‹ Etude des ipécacuanhasChapitre 46 sur 58 · I. CRYPTOGAMES · texte numérisé non relu

I. CRYPTOGAMES

Nous ne connaissons point, parmi les Cryptogames, de végétaux pouvant, avec certitude, être employés comme émétiques. Il faut pourtant faire exception pour une Lycopodiacèe : le Lycopodium saururus. — '• Cette plante croit dans l'Amérique du Sud où elle est vulgairement désignée sous le nom de Piligan ou Pilijan. On l'emploie empiriquement en infusion comme éméto-catarthique dans les états gastriques d'origine diverse, mais on le redoute en raison de son énergie excessive. En 1886 Adrian et Bardel ont constaté dans cette plante la présence de sucre, d'une résine particulière et d'un alcaloïde qu'ils ont nommé Piliganine.

Voici le résultat des expériences physiologiques faites par Bardel sur des chiens, des lapins et des grenouilles.

1° Chien. — Une dose deO er ,15 injectée en solution produit au bout de cinq minutes des effets vomitifs violents. Puis il se mani feste une contracture du train postérieur, se généralisant peu à peu; la pupille se contracte,. l'animal est pris* de tremblement, les réflexes sont considérablement augmentés. Des convulsions violentes se manifestent, enfin l'animal meurt. Il est à noter que la sensibilité est conservée jusqu'à la période asphyxique qui emporte ranimai.

2° Lapin. — Mêmes phénomènes. Les tracés cardiographiques et pneumographiques montrent que le poison agit d'abord et très

rapidement sur la respiration, dont les mouvements s'affaiblissent en amplitude, tandis que le nombre augmente. Les battements du oœur sont d'abord très irréguliers, puis cessent peu à peu. L'animal meurt asphyxié, comme le prouvent d'ailleurs les lésions con statées à l'autopsie.

3° Grenouille. — On constate une augmentation très grande de l'excitation réflexe. Les tracés cardiographiques montrent que dès l'introduction du poison, la fonction cardiaque est troublée et que peu à peu le nombre et l'amplitude des contractions diminuent jusqu'à ce qu'il y ait arrêt.

La piliganine est donc un poison, dont l'action prédominante se manifeste sur les centres nerveux et particulièrement sur le bulbe et sur les pneumogastriques.

Iî. M0N0C0TYLKD0NI2S

Golchicacées. — Golchicum autumnale L. (Veilleuse, Safran des prés). — Cette plante, qui n'est jamais employée comme émétique, donne à la matière médicale son bulbe et ses semences. Nous ne décrirons, ni l'un, ni l'autre; rappelons seulement que, à dose un peu élevée, le Colchique détermine des nausées, le ralentissement du pouls et des vomissements bilieux. Le principe actif du Colchique est la Colchicine, G 17 H 19 AzO 5 .

Veratrum album L. (Ellébore blanc, Varaire). — Le rhizome est employé en médecine sous le] nom de rac ne d'Ellébore blanc. Cette substance se présente, dans le commerce, sous la forme d'une sorte de cône de 3 à 5 centimètres de long, noir, surmonté d'un grand nombre de feuilles engainantes, coupées transversalement près de leur base. Ce rhizome est tantôt dépourvu de racines et tantôt.

Fig. a. fthiïomm

Fi*, 4. - liuloo de Scilic.

SUBSTANCES EMETIÛUES

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au contraire, en présente un grand nombre. Celles-ci sont grêles, ridées, brunes ou brun jaunâtre. Le rhizome et les racines sont blancs ou blanc roussâtre à l'intérieur ; leur saveur, d'abord douceâtre et un peu amère, devient ensuite acre et corrosive.

La racine d'Ellébore blanc est un vomitif et un purgatif drastique très violents. Elle renferme du Gallate de Vératrine, de la Jervine et de la Vératralbine .

