‹ Etude des ipécacuanhasChapitre 55 sur 58 · FAMILLE DES VI0LARIÉE · texte numérisé non relu

FAMILLE DES VI0LARIÉE

Cette famille est après lesRubiacées celle qui contient le plus de substances émétiques. Ce fut à elle d'ailleurs que Ton attribua d'abord les divers Ipécacuanhas. Lorsque l' Ipéca ordinaire fut définitivement classé, on continua encore pendant un certain temps à considérer l'ondulé comme étant le produit du Viola Ipecacuanha. Ce ne fut que Virey qui lui donna définitivement sa place. Les substances vomitives que nous allons étudier dans ce chapitre sont fournies par deux genres très voisins l'un de l'autre, les Viola et les Ionidium. Nous commencerons cette étude par la description des Violettes émétiques.

Nous devons citer en premier lieu nos espèces indigènes, et tout d'abord le Viola odorata.

Viola odorata L. — Cette plante a été employée dès la plus haute antiquité. Plusieurs parties de cette substance sont utilisées, mais les racines seules ont des pro-

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priétés émétiques et légèrement purgatives. La Violette odorante est une plante à souche souterraine, tortueuse, horizontale, cylindrique, irrégulière et pourvue de petites radicelles. Elle croît dans les bois, les haies, les coteaux, les prairies sèches ; on la cultive beaucoup pour ses fleurs odorantes. La racine de Violette a une couleur blanc jaunâtre, une saveur un peu amère, acre et nauséabonde. Les racines de Viola nous offrent un fait remarquable signalé par Timbal-Lagrave en 1853. Celles des espèces à fleurs vernales odorantes ont une odeur et une saveur nauséeuses très prononcées, tandis que les espèces à fleurs inodores ont des racines inodores et insipides. 2 grammes de poudre de racines de Viola odorata peuvent procurer des vomissements et des évacuations alvines. Pendant le blocus continental, cette racine a été employée avec un certain succès, à la place de l'Ipécacuanha, mais depuis cette époque elle est à peu près tombée en désuétude.

En 1823, Boullay a fait l'analyse de cette Violette et il y a trouvé un principe actif alcalin, amer, acre et d'une odeur vireuse. Ce principe, que l'auteur croyait assez semblable à l'émétine de Pelletier, a été nommé par Boullay émétine de la Violette, émétine indigène, ou Violine.

Orfila a constaté par quelques expériences physiolo giques l'activité de cette nouvelle substance. La violine n'a pas, à notre connaissance, été étudiée depuis cette époque.

D'autres Violettes indigènes paraissent avoir des propriétés analogues. Ainsi, le Viola Tolozana Timb. a des racines vomitives. Il faut remarquer que dans le genro

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Viola un grand nombre d'espèces ne sont pas émétiques, et comme bien souvent les racines de l'une sont données pour celles de l'autre, on s'explique l'infidélité de ce médicament.

Les fleurs, les feuilles et les semences de Violette contiennent aussi de la violine, mais en moins grande quantité que dans la racine.

Viola tricolor L. (Pensée sauvage). — La racine de cette plante est, comme celle de la précédente, émé tique à la dose de 2 grammes.

Parmi les Violettes exotiques il faut citer encore comme émétiques les Viola palmata et pedata de l'Amérique dn Nord. On emploie aussi aux mêmes usages le Viola ovata, à Natal. Mais le genre qui contient le plus de succédanés de l'Ipécacuanha est le genre lonidium.

