‹ Etude des ipécacuanhasChapitre 57 sur 58 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

FAMILLE DES A3CLÉPIADÉE3

La famille des Asclépiadées contient un très grand nombre de substances douées de propriétés vomitives. Elles appartiennent aux genres Ascleptas et Tylophora.

Asclepias syriaca. — Cette plante est employée comme émétique dans l'Amérique du Nord, on lui donne vulgairement le nom de Plante à soie et on lui reconnaît un effet spécifique pour dissiper les hydropisies. List a étudié la composition chimique de cette substance. Il a découvert dans le latex de cette plante un principe particulier auquel il a donné le nom d'asclépion. On extrait lasclépion du latex en traitant ce dernier avec Téther. On obtient ainsi une solution éthérée parfaitement transparente, qui, par évaporatiou, laisse déposer un résidu cristallin. Mais Pasclépion ainsi formé n'est pas encore parfaitement pur. Il contient en petite quantité une substance que Ton sépare par plusieurs traitements suc-

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cessifs par l'éther. L'asclépion se présente sous forme de masses blanches cristallines; une évaporation très lente de sa solution le laisse déposer sous forme de masses cristallines dont les cristaux rayonnent autour d'un point centrai. L'asclépion est inodore et insipide. Il est insoluble dans l'eau et l'alcool, trèssoluble dans l'éther, moins dans la térébenthine, le pétrole et l'acide acétique. Il fond aisément et devient alors amorphe et parfaitement transparent.

A haute dose VA . syriaca produit des vomissements et des évacuations alvines.

Asclepias tuberosa L. — Cette racine se présente dans le commerce et est utilisée aux Etats-Unis comme expectorante et diaphoré tique. Elle se présente en fragments informes ne dépassant guère 15 à 20 millimètres de long sur 10 de large, et dont l'épaisseur varie entre 2 et 6 millimètres. Ces fragments ont une teinte fauve, et sont constitués par un bois compact d'un blanc crayeux que recouvre une écorce assez épaisse, adhérente, gris fauve, finement striée en travers.

A l'état frais, cette racine est large, fusiforme; elle est noueuse légèrement, mais cependant distinctement annelée avec de nombreuses stries longitudinales. Pour la conserver, on la coupe en petits fragments de 2 à 15 centimètres de long. C'est sous cette forme qu'elle arrive dans le commerce. Sur la section on remarque une écorce blanche parsemée d'îlots jaunâtres ; le bois se compose de faisceaux étroits, cunéiformes, de couleur jaune, et séparés par de larges rayons médullaires blancs. Parmi les fragments de racines se trouvent d'assez nombreux tronçons de tiges, de grosseur variable, ne dépassant guère

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une épaisseur de 5 à 6 millimètres. Ces tronçons se distinguent par leur écorce fauve mince, striée en long, et par leur bois relativement épais, formé de faisceaux jaunes étroits que séparent des rayons médullaires blancs. La moelle est souvent excentrique. La face externe de ces tiges porte fréquemment de légères saillies opposées, indices des feuilles tombées.

La racine à 9 A . tuberosa a une saveur mucilagineuse,

un peu piquante et faiblement amère. Son odeur rappelle

à la fois celle de l'Ipéca et de la Valériane. Cette substance

agit à haute dose comme émétique et purgative. Nous

avons emprunté la description microscopique de cette

racine à la Matière médicale de M. le professeur Gauvet.

Asclepias curassavica. — Parmi les mauvaises

herbes qui infestent les pâturages des Indes occidentales,

de Névis tout spécialement, il n'y en a pas qui soit plus

attrayante à l'œil et plus nuisible pour le bétail qui la

mange que Y Asclepias curassavica, connu en Europe

sous le nom d'Ipécacuanha bâtard. Ce nom est tiré de la

propriété émétique de ses racines ; on lui donne aussi en

Angleterre celui de Red Head (tête rouge), à cause de la

couleur de ses fleurs. Dans les pays d'origine on lui

donne encore un certain nombre d'autres dénominations.

Ainsi, dans toutes les Antilles, on l'appelle Herbe de

M m * Boivin, du nom d'une créole de Saint-Domingue,

qui avait fait de sa racine un remède secret. Dans les

provinces de Rio on nomme cette Asclépiade Officiai da

sala (officier de salle, garçon de service); à Bahia, on

l'appelle Cega-olho (bouche -l'œil), parce qu'on prétend

que le latex de cette plante appliqué sur les yeux fait

perdre la vue.

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La tige de cette plante est herbacée, haute de 35 centimètres à 1 mètre. Elle porte des fleurs rouges et fleurit pendant toute l'année. Browne et Swartz en ont décrit une variété à fleurs blanches commune dans les régions fraîches de la Jamaïque. Hamilton pense que ce doit être une autre espèce.

La racine de YAsclepias curassavica contient un principe émétique d'activité variable, ce qui rend son action incertaine et dangereuse. Aussi ce médicament, ayant dans la pratique occasionné un certain nombre de déboires, passe -t-il pour infidèle. La différence que l'on observe dans l'action émétique de cette plante vient probablement de ce qu'on ne fait pas assez attention à la saison de sa récolte. La même chose arrive d'ailleurs avec beaucoup d'autres plantes qui font partie de la matière médicale.

