Par ce moyen, le sel d’émétine est décomposé, et celle-ci se dépose surtout par le refroidissement avec la magnésie excédante ; alors il faut laver le dépôt avec de l’eau trèsfroide qui s’empare de la matière colorante non combinée à la magnésie, puis les dessécher, dissoudre l’émétine dans l’alcool rectifié et faire évaporer la dissolution ; le résidu est l’émétine .

2 0 Procédé du Codex.

On fait un extrait hydro-alcoolique d’Ipécacuanha-, on le dissout dans 10 portions d’eau et on filtre : on ajoute à la liqueur autant de magnésie calcinée que l’on a employé d’extrait, et l’on évapore à siccité à une douce chaleur. On réduit le résidu en poudre fine ; on le lave avec 4 ou 5 parties d’eau froide ; on le sèche de nouveau et on le traite par l’alcool bouillant. On distille cet alcool à siccité et on traite le résidu par l’acide sulfurique affaibli et le charbon animal purifié. On précipite l’émétine delà liqueur filtrée par q. s. d’ammoniaque.

Ce procédé est loin d’être satisfaisant : le précipité que l’on obtient n’est pas de l’émétine; c’est un mélange d’émétine et de magnésie calcinée.

3 ° Une autre nouvelle méthode, celle de M. Calloud, moins

coûteuse que celle du Codex , présente encore des inconvénients : la chaux qui remplace la magnésie se retrouve encore dans le précipité.

Voici comment opère M. Calloud :

Il fait digérer quatre parties de poudre d’écorce d’Ipécacuanha dans deux parties d’eau acidulée par un peu d’acide sulfurique ; il laisse refroidir et ajoute à la liqueur quatre parties de chaux en bouillie et fait sécher le tout à l’étuve. La masse séchée et pulvérisée est reprise par de l’alcool bouillant qui dissout l’émétine et la donne presque pure à l’évaporation, il la purifie en la dissolvant dans un peu d’eau acidulée, ajoutant du charbon, filtrant, concentrant et précipitant par l’ammoniaque.

4° Merch propose pour avoir l’émétine blanche de dissoudre l’émétine brune dans 4 parties d’eau légèrement acidulée par l’acide chlorhydrique, filtrer, ajouter une solution de bichlorure de mercure tant qu’il se fait un précipité; laver ce précipité, le faire sécher et le dissoudre dans suffisante quantité d’alcool rectifié, précipiter ensuite tout ce mercure en ajoutant peu à peu une solution de sulfure de baryum; filtrer, précipiter l’excès du baryte par l’acide sulfurique, distiller pour séparer l’alcool, dissoudre le résidu dans une petite quantité d’eau acidulée, purifier le liquide avec du charbon, et précipiter l’émétine par l’ammoniaque.

Ce procédé est très-long et très-couteux.

5 ° La meilleure méthode est celle indiquée par M. Rabourdin pour la préparation de l’atropine et de plusieurs autres alcaloïdes :

Cent grammes de poudre d’Ipécacuanha choisi sont transformés en extrait hydro-alcoolique ; cet extrait est dissout dans 100 grammes d’eau distillée, on ajoute à la solution filtrée 2 grammes de potasse caustique et 1 5 grammes de chloroforme. Après avoir agité le mélange quelques instants on le laisse repo-

ser pendant une demi-heure. Après ce temps le chloroforme chargé d’émétine est déposé. On décante le liquide surnageant et on le remplace par de l’eau que l’on renouvelle trois fois. Cette solution mise dans une petite cornue est évaporée à siccité au bain-marie. Repris et dissous par l’eau légèrement accidulée par l’acide sulfurique, le résidu est précipité par l’ammoniaque et l’émétine recueillie sur un filtre et séchée à l’air.

L’émétine est un médicament énergique qui ne doit être employé qu’avec beaucoup de précautions : d’après M. Magendie io centigrammes d’émétine suffisent pour tuer un chien de forte taille.

Les effets physiologiques ont été étudiés par M. Pécholier.

«r Nous avons, dit-il, constaté chez nos animaux soumis à l’action de l’émétine :

» i° Une diminution considérable dans le nombre et l’énergie des battements du cœur et des pulsations ;

» 2° Une diminution également considérable dans le nombre des respirations qui de i 5 o environ par minute tombaient à 5 o, 40 et 32 ;

» 3 ° Un abaissement de 1, 2 ou 3 degrés dans la température de la bouche, de l’oreille et de l’aisselle, tandis que la température du rectum restait stationnaire ou même s’élevait de o°, à o°,7 -,

» 4 0 Des efforts constants de vomissement, l’hypérémie de l’estomac et de la moitié supérieure de l’intestin, la disparition de la glycose du foie ;

» 5 ° Un amoindrissement du système nerveux, du collapsus, de la paralysie des nerfs nusitifs, tandis que la moticité nerveuse et la contractilité musculaire sont diminuées, mais en partie conservées.

» Des résultats expérimentaux qui précèdent, nous concluons que l’Ipécacuanba exerce sur les lapins une action contro-stimulante.