Ionidium Ipecacuanha Vent. (Viola Ipecacuanhx L., Ionidium Itubu H. B. K., ionidium Lœfflingianum Schult.j Ipecacuanha branca Arrud., Powôalia Itubu y Ging. Dec, Solea Ipecacuanha Spr. Dr. Pombalia Ipecacuanha Vandellé, Hybanthus Ipecacuanha H. Bn.). — Cette plante a des racines blanches, fibreuses et ramifiées, des tiges droites, rameuses, hautes de 7 décimètres; les feuilles sont ovales, elliptiques, vertes, glabres, un peu pileuses en dessous, dentées en scie. Les pétioles sont courts, les fleurs blanches, solitaires, axillaires, inclinées sur leurs pédoncules, accompagnées de deux bractées très courtes, pileuses au sommet ; les pétales sont unguiculés, deux plus longs rabattus, trois inférieurs, dont un pubescent en dessous. La racine, qui porte le nom d'IpÉCACUANHA ligneux, (Woody Ipecacuanha des Anglais, Poaya branca des

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indigènes, Ipécacuanha blanc du Brésil) est longue de 16 à 20 centimètres, ligneuse, de la grosseur d'une plume, plus ou moins tortueuse ou flexueuse et offrant quelquefois des fentes demi-circulaires et assez analogues aux anneaux incomplets de l'Ipéca ondulé. L'écorce est ordinairement dépourvue de lignes transversales et présente un grand nombre de stries longitudinales dues très probablement à la dessiccation . Elle est généralement mince et sa double épaisseur est sensiblement égale au diamètre du bois. Les racines sont d'une couleur gris jaunâtre; la section montre une écorce blanchâtre et un bois épais d'un jaune clair qui présente à la loupe une infinité de pores. Cette racine est presque insipide et inodore.

Nous empruntons à M. Beauvisage (Bulletin trimestriel de la Société de botanique de Lyon, 31 janvier 1888) la description microscopique de cette substance.

1° A l'extérieur un suber mince, pâle, normal.

2° Un parenchyme cortical formé de cellules à parois très minces, irrégulièrement polygonales, assez allongées dans le sens tangentiel et ne paraissant pas présenter de méats entre elles. On trouve dans ces cellules de l'inuline 1 et des cristaux d'oxalate de chaux, octaèdres et prismes appartenant au système quadratique 2 . On y trouve aussi des sclérules.

3° Un liber constituant en apparence une zone annulaire continue, formé de cellules hexagonales plus petites que

* En 1870 Durand avait signalé dans cette racine l'existence dans les cellules parenchymateuses de masses jaunâtres, que Kraus en 1880 a reconnues être de l'inuline. M. Bkauvisaqk a fait cette môme constatation et sans connaître les travaux de Kraus a conclu à l'existence de l'inuline.

* Ces cristaux ne se développent pas dans des cellules spéciales, mais dans toutes les cellules parenchymateuses.

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celles du parenchyme cortical, assez régulièrement disposées enfiles radiales, et au milieu desquelles on distingue, surtout dans les assises internes, d'assez nombreux tubes criblés, affaissés, dont les cals sont aisément mis en évidence par l'emploi du bleu d'aniline.

4° Une zone génératrice libéro-ligneuse , ordinairement peu distincte, réduite à une ou deux assises de cellules et paraissant le plus souvent faire défaut, son rôle étant sans doute terminé, à l'époque de la récolte des racines, par différenciation complète de tous ses éléments.

5° Un cylindre ligneux, compact, entièrement scléreux, formé surtout de fibres épaisses, au milieu desquelles sont irrégulièrement disséminés de gros vaisseaux. Vers l'extérieur, on distingue des rayons médullaires pénétrant plus ou moins loin dans l'intervalle des fibres et formés de cellules scléreuses écrasées entre celles-ci et plus ou moins allongées dans le sens radial.

La section des ramuscules aériens, feuilles, de la plante, présente quelques caractères dignes d'être cités : L'écorce très réduite ne contient pas d'inuline; celle-ci s'est localisée en très belles masses dans les grandes cellules de la moelle ; mais dans cette même moelle se trouvent d'autres cellules un peu plus petites, cristallogènes, contenant chacune une mâche radiée d'oxalate de chaux. Au lieu de sclérules on trouve dans l'écorce des fibres longues et fines à cavité presque nulle.

