ACTION SUR LE SYSTEME NERVEUX
L'action de l'Ipécacuanha et de l'émétine sur le système nerveux est encore mal connue. Malgré l'opinion de d'Ornellas, on peut admettre avec Chouppe, Polighronie et Dyce Duckworth que le vomissement ne se produit pas lorsqu'on injecte l'émétine après avoir sectionné les pneumogastriques. Citons à l'appui de ce que nous avançons cinq expériences de Polichronie qui montrent les différents résultats que l'on obtient sur ce point lorsque, après section des pneumogastriques, Ton injecte les émétiques les plus employés : l'émétine, Tapomorphine ou le tartre stibié.
Expérience 1 (Polichronie). — Section des deux pneumogastriques sur un chien, pas de vomissement après la section; injection
sous-cutanée de 0* r ,05 d'émetine, pas de vomissement. Le lendemain, mort. A la nécropsie on trouve la muqueuse gastro -intestinale assez vivement congestionnée.
Exp. 2(Polichronie). — Section des deux pneumogastriques sur un chien; pas de vomissement après la section. Injection souscutanée de gr 05 d'émetine, pas de vomissements. Le lendemain, mort. À la nécropsie on trouve une rougeur assez vive de la muqueuse gastro-intestinale.
Exp. 3 (Polichronie). — Chien tué en trente heures par l'injection à plusieurs reprises de 48 centigrammes d'émetine ; section des deux pneumogastriques, pas de vomissement après la section ; pas de vomissement après l'injection d'ométine, au contraire vomissements très abondants après l'injection d'apomorphine.
Nécropsie. — Gastro -entérite; on trouve de l'émétine dans le sang, mais point dans l'urine.
Exp. 4 (Polichronie). — Section des deux pneumogastriques sur un chien; injection d'émetine, pas de vomissement; injection d'apomorphine, vomissements répétés.
Exp. 5 (Polichronie). — Section des deux pneumogastriques sur un chien; injection sous- cutanée d'émetine, pas de vomissement ; injection intra-veineuse de tartre stibié, vomissements abondants.
On voit par ce qui précède que l'émétine ne fait pas vomir après la section des pneumogastriques et que le contraire a lieu si on emploie l'apomorphine ou le tartre stibié.
D'après von Podwyssotzki les manifestations qui se présentent chez les grenouilles après une injection sous cutanée de 0^,005 à O^Oi d'émetine sont très uniformes et consistent en une paralysie générale qui se développe peu
à peu dans l'espace d'une demi-heure jusqu'à une heure et demie. Cette paralysie débute brusquement. Les grenouilles fortes peuvent se remettre complètement, en vingt-quatre heures, de cette paralysie provoquée par de petites doses (au-dessous de 0",0i), tandis que la paralysie provoquée par plus de 1 centigramme d'émétine amène ordinairement la mort de l'animal.
Quand l'influence de l'émétine commence à se faire sentir, on remarque une diminution de la fréquence des mouvements spontanés. L'animal livré à lui-même reste immobile, mais il réagit encore quand on le touche ou par des excitations mécaniques ou chimiques. Les mouvements spontanés sont bientôt de plus en plus rares ; l'animal reste couché sur le dos et ne retire plus ses membres inférieurs quand on les excite. A ce moment on n'obtient plus de mouvements réflexes qu'en mouillant la peau avec des acides ou en excitant électriquement l'animal. Mais bientôt à son tour cette excitabilité disparaît. Même après la décapitation, on peut observer des phénomènes semblables. Voici à ce sujet quelques observations de von Podwyssotzki.
Grenouille n° 1, décapitée. — 10 b 55. Injection de 1 centigramme d'émétine. L'animal retire la patte après 2" de contact avec l'acide. — ll h 7. Temps écoulé du contact au commencement du réflexe : 53 secondes. — ii h 10. 6 secondes. — il h 15. 6 secondes. — li h 27. 27 secondes. — li h 45. Il ne se produit aucun réflexe après 60" d'immersion dans l'acide, mais l'excitation mécanique avec une pince produit encore de faibles réflexes. — Midi. L'acide est sans effet, l'excitation mécanique ne produit qu'un réflexe très faible. — 12*30. Aucune trace de réflexe.
Grenouillera 2, décapitée. — 10* 50. Injection dei centigramme
d'émétine; avant l'injection, l'animal retire la patte après 1" de contact avec l'acide. — ii b 7. 2 secondes. — ll h 15. 3 secondes.
— il h 25. 3 secondes. — 1 i h 45. 3 secondes. — 12 h 20. 3 secondes.
— 12M5. 5 secondes. — 12 h 50. L'acide est sans effet, l'exci tation mécanique ne produit que des actions très faibles. — 12*55. Aucune trace de réflexe.
La grenouille n° 3, décapitée en même temps que les deux autres, mais non soumise à l'action de l'émétine, retirait encore la patte le lendemain après 2" à 3" de contact avec l'acide.
L'étude de l'action de l'émétine sur le système nerveux est encore incomplète et, dans l'état actuel de la science, on ne peut avoir que des notions approximatives sur ce sujet.