Blanc, lépre ou meunier (albiyo des Latins
Le blanc a une si grande ressemblance avec la maladie de la vigne qu’il serait très-facile de les confondre. Comme elle, il est produit par des champignons microscopiques des genres oidium, monilia, erysiphe, etc. ; leur odeur est absolument la même. Cest une sorte de poussière grisàtre, farineuse etterne qui s'attache aux feuilles et aux jeunes pousses et gagne même quelquefois les fruits. On remarque le blanc sur les légumes, sur différents arbres, et, en particulier, sur le pêcher, qu’il fait périr si on n’a pas soin de l'arrêter. Le remède est la sulfurisation, qu’on pratique exactement comme pour la vigne.
236. 4 Carie, charbon, rouille. Sous le nom d'uredo, que les Latins donnaient à une maladie du blé, les botanistes comprennent trois espèces de champignons pulvérents, trop connus par les ravages qu'ils font aux céréales : ce sont la carre, le charbon et la rouille.
La carie (uredo caries) est la plus funeste. Elle attaque souvent des champs entiers, de froment surtout. Parasite d'autant plus à craindre qu’il est moins aperçu, elle vit aux dépens du lait végétal qui forme l’intérieur du grain, consume toute la fécule, et lui substitue sa poussière noirâtre, qui s'exhale avec une odeur infecte quand on bat le blé. Elle est alors si abondante qu’elle noircit les batteurs et tous les autres grains que la carie n’avait pas attaqués. La couleur noire qui en résulte pour le pain, sans le rendre dangereux, le rend au moins très-dégoûtant. On est donc obligé de laver le grain et de le bien sécher avant la mouture. Dans tous les cas, la carie Cause toujours un grave dommage, en attaquant la pres-
que totalité des grains d’un épi. On les distingue peu des autres, seulement les grains paraissent plus enflés et les glumelles plus entr’ouvertes.
Le charbon (uredo carbo), nielle des blés, est plus facilement aperçu. Il noircit en entier les épis ou les panicules des graminées et en détruit les grains. C’est dans les avoines qu’il produit les plus grands ravages; mais ils n’approchent point de ceux de la carie. La poussière noire dont il recouvre les plantes attaquées n’a point de mauvaise odeur.
La rouille (uredo rubigo) nuit plus à la paille des céréales qu’à leurs grains. C’est une poussière d’abord blanche, puis jaune, qui se développe sur les feuilles, les grains et le chaume des graminées. Ses ravages sont plus étendus que ceux du charbon : elle attaque souvent des champs entiers, et communique à la paille une très-mauvaise qualité; quelques auteurs même la disent mortelle pour les bestiaux.
Cette dernière espèce d’uredo a les plus grands rapports avec celle qui s’attache à certains arbustes, et spécialement aux arbres fruitiers.
Les cultivateurs ne sauraient prendre trop de précautions contre ces parasites dangereux ; leur poussière imperceptible, s’attachant aux grains, les pénètre et se développe avec eux, mais toujours à leurs dépens, quand elle trouve des circonstances favorables : telles sont surtout les années pluvieuses et humides. Les terrains de plaine y sont aussi plus exposés que ceux des montagnes.
Le meilleur moyen pour garantir les céréales de la carie et du charbon, c’est de les chauler, c’est-à-dire de laver les grains qu’on veut semer dans une dissolution de chaux vive ou de sulfate de cuivre. La vapeur de ces deux substances serait dangereuse pour le semeur, s’il n’avait la précaution de se placer de manière à être sous le vent. Il y aurait également du danger à faire de la farine ou à engraisser les bestiaux avec des grains passés au chaulage.
Quant à la rouille, on la prévient et on la guérit sur les arbres par la sulfurisation.
237. Se Ergot. Souvent, dans les annés humides et dans les terrains maigres ou siliceux, se manifestent dans les épis du seigle commun des excroissances d’un violet noirâtre, oblongues, droites ou arquées, et assez semblables à cette arme des vieux coqs dont elles portent le nom. On n’y a vu lgnstemps qu’une simple dégénérescence morbide des grains de lépi ; plus tard on les a supposées résultant, comme je bédegar, de la piqûre de quelques insectes; on s'accorde aujourd’hui à les considérer comme un champignon parasite que de Candolle avait désigné sous le nom de sclerotium elavus, et que les botanistes regardent aujourd’hui comme une nouvelle espèce du genre sphacelia (sphacelia segetum..
