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III. CONSIDERATIONS MEDI CO-LEG ALBS

Au point de vue médico-légal je ne crois pas qu'on ait jamais eu jusqu'ici à examiner un cas d'empoisonnement par l'Ipéca ou l'Emétine. Toutefois à cause de la grande extension que prend l'usage médical des alcaloïdes, il se pourrait bien qu'un jour ou l'autre, soit à la suite de distraction ou maladresse du médecin, erreur du pharmacien, ou bien encore tentative criminelle, on ait à rechercher les causesde la mort dans un cas d'empoisonnement par l'Emé tine. Nous croyons toutefois que les tentatives criminelles avec cette substance seraient rares, car les vomissements arrivant rapidement mettraient de suite l'entourage sur l'indice d'un empoisonnement.

Nous traiterons dans cette partie de notre travail de la recherche de l'Emétine dans les produits animaux, et de la marche à suivre dans l'examen d'un cadavre que Ton supposerait avoit été la victime d'un empoisonnement par Tlpécacuanha ou l'Emétine.

a) Recherches de l'Emétine dans les produits animaux. — Nous allons indiquer succinctement les divers modes de recherches de l'alcaloïde dans le sang, l'urine, les matières rejetées par le vomissement et les matières fécales. Quelle que soit celle de ces substances sur laquelle on veuille opérer, il faut tout d'abord la mêler avec une poudre inerte, de manière à obtenir un magma demi-solide. On peut choisir le charbon animal en poudre fine qui aura, outre sa propriété de corps inerte, celle de

désinfecter les substances à examiner. Lorsque le magma est fait, on le mélange avec de l'alcool éthylique et on les laisse ainsi en contact dans un matras pendant vingtquatre heures. On épuise ensuite le mélange dans un appareil à déplacement, on filtre et on chasse l'alcool par distillation, de façon à obtenir un extrait sirupeux. Cet extrait est épuisé par l'éther pour dissoudre les matières grasses qui s'y trouvent en plus ou moins grande quantité, suivant la substance examinée. On mélange ensuite le résidu avec de la chaux en poudre et on épuise de nouveau par l'éther dans un appareil à déplacement. On agite la solution éthérée avec de l'eau légèrement acidulée d'acide acétique, on traite ensuite comme il est indiqué page 39, la solution par de Phypochlorite de chaux. S'il y a des traces d'Émetine dans la substance examinée, la solution ainsi traitée prendra une teinte jaune orange ou jaune citron.

Nous avons par cette méthode examiné si l'on trouve des traces de l'alcaloïde dans le sang et les urines, les matières fécales ou celles rejettées par le vomissement après une injection d'Emetine ou une absorption d'ipécacuanha. Voici les résultats auxquels nous sommes arrivés.

L'examen du sang ne nous a conduit à aucun résultat, celui des matières fécales et surtout des matières vomies nous a fourni au contraire la réaction caractéristique, après l'ingestion d'ipécacuanha. La réaction ne s'est pas montrée après l'injection d'Emetine. Le procédé à suivre pour ce dernier mode d'empoisonnement est encore à chercher, nous réservons ce travail pour la suite.

Nous aurions voulu, si le temps ne nous eut pas manqué pour le faire, étudier la durée de l'élimination de l'Emétine,

examen qui pourrait intéresser au plus haut point la toxicologie de Tlpécacuanlia ; nous nous réservons de poursuivre cette étude.

b) Marche à suivre dans l'examen médicolégal d'un cas d'empoisonnement par l'Ipécacuanha ou l'Emétine. — Nous basant sur les recherches que nous avons exposées dans ce chapitre, nous donnons d'une façon toute théorique la marche que le médecin légiste ou le chimiste auront, croyons-nous, à suivre dans l'examen d'un cadavre que l'on supposerait avoir été la victime d'un empoisonnement par Tlpécacuanlia ou son alcaloïde.

Tout d'abord l'examen des commémoratifs. L'action de TJpécacuanha ou de l'Emétine est assez rapide, peu après Lur ingestion, la victime a dû éprouver des coliques, vomir abondamment et à plusieurs reprises, avoir des selles sanguinolentes. Tous ces symptômes rappelant un peu ceux d'un embarras gastrique, mais avec infiniment plus d'acuité. La prostration des forces a suivi assez rapidement et le malade est mort dans un état comateux après des souffranoes plus ou moins longues. Ces commémoratifs une fois relevés, il faut recueillir s'il est possible le linge souillé par les vomissements ou les matières fécales, ou, ce qui serait préférable, les matières ellesmêmes qui ont été rejetées par les voies supérieures ou inférieures. Ces substances seront ensuite examinées comme il a été expliqué plus haut.

A l'autopsie l'attention se portera sur la muqueuse intestinale qui sera fortement congestionnée, présentera une couleur violacée Le cœur sera arrêté en diastole et gorgé de sang liquide, la vésicule biliaire distendue par la bile.

Les poumons seront exsangues ou congestionnés suivant que l'empoisonnement a eu lieu par l'Ipéca ou l'Emétine.

Dans l'empoisonnement (qui ne se présentera probablement jamais) par l'Ipécacuanha en nature, on retrouvera dans l'estomac ou les intestins des débris de la substance dont l'examen microscopique aidera à lever les doutes.

On pourra aussi injecter dans le tissu cellulaire d'un pigeon un peu de la substance recueillie. Si Ton a affaire à de l'Emétine il se produira des vomissements. Toutefois cette expérience n'est pas très concluante.

Telles sont rapidement exposées les règles principales d'une expertise médico-légale pour un empoisonnement par l'Ipécacuanha ou l'Emétine.

Nous avons voulu surtout dans ce chapitre poser le problème, le temps nous manquant pour l'élucider. Nous espérons que de nouveaux travaux viendront bientôt compléter notre étude et que le chapitre de la toxicologie de l'Ipécacuanha sera complété comme le sont déjà en partie les autres.

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