‹ Etude des ipécacuanhasChapitre 37 sur 58 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

, AUTRES SORTES D'IPÉCACU ANHAS

Nous avons étudié dans les chapitres précédents les Ipécacuanhas qui portent le nom tfannelé mineur et de strié noir. 11 nous reste, pour compléter Pétude des Ipécas fournis par la famille des Rubiacées, à décrire Plpécuanha annelé majeur, le strié violet, Y ondulé majeur et Y ondulé mineur. Nous allons les décrire successivement.

IPECACUANHA ANNBLE MAJEUR

Cette sorte assez commune, paraît-il, dans le commerce, bien que nous ne l'ayons rencontrée chez aucun droguiste de notre ville, a été décrite sous ce nom par Guibourt., Elle est beaucoup plus connue sous les noms à! Ipéca de Carthagène ou Ipéca de la Nouvelle-Grenade. Hanbury rapporte qu'il a reçu de Medellin (Nouvelle-Grenade) un échantillon de la plante avec ses racines, etilajouteque cette plante ressemble tout à fait au Psychotria Ipecacuanha.

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Triana, qui en 1867 apporta de la Nouvelle-Grenade des échantillons authentiques, pense qu'ils appartiennent à une espèce différente. H. Bâillon attribue la racine d'Ipéca annelé majeur à l'Uragoga granatensis ; toutefois il ne dit pas d'une façon très affirmative si cet Vragoga constitue une espèce distincte ou si ce n'est qu'une simple variété de l'espèce officinale.

, Examen macroscopique. — L'Ipécacuanha annelé majeur se présente sous forme de fragments peu allongés et d'un diamètre de 5 à 8 millimètres. Ils sont cylindriques et marqués d'anneaux peu saillants ou parfois presque nuls. Leur coloration est d'un gris jaunâtre ou parfois légèrement rougeâtre. La section montre une écorce très épaisse, dure, cornée, un peu translucide, d'un gris brunâtre ou noirâtre, et un méditullium relativement très petit et jaune. Son odeur est forte et irritante, sa saveur acre et amère. Cet Ipécacuanha se différencie aisément del'Ipécacuanha du Brésil par sa grosseur plus considérable, sa coloration grise à l'extérieur, la moindre épaisseur relative de son méditullium et la faiblesse de son annulation.

Les premiers arrivages en France de cette sorte d'Ipéca ne furent pas acceptés avec une grande faveur par la droguerie, parce que les échantillons, recueillis sans doute à des époques inopportunes, s'éloignaient trop de l'Ipécacuanha du Brésil, comme richesse en alcaloïde, et ensuite parce qu'on le considérait comme un faux Ipécacuanha très inférieur à la sorte officinale. Mais vers 1864, l'opinion se répandit parmi les exportateurs américains que, d'après Guibourt, l'Ipécacuanha de la Nouvelle-Grenade pouvait être aussi actif que celui du Brésil. Ces industriels apportèrent plus de soin à la récolte de cette racine et alors

1M5 AUTRES SORTES D'Il'ÉCACUAN HAS

l'importation en Europe ne tarda pas à acquérir une véritable importance.

D'après Lefort, quia spécialement étudié cette substance, Tlpécacuanhade la Nouvelle -Grenade arrive presque toujours en caisse, quelquefois en tonneaux et par la voie du Havre. Il y a quelques mois encore, Planchon présenta à la Société de pharmacie des racines d'Ipéca qui avaient été proposées à Paris enveloppées dans des feuilles de Marantha. 11 concluait que cette sorte, par certains caractères communs à l'annelé majeur et à l'annelé mineur pouvait servir de transition entre l'un et l'autre. M. Palangié qui a étudié chimiquement cette variété a trouvé un rendement moyen de 3 pour 100 d'émétine.

Examen histologique. — Nous avous dessiné pour la Matière médicale de M. le professeur Gauvet une coupe transversale de l'Ipéca annelé majeur que possède le droguier de la Faculté de Lyon. Nous reproduisons ici celte figure (voir planche VIII).