Trop souvent, dans nos montagnes, les accidents les plus graves ont suivi l’usage du pain de seigle où l’ergot se trouvait mêlé en proportion assez considérable (un cinquième ou un sixième). Des spasmes, des convulsions, des contractions des membres amènent souvent des affections gangréneuses, commençant par un fourmillement dans les membres, qui se paralysent peu à peu, se noircissent, se boursoufflent et se détachent du corps.
Le meilleur remède pour préserver le seigle de ce champignon dangereux est encore le chaulage.
238. 6° Les mousses et les lichens. Ces plantes parasites s’amassent peu à peu sur le tronc et sur les branches des arbres qu’on néglige; elles leur causent avec le temps le plus grand dommage, soit en vivant à leurs dépens, soit en empêchant l’action de l'air, de la lumière et de la chaleur sur leur écorce. Pour en débarrasser les arbres, on commence par racler les parties attaquées de manière à ne pas endommager l’écorce, et on applique sur Parbre, avec un gros pinceau, de l’eau dans laquelle on a délayé de la chaux éteinte. Cette dernière opération se fait à la fin de l’hiver.
239. 7° Le gui. Le gui (viscum album) est une plante parasite qui s’attache aux arbres, les épuise et les tue si elle est en trop grande abondance. La multiplication n’en est que trop facile par le moyen de la draine, espèce de grive qui, se
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se nourrissant de ses baies gluantes, emporte à son bec fes graines qui s’y Collent, et les dissémine en l’essuyant aux branches. De quelque côté qu’elles s’y attachent, elles s’y développent en tous sens, aussi bien en bas qu’en haut, différant en cela des autres plantes vasculaires, qui tendent à monter. Dès qu’une tige de gui parait sur un arbre, il faut enlever avec précaution ; car il adhère à la branche comme s’il était greffé sur elle.
240. 8° Le licrre (hedera helix), si connu par son vert feuillage et sa tige grimpante, est un peu moins parasite que le gui, puisqu'il emprunte à la terre sa principale nourriture ; mais il se cramponne aux troncs qu’il embrasse de ses étreintes, soutire nécessairement quelques portions des fluides aqueux qui les parcourent, et entretient sur l’écorce une funeste humidité. Aussi voit-on bientôt languir et dépérir les arbres qui en sont chargés. Le meilleur moyen de s’en défaire est de couper le lierre par le pied; privé de sa communication avec le sol, il meurt bien vite, et on l’enlève facilement quand il est desséché.
241. 9° Cuscute. La cuscute est un dangereux parasite qui mérite bien d’être signalé ici. Elle s'attaque surtout au trèfle, à la luzerne et au lin; s'étendant de proche en proche, elle en infeste quelquefois des champs entiers. On voit bientôt leur verdure disparaître comme sous une espèce de lèpre ; et quand on les examine de près, on découvre la cuscute, dont les tiges, semblables à des cheveux roux, se sont enroulées à tout ce qu’elles ont pu saisir , et ont groupé partout leurs bouquets de fleurs blanchâtres, assez analogues à de grosses pustules.
Pas d’autre remède à employer que de faucher à rase terre le champ tout entier infesté par la cuscute, de brûler tout ce que l’on enlève du sol, de faire un labour profond, et de semer des céréales à la place.
242. 10° Orobanches. Toutes les orobanches sont aussi des parasites; mais elles ne s’attaquent pas aux tiges, c’est aux racines qu’elles font la guerre. Les deux espèces les plus dan-
ÉLÉMENTAIRE. 107 gereuses sont la petite (orobanche minor), qui s'attaque aux trèfles, et la rameuse (orobanche ramosa), qui s'implante sur le chanvre. Elles peuvent, comme la cuscute, ravager des champs entiers, parce que, comme elle, elles se multiplient beaucoup. Il faut, pour s’en défaire, renoncer à la récolte de l’année, l’arracher promptement, et renouveler la place par deux ou trois labours profonds.
243. 11° La cloque. C’est une excroissance qui se produit sur les feuilles et sur les bourgeons de certains arbres, et en particulier du pêcher. Elle paraît d’abord sous l’aspect d’une teinte rougeûtre ; dix à vingt jours après, les feuilles deviennent boursoufflées, crispées, contournées, ternes et épaisses ; les bourgeons se gonflent el cessent de croître; les jeunes pousses meurent ou restent si rabougries qu’elles ne peuvent donner des branches à fruit l’année suivante.