Vératrine (C 3 * H 49 Az0 9 ). — Cet alcaloïde a été rencontré par Meissner dans les semences de la Gévadille (1818) et bientôt après par Pelletier et Caventou dans la racine d'Ellébore" blanc. Il a été surtout étudié par Merck. La vératrine cristallise en aiguilles groupées autour d'un centre; d'abord limpide, elle ne tarde pas à devenir opaque, en perdant l'eau de cristallisation. Selon Budlock, la vératrine n'est que partiellement soluble dans l'éther; la partie insoluble constituerait la Vératrotc2ini,la partie soluble la Viridine. Wright et Lufp nomment Cévadine l'alcaloïde que nous venons d'étudier rapidement et réservent le nom de Vératrine (C 37 H 57 Az O 11 ) à un autre alcaloïde qu'ils ont isolé des semences du Veratrum Sabadilla.

Jervine (C 30 H 4C Az* O 3 ). — Cet alcaloïde a été découvert, en 1837, par E. Simon dans la racine d'Ellébore blanc. Will a fixé plus tard sa composition. La jervine se présente sous forme de masse cristalline incolore, presque insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool. Elle forme, avec les acides, des sels très peu solubles.

Vératralbine (C* H n Az O 5 ). — Cet alcaloïde a été découvert par Wright et Lufp en 1879. C'est une matière amorphe, qui ne paraît pas avoir été étudiée.

De tous ces alcaloïdes, la vératrine seule a été étudiée au point de vue physiologique : introduite en très petite quantité dans les fosses nasales, elle produit des éternuements extrêmement violents, accompagnés de maux de tête. Elle est acre et vénéneuse; ingérée à l'intérieur, elle purge et provoque des vomissements; 3 milligrammes tuent un petit chat en dix minutes. Wood a fait connaître les propriétés des deux bases qui, selon Budlock, existent dans la vératrine. La viridine a une action sédative; et la vératroUdine agirait comme vomitif irritant et purgatif faible.

Avant la découverte de l'Ipécacuanha, la racine d'Ellébore blanc était précouisée comme yomitive et purgative. On l'employait aussi contre la manie, l'épilepsie, la fièvre quarte, la gale et le pityriasis; toutefois, elle était beaucoup plus usitée dans la médecine vétérinaire, que dans notre thérapeutique.

Veratrum nigrum L. — Son rhizome, aussi énergique que celui de l'Ellébore blanc, lui est souvent substitué.

Veratrum viride L. (Ellébore d'Amérique, Ellébore vert). — Le rhizome est très employé aux Etats- Unis et au Canada, comme sédatif artériel. Nous relevons, parmi ses propriétés physiologiques, celle de procurer des nausées et des vomissements.

Veratrum officinale Schlecht (Cévadille). — Ses semences contenant beaucoup de vératrine possèdent les propriétés de cet alcaloïde.

Liliacées. — Drimia ciliaris Jacq. (Hyacinthus Poir.). — Le bulbe de cette plante, qui croît au Gap, est émétique, expectorant et diurétique. Le suc en est telle-

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ment irritant, que les habitants appellent la plante Jeukbol (bulbe à gratter).

Grixram toxicarium Roxb. (G. asiaticum, var. toxicarium, Herbert). — Plante de l'Inde et de ses îles; y est cultivée pour son feuillage et ses belles fleurs blanches. Son bulbe est employé, comme èmêtique, parles indigènes.

Scilla maritima L. — Son bulbe, très vénéneux, est, à faible dose, utilisé en médecine comme diurétique puissant. Ce paraît être un poison cardiaque comme la Digitale ; la scille était utilisée dans l'ancienne thérapeutique comme èmêtique.

Smi lacées. — Polygonatum vnlgare (Sceau de Salomon). — Ses baies sont nauséeuses, émétiques et purgatives.

Paridées. — Trillium pendulum Willd. — La racine de Trillium est connue en Amérique sous les noms de Beth Root, Wake Robin, Bert Root, Indian Balm, LamUs Quarter, Ground Lily. Elle ne figure pas sur la liste officielle de la Pharmacopée des Etats- Unis. C'est un èmêtique puissant. Cette substance contient un principe analogue à la saponine. Nous la décrivons d'après les échantillons que possède le droguier de la Faculté de médecine de Lyon et qui proviennent de la collection de M. Chantre.