L'Ipécacuanha de la Nouvelle-Grenade offre la structure histologique suivante :

Suber (a) brun jaunâtre, à 5 ou 6 rangées de cellules tabulaires, recouvrant une zone de 5 à 6 séries de cellules petites, quadrilatères, un peu allongées tangentiellement. Le parenchyme cortical (b) est composé de cellules gorgées de fécule, disposées en séries concentriques, grandes, irrégulières, d'abord tangentielles, puis à peu près d'égale dimension dans tous les sens. En se rapprochant du centre de la racine, ces cellules se rapetissent et s'allongent dans le sens du rayon. Le liber (d) est formé de faisceaux déliés, distincts, courts, inégaux, subarrondis ou appointis au sommet et composés d'éléments délicats,

IPECACUANHA ANNKl.K MAJKUR

AUTRES SORTES D 'IPÉCACU ANHAS 197

à parois un peu épaissies ; la cavité de ces éléments contient de la fécule. Quelques îlots d'épaississement occupent le parenchyme cortical, au voisinage du liber. La constitution du bois (c) est peu différente de celle que présentent les mêmes couches, dans l'Ipécacuanha du Brésil. Peut être les fibres ligneuses sont- elles un peu moins épaisses ; elles contiennent aussi de la fécule.

Nous donnerons dans le chapitre suivant la description de la poudre d'Ipéca annelé majeur en décrivant les diverses falsifications de la poudre d'Ipéca.

Etude chimique. — L'analyse de l'Ipécacuanha de la Nouvelle-Grenade n'a été, à notre connaissance, faite que par Lefort en 1860. En opérant avec de la poudro privée du méditullium, ce chimiste a trouvé pour l'Ipéca annelé majeur l gp ,380 d'émétine dans une première expérience et l gr ,302 dans une seconde, ce qui donne une moyenne de l gr ,341 pour l'écorce de cette substance. 11 trouvait en même temps pourl'annelémineur l gr ,441 d'émétine dans une première expérience et l gr ,448 dans une seconde, soit une moyenne de l gr ,449. L'émétine qu'a retirée cet auteur est une émétine impure analogue à celle qu'étudièrent Dumas et Pelletier. 11 serait à désirer que de semblables recherches fussent reprises par les procédés actuels.

Pour Lefort, si l'Ipécacuanha de la Nouvelle-Grenade possède une composition et des propriétés qui le rapprochent beaucoup de l'Ipécacuanha de Rio, la pharmacie ne doit cependant pas remplacer l'un par l'autre. Mais si par suite de l'épuisement des forêts ou par une autre cause, l'Ipéca du Brésil venait à disparaître, ou à peu près, la médecine trouverait encore dans l'Ipécacuanha de la Nouvelle-Grenade un succédané excessivement précieux.

198 AUTRES SORTES D'IPECACU ANHAS

IPKCACUANHA STRIE VIOLET

Nous avons vu dans le chapitre vin que pendant longtemps on a confondu les deux sortes d'Ipéca strié. Planghon est le premier, en 1872, qui les ait différenciées d'une façon nette ; il faut cependant dire qu' Attfield avait déjà caractérisé l'espèce dont nous parlons, à! Ipecacuanha striated elastic i .

Cette sorte d'Ipécacuanha est produite par le Psychotria emetica Mut. (Ronabea emetica A. Richard, — Uragoga emetica}!. Bs). G est un arbuste des forêts ombragées de la Nouvelle-Grenade et dont voici les caractères : Souche presque horizontale, cylindrique, grosse comme le petit doigt, étranglée de loin en loin et à radicules grêles. Tige ligneuse, haute de 3 à 5 décimètres, simple, un peu pubescente ; feuilles lancéolées-aiguës, brièvement pétio lées, entières, glabres en dessus, pubescentes en dessous et à stipules étroites aiguës. Fleurs englomérules axillaires brièvement pédonculées ; corolle infundibuliforme, étamines incluses; le fruit est ovoïde, bleuâtre, et renferme deux nucules plan- convexes.