» En est-il de même chez l’homme? Ici nous pensons que l’analogie peut bien fournir des présomptions, mais pas de certitude. L’expérience chimique seule donne la dernière sanction à l’affirmation d’un fait de thérapeutique -, or, notre expérience chimique est en parfait accord avec nos expérimentations physiologiques. Si, en effet, employé à de faibles doses l’Ipécacuanha peut, par la réaction qui suit le vomissement, produire des phénomènes secondaires d’excitation, donné en infusion à la dose de a, 3 ou 4 grammes dans 120 grammes de véhicule et par cuillerée toutes les une ou deux heures, il nous a toujours montré une action contro-stimulante. »

L'Ipécacuanha est un vomitif plus doux que l’émetique ; aussi lui donne-t-on la préférence dans la médication des enfants; son effet est moins rapide que celui qu’on obtient par les préparations antimoniales, mais il est plus durable.

Les doses auxquelles on l'emploie varient de 10 centigrammes à 2 grammes. A petites doses il détermine des malaises, des nausées et une sudation générale, quelquefois, mais rarement il ne provoque aucun vomissement ; dans ce cas il purge ordinairement.

La poudre d’ipécacuanha, mise en contact avec la peau dépouillée de son épiderme produit une inflammation des plus énergiques. C’est M. le docteur Bretonneau (de Tours) qui le premier observa cette curieuse propriété de la poudre d’ipécacuanha.

L’Ipécacuanha revêt un grand nombre de formes pharmaceutiques. Les principales sont : la poudre, l’extrait, la teinture, le sirop composé.

POUDRE d’iPÉCACUANHA.

La poudre d’Ipécacuanha est la forme sous laquelle l’Ipécacuanha est le plus ordinairement employé.

On pulvérise ripécacuanha à la manière ordinaire, et on ne fait entrer dans la poudre que les trois premiers quarts du produit obtenu-, ce qui reste est formé presque entièrement par la partie ligneuse, qui a moins de friabilité.

Cette partie ligneuse de la racine est peu vomitive (Soubeyran).

De cette poudre on fait, avec du sucre et du mucilage de gomme adragante, des tablettes de 5 o centigrammes, dont chacune contient un centigramme de poudre d’Ipécacuanha.

EXTRAIT ALCOOLIQUE D’iPÉCACUANHA.

Le Codex prescrit de prendre :

Poudre d’Ipécacuanha. 1,000 gr.

Alcool à 6o°. 6,000

On introduit la poudre dans un appareil à déplacement. On verse sur cette poudre modérément sassée la quantité d'alcool nécessaire pour qu’elle en soit pénétrée dans toutes ses parties on ferme alors l’appareil et on laisse les deux substances en contact pendant douze heures.

Au bout de ce temps on rend l’écoulement libre et on fait passer successivement sur la poudre la totalité de l’alcool prescrit. On distille la liqueur alcoolique pour en retirer la partie spiritueuse, et on concentre au bain-marie, jusqu’en consistance d’extrait mou.

On a donné le nom d 'émétine brune à un extrait alcoolique

repris par une petite quantité d’eau et évaporé en extrait sec, cet extrait ne contient pas de matières gommeuses ou féculentes, ni de matières grasses ou résineuses-, ainsi les matières vomitives y sont séparées des substances étrangères.

TEINTURE d’iPÉCACUANHA.

Racine d’ipécacuanha. ioo

Alcool à 6o°. 5 oo

Faites macérer pendant io jours-, passez avec expression -, filtrez (i Codex).

SIROP D’iPÉCACUANHA.

Extrait alcoolique d’Ipécacuanha. 10

Eau distillée. q. s.

Sirop de sucre. 990

Faites dissoudre l’extrait d’Ipécacuanha dans huit fois son poids d’eau froide ; filtrez la dissolution, ajoutez-là au sirop et faites cuire celui-ci jusqu’à ce qu’il marque 1,26 au densimètre ( 3 o° B). 20 grammes de ce sirop contiennent 20 centigrammes d’extrait d’Ipécacuanha {Codex).

sirop d’ipécacuanha composé.

Le Codex indique la formule suivante pour ce sirop, qui porte aussi le nom de Sirop de Desessart{ :

Ipécacuanha concassé. 3 o

Feuilles de séné. 100

Serpolet. 3 o

Fleurs de coquelicot. 1 25

Sulfate de magnésie. 100

Vin blanc. 75o

Eau de fleurs d'orangers. 75o

Eau bouillante. 3 ooo

Sucre blanc. q. s.

On fait macérer l’Ipécacuanha et le séné dans le vin blanc pendant douze heures ; on passe avec expression et l’on filtre. On ajoute au résidu le serpolet et le coquelicot, et on verse l’eau bouillante sur le tout. On laisse infuser pendant six heures -, on passe avec expression ; on ajoute à la liqueur le sulfate de magnésie et l’eau de fleurs d’oranger ; on filtre. On réunit la liqueur vineuse au produit de l’infusion, et on fait avec le sucre ajouté dans la proportion de 190 grammes pour 100 de la liqueur, un sirop par simple solution au bain-marie.

Bon à imprimer :

Le Directeur de l'École de Pharmacie ,

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