Cette substance se présente sous la forme de petites souches jaunâtres, renflées, quelquefois contournées en croissant, longues de 2 à 3 centimètres, épaisses de 1 à 2 centimètres et présentant, à l'une de ses extrémités; les débris de la base des feuilles. De la portion inférieure de ce rhizome naissent une grande quantité de petites racines enchevêtrées, grêles, d'une couleur fauve,

plus claires que celle de la souche. Ces raciues présentent de nombreuses rides transversales ; elles ont une longueur au moins deuxfois plus considérable que celle de la souche. L'odeur de la racine de Trilliurn est faible ; sa saveur est, au contraire, très acre.

Amaryludëës. — Naroissua Pseudo-Narcissus L. et N. poeticus. — Nous étudierons ces plantes dans un chapitre spécial.

Iridées. — Iris versicolor L. (Glaïeul bleu). Nous empruntons la description de cette plante à Loiseleur Deslongchamps : « Cjtte espace a des feuilles ensiformes, un peu étroites, vertes, recourbées au sommet, à peine moins longues que la tige, qui est cylindrique, haute da trente-cinq à cinquante centimètres, terminée par deux à trois fleurs dont les divisions externes sont grandes, ovales, bleues, mais panachées vers leur base de blanc, de jaunes et de veines violettes, et dont les divisions redressées sont plus petites lancéolées d'un pourpre violet ou bleuâtre». Son rhizome est employé, en Amérique, comme éméto-cathar tique, sous le nom de Blue Flag Root. Nous en donnons la description d'après les échantillons du droguier de la Faculté.

Ce rhizome est aplati, long de 5 à C centimètres, large en moyenne de 10 à 11 millimètres. Sa couleur est rougeâtre; il présente sur l'une de ses faces et quelquefois, mais rarement, sur les deux, un grand nombre de ponctuations, seul reste de radicelles. Il est séparé par des saillies circulaires en anneaux réguliers, ressemblant assez à ceux du Galanga, et sillon né de nombreuses rides longitudinales, dues à la dessiccation. Il a une odeur trè* nauséause et une saveur acre.

Cette substance occasionne des nausées analogues à celles

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que donne le mal de raar et détermine la prostration des forces. À faible dose, elle agit comme diurétique. Quoique comprise parmi les substances officinales de la Pharmacopée des États-Unis, elle n'est guère employée que par les médecins éclectiques. Ceux-ci en préparent une sorte d'oléo -résine appelée Iridine ou Irisine, qui à faible dose, paraît être un stimulant de tout le système glandulaire.

L'iridine a été considérée par Wood et Bâche comme érnétique, cathartique et diurétique. Elle se présente sous forme de petits grumeaux noirâtres, à reflets brillants, d'une odeur aigrelette, d'un goût légèrement acidulé et tannique. Cette oléo-résine est insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool et l'éther, très soluble dans les alcalis caustiques. L' Iridine a été administrée comme purgatifà la dose de 6 à 30 centigrammes ; son action purgative est incontestable et assez prononcée. Elle irrite moins le tube digestif quele podopliyllin. Rutherford a fait sur l'homme de nombreux essais de l'emploi de l'iridine, et il la regarde comme un modificateur très puissant des troubles de la fonction hépatique, désignés sous le nom d'état bilieux. 24 centigrammes d'iridine mêlés à 10 centigrammes de conserve de roses composent une pilule qu'on administre à l'heure du coucher. Elle ne produit aucune sensation désagréable et le malade se réveille le matin la langue nettoyée et la tête dégagée. Mais quand on répète cette dose plusieurs jours de suite, elle produit de la dépression, aussi ne doiton pas l'administrer plus d'une fois par semaine. L'iridine irrite la prostate et on ne devra pas la prescrire lorsque cet organe est malade ou irritable. Guéneau de Mussy a également étudié cette substance, ses conclusions sont les mêmes que celles de Rutherford.

2o$ ÉTUDE GÉNÉRALE DES SUCCÉDANÉS

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