Ionidium parviflorum Went. (Viola paroiflora L.). — La racine de cette plante, qui porte comme la précédente le nom de faux Ipéca du Brésil, est cylindrique, delagrosseur d'uneplumede corbeau ; son écorce,beaucoup plus mince que celle de Y Ionidium Ipecacuanha, ne pré-

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sente pas de rides transversales, mais de nombreuses stries longitudinales. Elle est gris jaunâtre et se détache facilement du bois. Le méditullium est jaune et assez épais comparativement à Pécorce. Cette racine, quand elle arrive dans le commerce, se trouve mêlée à une assez grande quantité de tiges et de feuilles ; les tiges sont plus ou moins grosses, les feuilles sont longues de 15 à 20 millimètres, ovales- lancéolées, munies de petites dents aiguës sur leurs bords.

Ionidium Itouba, Vent. (Viola Itouboa Aublet, Viola Itubu L. , Viola calceolariaL. , Ionidium calceolaria Vent., Ionidium Ipécacuanha Vent. (sec. Eichler in Mart. Flor. Brasil.J, Pombalia Itubu «, /3, <î, Ging. Dec. , Solea Itubu Spr. Dr,) . — Les racines de cette plante sont blanches, rameuses, cylindriques et traçantes. Les tiges sont droites, rameuses, herbacées et tomenteuses. Les feuilles sont pétiolées, ovales, dentées en scie, tomenteuses sur leurs deux faces. Les fleurs sont blanches, très grandes, axillaires, leurs calices velus à cinq sépales inégaux. Quatre pétales unguiculés roulés sur leurs bords, un cinquième beaucoup plus grand, ovaire velu, stigmate urcéolé, capsule arrondie s'ouvrant par trois valves ; les graines sont ovales, petites et blanches. Cette plante croît à Cayenne et dans l'Amérique du Sud. Telle qu'elle se présente parfois dans le commerce, la racine est très tortueuse, vermiculée, présentant des rides et des stries longitudinales excessivement nombreuses et bien marquées. La couleur est extérieurement grise. La section présente à considérer une écorce un peu épaisse, gris jaunâtre, et un bois de même couleur ; Pécorce se détache sans trop de difficultés du méditullium. Gomme l'espèce précédente, elle

IONIDIUM ATROPURPUREUM

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est souvent, dans le commerce, mêlée de débris de tiges et de feuilles entièrement velues, ce qui est un caractère distinctif de la plante.

Ionidium Poaya A. Saint -Hilaire. — Cette espèce, appelée vulgairement Poaya do campo, est considérée au Brésil ainsi que Y Ion. microphyllum H. B. K.,

Y Ion. parviflorum Went., Y Ion. brevicaule Mart.,

Y Ion. urticœfoliwm Mart., comme émétiqu* et est parfois employée à la place de l'Ipéca.

Ionidium Marcutii. — Cette plante, qui croît à Guayaquil, dans l'Amérique du Sud, fournit la substance appelée racine de Cuichunchilli. Cette racine ressemble beaucoup à celle de Y Ion. Ipecacuanha. Elle est un peu tortueuse avec des fentes demi-circulaires; elle est ridée longitudinalement et présente des étranglements post-annulaires. L'écorce est mince, jaune pâle; elle est peu adhérente au bois qui est plus jaune et assez épais. Cette racine possède une odeur aromatique assez marquée, non désagréable, qu'il est difficile de préciser.

Citons en terminant cette étude des Ionidium l'Ion, atro-purpureum, appelé au Brésil Purga do campo, et qui a des propriétés vomitives. Nous donnons la figure de cette espèce pour représenter le genre.

En résumé, la famille des Violariées contient un assez grand nombre d'espèces émétiques. Parmi celles-ci, le Viola odorata, employé jadis avec succès comme succédané de l'Ipéca, et les Ionidium qui dans leur pays d'origine sont couramment usités comme vomitifs. Peutêtre le principe découvert par Boullay dans la Violette odorante se retrouve-t-il dans toutes les plantes odorantes émétiques de cette famille ; ceci demanderait à

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