i Synonymie de l'Ipéoacuanha strié violet: Ipécaeuanha gris cendré glycyrrhizè Lémery (Dict. drog. simples, 4?9). — Ipécaeuanha strié Richard (Thèse inaug.). —Ipécaeuanha strié (partir*) Mérat et de Lens (Dict. mat. m éd., t III, p. 643), Guibourt (Drog. simples, t. III, p. 94). — Ipécaeuanha glycyphlœa Vool (Zeitschrift des (Ester. Apothekervereins). —Ipécaeuanha strié Durand (Th. inaug.. p. 19). — Ipécaeuanha striated elastic Attfield (Pharm. Journ, sér. II, t. XI, p. 14). — Ipécaeuanha strié de la Nouvelle Grenade Ch. Ménier (Th. inaug., p. 15). — Ipécaeuanha de Sainte-Marthe , Ipécaeuanha de Carthagène du commerce, — Ipécaeuanha strié majeur Planchon.

j D'aprfca Mkb*t. 18 J S.

PSYCHOTRIA EMETICA

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Examen macroscopique. — L'Ipéca strié violet se présente sous forme de petites baguettes de 4 à 8 millimètres d'épaisseur, longues de 4 à 10 centimètres, droites ou faiblement courbées. Elles sont rarement sinueuses, parfois seulement un peu étranglées en quelques points. La surface est grise ou brune, nettement striée suivant la longueur, un peu molle, se rayant sous l'ongle et se déprimant sous la dent. L'écorce,qui est fort épaisse, peut s'isoler du bois par places en reproduisant la forme en chapelet que nous avons signalée dans l'Ipéca annelé. La cassure est cireuse, sans trace d'amidon; elle est d'un brun plus ou moins foncé ou violacé, et bordée d'une écorce noire. Elle est d'ailleurs rarement homogène et le plus souvent marbrée de taches irrégulières, bien visibles sur la section nette. Le cylindre central, très grêle proportionnellement au parenchyne cortical, est jaunâtre, compact, et n'offre jamais de pores même à la loupe. L'odeur de cette racine est nulle. Si on place dans la bouche un fragment de cette substance, il se gonfle légèrement et paraît à peu près insipide. Cette description se rapporte absolument à ce que nous avons remarqué sur l'Ipéca strié noir, avec cette différence toutefois que, dans l'espèce déjà étudiée, on trouve une grande quantité d'amidon dans le parenchyme et beaucoup de vaisseaux dans le bois. Notre Ipéca ne seraitil pas par hasard une sorte intermédiaire ?

Examinée au microscope (pi. III) , cette racine se distingue nettement de l'Ipécacuanha annelé par Yabsence presque complète (mais non absolue) de fécule. Elle se compose des éléments ci -après : 1° Un subér (a) formé de cellules brunâtres et sèches. 2° Un parenchyme cortical (b), à cellules grandçs, irrégulièrement polyédriques

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et pourvues de parois relativement très minces. Ces cellules ne renferment pas d'amidon ; mais beaucoup d'entre elles contiennent des raphides souvent très allongées et disposées en amas serrés. 3° Un liber (c) formé défibres rectangulaires, irrégulières, à parois à peine plus épaisses que celles des cellules du parenchyme cortical. Ces fibres sont également plus petites que ces dernières et leur calibre diminue progressivement du pourtour de la zone libérienne à la portion la plus interne de cette zone, où elles offrent des parois épaisses. 4° Une couche cambiale comprenant un petit nombre de cellules. 5° Un bois (d) composé de fibres de grandeur variable, mais plus grandes en générai que les fibres les plus intérieures du liber. Ces fibres ont des parois relativement peu épaisses ; elles sont disposées en séries rayonnantes et constituent la totalité du bois, au sein duquel elles forment une masse compacte, dans laquelle on ne trouve ni vaisseaux ni rayons médullaires apparents.