A ce sujet, nous rappellerons, ce qui est d'ailleurs aussi l'avis de Hamilton, que le scepticisme moderne fait trop peu de cas des anciennes recommandations des médecins des siècles passés. On recommandait à cette époque de cueillir les simples à un mo.nent déterminé de l'année, même à certains jours, à certaine heure de la nuit. Quelque ridicules que puissent paraître de pareilles prescriptions, elles ont cependant en partie leur raison d'être. En effet, l'activité d'une racine n'est certainement pas la même avant la floraison de la plante ou à la fin de la saison. L'influence de la lumière solaire sur la physiologie des plantes ne pourrait-elle pas aussi avoir quelque influence sur la formation des alcaloïdes ou leur décomposition ?

Quoi qu'il en soit, la racine de ÏAsclepias curassavica convenablement recueillie pourrait être employée avec

FAMILLE DES ASGLÊPIADÉES 319

succès comme un succédané de l'Ipéca. La racine de la variété blanche possède la même propriété. Pour administrer cette racine, on la fait bouillir avec de l'eau, puis après l'avoir fait sécher, on la pulvérise; ainsi préparée, on peut la donner à la dose de 1 gramme à 2 gr ,50. La même propriété émétique existe aussi dans le latex de la tige.

UAsclepias curassavica est aussi très employé à la Jamaïque pour arrêter les hémorragies, ce qui lui a valu le nom de Blood Flower (fleur à sang). Barham cite un cas de guérison immédiate d'hémorroïdes avec cette plante et de nombreuses cures de blennorragie chronique. Le sirop fait avec le latex se donne à la dose d'une cuillerée à café ou d'une cuillerée à bouche comme vermifuge et anthelminthique. Wrihght et Barham considèrent cette plante comme un tonique d'une certaine valeur. Wright administre dans ce but le suc exprimé des feuilles à la dose d'une cuillerée à café et à jeun dans la période d'adynamie consécutive aux fièvres. Il dit que cette substance a également une action sur l'appareil urinaire et sur la peau.

Tylophora asthmatica Wright etÀRN. (Asclepias

asthmatica Roxb.). — C'est une plante vivace et sa menteuse, indigène de l'Inde, mais naturalisée à Maurice, où on l'appelle Ipéca sauvage ou Ipéca du pays; les Hindous la nomment Unto-mol.

Cette plante est connue depuis fort longtemps. Plu- KENETTl'a décrite et figurée sous le nom d'Apocynum; Wildenow l'a également indiquée sous celui de Cynanchum. C'est une espèce entièrement velue, excepté à la base supérieure des feuilles, dont voici d'ailleurs la des-

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cription. Ces feuilles sont longues de 5 à 12 centimètres, larges de 2 à 6. Elles sont ovales ou sub-arrondies, ordinairement un peu cordées en bas, brièvement acuminées ou mucronées au sommet, coriaces, glabres en dessus, munies en dessous de poils simples et mous. Desséchées, elles sont épaisses, rudes, d'un vert jaunâtre pâle ; leur saveur est faible et leur odeur est herbacée.

Les feuilles et les racines sont un succédané efficace de Tlpécacuanha, ce qui a valu à la plante le nom qu'elle porte à l'île de France. Les racines ressemblent assez à la racine de Valériane ; elles sont longues de* 4 centime très environ et épaisses de 2 millimètres. Elles sont cassantes, noueuses, pourvues de nombreuses radicelles; leur couleur est brun jaunâtre pâle, leur odeur à peu près nulle, et leur saveur d'abord sucrée, puis acre.

La poudre des feuilles est prescrite à la dose de 1^,50 à 2 grammes comme émétique. A la dose de 20 à 30 centigrammes elle est réputée diaphorétique et expectorante. La racine a été employée à l'île de France comme vomitive. Pour arriver à ce résultat, il faut en donner une dose double de celle de l'ipécacuanha ordinaire. Après le vomissement, les malades se plaignent de sécheresse et de chaleur à la gorge, parfois d'une sensation générale de chaleur assez vive. On a dû renoncer à son

usage.

Roxburgh et Andbrson ont préconisé le Tylophora asthmatica contre la dysenterie, et ont obtenu avec cette racine de nombreux succès. A dose faible, elle est très recommandés dans l'asthme. Cetto plante est admise dans la Pharmacopée de l'Inde»

Periploca emetica de Retz. — Les racines de cette

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sorte sont employées aux mêmes usages daus l'Inde. Il en est de même du Cynanchum tomentosum La m., à Ceylan.

Nous terminerons cette étude en citant encore le Mudar, qui a été signalé plusieurs fois comme un succédané de Ylpécacuanha, mais ce n'est pas comme émétique qu'il a cette réputation. Quant au Dompte-venin (Vincetoxicum officinale), bien qu'il figure à ce titre dans les anciens traités de matière médicale, nous ne croyons pas qu'il possède cette propriété.

R. J. Si

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