Cette maladie paraît avoir pour cause les vents froids et humides qui succèdent brusquement à quelques jours de chaleur. Elle est très-nuisible à l'arbre, en ce que les boursoufflures des feuilles absorbent une grande partie de la sève, qui se trouve ainsi perdue pour les bourgeons, et en ce que dans ces boursoufflures se forment de petites pochettes où les insectes nuisibles se logent et se propagent.
244. On prévient la cloque en mettant au mur des chaperons, ou, si on ne le peuf, des auvents mobiles. Ces auvents mobiles sont tout simplement de petites planches inclinées en talus, qu’on place à 10 ou 16 centimètres au-dessus de Pendroit où se terminent les plus forts rameaux ; on les laisse depuis le mois de janvier jusqu’au milieu de mai.
Si, malgré cette précaution, on aperçoit la cloque attaquer les pêchers, il ne faut pas attendre qu’elle soit entièrement développée ; il faut la faire disparaître aussitôt qu’elle commence à se montrer. Il suffit alors de retrancher les jeunes feuilles sur lesquelies on remarque la couleur rouge. Si, par manque de temps ou d'attention, la maladie était arrivée à son dernier période, il faudrait enlever de chaque feuille toutes les portions affectées, et, quant aux bourgeons, en ex-
traire [a partie malade en les rognant entre l’ongle du pouce et celui de l’index. Enfin, au moment de la reprise dela sève, si les jeunes rameaux sont encore malades, on rabattra par la taille les bourgeons sur les yeux sains. Mais on a beau faire, quand on attaque la maladie trop tard, il est très-difficile de l’extirper, et la récolte est ordinairement perdue au moins pour un an: il vaut donc infiniment mieux la prévenir ou la guérir dès le commencement.
245. 12° La gomme. La gomme est un suc morbifique propre aux arbres qui portent des fruits à noyaux, tels que les cerisiers, les abricotiers, les pêchers, etc. La gomme se forme entre l’écorce et l’aubier, où elle se coagule et se dépose. Si l’écorce offre peu de résistance, elle se fend, et la gomme s'échappe : le mal alors est peu considérable. Mais si l'écorce est épaisse et résiste, la gomme arrêtant la circulation de la sève, la branche d’abord et l’arbre lui-même peuvent périr. Les magnifiques abricotiers de la plaine d’Ampuis, qui enrichissaient de leurs produits le marché de Lyon, ont presque tous succombé sous l’action de la gomme qui les a envahis.
Cette maladie se montre ordinairement au fort de Pété ; elle a pour causes tantôt une taille ou un ébourgeonnement intempestifs, tantôt une lésion faite à l’écoree, le plus souvent des variations subites dans la température.
246. Le remède consiste à couper les rameaux attaqués à quelques centimètres au-dessous de la partie gommée. On peut encore pratiquer des incisions longitudinales pour faire écouler la gomme, quand on peut découvrir l’endrait où il s’en est formé un dépôt.
Telles sont les principales maladies qui peuvent altérer ou détruire la vie des végétaux. Il est inutile d’ajouter que les remèdes que nous avons indiqués ne sont pas tous et toujours infaillibles, pas plus que ceux indiqués par la médecine ne sont tous et toujours infaillibles pour guérir les maladies de notre corps.
Ainsi se trouve terminée notre histoire. de la vie des plantes
et en même temps la première partie de notre ouvrage, contenant la botanique organique où physique végétale.
Maintenant il nous faut continuer notre tâche; nous n’avons parcouru qu’un tiers de notre course en étudiant la botanique organique ; entrons dans le second, qui est la taxonomie, c’est-à-dire l'application des lois générales de la classification au règne végétal.
Est-il des causes qui nuisent aux plantes en s'opposant au développement de leurs organes ? — Que penser de l’oïdiatie, ou maladie de la vigne, et comment la guérir? de la maladie des pommes de terre, et comment la prévenir? — Qu'est-ce que le blanc, la rouille, la carie, le charbon. l'ergot? — Quelles sont Les plantes parasites qui nuisent aux végétaux, et comment faut-il s'en débarrasser? — Comment obvier à la cloque et & la gomme ?