Etude chimique. — L'espèce étudiée chimiquement par Pelletier sous le nom de Psychotria emetica n'est autre, d'après Mérat et comme nous l'avons déjà dit plus haut, que V Ipéca annelé brun. La seule analyse qui à notre connaissance ait été faite des racines de l'Ipéca strié violet est celle d'ATTFiELD. Cet auteur a trouvé : émétine pure, 2,75; sucre de raisin, 5,39; sucre de canne ou ma tières analogues, 34; matières albuminoïdes, 3,02; matières grasses, fibres et sels, 54,83, pour 100 parties de substance soumise à l'analyse. La pauvreté de cette sorte en alcaloïde est encore un point de rapprochement avec notre Ipéca strié noir. Cette sorte étant très peu active doit être considérée comme une véritable falsification de l'Ipéca

1PECACUANHA STRIE VIOLET

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PSYCHOTRIA UNDATA

AUTRES. SORTES D'IPÉCAGU ANHAS 201

anneléauquel, d'après certains auteurs, elle est très souvent mêlée. Pour nous, c'est surtout l'Ipéca strié noir,histologiquement caractérisé, que nous avons rencontré assez souvent dans l'Ipéca de Rio. Nous n'y avons jamais vu l'autre.

IPECACUANHA ONDULE MAJEUR

Quelques auteurs font mention d'une sorte d'Ipécacuanha ondulé qu'ils nomment Ipéca ondulé majeur ou Ipécacuanha ondulé de Colombie. Cette sorte n'est point commerciale, elle est par conséquent sans intérêt pour nous.

La production de cette espèce est attribuée avec incertitude par Bâillon au Psychotria undata, de Jagquin (Uragoga undata, H. Bn.). Nous ne décrirons pas cette espèce ; toutefois, nous en donnons la figure d'après Jacquin .

IPECACUANHA ONDULE MINEUR

Cette sorte d'Ipécacuanha est aussi anciennement connue que l'Ipéca officinal. Pison, en 1648, est le premier qui en fasse mention ; nous citerons sa description en entier pour faire voir la concordance :

Una enim earum (il cite les deux espèces) humi depressa^ eœiguior in pratis crescit; Pulegio non admodum dissimiliSy narn caulis foliis lanuginosis exsurgit multis; albisque flosculis cingitur; radix illius est crassa, filosa, albicans, a Lusitanis ad differentiam, Ipécacuanha blanga dicta, quœ, quod minus turbet corpus

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et venenis valdissime résistât, œque pueris ac gravidis exhibetur.

Le P. Labat parle également de cette sorte d'Ipéca; nous avons cité dans notre historique général la description qu'il en donne. Lorsqu'on essaya d'identifier Plpécacuanha blanc, on le considéra comme fourni par une sorte de Violette. L'espèce analysée par Pelletier sous le nom d'Ipéca blanc n'est pas celle-ci, au dire deMérat. Ce dernier auteur décrit d'une façon très précise la sorte qui nous occupe sous le nom d'Ipécacuanha amylacé. Toutefois, il ajoute qu'on suppose qu'elle appartient au Viola Ipecacuanha; pour lui, il n'est pas disposé à le croire, d'après l'examen de la racine de cette espèce figurée par Vandellé. Il dit n'avoir jamais rencontré cette racine dans Tlpécacuanha ordinaire, mais seulement dans les droguiers. Virey est le premier (1820) qui ait identifié Plpécacuanha ondulé mineur. Il a pu examiner les racines du Viola Ipecacuanha et aucun de ses caractères ne lui a semblé se rapporter à l'Ipéca amylacé. Il a reconnu que cette sorte était identique aux racines encore adhérentes à la plante que Gomez lui avait adressée et que celui-ci avait décrite en 1801 sous le nom de Richardia brasiliensis .

Richardia scabra L. (Richardsonia brasiliensis Gomez). — C'est une petite plante velue couchée très commune au Brésil et dans l'Amérique centrale, croissant dans les champs, au bord des routes et jusque dans les rues peu fréquentées. Rhizome épais et traçant, rameaux aériens nombreux, herbacés, rampants, velus. Feuilles ovales, lancéolées, opposées, à stipules intrapétiolaires unis deux à deux en une gaine laciniée. Fleurs blanches ou teintées de violet, disposées en cymes contractées simulant

IPECACUANHA ONDULE MINEUR

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