FIN DE LA VÉGÉTATION
181. La maturité du fruit amène en général la dernière période de la vie ou de la végétation apparente des plantes ; car elles ont, comme tous les êtres organisés, un terme où elles doivent finir, ou du moins suspendre leurs fonctions. Toutes n’ont pas la même durée. C’est sous ce rapport qu’el-
les se divisent en annuelles, bisannuelles, vivaces, arbrisseaux et arbres.
182. Les plantes annuelles, telles que le chanvre, le poisfleur, Yœillet d'Inde, naissent, fleurissent et meurent dans l’espace d’une année.
Les plantes bisannuelles, comme la rave, la carotte, le vtolier, mettent une année à grandir, puis fleurissent et meurent l’année suivante.
183. Ceiles qui vivent plus longtemps forment un groupe beaucoup plus nombreux. Les unes sont dites vivaces; ce sont celles dont la racine vit indéfiniment, mais dont la tige, de consistance herbacée, c’est-à-dire molle et tendre, se flétrit en automne ou gèle en hiver : telles sont la luzerne, loseille, elc. Les autres prennent le nom d’arbustes ou de sous-arbrisseaux ; ce sont les plantes dont la racine ne persiste pas seulement, mais dont la tige, de consistance ligneuse, supporte l’hiver, bien que l’extrémité des rameaux périsse par le froid : telles sont la pervenche, la douce-amére. Enfin, dans les arbrisseaux et les arbres, non seulement la tige, mais tous les rameaux supportent l'hiver. On donne spécialement le nom d’arbrisseaux à ceux dont les branches privées de tronc se ramifient dès la base, comme la ronce, le groseillier, le framboisier ; et l’on réserve celui d’arbres aux végétaux dont la tige est un véritable tronc, comme le poirier, le chéne, Ie sapin.
184. Tant que les fruits attirent les sucs, la sève s’y porte et circule encore daus le végétal ; mais lorsqu'ils touchent à leur maturité, son mouvement se ralentit. Peu à peu les vaisseaux s’oblitèrent; bientôt les feuilles cessent de respirer. L’oxygène qu’elles ne peuvent plus rendre à latmosphère s'empare de leur tissu, et remplace le vert de leur surface par des teintes de jaune et de rouge, qui, moins riantes, sont cependant agréables encore « comme le soir d’un beau jour, » Le pétiole desséché n’est plus mobile, et sa faible articulation ne pouvant plus résister au souffle des vents d’automne, la feuille tombe emportée sur leurs ailes. La tige hcrbacée subsiste encore, mais les premiers froids la feront bientôt mourir. Il n’est plus que quelques arbres verts qui semblent ne survivre au deuil de la nature que pour laisser aux yeux un point qui les repose; mais ils sont sans végétation sensible et sans mouvement de sève apparent. Tout parait mort. Où donc se cache la vie?
485. Ne craignons rien! La plante, avant de mourir ou de cesser de végéter, a laissé dans ses fruits une famille nom-
breuse, qui transmettra d'âge en âge son nom, ses qualités et toutes les perfections de son espèce. La vie est dans la graine, et, pour se développer, elle n’a plus qu’à toucher la terre.
186. Tantôt la capsule élastique, s’entr’ouvrant brusquement, la lancera loin d'elle, ou, s’inclinant sur son pédoncule, épanchera son trésor au pied de sa tige flétrie; tantôt les graines aux légères aigrettes ou aux ailes membraneuses, enlevées en foule par les vents, iront porter ailleurs leurs nombreuses colonies ; tandis que les fruits charnus, obéissant aux lois de la pesanteur, tombent enveloppés de la pulpe qui doit fertiliser leur terre nourricière. La pluie, les ruisseaux, les quadrupèdes, les oiseaux, et surtout l’homme, ce grand ouvrier de la nature, tout sert à leur dissémination. En vain tremblerions-nous sur leur frèle existence : quels que soient leur faiblesse, les ennemis qui les menacent et les mille dangers qui assiégent leur berceau, il en sera sauvé. Leur nombre prodigieux, leur ténuité, la facilité de leur germination, assurent leur existence, et, par-dessus tout, l’action de la Providence, qui ne permettra pas que ce qu’elle a jugé bon périsse.
187. Les plantes ne se reproduisent pas seulement par leurs graines ; leurs stolons qui rampent et s’enracinent sur la terre, les tiges souterraines, les bulbes et les tubercules sont autant de moyens multipliés dont la Providence se sert pour propager les espèces. Le tissu des plantes renferme même dans toutes ses parties des germes cachés, des embryons latents, qui, lorsque ce tissu est placé dans des circonstances favorables, se développent au-dehors en racines ou en bourgeons, selon la nature du milieu environnant. C’est ainsi qu’en plaçant sur une terre friable et maintenue un peu humide les feuilles charnues de certaines plantes (par exemple, des begonia), en faisant une faible incision sur les principales nervures qu’on recouvre ensuite d’un peu de terre de bruyère, on fait sortir de ces feuilles des individus semblables à ceux qui les ont portées.
188. Entre ces moyens naturels de reproduction des plantes, l’homme, iustruit par l'observation, en a trouvé plusieurs
82 BOTANIQUE artificiels, plus prompts et non moins sûrs. Ces moyens sont la greffe, la bouture et la marcotte. (Voyez au Dictionnaire chacun de ces mots.) 189. Cependant la vie de la plante, pas plus que celle des animaux, pas plus que celle de l’homme, n’est à labri des dangers et des accidents. Son existence, plus ou moins précieuse, a ses ennemis, ses luttes, ses catastrophes. Son histoire donc ne serait pas complète, si nous ne parlions des maladies qui peuvent venir attaquer, altérer, abréger ou détruire sa vie. C’est ce que nous allons faire dans le chapitre suivant.
QUESTIONNAIRE
Quand arrive la dernière période de la vie des plantes? — Quels phénomènes offre-t-elle? — Qu'entend-on par plantes annuelles, bisannuelles et vivaces ; par arbustes, arbrisseaux et arbres? — Qu'entend-on par dissémination? — Quels en sont les principaux modes et les T'É= sultats? — Quels sont les autres moyens de reproduction des végétaux ?